Épisode 09 La Conférence de Nancy
Alors que Pierre préparait le sujet de sa conférence, Françoise avait alerté le groupe sur les risques sérieux qu’une telle intervention comportait. Certes Pierre entre 10 et 20 ans avait écrit des poèmes dont certains avaient été publiés à compte et demi d’auteur, c’est à dire que le coût de revient avait été pris en charge pour moitié par l’éditeur et pour moitié par Pierre. Par contre Pierre ne s’arrêtait pas à un plan strictement artistique ou littéraire. Françoise le répétait : il mélangeait tout pour finir par refaire le monde avec quelques belles idées mais aussi avec des positions très révolutionnaires qu’en général le cercle restreint de ses familiers lui pardonnait en mettant cela sur le compte d’une naïveté plutôt sympathique. Tout ceci était acceptable dans le cadre restreint de ses relations quotidiennes, quoique le plus souvent, rester à l’écoute des diatribes du poète devenait vite pénible.
L’invitation de Dominique
Mais Dominique ne se rendait pas du tout compte de la portée de son invitation !
Les réactions du public qui ne pouvaient être qu’hostiles, allaient se retourner contre la professeur et porter sur elle le discrédit. Françoise qui surveillait attentivement les travaux de son époux, interrogea Dominique : et si Pierre se mettait à citer une phrase d’Aragon du genre « on sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard » ? Si Pierre sans se comparer à un génie, prenait tout de même à partie le public pour lui demander franchement quelles idées ce public présent dans la salle était aujourd’hui capable de suivre alors qu’elles avaient été affichées par des génies vingt ans plus tôt, que ferait Dominique ? Le public ne pourrait que constater qu’il faisait bel et bien partie des crétins et pourquoi pas, des super crétins vu que son retard apparaîtrait vite supérieur à une vingtaine d’années !
Et ce n’était pas tout ! Françoise savait que lorsque son poète de mari citait Aragon, très vite il arrivait chez Eluard, son poète préféré et là alors, que ferait Dominique si Pierre se mettait à inviter posément le public à déclamer comme lui la critique de la poésie d’Eluard puis à chasser de la salle celles et ceux qui sur le plan intellectuel ne pourraient pas déclamer une telle prise de position et critiquer aussi férocement la bassesse des hommes ?
Le public se mettrait-il à réciter d’un seul chœur : « C’est entendu je hais le règne des bourgeois, le règne des flics et des prêtres mais je hais encore plus l’homme qui ne le hait pas comme moi de toutes ses forces, je crache à l’homme plus petit que nature qui a tous mes poèmes ne préfère pas cette critique de la poésie » ?
Et comme Pierre se mettrait naturellement à cracher par terre et exigerait pareillement des autres, serait-ce bien Dominique qui sur les injonctions de l’intendante et du proviseur de son lycée irait ensuite avec un seau, un balai et une serpillière, récurer le plancher de la salle ?
Laurie et Dominique n’étaient pas totalement d’accord avec Françoise. Pierre avait bien contacté le père de Laurie et sa célébration de l’eucharistie avait répondu correctement au désir de prier et de communier du groupe. Il fallait laisser une chance au poète ! Françoise réussit tout de même à convaincre Laurie, Patrick et Carine ainsi que Gérard d’assister à la conférence pour protéger le poète contre les réactions envisageables du public.
L’assistance nombreuse venait plus à cette conférence dans le cadre d’un abonnement saisonnier, par habitude de suivre l’ensemble du programme des conférences proposées que par un réel intérêt pour la poésie et le conférencier. Des places avaient été réservées pour des élèves de Première qui allaient, à la fin de l’année scolaire, passer le Baccalauréat de Français.
La conférence que Pierre veut présenter.
Pierre avait compris que l’opportunité de cette conférence présentait un défi important mais nouveau dans le développement de leur mouvement politique, économique, social, culturel et spirituel. En se présentant ouvertement comme un poète et un initié qui avait fait le voyage aller-retour dans notre condition humaine et pas seulement l’aller simple prévu pour tous, était-il capable de présenter simplement la démarche spirituelle et les conséquences attendues de l’utilisation de nos deux sources de savoir, la source spirituelle qui n’a pas besoin de savoir lire et écrire et la source intellectuelle rationnelle, la seule autorisée dans les systèmes de pouvoir et les théocraties.
La poésie est faite pour changer la vie. Le poète allait s’y employer farouchement, tout seul avec sa propre poésie, son expérience spirituelle mais aussi ses compétences en Droit, Économie, Gestion et Management. Bref de quoi changer la Vie et le Monde ! Et au cours de ses propos, il n’allait pas hésité à citer la devise du Bataillon de Chasseurs alpins où il avait fait son service militaire : vivre libre ou mourir. Oui, c’était facile à dire pour un être humain qui a déjà fait le trajet aller-retour dans sa condition humaine, justement durant son service militaire. Mais il n’allait pas tout mélanger et ne plus avoir peur de la mort n’est absolument pas un signe manifeste de naïveté.
Ce soir là, devant la salle, Pierre avait pris soin d’apporter un disque dur externe avec sa documentation et son plan pour soutenir son discours et montrer que ses propos n’étaient pas du vent, seulement une réalité, un savoir qui n’avaient pas toujours eu droit de cité et qui depuis deux millénaires était interdit en Occident. En Droit, il y a le droit positif mais il y a aussi le droit interdit qui a été utilisé avec succès sous d’autres régimes politiques et qui est aujourd’hui interdit par le régime politique en place. Pierre avait retenu cette leçon d’un professeur de sa Faculté de Droit et il avait étudié ce droit interdit. Maintenant il voulait aussi s’en servir pour changer la Vie.
La salle de conférence était bien équipée avec tout ce qu’il fallait au niveau multimédia. Après la brève présentation de la conférence et du conférencier par Dominique, Pierre ouvrit sa présentation Powerpoint et il annonça
sa démarche et les différentes parties de son intervention.
Il n’avait pas prévu de commencer sa conférence par sa présentation personnelle. « Je est un autre » : expliquer ceci dès la prise de contact aurait pris un certain temps peu convenable en cette circonstance.
Dans une première partie il aborderait sa poésie, comment il la percevait et comment il vivait avec elle chaque jour. Son but est de montrer que ce dialogue de l’âme pour l’âme n’est qu’une voie, un chemin pour utiliser notre première source de savoir qui n’a pas besoin de savoir lire et écrire, la démarche personnelle initiatique spirituelle. Le poète allait prendre l’exemple d’Arthur Rimbaud pour soutenir sa propre démarche spirituelle. La poésie est faite pour changer la Vie. Pierre voulait montrer en quoi ce changement consistait et pourquoi il était nécessaire notamment au XXIème siècle.
Dans une seconde partie, la mission du poète permettrait au public de se confronter avec le combat pour vaincre l’interdiction d’utiliser notre première source de savoir, la démarche personnelle spirituelle, par les dirigeants des systèmes de pouvoir et des théocraties fondées sur des dogmes religieux. Le poète présenterait plusieurs évènements historiques pour illustrer la férocité avec laquelle les tyrans et les fanatiques religieux ont détruit les civilisations florissantes humanistes qui ont utilisé la complémentarité entre nos deux sources de savoir pour vivre sans théocraties ni systèmes de pouvoir mais avec un puissant mouvement spirituel qui conduit les travaux intellectuels et rationnels. Depuis leur prise du pouvoir, ces tyrans et ces fanatiques religieux n’ont pas cessé d’éliminer leurs opposants politiques et tous les dissidents, poètes ou pas. Le résultat est connu à travers la soumission des peuples aux violences des guerres, des génocides et à l’exploitation du travail de tous pour l’enrichissement sans limites des plus riches qui osent se présenter comme prédestinés à gouverner le monde.
Dans une troisième partie, le poète proposait de montrer quels changements pouvaient se mettre rapidement en place grâce à l’utilisation de notre première source de savoir une fois que nous avons brisé son interdiction actuelle et millénaire. Pierre allait utiliser le droit interdit, tout ce qui est interdit en économie, en gestion, en management pour montrer comment nous allons développer une nouvelle civilisation florissante sans systèmes de pouvoir et sans théocraties.
La poésie est faite pour changer la vie et dès ce soir, si le public voulait bien l’écouter, notre vie à tous ici présents, pouvait changer à la condition de le vouloir.
Pierre et sa poésie.
Pierre aborda plusieurs approches de la poésie,
plusieurs définitions et déclara qu’il ne tenait pas à exposer les liens qui couraient entre ces approches dans une analyse historique du sujet. Par contre, l’auditeur pouvait bien comprendre qu’entre ces approches, il y a une distinction coutumière entre une poésie descriptive et une poésie suggestive. La première considère la poésie comme un art, un métier où l’on jongle avec les mots pour atteindre une beauté dans la forme… Cent fois remettre son ouvrage avant d’espérer y arriver ! C’est la poésie qui n’utilise que la deuxième source de savoir, la source intellectuelle sans rien utiliser de la source personnelle et initiatrice. C’est la poésie classique contre laquelle s’étaient élevés les romantiques conduits par Victor Hugo puis d’autres mouvements littéraires.
La seconde est la poésie suggestive. Elle part du principe qu’il y a un indicible, un mystère, une source, une voix en nous qui ne peut pas se décrire mais dont nous pouvons seulement témoigner en suggérant ce qu’elle peut représenter pour l’homme. Victor Hugo avait bien préciser qu’un écrivain n’écrit jamais seul et pas forcément pour le temps présent.
Pierre situa son propos essentiellement dans le cadre de la poésie suggestive, d’un mouvement né avec les romantiques qui s’est poursuivi par le travail sur le monde double, la surréalité et la mise à l’écart de l’interdiction d’utiliser notre première source de savoir.
Il y a un point commun, incontournable : le poète n’exprime pas sa pensée mais il témoigne, il relaie une voix, une source qu’il ne maîtrise pas, qu’il peut seulement de tout son art mieux connaître, mieux traduire depuis l’indicible jusque dans le langage des hommes. Comme cette source est présente en chacun de nous, rien ne nous empêche d’en parler, de s’y abreuver, de mêler les filets d’eau produits par chacun de nous en un long fleuve paisible.
Le dormeur du val, poème d’Arthur Rimbaud
Puisque nous étions dans un lycée, Pierre introduisit son propos grâce à une anecdote concernant une élève face à une question de littérature française au baccalauréat.
A la boulangerie où il achetait son pain, devant lui, une jeune lycéenne de son quartier avait raconté à la boulangère, comment s’était passé l’oral du baccalauréat de français et la jeune fille, dépitée, avoua n’avoir rien compris au poème de Rimbaud, « le dormeur du val », que le jury lui avait demandé de commenter.
Pierre avait relu ce poème et il se douta bien que les professeurs de la jeune fille ne l’avait préparée qu’à une lecture superficielle de ce poème : reconnaître un soldat mort dans le fossé durant la guerre de 1870. Cela consiste à ne voir dans ce texte qu’une poésie descriptive, bien plus facile à lire parmi tous les autres textes de Rimbaud éminemment suggestifs.
Mais comment cette fille sans préparation de ses professeurs pouvait-elle reconnaître dans les mots : « le soleil de la montagne fière luit » , « un petit val qui mousse de rayon » , « la lumière pleut », la description de ce puits de lumière que tout être vivant traverse à l’heure de sa mort et que l’initié peut lui aussi traverser de son vivant lorsqu’il part à la recherche de sa source de vie ? Comment ne pas voir que ce texte comme le reste de l’œuvre rimbaldienne se range dans une poésie suggestive ?
Pierre avertit son public qu’il y a une nette différence entre poésie suggestive admise discrètement par l’Académie tant qu’elle reste intellectuelle et poésie qui utilise notre première source de savoir pour traduire notre cheminement spirituel. Celle dernière n’était pas visiblement reconnue par l’Académie et encore moins par les théocraties et les tyrans. Il aborderait ce questionnement en parlant du mystère Rimbaud.
Au premier rang, Dominique et Laurie approuvèrent d’un mouvement de la tête et leurs regards poussèrent le conférencier à appuyer son propos.
Le poète commença par résumer
le commentaire de ce poème présenté dans le corrigé de ce sujet de Baccalauréat de Français.
Extraits de ce corrigé repris et lu par Pierre :
Le texte est un sonnet intitulé Le Dormeur du Val, écrit en 1870 par Arthur Rimbaud, né en 1854. Rimbaud n’a alors que 16 ans. Il fait plusieurs fugues, va même jusqu’en Belgique, et écrira pendant ses voyages plusieurs poèmes, dont Le Dormeur du Val, inspiré par les scènes dont il est témoin lorsqu’il passe tout près des lignes allemandes.
Afin de répondre à la problématique, quelle est la place de ce poème dans l’itinéraire Rimbaud, nous verrons dans un premier temps le tableau d’un cadre naturel et enchanteur, puis dans un second temps, les relations entre le cadre et le personnage et enfin, nous analyserons la devinette poétique.
Pierre insista pour montrer que ce plan académique illustre bel et bien la poésie descriptive. La devinette poétique dans le cadre de cette analyse intellectuelle rationnelle représente alors la construction intellectuelle de Rimbaud.
Le poète commence par décrire quelqu’un qui dort : « Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, ». La progression du poème se fait petit à petit. Dès le début, on ne peut s’attendre, à cette fin tragique. « Pâle dans son lit vert où la lumière pleut », le personnage ne va pas bien certes, il est au minimum malade. Puis arrive la chute déterminatrice du poème au vers 14 qui met une relation entre les 2 trous rouges qui entraînent les blessures puis la mort du soldat « Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit ».
La portée de ce poème représente ainsi une dénonciation de la guerre. Dans ce corrigé il est écrit « Rimbaud a choisi de mettre le soldat en relation avec la nature pour qui la nature est l’association à la vie, un destin normal pour un jeune homme et qui n’a donc pu se résoudre par les faits néfastes de la guerre qui en ont décidé autrement et l’on conduit à sa perte. Rimbaud a donc concrétisé à généraliser par la mort de ce jeune soldat, les nombreuses pertes humaines qu’il y a pu avoir tout au long de cette guerre.»
La nature et la vie s’opposent ainsi à la mort et à la guerre. Et la conclusion de ce corrigé s’émerveille de la maturité de ce jeune poète de 16 ans.
La lecture du poème dans le cadre de la poésie suggestive, intuitive.
Pierre précisa que la date de rédaction de ce poème est importante pour le situer dans la démarche poétique de Rimbaud.
Le Dormeur du val est un sonnet en alexandrins d’Arthur Rimbaud. Ce poème est le deuxième poème du second Cahier de Douai (ou Recueil Demeny). Le manuscrit autographe, daté d’octobre 1870, est conservé à la British Library.
La guerre franco-allemande de 1870, et plus particulièrement la bataille de Sedan scellant la défaite française le 3 septembre 1870, se déroule à moins de vingt kilomètres de Charleville, son lieu de résidence à l’époque.
L’année 1870 est une année charnière pour Rimbaud. Pierre résume la documentation disponible pour suivre le jeune poète.
En janvier 1870, alors en classe de rhétorique, Arthur Rimbaud se lie d’amitié avec Georges Izambard, son professeur de rhétorique, qui commence sa carrière à 22 ans. Le 24 mai 1870, Arthur Rimbaud, alors âgé de quinze ans et demi, écrit au chef de file du Parnasse, Théodore de Banville. Dans cette lettre, il transmet ses volontés de « devenir Parnassien ou rien » et de se faire publier.
Alors qu’il vient, à la fin de sa classe de rhétorique, de rafler les prix les plus prestigieux, au cours des vacances scolaires d’été suivantes, le 29 août 1870, quelques jours avant la bataille de Sedan, Rimbaud trompe la vigilance de sa mère (le poème « Mémoire » en décrit possiblement la scène) et se sauve avec la ferme intention de se rendre à Paris. Il est arrêté à la gare de Nord car son billet de train est irrégulier. Il demande à Izambard de lui envoyer de l’argent pour payer sa dette et il reçoit en plus de quoi payer son billet de train pour retourner à Douai vers le 8 septembre où il reste trois semaines avant de rentrer chez sa mère.
Le 6 octobre 1870, nouvelle fugue. Paris étant en état de siège, Arthur Rimbaud part à Charleroi — il relate cette arrivée dans le sonnet « Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir ». Rêvant d’être journaliste, il tente, sans succès, de se faire engager comme rédacteur dans le Journal de Charleroi. Dans l’espoir de retrouver Georges Izambard, il se rend à Bruxelles, puis à Douai où son professeur arrive quelques jours après, aux ordres de Vitalie Rimbaud, pour le faire revenir, escorté de gendarmes, le 1er novembre 1870.
Entre-temps, il est passé chez Paul Demeny pour lui déposer les sept poèmes composés au cours de ce dernier périple (dont des versions antérieures ont été transmises à Théodore de Banville et à Georges Izambard).
Le 10 juin 1871, Rimbaud écrira à Demeny : « … brûlez tous les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai ». Oubliés par Demeny, ces manuscrits seront retrouvés dix-sept ans plus tard. Ceux-ci ont été répertoriés par les biographes sous l’appellation de « Cahier de Douai » ou « Recueil Demeny ».
Rimbaud le voyant qui veut dire ouvertement ce qu’il voit.
Rapidement dès le 10 juin 1871, Rimbaud va rejeter ces poèmes qui ne correspondent plus à l’état d’esprit du voyant qui veut dire plus ouvertement ce qu’il voit. Ceci signifie qu’il n’a pas osé aller suffisamment loin dans sa traduction de l’illumination mais cela signifie aussi qu’il en a déjà parlé et ce poème « le dormeur du val » est bien l’un des rares du livret « Poésies » dans lequel le poète face à la mort de ce soldat, va au delà de la mort pour attester de cette lumière divine qui nous attire pour nous transformer et nous accueillir chez nous.
Un poète initié à la démarche spirituelle lit le Dormeur du Val de Rimbaud.
C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Pierre commença une lecture personnelle en utilisant sa traduction spirituelle de ce poème.
Je t’ai bien vu, toi le soldat mort mais en tant que poète qui passe ici, je vais te guider vers la vie d’après la vie humaine pour que tu trouves la paix et que ton âme poursuive sa destinée loin de ce corps charnel tué à cette guerre cruelle si inhumaine.
Je ne connais pas ta famille, tes proches défunts qui viendront ou pas te chercher pour t’aider à entrer dans le puits de lumière alors je prie pour que les présences de la Nature viennent à ton secours. Poète je les connais pour avoir commencé ma démarche personnelle initiatique par la méditation dans la nature et la perception des présences et des puissances qui y vivent.
Elles sont là avec nous. La vie s’active dans la rivière et ses gouttes d’eau dessinent dans l’herbe des lambeaux d’habits d’argent qui brillent sous le soleil. Ce soleil perce au dessus de la verdure comme s’il vient du sommet de cette montagne et ce tunnel végétal est bien ce puits de lumière où nous devons pénétrer pour être aspirés vers cette lumière de vie. Nous percevons alors la présence de nos proches défunts qui viennent nous pousser de tout leur amour pour nous donner confiance et avancer vers cette lumière, sans peur. A toi le jeune soldat mort, je te donne cette vie qui mousse de ce petit val pour qu’elle te pousse en toute confiance vers cette lumière qui luit de cette fière montagne. Va et gagne cette vie d’après la vie humaine.
Après la sortie du puits de lumière tu devras couper tous les liens avec ton corps charnel et ta condition humaine. Ne t’en fais pas, le jeune poète qui passe par là à la rencontre de ton corps de soldat tué par les fusils ennemis, va s’occuper de lui car il est destiné à rester sur Terre. Ton corps charnel est posé comme s’il était endormi dans cette herbe et ce cresson bleu sous la lumière parmi les glaïeuls.
Toi qui est entré au pays de chez nous, dans la vie d’après notre vie humaine, ton corps a lui aussi trouvé sa tranquillité. Il est paisible et il dort dans son lit vert. Nature berce le doucement. Apporte lui toute la chaleur de ta vie terrestre avec celle du soleil qui nous illumine de ses rayons. Il a deux trous rouges au côté droit. Veille sur ce corps charnel. Cette âme avec la conscience de ce jeune homme est déjà au-delà du puits de lumière, bien loin de la planète Terre.
Sourions ensemble comme notre âme sourit heureuse de revenir au pays de chez nous auprès du créateur de toute vie, de toutes nos vies parmi sa création.
Le mystère Rimbaud sur son niveau d’initiation à la vie d’après la vie humaine.
Nous venons de traduire en langage conventionnel ce travail spirituel pour aider un soldat mort à gagner la vie d’après la vie humaine.
La poésie est la seule expression écrite qui permet à chaque lecteur de se faire sa propre interprétation, sa propre lecture. Le poète écrit pour toutes et pour tous qui voudront bien lire ses textes, aujourd’hui et plus tard tant que ses textes seront accessibles parce que la poésie est essentiellement une traduction de l’indicible sur le plan spirituel ou d’un inconnu sur le plan intellectuel. Elle est l’Art de la traduction d’une source qui conduit son inspiration.
La poésie utilise les différents niveaux de traduction de l’indicible depuis
- le langage hermétique que le poète peut inventer ou qu’il peut suivre à travers l’exemple d’autres auteurs ou groupes d’initiés qui l’ont déjà utilisé.
L’utilisation des hiéroglyphes chez les égyptiens correspond au besoin essentiel de transmettre des connaissances et des faits, des calculs, uniquement à des personnes savantes capables de les lire et de les traduire.
Mis à part Solon, très peu de savants grecs auront pu bénéficier des années d’apprentissage dispensé par un savant ou des prêtres égyptiens. Pythagore a eu accès à des niveaux de savoir transmis en langage non hermétique mais semble-t-il pas au cœur de ce Savoir. D’où le conseil qui lui a été donné par les prêtres de Dendérah de poursuivre son initiation chez les druides d’Hyperborée réputés pour en savoir davantage que les prêtres de Dendérah qui, à cette période, n’avaient certes plus accès au Cercle d’Or enfoui sous les sables du désert justement pour protéger ce Savoir qui n’était pas écrit sur les murs du temple de Dendérah ni dans les autres autres temples des bords du Nil.
Le langage hermétique est utilisé par les initiés qui se transmettent des connaissances, des expériences, des enseignements qui sont contraires ou interdits par les dirigeants des systèmes de pouvoir et spécialement par les théocraties avec leurs dogmes religieux suprémacistes, ségrégationnistes, racistes, la prédestination des élites à gouverner le monde, etc.
- Après ce premier niveau de traduction le moins accessible aux lecteurs, vient le niveau du langage symbolique qui utilise un ou plusieurs codes de signes, de mots ou d’expression. Les mots ou les lettres correspondent à des images, des couleurs, des émotions, etc. Les initiés et les poètes utilisent fréquemment ce niveau de traduction et de langage, parfois les romanciers aussi.
- Le niveau suivant est celui du langage soutenu. Il utilise un vocabulaire riche et les règles de la syntaxe qui portent sur la construction des phrases. L’acquisition de ce niveau d’écriture et de lecture requiert plusieurs années d’études et l’acquisition souvent d’autres langues étrangères tant la langue de chaque pays emprunte des mots, des syntaxes, à celles d’autres pays.
- Nous arrivons ensuite au niveau du langage courant qui est essentiellement parlé et qui n’est pas prévu pour être écrit. Chaque groupe social construit son propre langage courant pour se mettre en sécurité et ne pas être compris des autres mais cette protection n’a rien de solide et de comparable au niveau du langage hermétique.
Ces niveaux ou registres de langage utilisés dans l’Art de traduire l’indicible appartiennent tous à notre seconde source de savoir, la source intellectuelle et rationnelle.
Ce que nous devons bien comprendre, c’est que notre première source de savoir, la source personnelle initiatique spirituelle n’a pas besoin de savoir lire et écrire et qu’elle n’utilise pas un des registres de langage de notre source de savoir intellectuelle rationnelle.
Dans notre démarche personnelle initiatique spirituelle et lors de nos rencontres avec les mystères de la vie, nous utilisons le langage du cœur, pas celui du cerveau et encore moins celui du cœur humain, mais celui du cœur de la création lorsque nous dialoguons avec celui qui vit en nous et qui est le même en chacun d’entre nous. Nous utilisons le dialogue de notre âme avec l’âme générique dans la présence en nous du créateur de toute Vie.
Bien entendu ce dialogue utilise les mots du langage courant de chaque être humain mais la rencontre avec les mystères de la Vie se déroule avec le langage du cœur de la Vie et lors de ces expériences, de ce vécu, nous ne recevons qu’une très infime partie de connaissances des mystères de la Vie, juste un élément qui vient répondre à notre demande et notre besoin.
Retenez ceci, sans notre demande, il ne se passe rien même si avec le langage du cœur nous percevons la présence de celui qui vit en nous. Et lorsqu’il se passe quelque chose que nous recevons, nous le comprenons en langage du cœur. Nous voyons à travers les murs, nous sommes hors de notre corps charnel et nous échangeons avec les présences qui nous entourent sans faire des phrases, une émotion suffit. Le langage du cœur est tellement personnel et ponctuel et surtout inconnu et ignoré dans notre savoir intellectuel rationnel qu’il reste immédiatement dans notre indicible. Nous sommes incapables tout de suite de le traduire en langage du savoir intellectuel rationnel et très rapidement, nous comprenons que ce vécu doit rester dans notre source de savoir initiatique spirituelle et qu’il n’a rien à faire dans notre savoir intellectuel rationnel, même en traduction hermétique.
Sauf que ces rencontres avec les mystères de la Vie sont autant de dons d’Amour absolu que nous ne pouvons pas garder en secret. Nous savons que celui qui vit en nous est le même en chacun d’entre nous mais que les autres, qui ne le connaissent pas encore, vivent n’importe comment, et dire ceci est un doux euphémisme. L’initié, enfant, femme, homme, au cours de sa rencontre, n’a pas reçu impérativement la mission de persuader les autres à accepter le partage de l’Amour absolu qui lui a été donné. Certes, mais ce partage est possible et il sait qu’il doit au moins commencer ce partage en utilisant le langage hermétique du savoir intellectuel rationnel.
Le poète qui s’exprime ce soir devant vous ne va pas plus loin dans ses explications sur cet Art de traduire l’indicible du savoir spirituel jusqu’au langage courant du savoir intellectuel rationnel.
Lorsque nous allons en librairie, feuilleter les ouvrages des autres poètes, nous n’allons pas acheter leurs ouvrages, déjà que nous n’avons pas assez d’argent pour payer nos comptes d’auteur chez notre éditeur. Nous cherchons rapidement, furtivement, juste à mesurer où ce poète en est dans son niveau de traduction et qu’est-ce qu’il traduit : de l’indicible spirituel ou simplement des émotions intellectuelles ou de l’inconnu et en quel registre de langage.
Nous pouvons maintenant revenir à Arthur Rimbaud et vous allez pouvoir me suivre plus clairement comme d’ailleurs avec n’importe lequel des autres poètes voyants dans leurs traduction d’un vécu spirituel.
Rimbaud n’a pas témoigné et écrit clairement le récit de sa démarche initiatique.
Reprenons, au cours du mois d’octobre 1870 Rimbaud a déposé chez Demeny ce manuscrit contenu le poème le Dormeur du Val.
Nous pouvons lire sa Lettre du Voyant, envoyé à Paul Demeny, 15 mai 1871.
extraits :
« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.
…/… La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière. Il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver : cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! — Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse.
Je dis qu’il faut être voyant, se faire VOYANT.
Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant ! — Car il arrive à l’inconnu ! — Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu ; et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !
…/… Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : il donnerait plus que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Énormité devenant norme absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !
Cet avenir sera matérialiste, vous le voyez ; — Toujours pleins du Nombre et de l’Harmonie ces poèmes seront faits pour rester. — Au fond, ce serait encore un peu la Poésie grecque. L’art éternel aurait ses fonctions ; comme les poètes sont citoyens. La Poésie ne rythmera plus l’action, elle sera en avant.
Les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s’en rendre compte : la culture de leurs âmes s’est commencée aux accidents… Les seconds romantiques sont très voyants : Th. Gautier, Lec. de Lisle, Th. de Banville. Mais inspecter l’invisible et entendre l’inouï étant autre chose que reprendre l’esprit des choses mortes, Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu.»
Dans cette lettre nous ne trouvons pas un seul élément spirituel, tout est intellectuel ! Rimbaud dérègle ses sens pour arriver à l’inconnu qui se présente comme un élément irrationnel. Il ne découvre pas celui qui vit en nous. Il parle de l’âme qui lui permet l’intelligence de ses visions. C’est clair et net : le poète voyant cultive son âme, il la fait monstrueuse pour arriver à l’inconnu, seulement à l’inconnu qu’il parcourt en découvrant des visions qu’il saisit avec l’intelligence de son esprit humain. Oui, sur notre chemin initiatique spirituel nous savons utiliser la visualisation à distance qui fonctionne d’ailleurs bien mieux si nous sommes sortis de notre corps charnel avec ses limites sensorielles étroites. Oui, mais celui qui vit en nous et nous aide dans nos sorties de notre corps charnel pour sortir et pour rentrer, ce n’est pas un inconnu et encore moins l’inconnu !
Le 10 juin 1871 il écrit à Demeny pour lui demander de détruire ce manuscrit car ces textes ne correspondent plus à ce qu’il veut écrire. Dans cette seconde lettre, nous pouvons trouver un germe d’espoir : le voyant ne va pas seulement rester à inspecter l’inconnu, il va aller plus loin !
Le recueil Illuminations.
Comme l’écrit Paul Verlaine dans la notice ouvrant la première édition des Illuminations (Publications de la Vogue, 1886), les pièces qui composent le recueil ont été rédigées « de 1873 à 1875, parmi des voyages tant en Belgique qu’en Angleterre et dans toute l’Allemagne ».
document :
« Se met en place une poétique faisant écho à « l’hallucination simple » exposée dans Une saison en enfer et au projet de « se rendre voyant » annoncé dans les lettres de mai 1871 à Demeny et Izambard : Rimbaud engrange les images, les clichés, les formules, les perceptions et les sensations communes pour mieux les reconfigurer sinon les subvertir, se plaçant de cette façon sur un terrain expérimental qui rompt avec la pratique parnassienne alors dominante au sein du milieu poétique français.
« Il est certain aujourd’hui que M. Arthur Rimbaud a fixé la prose de l’avenir » (Anatole France, Le Temps, 24 octobre 1886).
Cette rupture se consomme notamment sur le plan formel : Rimbaud, qui s’était déjà engagé dans diverses formes d’altération métriques au cours de l’année 1872 et dans la Saison, opte en majeure partie, dans Les Illuminations, pour un usage complexe de la prose, dont il met la syntaxe à l’épreuve de multiples inversions, hyperbates (séparation de deux éléments reliés par la syntaxe) et autres convulsions.»
source :https://essentiels.bnf.fr/fr/article/f7cb99cb-15ff-4a78-bc13-21d31c364fcf-illuminations
Nous sommes encore et toujours dans l’utilisation de notre source intellectuelle rationnelle avec cette fois-ci des hallucinations. La critique est sévère car les visions, l’intelligence des visions, n’ont rien à voir avec des hallucinations provoquées par une agitation du cerveau humain et l’utilisation de drogues ou de plantes hallucinogènes.
Rimbaud a ordonné de ne pas publier les textes de son premier recueil « Poésies » parce qu’il n’avait pas osé parler de ce qu’il voyait, et nous trouvons dans son recueil « Illuminations » une description plus franche de sa rencontre avec cette lumière dont il a paré le soldat mort. Pourtant ces textes décrivent des visions permises par notre âme en parcourant l’inconnu ! Oui mais cela reste très superficiel et incomplet. Quels sont les pouvoirs de notre âme, qui vit dans notre âme et qui donc vit aussi en nous tant que nous avons une âme ?
Le texte intitulé « Mystique » reprend la description de ce double mouvement de lumière et parle une fois de plus de « pente du talus, de prés, d’arête du mamelon ». Maintenant le paysage de lumière est habité. Il y a des anges. La ligne de crête se partage en trois : à gauche, les horreurs et les homicides, à droite, la ligne des progrès. La bande en haut du tableau est formée des nuits humaines qui s’agitent comme des conques de mers avant de voguer vers la paix de l’éternité.
La lumière douce ne descend plus seulement pour prendre le soldat mort mais elle est porteuse d’un principe qui change notre monde et « fait l’abîme fleurant et bleu là-dessous ». comme le « cresson bleu » du petit val tout là en bas, sur terre.
Rimbaud dédaignait la bigoterie et une religion catholique qui alors soutenait un courant politique royaliste et exhibait le sacré cœur de Jésus comme pour défendre une primauté que la laïcité républicaine lui enlevait. Pourtant Rimbaud ne nie pas la présence de Dieu, il la sous entend simplement, ce qui complique l’entreprise des lecteurs chrétiens de Rimbaud de rattacher son œuvre aux écrits inspirés, révélés.
Dans les « Illuminations » il parlera de Dieu mais dans le poème « Barbare » ce sera pour tourner en dérision l’image du Dieu qui fleurissait à son époque : « le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques », c’est à dire ces bannières à l’image du Sacré Cœur saignant de Jésus dont les porteurs sont pour le voyant pareils à des barbares, à des gens qui ne comprennent rien à la culture, à la beauté et à la rencontre avec Dieu.
Nous sommes en 1873, l’année précisément où le baron de Belcastel, animateur de l’Apostolat de la prière et un des principaux promoteurs des comités catholiques et des congrès eucharistiques, coordonna le pèlerinage national à Paray-le-Monial qui voua la France au Sacré-cœur, comme si cette dévotion pouvait racheter la patrie des désastres militaires et civils de 1870 et 1871. Rimbaud couvre de sarcasme cette représentation divine de pacotille qui ne correspond en rien à la beauté et à la sagesse de sa rencontre personnelle avec Dieu. Encore que cette rencontre soit sous-entendue, déduite dans une certaine logique bienveillante par les lecteurs.
Paul Verlaine respectera et soutiendra la recherche poétique de celui qui fut son ami et son amant. En février 1875 à Stuttgart, Verlaine reçoit le manuscrit des mains de Rimbaud puis il l’envoie à Germain Nouveau qui organisera la première édition en octobre 1886.
Pourtant deux ans avant la publication des Illuminations de Rimbaud, Verlaine rédigera le texte du poème Les Loups Jadis et Naguère, Léon Vanier, 1884. Libre à nous de noter ce clin d’œil au poème le dormeur du val. Plus question d’aider un soldat mort à traverser le puits de lumière avec une aide spirituelle ou seulement intellectuelle. Verlaine et ses loups sur les champs de batailles, font ripaille des corps des soldats tués et c’est plaisir que de les voir…Voilà la réalité qu’aucune vision poétique ne saurait embellir. Allez voir les loups dévorer la chaire humaine sur les tas de cadavres qui jonchent les champs de bataille !
Quant à l’épreuve du Baccalauréat sur ce poème, plutôt que de jeter l’incompréhension dans l’esprit de cette jeune fille rencontrée dans la boulangerie du quartier, l’Académie et l’Éducation Nationale devraient se tenir à la volonté de l’auteur : Rimbaud a voulu que ce manuscrit et ce poème soient détruits. Il avait ses raisons, autant les respecter !
La question religieuse qui refuse de reconnaître l’expérience personnelle spirituelle face à la mort.
Dans le texte « Vies », Rimbaud préfère exposer la mission qui lui revient depuis ses illuminations. Il se voit sur les terrasses du temple. « Exilé ici j’ai eu une scène où jouer les chefs d’œuvre dramatiques de toutes les littératures. Je vous indiquerais les richesses inouïes. J’observe l’histoire des trésors que vous trouvâtes. Je vois la suite ! Ma sagesse est aussi dédaignée que le chaos. Qu’est mon néant, auprès de la stupeur qui vous attend ? »
Le poète voyant parle mais il ne cherche pas à faire du prosélytisme. Il prévient simplement ceux qui ne veulent pas reconnaître son témoignage : la stupeur qui les frappera à l’instant de leur rencontre avec la lumière, en dernier lieu, le moment venu de la mort de leur corps, sera bien plus forte que toutes les entreprises humaines pour contenir le voyant dans le néant et rejeter sa sagesse !
Rimbaud écrit qu’il a rencontré la stupeur et que donc il l’a vaincue puisqu’il est là pour nous en parler. La stupeur n’est pas une vision, c’est du vécu. S’il ne l’avait pas vaincue, il serait mort emporté par l’envoyé des ténèbres ou du chaos. Ceci un initié qui a vécu cette rencontre spirituelle le sait parce qu’il a réussi lui aussi à vaincre cette stupeur face à la mort du corps charnel qui nous saisit.
C’est l’étape la plus périlleuse d’une démarche initiatique et nous devons être bien préparés pour l’affronter et avant tout pour briser cette stupeur qui nous paralyse pieds et poings liés ! Les sages bouddhistes préviennent les postulants à l’initiation d’y renoncer sauf s’ils ont un besoin vital qui les pousse à changer leur vie à travers la rencontre avec les mystères de la vie.
« Mieux vaut ne pas commencer. Une fois que l’on a débuté, mieux vaut en finir. Ne vous aventurez donc pas sur le sentier de la spiritualité si vous n’en ressentez pas la nécessité. »
Cette rencontre avec la stupeur est très troublante chez Rimbaud. S’il a vécu cette rencontre face à la mort de son corps charnel, pourquoi ne nous dit-il rien à propos de celui qui vit en nous et est le même en chacun d’entre nous. Parce qu’il est là lorsque nous sommes frappés de stupeur et parce que c’est lui qui nous aide une fois sorti de notre stupeur.
Le mystère Rimbaud
Pourquoi écarte-t-il son expérience spirituelle pour se limiter uniquement à notre source de savoir intellectuelle rationnelle ? C’est le mystère Rimbaud !
Oui, nous savons que les autres et surtout à cette période où Rimbaud vivait, ne peuvent pas comprendre cette expérience spirituelle et leur ignorance, leur peur de la mort du corps charnel humain, le pouvoir absolu de la religion sur les pensées humaines, les mènent à nous rejeter et parfois violemment et définitivement.
Le jeune Rimbaud avance seul dans sa poésie et il a un besoin énorme de trouver d’autres poètes avec lesquels il espère pouvoir partager son cheminement poétique. Le slogan du mouvement littéraire, le Parnasse, auquel il adhère est « l’Art pour l’Art ». Mais l’Art de quoi ?
Le XXIème sera spirituel ou ne sera pas.
Malraux sera enfin clair et précis : l’Art est la traduction de l’Indicible le plus difficile à transmettre aux autres. Au départ, seuls les poètes en sont capables, c’est leur travail, y compris la traduction de l’Amour divin et humain. C’est ce que nous venons de présenter et d’expliquer. Malraux s’y connaissait dans les Arts.
Malraux poursuivra sa pensée en évoquant la difficulté de régler la question religieuse qui empoisonne la civilisation occidentale judéo-chrétienne depuis au moins deux millénaires en Occident avec ses théocraties et ses dogmes religieux. Rimbaud comme la plupart d’entre nous s’est heurté à cette question religieuse et nous ne pouvons pas lui en vouloir s’il a tenu sa poésie à l’écart de ces théocraties et spécialement de la théocratie catholique romaine. Des témoignages existent qui indiquent que Rimbaud s’était intéressé à la religion musulmane, notamment lors de ses années en Afrique et au Soudan.
Rimbaud et Malraux, comme nous, connaissaient cette affirmation d’Honoré de Balzac :
« La bataille finale de la chrétienté se fera autour du problème de l’argent, et tant que ce problème ne sera pas résolu, il ne pourra y avoir l’application universelle du christianisme » Honoré de Balzac.
Nous préciserons le sens de cette affirmation dans notre troisième et dernière partie car il s’agit du point central de la manière avec laquelle les théocraties et les systèmes de pouvoir nous soumettent à leurs dogmes et à leurs intérêts contraires à ceux des êtres humains. La question religieuse est présente mais elle n’est pas suffisante, il faut ajouter la question de l’argent, de la monnaie qui permet de tout acheter, de tout corrompre, de voler les richesses produites par le travail de tous, qui est utilisée pour ruiner et développer la misère, la peur de la misère qui nous pousse à ne pas oser nous libérer du joug des imposteurs qui prétendent être prédestinés à gouverner le monde jusqu’à détruire celles et ceux qui s’opposent à eux ou, mieux selon eux, qui sont prédestinés à être soumis et éliminés si nécessaire.
Nous y reviendrons en précisant également ce que le mot christianisme porte comme message et comme contenu sur le plan spirituel à travers sa relation directe avec le mouvement spirituel de la civilisation égyptienne depuis ses origines. Les théocraties et les tyrannies, spécialement celles de Perse, y compris la théocratie juive alliée des Perses et plus tard la théocratie naissante chrétienne des papes de Rome, ont détruit la civilisation égyptienne. Et ce sont elles qui mènent au désastre la civilisation occidentale judéo-chrétienne-musulmane.
La bataille finale dont parle Balzac n’est pas encore gagnée mais les peuples ont compris que les dogmes religieux sont bel et bien à l’origine des guerres et des génocides qui ont atteint au XXème siècle des niveaux de violences et de massacres inouïs dans l’histoire de notre humanité. Il va bien falloir en finir avec ces horreurs et ces atrocités ! C’est fini avec ce soldat mort en 1870 dans un petit val qui mousse de rayons, comme depuis tous ces soldats, ces prisonniers, ces déportés, ces otages mis dans les fosses communes d’Europe, de Russie, de Chine, du Japon, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie du sud-est et d’ailleurs. Ils ont tous trouvé des religieux pour prier sur ces tombes et ces amas de terre. C’est fini, occupons-nous du XXIème siècle pour vivre libre !
Malraux pour préciser sa pensée sur cette question religieuse essentielle dans la culture d’un groupe social, fera plusieurs déclarations que nous allons lire ensemble :
Document :
Dans une interview pour Le Point du 10 décembre 1975 Malraux déclare :
« On m’a fait dire que le XXIe siècle sera religieux. Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire ».
En dépit de cette mise au point de l’auteur lui-même cette citation est tout de même associée à Malraux ! Faute d’écrits, des témoins auriculaires affirment que cette phrase a bien été prononcée. Ainsi André Frossard, journaliste, écrit-il dans Le Point du 5 juin 1993 :
[…] la phrase de Malraux sur le XXIe siècle a bien été dite, j’en témoigne, puisqu’elle a été prononcée devant moi, au cours d’une conversation dans le bureau de la rue de Valois. Je ne me souviens pas de la date (en mai 1968, je crois), mais je me souviens de Malraux me disant, à propos des événements : La révolution, c’est un type au coin de la rue avec un fusil ; pas de fusil, pas de révolution. Puis, passant comme toujours de l’histoire à la métaphysique, il a eu la fameuse formule que l’on cite toujours de façon inexacte. Il n’a pas dit : « Le XXIe siècle sera religieux… ou spirituel… », mais « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas », ce qui n’est pas du tout la même chose.
Toujours est-il que Malraux avait le sens des formules, et que celle-ci n’est pas si éloignée de ce qu’il avait pu écrire… Pourquoi n’aurait-il pas prononcé cette formule comme l’affirme certains témoins différents ?
« Le problème capital de la fin du siècle sera le problème religieux, sous une forme aussi différente de celles que nous connaissons que le christianisme le fut des religions antiques »
Preuves n° 49 (mai 1955).
« Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux »
L’homme et le fantôme, André Malraux, Cahier de l’Herne, p. 436.
source :
fin du document.
Le poète qui s’exprime ce soir devant vous, peut vous inviter ailleurs à une autre conférence sur le développement spirituel et les 4 voies que nous pouvons emprunter pour aller à la rencontre des Mystères de la Vie :
- le dépassement des limites de notre corps charnel,
- l’extase amoureuse qui est la fusion des corps et des êtres la plus accessibles à deux êtres humains ou à plusieurs d’ailleurs aussi,
- la fameuse voie mystique dont parle Malraux,
- et enfin la voie directe du dialogue de l’âme pour l’âme avec celui vit en nous et que les poètes utilisent à travers notre première source de Savoir.
Sauf Rimbaud qui ne parle du dialogue de l’âme pour l’âme que pour voir l’inconnu et le mesurer, le parcourir avec l’intelligence de ses visons, sans savoir apparemment qui vit en lui dans sa condition humaine. Pour un poète voyant, avouez que c’est ballot ! Bon, c’est le mystère Rimbaud, nous venons d’en parler.
Malraux parlaient de réintégrer les dieux, oui mais il n’était pas poète.
Nous écrivons en tant que poète que l’élimination des systèmes de pouvoir et des théocraties se réalise en brisant leurs interdits posés sur l’utilisation de notre première source de savoir afin de défendre leurs dogmes religieux suprémacistes, ségrégationnistes, racistes, la prédestination des élites à gouverner le monde, etc.
Une fois ces interdits brisés et éliminés, le développement spirituel nous amène à une nouvelle alliance avec celui qui en nous et ainsi avec le créateur de toute Vie. Il n’y a donc plus aucun dieux inventés par des êtres humains aussi religieux se prétendent-ils ! Ces dieux ont été éliminés dans notre nouvelle civilisation florissante qui est fondée sur nos deux sources de savoir et ainsi notre source spirituelle conduit une fois de plus nos activités intellectuelles.
Dans les civilisations florissantes sans théocraties et sans systèmes de pouvoir autocratique, tyrannique, l’utilisation de notre première source de savoir avec nos enseignements spirituels guident les travaux réalisés avec notre seconde source de savoir intellectuelle rationnelle. Nous verrons dans notre troisième partie que la civilisation égyptienne nous présente de nombreux exemples de cette utilisation complémentaire de nos deux sources de Savoir.
La poésie change la Vie lorsque nous avançons dans notre démarche personnelle initiatique spirituelle jusqu’à nos rencontres avec les Mystères de la Vie qui nous donnent les réponses à nos raisons de vivre et de mourir dans notre condition humaine. Mieux ces rencontres nous donnent bien davantage lorsque nous vivons rien qu’un bref moment de la vie d’après la vie humaine, une fois franchi le puits de lumière.
Toutes ces expériences , ce vécu changent notre vision de la vie dans notre condition humaine pour ne plus avoir peur de la mort de notre corps charnel mais aussi et surtout pour ne plus accepter sur Terre une soumission à des despotes, des systèmes de pouvoir qui permettent à leurs dirigeants de voler les richesses produites par le travail de tous, de financer et d’organiser les guerres qui leur permettent d’obtenir des profits mirifiques impossibles en temps de paix et, par l’impôt du sang imposé aux peuples, de serrer encore plus fort les chaînes qui maintiennent prisonniers ces peuples.
C’est la raison principale d’interdire l’utilisation de notre source personnelle spirituelle, pour les tyrans et les prétendus maîtres du monde afin de protéger leur usurpation du Pouvoir au détriment des peuples jusqu’à leur anéantissement.
A ce moment là, d’après les dogmes religieux suprémacistes, ségrégationnistes, racistes, seul le peuple élu restera sur Terre pour célébrer la fin du monde avec son dieu qui ne connaît que son peuple élu ; en clair il n’y aura plus de siècles, ce sera fini, ils auront tout détruit sur Terre !
Mais ce ne sont que des dogmes religieux contraires à tous les enseignements spirituels depuis l’aube de notre humanité.
Le poète l’affirme et le signe : oui le monde sera beau, le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ! Tel est le changement de la Vie apporté par la poésie qui traduit l’indicible de notre rencontre avec les Mystères de la Vie.
Le XXIème sera spirituel ou ne sera pas !
Reprenez avec moi cette volonté toute poétique de changer la Vie, notre vie
Le XXIème sera spirituel ou ne sera pas !
Maintenant je vous écoute, osez affirmer à voix haute et devant les autres le changement dans votre vie !
Pierre écouta la salle manifester son désir de vivre libre et d’utiliser notre première source spirituelle de Savoir. Une première vague encore timide poussa les participants à se lever pour reprendre plusieurs fois cette affirmation avec plus de puissance, d’assurance et d’espérance. Certains accompagnèrent avec des battements de pieds cette répétition de plus en plus rapide et forte pour indiquer qu’ils se mettaient tout de suite en marche.
Le calme revenu, Pierre commença par les applaudir doucement puis plus fortement. La salle rejoignit ses applaudissements avec des cris de joie et d’exubérance dans un joyeux tintamarre à faire trembler les murs.
Au bout de quelques minutes, par gestes, il demanda le silence.
Nous sommes parvenus au cœur de cette conférence et de cette affirmation que la poésie change la Vie.
Il ne nous reste plus qu’à donner des exemples pour illustrer comment ils nous soumettent à leurs intérêts et à leurs dogmes religieux et d’autres exemples pour montrer comment nous allons développer notre civilisation humaniste sans systèmes de pouvoir et sans théocraties.
Maintenant ceci peut aller très vite. Vous avez compris !
Profitons de ce moment pour faire une pause, pour reprendre des forces et discuter entre nous. L’organisation de la conférence a prévu une collation pour la fin de la conférence, tout est prêt. Si Dominique est d’accord, je lui demande de venir me rejoindre pour vous inviter de suite à cette collation. C’est le moment !
A la fin, après cette pause, quand je me tairai ou que vous m’obligerez à enfin me taire, après nos « au revoir », il sera grand temps de rejoindre nos domiciles et de nous endormir avec le sourire d’un être humain qui vient de changer sa vie, un tout petit peu sa vie en attendant les jours meilleurs que nous construirons ensemble.
Dominique vint rejoindre le poète et elle donna les consignes pour rejoindre la salle voisine où l’assemblée allait prendre cette collation amicale.