Note sur Dispute stupide

texte écrit à 22 ans, à l’hôpital militaire Desgenettes de Lyon, après l’accident de montagne près de Notre-Dame de la Gorge, derrière les Contamines.


Une jeune infirmière corse venait mettre de la gaîté dans la chambrée car elle portait sous sa blouse blanche en nylon, chaque jour une culotte différente.

Un camarade plus âgé, victime d’un mal aux oreilles suite à une explosion lors d’un exercice au camp du Larzac, était son chouchou et pouvait se permettre de l’accueillir en la complimentant sur les motifs de sa culotte. Elle rougissait un peu mais aimait ce genre de compliment. Moi, je ne disais rien. Étais-je un peu jaloux de ce camarade ?

Y avait-il matière à dispute ? J’ai voulu exprimer mon sentiment et mon inactivité m’a poussé à écrire ce texte.

C’était le premier texte depuis ma troisième décorporation et ma première perception de vivre des instants au delà du puits de lumière, au pays de mon âme. Je n’avais pas le recul et la force de transcrire ces moments.

Le recueil  » Illuminations  » sera écrit une dizaine d’année plus tard et constituera une traduction de cette expérience extra sensorielle, de cette E.M.I., expérience de mort immédiate mais ce terme est impropre, trop terrestre, pas assez céleste.


Tout de suite, le texte oublie le prétexte de la rivalité qu’il y avait entre nous pour capter l’attention de notre si mignonne infirmière.

Qu’est-ce que les jours pour toujours ? Interrogation spontanée et libératrice : qu’étaient-ce donc que ces moments de rencontre au delà du puits de lumière ?

Ce grand trépas où la vie et la femme s’oublient pour mesurer l’ennui : c’est une description de cette existence humaine et terrestre vu depuis là-haut. L’ennui dans l’attente de re traverser le puits de lumière.

Oh il y aurait bien une jeune femme pour me distraire de cet ennui et de là à imaginer quelques moments d’amour avec cette infirmière corse…elle me souriait à moi aussi et ce texte s’acheva sur l’échange de nos sourires. Ce partage constitue une première suite du message compris lors de cette rencontre extra sensorielle.


L’involution est terminée : cette troisième décorporation est la plus achevée, j’ai montré mon passeport de poète et j’ai présenté mon expérience tirée des deux premières décorporations.

J’ai eu le droit de traverser le puits de lumière et j’ai pu emporter les pouvoirs du monde supérieur que je souhaitais.

Le retour est décrit dans  » D’Éleusis à Dendérah, l’évolution interdite « .

Maintenant commence l’évolution caractérisée par ce besoin impérieux de partage. 


Enfin, en écrivant ce texte, j’ai cherché à me calquer sur la poésie de Paul Eluard.

Plutôt que cet hôpital militaire de Lyon, j’aurais préféré, après l’hôpital de Chamonix, aller dans une maison de repos à Passy, comme Eluard…en face du Mont-Blanc, massif dont la splendeur m’avait accueilli lors de mon retour.

Plus tard j’écrirai : j’ai vécu un temps au delà de l’univers, je l’ai vécu au pied des neiges éternelles qui montent dans le ciel.

Le titre cache en réalité une autre dispute stupide mais bien réelle dont je n’ai pu parler au moment de la rédaction de ce texte à l’hôpital Desgenettes de Lyon.

Lors de mon retour sur Terre, après notre séparation devant le globe bleu, j’ai voulu essayer les pouvoirs nouveaux que je ramenais. Dans le roman d’Éleusis à Dendérah, l’évolution interdite, Pierre emmènera Laurie en randonnée au sommet du Tondu par le versant de la ville des Glaciers au dessus des Chapieux et de Bourg Saint Maurice. Il lui racontera ce retour sur Terre.

Ce sommet est la dernière ascension faite avec la compagnie de chasseurs alpins avant mon accident. La découverte haut dans le ciel de ce paysage grandiose du massif du Mont Blanc a été comme un dernier cadeau que je ramenais sur Terre. Avant de regagner mon corps charnel, j’ai voulu chercher des gens pour me montrer devant eux dans mon corps dédoublé et non pas dans une enveloppe blanche de fantôme. Sur les sentiers du Col du Bonhomme, il n’y avait personne et je devais chercher plus bas un hameau ou un refuge mais je ne connaissais pas la région et j’hésitais dans la direction à prendre, ne voulant pas redescendre vers les Contamines, chemin que j’allais prendre ensuite pour revenir dans mon corps.

A peine décidé à descendre vers le barrage et le lac de Roselend, j’entends un appel brutal en moi qui m’ordonne de regagner immédiatement mon corps charnel car il va être emporté et je vais rencontrer une grande difficulté pour le retrouver. Aussitôt je suis dans mon corps et je me relève de la civière portée par mes camarades. Nous sommes au bord de la route et devant une ambulance militaire. Je comprends la situation et je regrette vivement que mon corps ne soit pas resté à sa place, en bas du rocher d’escalade car je pouvais alors terminer mon expérience surnaturelle et constater la réaction d’autres personnes face à mon apparition. Et surtout j’avais alors la preuve irréfutable que je possédais ces pouvoirs nouveaux du monde supérieur.

Rapidement je me suis relevé ou plutôt j’ai bondi hors de la civière pour me ternir face au groupe et très fâché, je leur ai dit qu’ils ne devaient pas déplacer mon corps ou le toucher. En fait je les accusais ouvertement d’avoir fait échouer mon plan. Sauf qu’ils ne savaient pas quel était alors mon plan ! Tous ont été stupéfaits car ils me considéraient comme mort. J’ai été ensuite accompagné d’un sergent que je connaissais bien à ma tente pour ranger mon équipement puis en jeep découverte, nous sommes allés à l’Hôpital civil de Chamonix. Très vite une poche d’air s’est gonflée sur mon œil droit, mon visage est devenu difforme. Le personnel médical comme notre sergent ont blêmi et malgré la certitude que j’étais sauvé et que j’allais guérir de cet accident de montagne, je voulais tout de même savoir de quoi j’étais blessé. Par deux fois j’ai été refusé de prise en charge par l’hôpital de Chamonix (l’ancien hôpital) et par deux fois par l’infirmerie de l’EHM (École de Haute Montagne) militaire de Chamonix. Revenu la troisième fois à l’infirmerie de l’EHM, le colonel de cette école a téléphoné à ses supérieurs et à l’Hôpital militaire Desgenettes de Lyon puis il m’a expliqué que l’armée déchargeait de toute responsabilité l’Hôpital de Chamonix et qu’ainsi l’hôpital acceptait de me garder pour la nuit. Le matin, une automobile viendrait du bataillon d’Annecy me chercher pour me conduire à Desgenettes.

Une sœur infirmière m’a accueilli et m’a conduit à ma chambre avec l’interdiction de bouger sur mon lit. J’ai voulu prendre une douche car mes vêtements, mes cheveux, mon visage étaient maculés de terre, de boue, de sang (le cuir chevelu saigne vite et abondamment). Elle s’est énervée et je me suis mis nu devant elle, ce qui l’a fait fuir. Propre, j’ai remis mes sous-vêtements pour m’étendre sur le lit. Nous avons bavardé mon compagnon de chambrée et moi. Il avait fait une chute légère en montagne et il souffrait de contusions. Il était là en observation quelques jours. Le lendemain matin un chauffeur m’a conduit à Annecy ou j’ai pu ranger mes affaires et m’occuper de mon vélo de course rangé à l’armurerie. Puis nous sommes allés à Desgenettes. C’était un vendredi après-midi et le Chef du service ORL a refusé lui aussi de me garder car il n’y avait pas de soins durant le week-end et il m’a dit que je serai mieux surveillé au SUSI (Service des Urgences et des Soins Intensifs). Nous étions 5 patients présents le vendredi soir et 2 vivants capable de sortir de la salle le lundi matin. J’ai prié pour les 3 mourants lorsque leurs appareils de monitoring se sont arrêtés tout seul après le décès de ces personnes. Je n’avais pour moi que la certitude que j’allais vivre une fois éliminées les conséquences médicales de cet accident.

Lors de la remise du paquetage quelques jours avant la fin de mon service militaire, je suis revenu au bataillon et mes camarades m’ont traité de tire au flanc pour avoir profité de l’accident dans le but de rester chez moi à la maison et de ne plus faire la suite de mon service militaire. Ils ont été virulents et méprisants à mon égard. L’un d’eux a précisé que je devais m’engager à la Comédie française pour jouer tous les rôles de morts sur scène, car j’étais parfait et très doué pour ce rôle. Je n’ai pas cherché à leur expliquer ce que j’avais vécu. Ils avaient raison sur un point : j’avais bien donné l’ordre de couper tous les liens avec mon enveloppe charnelle et réellement mon corps a été mort devant eux jusqu’à ce que je me relève. Avant de quitter la caserne, j’ai été voir le registre d’infirmerie : l’aspirant médecin qui m’avait pris en charge lors de l’accident, était du même avis que mes camarade et il avait noté une simple chute sans perte de connaissance et sans autre conséquence. Visiblement il n’avait pas été au courant de mon dossier médical établi par Desgenettes. Il a fallu un peu plus de deux ans pour que le volume de liquide céphalorachidien perdu pendant plus de trois jours se reconstitue. Je l’ai compris lors d’un nouveau petit et bref incident cérébral lors d’un entrainement de footing.

Cette dispute est stupide tout simplement parce qu’il est quasiment impossible de suite d’expliquer tout ceci à ceux qui assistent à de tels accidents lorsque vous revenez finalement dans votre corps charnel alors que vous aviez la proposition de rejoindre une autre planète bien plus stable et à la civilisation nettement plus avancée et pacifique que celle sur Terre…

 

 

 

 

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