LE CAMP DE CONCENTRATION NAZI DU STRUTHOF

le mémorial de la déportation

Bertrand Monnet, architecte

Lucien Fenaux, sculpteur

l'entrée du camp

la baraque du musée (elle fut détruite par une incendie puis reconstruite à l'identique)

le cimetière et le monument

en face, le massif du Donon

une mer de brouillard recouvre la vallée

"beaucoup dorment encore, vous savez badauds

ces croix blanches qu'on trouve près des barbelés..."

l'ensemble du camp : en bas, le restaurant du Struthof, juste au-dessus, le local de la chambre à gaz, l'ancienne route vers le camp,

 à droite la saignée de la nouvelle route construite juste après la guerre, en arrière plan : le camp. ( la photo date du début des années 1950)

le camp après 1945

Il y a 52 ans, le 29 mars 1954, le préfet Paul Demange, à la tête d'une délégation officielle, mit le feu aux baraques.

La raison officielle de cette "purification par le feu", expression de la presse de l'époque ? Le mauvais état des baraques.

le poème Nacht und Nebel        l'attaque du camp par les chevaliers dans le roman

les camps en Bosnie en 1992 et l'attaque de l'un d'eux par les chevaliers dans le roman

- - - * * * * - -- -

témoignage :

Page web rédigée aussi en mémoire d'un parent alsacien incorporé de force en 1942 dans les Waffen-SS, division Das Reich, services du train et de la logistique, qui a participé aux combats de Koursk en Russie en 1943, s'est retrouvé seul la nuit devant les lignes russes et fut dépassé à nouveau le lendemain matin par les chars de sa division qui s'êtaient retirés du front durant la nuit pour se ravitailler à l'arrière. De fin mars à début avril 1944, il fit partie du Groupe de Combat Bittrich détaché de la Das Reich et rattaché à la 1er Pz Armée. Lors de la bataille de la poche de Kamenets-Podolskiy en Ukraine, à partir du 30 mars au soir, l'encerclement du groupe d'armées sud allemand par les troupes soviétiques provoqua la panique et il y eu la menace d'un second super Stalingrad. La plus importante formation blindée Allemande soit la 1er Pz Armée qui comprend le groupe Bittrich, est complètement encerclée avec ses 22 divisions 215.000 hommes 560 blindés, dans une vaste poche allant du Boug au Dniestr et séparée de la 4e Pz Armée par une vaste brèche de 85km. La 1er Pz Armée de Hube reçut enfin l'ordre de percer les lignes soviétiques non pas en direction du Sud mais de l'Ouest là ou les Soviétiques ne les attendaient pas. Cette manoeuvre osée réussit et reste encore aujourd'hui un modèle militaire pour briser un encerclement.

Finalement lors du retour en Pologne, le général Paul Hausser garda deux compagnies de train et de logistique du groupe Bittrich auprès de son état-major. Lui et son camarade restèrent ainsi en Pologne et ne suivirent pas la Das Reich dans le sud de la France.

Il participa ensuite aux combats de Normandie en 1944 lorsque les divisions de Panzer dirigées par Paul Hausser arrivèrent finalement sur le front en entrant en France par la gare de Metz. Il put déserter vers le 14 août lors d'un bombardement dans la région de Rânes qui détruisit la colonne de véhicules qui évacuaient les affaires du poste de commandement de Paul Hausser. Avec l'aide de la résistance locale, il trouva une ferme refuge. Son camarade de village fut découvert 2 -3 jours plus tard lorsque le fermier et ce parent ramassaient du foin dans un champ. Ce camarade s'était caché dans une meule de foin tout près d'un canon allemand de 88mm servant pour la FLAK. Retrouvés vers le 17 août par une patrouille allemande de la 1ère SS Panzer Division Leibstandarte Adolf Hitler (LAH) qui évacuait la zone , ils ont été libérés par une patrouille américaine de la 79ème Division d'Infanterie américaine dont un officier parlait bien le français. Cette patrouille américaine captura la patrouille allemande dont les soldats furent exécutés aussitôt. Les deux Malgrés-Nous alsaciens ont été ensuite remis à une patrouille de la 2ème DB de Leclerc, probablement appartenant au GTV de Warabiot (et peut-être à la Nueve, la 9ème compagnie qui tenait la région autour d'Ecouché, juste à côté).

Ils refusèrent de rejoindre les alsaciens de la 2ème DB du général Leclerc : tôt ou tard leur tatouage SS aurait été découvert et c'était un risque à ne plus courir et des combats, ils en avaient eu plus que leur dose depuis le 1er janvier 1944 tout au moins et ceux-ci les avaient profondément marqués et épuisés. De plus ils conduisaient jusque là des charettes tirées par des chevaux et ils auraient du être formés à la conduite automobile et à la mécanique des camions pour servir dans une division bindée entièrement mécanisée.Ils ont du raconter leur vécu en Russie et en Normandie et ont certainement obtenu à ce moment là des papiers français pour régulariser leur nouvelle situation.Travaillant de ferme en ferme en suivant la 2ème DB très certainement selon ce qu'il déclara, ce proche parent gagna son village de la vallée de la Bruche en novembre 1944 en suivant avec son camarade, la compagnie de la 100ème Division d'Infanterie (la Century) qui libérait les villages de la haute vallée (et qui avait pris la relève de la 79ème DI US partie avec Leclerc pour la percée de Saverne). Les deux camarades arrivèrent juste derrière cette compagnie américaine applaudie par les habitants du village.

Réquisitionné par la gendarmerie française avec d'autres jeunes hommes de la vallée, il passa l'hiver 1944-1945 au camp du Struthof comme gardien. A leur arrivée, comme il n'y avait rien à manger, il utilisa son expérience de chasseur pour aller tirer du gibier dans la forêt autour du camp et ainsi tous purent manger leur premier repas. Le camp servait alors de lieu de détention pour les miliciens français qui avaient été arrêtés dans l'attente de leurs jugements. Tout était conservé pour servir de preuves au tribunal de Nuremberg et aux autres tribunaux dont celui de Rastatt qui jugea les criminels gardiens allemands du Struthof. Ironie de la guerre propre au sort tragique des "Malgrés-nous" alsaciens et lorrains : un ancien enrôlé de force Waffen-SS gardait les miliciens français pour le compte de la gendarmerie française sur la montagne au-dessus de son village... Une de ses cousines était soeur au couvent du Mont Saint-Odile, de l'autre côté de la montagne. Un de ses camarades d'enfance passée dans la même rue du village, lieutenant dans les FFI, avait été fusillé lors de la libération de Paris.

Remarque :

Avant son incorporation de force, au village, les gendarmes allemands venaient de temps à autres lui demander s'il pouvait leur procurer du gibier pour leurs repas de fête et ils lui proposaient de lui donner des balles de fusil, ce qu'il refusait car il en avait assez des siennes. Il allait chasser en forêt pour ramener de la viande également pour sa famille et ses voisins. C'était interdit mais il le faisait tout de même et personne ne l'a dénoncé, surtout pas la gendarmerie allemande !

Ce parent comme la plupart des alsaciens incorporés de force dans les Waffen-SS, n'a pas combattu en première ligne mais servit d'auxiliaire dans ces divisions nazies. Avec un camarade de son village, ils avaient été affectés à la compagnie chargée du ravitaillement en vivres et munitions : excellent chasseur depuis sa jeunesse, il allait seul dans les bois pour tirer du gibier qui servait ensuite à nourrir autant les soldats allemands que les gens chez qui ils étaient car il ramenait toujours du gibier. Il était très apprécié pour ce service qu'il rendait aux autres en leur procurant de la viande alors qu'ils n'avaient rien à manger. . .

Son passage comme gardien au Struthof acheva de le briser mentalement et de le dégoûter de l'humanité. Sollicité puis pressé de rejoindre les troupes françaises en Indochine, il refusa tout net alors que des camarades du village qui avaient suivi le même parcours chez les allemands puis dans l'armée de de Lattre, obéirent et partirent en Indochine pour finir en Algérie ! Un de nos voisins revenus de toutes ces guerres après 1962, n'était plus qu'une loque humaine soûl du matin au soir jusqu'à sa mort peu de temps après.

Malgré son mutisme permanent et une expression générale de démotivation voire de dépression, ce parent resta cependant un excellent chasseur, tantôt chasseur lorsque le propriétaire de la chasse lui payait une carte, tantôt braconnier lorsqu'il n'avait pas de carte. Je garde un excellent souvenir des plats de gibier cuisinés par sa femme, tout comme des truites qu'il braconnait ou pêchait dans la rivière. Je pense à ces gens en Russie ou en Normandie qui mangèrent aussi de ce gibier qu'il allait chasser seul dans les bois alors qu'il aurait pu y être tué maintes et maintes fois avec son uniforme allemand au milieu de tous ces combats. Comme les bêtes sauvages qu'il connaissait si bien, il a su probablement se cacher de la vue des hommes et échapper à leurs fusils. Mais il n'a pas pu ne pas voir ce que les hommes font avec leurs fusils à d'autres hommes alors qu'aucune bête sauvage ne tue aussi horriblement sa proie...

 

L'arrivée au camp de Natzweiler de Bob Sheppard, 

extrait de " Bob Sheppard, missions secrètes et déportation 1939-1945" éditions Heimdal, 1998 :

pages 392 à 394 :

"... Nous passons Molsheim, le Molsheim de mon cher vieux "Wladimir", le Molsheim des Bugatti... Nous longeons un paysage de rêve pourtant : la vallée de la Bruche, la forêt des Vosges, épaisse, vert foncé.

Une gare. Le nom, sur le bâtiment, est camouflé. Pourtant, une camionnette de livraison porte en adresse : Schirmeck. C'est sans doute le pays. Le nom ne nous dit rien. A près un bref arrêt, on repart... pour s'arrêter quelques kilomètres plus loin. Sur le quai, des SS alignés en armes nous attendent, uniforme vert, patte d'épaule et patte de col noires... Il n'y a pas de doute, c'est bien ça.

... Une toute petite gare. Nous passons sur le côté, sans entrer dans le bâtiment. Je peux lire, sur une plaque contre une barrière, celle de la gare étant, comme la précédente, cachée par une bâche kaki : Rothau.

...Nous traversons le village par une petite rue qui grimpe. Volets clos, quelques visages derrière des devantures de boutique. Personne dehors. L'ordre a du être donné, le temps de notre passage.

... Ce qu'on regarde est beau, très beau. Sur la droite, une scierie. Ca sent bon le bois frais coupé. Puis, la forêt, épaisse, mystérieuse. Une forêt de drame wagnérien peut-être mais aussi de belles vacances. Des fleurs, en cette fin de printemps ; partout des jonquilles. Nous en avons perdu l'habitude. Nous longeons une petite rivière.

Un grand virage à gauche. La route monte beaucoup. Le camion change difficilement ses vitesses. De somptueux arbres partout et un petit lapin qui s'enfuit.

Une première barrière coupe la route, que soulève une sentinelle. Zone militaire interdite. Sur la droite, une route et, sur le panneau : Natzweiler.

Virages après virages, nous atteignons une nouvelle barrière plus importante. Sur la gauche, quelques petits bâtiments cachés par des arbres et comme une sorte de café auberge de montagne. Tout cela dans l'odeur très caractéristique des sapins de juin.

Virage à droite ; la route mal empierrée se fait plus étroite. Sur notre gauche, le paysage soudain se dégage. Mon Dieu, que c'est beau, cette énorme vallée avec, au fond, le moutonnement successif des Vosges. Mais c'est devant qu'il faut regarder. Devant... c'est tout d'un coup devenu sauvage, vide. Au bout de la route, des baraques. Sur la droite, les SS. Sur la gauche, un joli pavillon, celui du chef du camp, le "Lagerführer". Et devant... devant, sur une pente énorme, des baraques, des baraques comme un escalier géant, des baraques que nous connaissons bien, comme celles que nous avions à Mauthausen.

Pas de murs, pas de portes monumentales. Des barbelés, une simple porte double de terre, de bois et de barbelés, des miradors de bois rustiques, solides. On a, ici, utilisé la nature toute proche. Chaque mirador abrite son SS et sa mitrailleuse sur pivot. Sur la double rangée de barbelés, la tête de mort, les tibias, "ligne électrifiée". Fini le rêve, nous retrouvons la réalité que nous connaissons trop bien.

"Alles raus ! Eintreten zu fünf ! Achtung ! Im gleich Schritt marsch !"

Oui, on connaît. Rassemblement par cinq. Garde-à-vous. En avant du même pas, marche ! et nous retrouvons notre pas raide et cadencé pour passer la porte du camp et entrer au " K.L. Natzweiler".

page 397 :

 " Chacun pourrait s'étonner de trouver un camp dans ce beau site forestier de Natzweiler. La raison en est simple : sur sa commune, il y avait une carrière et, tout à côté, une sablière. Restait à choisir l'emplacement du camp lui-même. Les recherches, entamées dès 1940, s'arrêtèrent sur cette immense pente qui, avant la guerre, était recommandée, l'été, pour les vacances ; l'hiver, pour le ski.

Il y a quelque chose d'étonnant, d'artistique presque dans ce choix. Songer à installer ainsi des baraques sur un terrain aussi difficile, alors qu'il y en a bien d'autres, plus plats et plus faciles... Une réussite sur le plan de l'esthétique architecturale.

Imaginons un instant ces baraques transformées en salles d'infirmeries propres et soignées ; chaque terrasse recouverte d'un alignement de confortables chaises longues, oreillers blancs, couverture... Quel idéal pour un centre de convalescence, de repos, de cure antituberculeuse ! L'altitude, la forêt... tout y est

Pourtant, cette terre couverte de sang, de cendres, ne permettra plus jamais qu'un tel rêve se réalise. "

Bob Sheppard fut lieutenant du SOE (Special Operation Executive ), parachuté de nuit en juin 1942 à Anse près de Lyon. Il fut arrêté en mars 1943 à la frontière espagnole à la suite d'une trahison du passeur et il a été déporté dans les camps de Neue Bremm, Mauthausen, Natzweiler-Struthof, Dachau. Il a été libéré le 29 avril 1945 lors de l'arrivée des troupes américaines à Dachau ( Munich ). Après la guerre, il s'est occupé de ses camarades déportés. Il a été Président de l'amicale nationale de Natzweiler-Struthof. En 1998, il est Vice-Président de l'Amicale Française de Mauthausen, Président d'Honneur du Comité international de Mauthausen.

 

 

témoignages sur les atrocités qui se sont produites au camp du Struthof :

http://www.struthof.fr/home/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_concentration_de_Natzweiler-Struthof

 

https://c.dna.fr/faits-divers-justice/2021/05/21/il-y-a-80-ans-les-premiers-convois-de-prisonniers-arrivaient-au-struthof

 

les évasions du camp :

http://www.france-libre.net/une-evasion-a-natzweiler/

 

L'épuration en Alsace, retrace les évènements liés à la détention au Struthof des miliciens et collaborateurs de Vichy durant l'hiver 1944-1945 et les mois qui suivirent :

Struthof et Schirmeck après les nazis

https://www.lalsace.fr/bas-rhin/2015/02/06/struthof-et-schirmeck-apres-les-nazis

L'épuration en Alsace, livre de Jean Laurent VONAU

https://www.malgre-nous.eu/2007/03/12/jean-laurent-vonau-lepuration-en-alsace/

 

liens avec d'autres sites :

 

 

 

Pages en liens directs avec cette lecture

lire l'épisode 32 du roman

qui parle du Struthof

 

Les «Malgré-Nous»

Nacht und Nebel, poème

le mont Sainte-Odile

Strasbourg

la veuve du lieutenant FFI

Chers ennemis, qui sont-ils

Chers ennemis, comment

ils organisent les guerres

Chers ennemis, leurs procédés

le discours du poète au maquis des Glières

Sécurité et Défense des Réseaux de Vie

 

la déclaration des droits à la vie sociale pour les êtres humains

Bibliothèque

Accueil

Plan du Site