Choix de civilisation.

Soumission dans un système de pouvoir ou bien exercice ensemble du pouvoir dans nos réseaux de vie ?

Ce questionnement lancinant traverse les siècles et la réponse penche invariablement vers le même constat qui a désolé bien des auteurs, savants, érudits :

«La tyrannie d’un prince dans une oligarchie n’est pas aussi dangereuse que l’est l’apathie des citoyens dans une démocratie» Montesquieu (1689-1755)

“Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.” Montesquieu.

«Il est plus facile d’élever au plus haut degré de puissance une nation barbare que de tirer de la médiocrité une nation policée.» Denis Diderot («L’encyclopédie», 1751–1772).

Pourquoi tant de citoyens, de peuples se sont soumis à des tyrans et pourquoi n’ont-ils pas su développer des sociétés plus pacifistes, équitables, capables de placer l’être humain au centre de leurs institutions ? Toujours des guerres pour piller les richesses de ses voisins et les réduire en esclave, des guerres de conquête pour accaparer le pouvoir politique sur des territoires les plus étendues, des guerres coloniales pour capter les ressources économiques, minières, énergétiques et pour vendre la production de ses usines à la classe la plus riche de ces colonies. Des guerres militaires mais de plus en plus de guerres commerciales pour imposer l’idéologie capitaliste libérale à travers le monde et ainsi enrichir toujours plus les nouveaux maîtres du monde, des financiers anglo-saxons qui sont parvenus à détourner les richesses produites par le travail de tous pour leur seul profit. Depuis peu les guerres avec les armes climatiques, chimiques, biologiques avec bactéries et virus, et de nouvelles guerres qui utilisent les dernières découvertes scientifiques inconnues du public et sous secret militaire pour maximiser encore et toujours les profits des plus riches. Les crises financières puis économiques pour endetter jusqu’à la faillite les concurrents sur le marché, les banques, les entreprises, les petits épargnants, les ménages à cause de la tyrannie des actionnaires et toujours l’apathie des citoyens dans les démocraties actuelles…

Sommes nous en démocratie ? Une démocratie peut-elle être contrôlée, financée, dirigée par la haute finance mondiale ? Assurément puisque les citoyens réclament plus de démocratie et moins d’inégalités sociales tout en ignorant qui dirigent réellement la politique, l’économie, nos sociétés et la production, la répartition, la consommation des richesses produites par le travail de tous et qu’ils se contentent d’ignorer qui dirigent le creusement des inégalités.

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots » Platon.

 « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » Camus.

Qui utilisent la fraude des mots et manipulent les citoyens en nommant mal les choses ? Pas le poète qui s’exprime ici !

discussion :Pourtant les travaux des archéologues, des ethnologues, des historiens, découvrent des civilisations disparues, des peuples premiers possédant un art de vivre bien supérieur à celui imposé depuis des siècles par les dirigeants européens.

Et en Europe les vestiges des périodes florissantes témoignent toujours que nos anciens, avec les moyens dont ils disposaient alors, partageaient mieux les richesses produites dans les villes et les campagnes et qu’ils géraient dans leurs assemblées communales, leurs villes libres. Bien entendu, nous pouvons remettre en place une meilleure manière de vivre ensemble, plus juste, équitable, humaniste, paisible, en accord avec la nature et capable de répondre à nos raisons de vivre.

Nous même, jeune poète, assis sur le rocher au sommet de la montagne qui domine la plaine et le paysage environnant, nous nous sommes confrontés à ce questionnement essentiel : comment après la cathédrale de Strasbourg et sa flèche visible au loin, après le Mont Sainte Odile en face de nous, les hommes ont-ils pu, là sur la droite et à flanc de montagne, construire un camp de concentration et d’extermination nazi ? Le poète a grandi et a parcouru ce chemin du savoir qui réunit le spirituel et le rationnel. Ce savoir explique la relation entre le couvent bénédictin et la cathédrale gothique mais ce savoir dévoile aussi le chemin depuis son origine au bord du Nil, la préservation en l’an 500 au Mont Cassin des vestiges des savoirs égyptiens et grecs, des savoirs du moyen-orient et des peuples celtes, puis à travers le mouvement bénédictin, l’utilisation de ce savoir nouveau pour reconstruire l’Europe après la destruction de l’empire romain et les grandes invasions.

Le poète ne fraude pas avec les mots et face aux malheurs du monde, il brise les dogmes fallacieux, les mythes et les fables qui servent à masquer les crimes et les méfaits des dirigeants qui ont besoin de dominer les peuples pour s’enrichir sans limites en usurpant le pouvoir d’organiser une société humaine.

Dans notre chambre d’étudiant, tout en écrivant, lisant, nous avons découvert Hannah Arendt, philosophe, qui, elle aussi, s’est interrogée pour trouver les raisons qui expliquent comment l’humanité a pu passer, sombrer depuis les civilisations florissantes de l’Égypte et de la Grèce antiques jusqu’aux crimes contre l’humanité commis au nom des idéologies telles que le nazisme, le communisme, les fascismes. Comment depuis Athènes est-on arrivé à Auschwitz ? Les horreurs commises et subies depuis des siècles tracent ce chemin vers la Shoah, crime indélébile du XXème siècle. Ian Kershaw écrira :  » Le chemin d’Auschwitz fut construit par la haine, mais pavé d’indifférence. »

Le refus de ce conformisme, de cette soumission aveugle à l’autorité, à la situation de l’agent agentique selon Milgram, mèneront Hannah Arendt vers la définition positive et constructive du Pouvoir : un rassemblement d’hommes égaux décidés à l’action. Il correspond à  » l’aptitude à agir de façon concertée «  et «  il jaillit parmi les hommes quand ils agissent ensemble. « 

Permettez au poète de compléter les propos de la philosophe : l’aptitude à agir signifie la compétence apportée par les apprentissages vécus à travers le cheminement initiatique. Agir de façon concertée se situe dans le cadre des organisations en réseaux, en démocratie directe locale participative et non pas dans le cadre des systèmes de pouvoir où il faut obéir à la minorité qui occupe le haut de la pyramide hiérarchique.  » Le pouvoir jaillit parmi les hommes  » indique qu’il n’est jamais le même et nous abordons ici la subsidiarité qui organise l’action des réseaux : obtenir la solution optimale puis l’adapter aux particularités locales. La solution optimale jaillit bel et bien parmi le groupe d’expert qui travaille ensemble jusqu’à l’obtenir en fonction des connaissances disponibles à ce moment précis.

Ainsi la première mission d’un pouvoir est la sélection, parmi les connaissances disponibles, de celles qui confortent son action et son développement. Les connaissances contraires à ses intérêts sont alors déclarées interdites, tabous. Elles existent même si elles ne sont plus enseignées. Par contre un   » bon  » juriste doit connaître le droit positif, les solutions utilisées par le pouvoir en place, mais aussi le droit interdit par ce pouvoir. Lorsqu’un groupe social est en crise, en conflits meurtriers et que le droit positif ne présente plus de solutions, le juriste utilise alors les solutions utilisées dans le passé par d’autres pouvoirs, qui ont eu du succès jadis mais ont été écartées par les régimes politiques suivants en fonction d’autres intérêts politiques, économiques, sociaux, culturels. Parmi ce droit interdit, les solutions pour débloquer un groupe social, un pays, une société humaine sont remises en place.

Hannah Arendt décrit le fonctionnement du système de pouvoir économique capitaliste libéral et ses excès à travers les dictatures idéologiques que sont le nazisme et le fascisme. Elle apporte aussi la solution, l’autre possibilité en se référant au fonctionnement des cités grecques antiques et par là, des cités égyptiennes des bords du Nil. À nous d’aller plus loin, spécialement du côté de  » la solution  » grecque et égyptienne, de cette civilisation florissante des bords du Nil puis de Méditerranée. Ce questionnement qui est à l’origine du travail d’écriture du jeune poète jusqu’à aujourd’hui, s’est renforcé à la lecture d’Hannah Arendt et de bien d’autres historiens, anthropologues, d’autres auteurs à la recherche de l’alternative à la soumission aux systèmes de pouvoir.

Se soumettre à un système de pouvoir ou exercer ensemble le pouvoir dans nos réseaux de vie, ce choix porte sur la civilisation que nous entendons développer à la suite de nos aînés et pour nos enfants.

Tel est le choix de civilisation à travers le développement de l’humanité. Élever la puissance d’un pouvoir tyrannique au sein d’un système de pouvoir militaire pour rassembler des peuples barbares et les conduire au pillage des peuples policés qui ont su s’organiser pour développer un art de vivre dans l’abondance et le partage des richesses spirituelles et matérielles selon les préceptes de leur haut niveau d’éducation et de compétences ? Jusqu’à présent, tous les peuples, les civilisations policées et leurs arts de vivre ont été détruits par les barbares ! Ou bien développer une civilisation humaniste et un art de vivre dont les merveilles architecturales, artistiques se transmettront aux générations futures pour leur montrer le chemin à suivre sur notre planète, quelque soit le passage des tyrans et de leurs hordes de barbares ?

L’historien fera le décompte des millénaires traversés par les civilisation florissantes et les quelques années, siècles occupés par les tyrans et les barbares. Et encore l’historien plus érudit indiquera les quelques années prises par les barbares pour adopter les mœurs et l’art de vivre des cités, des pays policés qu’ils viennent de conquérir. Encore plus juste, l’historien décrit la manière dont le jeune chef barbare utilise l’art militaire qu’il a appris auprès des nations policées pour réaliser l’amalgame entre ses guerriers barbares et la haute stratégie militaire de ses adversaires. Tout comme l’empire romain, système de pouvoir militaire, utilisera les guerriers barbares, de Germanie ou d’ailleurs, comme auxiliaires, essentiellement comme cavalerie, pour mieux les contrôler en leur laissant une part du butin.

Le bilan de l’historien est sans équivoque : les périodes de civilisations florissantes sont bien plus nombreuses que celles d’exploitation des peuples par des tyrans criminels. La fin des civilisations florissantes est bien plus provoquée par des catastrophes naturelles, des changements cycliques de climat que par des invasions barbares.

Cependant, en Europe, depuis la fin des dernières invasions barbares, nous sommes devant une situation nouvelle. Depuis l’an 500 jusqu’au vendredi 13 octobre 1307, en France, un mouvement policé à travers l’utilisation des vestiges du savoir égyptien, grec, juif, musulman, celte, développe une organisation en réseaux de vie sociale à travers l’Europe, l’époque médiévale et le temps des cathédrales. La situation nouvelle n’est pas l’arrivée de nouveaux barbares mais bien la prise du pouvoir par des tyrans monarchiques, par la classe sociale de l’aristocratie. Puis rapidement le pillage des richesses de la période médiévale a permis le développement d’un groupe de banquiers internationaux et nous connaissons la suite de cette histoire de ce système de pouvoir qui depuis l’Europe a conquis les États-Unis et s’impose au niveau mondial à travers le système économique capitaliste et la doctrine libérale, néo libérale.

Hannah Arendt décrit l’horreur de la société industrielle capitaliste et de la tyrannie actuelle de l’oligarchie financière anglo-saxonne.

Le système capitaliste libéral perpétue l’interdiction de l’utilisation de notre première source de savoir, la source initiatique et spirituelle, celle qui permet de briser les dogmes fallacieux et les fables des dirigeants des systèmes de pouvoir. Il interdit la propriété commune gérée par le groupe lui-même et qui permet la répartition équitable optimale des richesses produites par le travail de tous. Il cherche à limiter le plus possible la propriété collective de l’état pour n’utiliser que la propriété privée y compris des moyens de production et de répartition des richesses produites par le travail de tous. Au niveau de l’activité humaine, il n’utilise que le travail indispensable à la vie et en confisque les richesses à travers la propriété privée qui garantit la maximisation des profits de ses dirigeants. Sont ainsi interdites la réalisation des œuvres qui élèvent le niveau de vie et sont transmises aux générations futures ainsi que l’action politique exercée par l’ensemble des citoyens pour gérer le travail et la réalisation des œuvres.

Le choix de civilisation est ainsi clairement exposé. Pour quitter les systèmes de pouvoir, nous avons besoin de ce droit interdit, de ces valeurs et de ces normes de vie des réseaux de vie sociale, des démocraties directes locales participatives qui sont exactement l’opposé des systèmes de pouvoir. Tel est le but de notre essai  » Les Réseaux de Vie « .

Nous allons commencer dans notre première partie par décrire le fonctionnement des réseaux de vie sociale et ce droit interdit actuellement mais qui a été utilisé avec succès dans notre histoire.

La seconde partie présente le fonctionnement des systèmes de pouvoir et donc inéluctablement ces fables qui permettent aux dirigeants de soumettre les peuples pour qu’ils ne comprennent pas que leur travail sert à enrichir en priorité et sans limites une minorité qui a usurpé le pouvoir.

La troisième partie montre l’histoire des conflits entre systèmes de pouvoir et réseaux de vie sociale.

La quatrième partie décrit d’une manière plus précise et complète les différents réseaux de vie sociale et leurs institutions, missions, organisations, fonctionnements respectifs.

La cinquième partie aborde les dysfonctionnements actuels, les excès pratiqués par les dirigeants actuels mais aussi les résistances qui n’ont jamais cessé face à cette domination de la minorité au pouvoir. Nous tentons ici, de trouver la transition entre système et réseaux de vie et les conditions de l’abandon des systèmes de pouvoir afin de développer à nouveau nos réseaux de vie sociale.

Pour compléter et terminer cette introduction générale, nous précisons les éléments fondamentaux qui déterminent ce choix entre systèmes de pouvoir et réseaux de vie, ce choix de civilisation. Cette perception antinomique et inconciliable, ce conflit entre deux cultures aux intérêts contraires depuis l’aube de l’humanité portent essentiellement sur la conception de l’être humain, la notion de qualité au travail et la perception du travail, l’organisation du pouvoir et la priorité donnée soit à la politique ou à l’économie, la priorité donnée à la centralisation du pouvoir ou à son partage. Nous verrons ainsi mieux les grandes différences entre systèmes de pouvoir et réseaux de vie sociale. À partir de ces choix parmi le savoir que les dirigeants des systèmes ou ceux des réseaux de vie ont assumés, nous comprendrons plus aisément le fonctionnement de chacune de ces deux manières de vivre en société mais qui ont des conséquences, des enjeux diamétralement opposés.

Les enjeux de ce conflit entre ces deux conceptions de la place de l’être humain dans les organisations politiques, économiques, sociales et culturelles sont un choix de civilisation, un changement de paradigme au niveau des connaissances intellectuelles et spirituelles. Les apports récents de l’anthropologie, la prise en considération des cultures des peuples premiers et des civilisations antiques, les découvertes archéologiques tout comme les découvertes scientifiques sur la vie du corps humain, la vie animale, végétale, minérale, la vie de notre planète et des univers, remettent en cause nombre des interdits et des tabous posés par les dirigeants des systèmes de pouvoir et spécialement des théocraties. Pourtant ces dirigeants défendent leur pouvoir et étendent leur domination sur l’économie mondiale, les modes de vie des consommateurs. La fanatisation des populations soumises aux dogmes religieux ne cesse de se répandre avec les moyens modernes de télécommunications. Pourtant les menaces sur la vie sur Terre, le dérèglement du climat lié aux activités industrielles, les idéologies racistes, fascistes qui entretiennent les conflits civils et militaires sinon les volontés de génocide, d’eugénisme, n’ont jamais été aussi nombreuses et visibles, mises en avant par les dirigeants au pouvoir pour terroriser les dissidents qui refusent de penser et d’agir comme eux.

Après avoir décrit ce conflit entre deux interprétations de la conception de l’être humain et de sa place dans les institutions qui organisent la vie sociale, dans les parties 1 et 2 nous présentons les moyens spécifiques utilisés dans les réseaux ou dans les systèmes de pouvoir, le fonctionnement de chacune de ces deux manières de vivre ensemble selon le degré de liberté ou de soumission, de volonté individuelle permise ou non dans les valeurs, les normes et les modes de vie de la culture mise en place par le pouvoir.

Cette démarche spirituelle et intellectuelle menée par le poète qui s’exprime ici répond à l’action poétique qui change la vie, la vie en société particulièrement. Elle répond également à cette mission si évidente indiquée par Paul Eluard :

 » La solitude des poètes, aujourd’hui, s’efface, voici qu’ils sont des hommes parmi les hommes, voici qu’ils ont des frères. »

Ce choix du poète correspond à un signe de civilisation, utiliser notre première source de savoir initiatique et spirituelle pour guider nos actions vers nos proches. Nous y reviendrons constamment dans le fonctionnement des Réseaux de Vie. Sans ce partage de l’indicible de la vie après la vie du corps humain, sans cette aide de celui qui a franchi le seuil de son initiation à la vie d’après la vie humaine, il ne peut y avoir une civilisation humaniste et florissante. De ce fait, le poète initié est au départ, au centre, à l’extrémité de la civilisation pour laquelle il traduit le mystère de la Vie. Comme Sigmund Freud l’a indiqué, la contribution du poète est supérieure à celle du médecin et du prêtre parce qu’il soigne les âmes en partageant son dialogue de l’âme pour l’âme.

« Une étudiante a demandé une fois à l’anthropologue Margaret Mead ce qu’elle considérait comme le premier signe de civilisation dans une culture. L’ étudiante attendait que l’anthropologue parle d’appâts, de bols d’argile ou de pierres à aiguiser, mais non. Mead a dit que le premier signe de civilisation dans une culture ancienne est la preuve d’une personne avec un fémur cassé et guéri. Mead a expliqué que dans le reste du royaume animal, si tu te casses la jambe, tu meurs. Tu ne peux pas fuir le danger, aller à la rivière boire de l’eau ou chasser pour te nourrir. Tu deviens de la viande fraîche pour les prédateurs. Aucun animal ne survit à une jambe cassée assez longtemps pour que l’os guérisse. Un fémur cassé qui s’est guéri est la preuve que quelqu’un a pris le temps de rester avec celui qui est tombé, guéri la blessure, mis la personne en sécurité et s’en occupe jusqu’à ce qu’il guérisse. « Aider quelqu’un à traverser la difficulté est le point de départ de la civilisation », a expliqué Mead. La civilisation est une aide communautaire.»

Apprendre à développer un art de vivre retrouvé, comme dans les civilisations les plus florissantes de l’histoire de l’humanité, apprendre à survivre à la vie si instable de notre planète et comprendre le mystère de l’Apocalypse tel qu’il fut enseigné sur les bords du Nil dans le temple de Dendérah et sa double maison de vie, tel est le propos de cet essai sur nos Réseaux de Vie mis en ligne sur fileane.com. Entrez vous aussi dans ce vaste domaine du droit interdit, de notre première source de savoir pour développer vos compétences dans la remise en place de nos réseaux de vie sociale et quitter, abandonner toute soumission aux dirigeants des systèmes de pouvoir.

Commençons par préciser ce conflit entre deux cultures qui accordent une place radicalement différente à l’être humain dans le fonctionnement des institutions politiques, économiques, sociales, culturelles.

Systèmes de pouvoir et Réseaux de vie :

deux conceptions opposées de la mission d’autorité qui appartient à chaque être humain.

Nous venons de présenter et de définir les deux manières d’utiliser le pouvoir pour organiser une société, soit en système de pouvoir, système militaire, politique et policier, économique, théocratique, soit en réseaux de vie sociale, sans centralisation du pouvoir mais en démocraties directes locales participatives rassemblées autour de puissantes confédérations.

Ces deux utilisations du pouvoir, radicalement opposées, ont pour origine une conception particulière retenue sur l’être humain. Ce choix de la place accordée à l’être humain, aux citoyens, dans le fonctionnement d’un groupe social, est l’acte fondateur d’un pouvoir. Autrement dit, le pouvoir est-il exercé par l’ensemble du groupe social ou bien le pouvoir est-il exercé par une minorité qui a pris le pouvoir et qui légitime sa place à travers des théories, des idéologies, des modèles au service des intérêts particuliers et privés de cette minorité ?

Cette place de l’être humain dépend du contexte relationnel. Dans un groupe restreint, la dynamique du groupe sera plus facile à mettre en place et le management participatif sait comment la développer dans les groupes de résolutions de problèmes, les cercles de qualité, les groupe d’amélioration de la qualité, etc. En dehors de l’entreprise cette dynamique de groupe restreint concerne les équipes sportives, les groupes de projets citoyens, les associations, etc.

Par contre, l’idée commune est d’avancer que ces méthodes de dynamique de groupe restreint ne sont pas transposables dans des groupes sociaux plus importants où le nombre de membres implique d’autres méthodes de management, notamment un management hiérarchique comme dans les systèmes de pouvoir.

C’est commettre à ce niveau de grossières erreurs et surtout ignorer que dans chaque groupe, quelle que soit sa taille, il s’agit de comprendre et de bien organiser le fonctionnement du pouvoir, c’est à dire les relations entre Autorité – Pouvoir – Commandement.

Le pouvoir a pour mission première la sélection des connaissances qui servent ses objectifs et l’exclusion, la mise sous tabou des connaissances qui nuisent aux intérêts qu’il veut développer. Ensuite la mission du pouvoir repose sur l’élaboration des lois, des règles qui organisent le fonctionnement de la société qu’il veut diriger.

Le commandement s’occupe de l’application des lois. Il nécessite d’autres compétences que celles nécessaires pour élaborer les lois. Faire appliquer une loi présente des difficultés nombreuses depuis l’interprétation de la loi, l’adaptation de la loi aux cas particuliers et aux particularités locales, l’adaptation aux citoyens qui ne la comprennent pas ou refusent de la voir appliquer parce qu’ils proposent une loi ou une règle qui pour leurs intérêts est plus judicieuse. Les qualités relationnelles des personnes chargées du commandement sont primordiales tout comme leurs compétences pour trouver l’adaptation de la loi au cas par cas. Les responsables du commandement peuvent être ainsi remplacés s’ils échouent dans leur mission sans que cela soit nécessaire forcément de changer une loi.

L’autorité représente alors la source du pouvoir et du commandement. Rien à voir avec autoritaire ou autocratie qui sont un style de commandement utilisé dans les systèmes de pouvoir pour imposer une volonté ou l’idéologie des dirigeants. Le comportement autocratique, dans la communication interpersonnelle, est la première étape de l’attitude d’agressivité dont les comportements plus graves sont saboteur, persécuteur.

L’autorité appartient aux citoyens et ils délèguent toute ou partie de leur mission d’autorité à celles et ceux qui ont pour mission d’exercer le pouvoir ou le commandement. En cas de crise au niveau du pouvoir et du commandement, les citoyens reprennent leur délégation d’autorité soit pour exercer eux-mêmes temporairement les missions du pouvoir et du commandement, soit pour désigner de nouveaux responsables pour les missions du pouvoir et du commandement.

Ces relations entre autorité – pouvoir – commandement se déroule dans un contexte culturel qui définit la culture du groupe social. Une culture de groupe comprend les valeurs, les normes et les modes de vie. La cohérence entre ces éléments garantit la force d’une culture pour conduire un groupe social vers le but qu’il s’est fixé et qui dirige la réalisation de ses finalités, de ses missions à travers les projets de vie qu’il entreprend. Ce sont les modes de vie qui évoluent le plus souvent et le plus rapidement. La jeunesse y participe pour beaucoup mais d’autres tranches d’âge ou catégories sociales, comme actuellement les seniors, les personnes en fin de vie, les citoyens exclus du travail stable et rémunéré convenablement, etc. subissent une évolution de leurs modes de vie qui remet en cause et les valeurs et les normes dans cette culture du groupe social.

Les responsables de la mission du commandement sont les premiers au contact de ces changements dans les modes de vie. Soit les dirigeants du pouvoir leur demandent de réprimer ces nouveaux modes de vie pour maintenir au pouvoir des politiques conservatrices, soit les dirigeants au pouvoir acceptent d’adapter les lois, les règles à ces nouveaux modes de vie. Ainsi l’exercice du pouvoir peut être bloqué, fermé à toute évolution ou bien il peut être ouvert, souple pour s’adapter aux nouveaux modes de vie et modifier les valeurs et les normes de la culture du groupe social.

 

Le droit constitutionnel présente les solutions juridiques retenues pour organiser les relations entre autorité – pouvoir – commandement au sein d’une culture politique, économique, sociale, culturelle adoptée par une nation, un ensemble de citoyens rassemblés autour d’un même projet de vivre ensemble sur un territoire donné ou à travers l’ensemble de notre planète.

L’histoire du droit constitutionnel en France depuis 1789 est sur ce point édifiante, choquante. Dans l’Ancien Régime, une disposition permettait d’assurer une sortie de crise avec une certaine souplesse : lorsque les caisses du royaume étaient vides, le roi avait l’obligation de réunir les États Généraux, ce qui fut le cas en 1789. Mais les révolutionnaires puis leurs successeurs jusqu’à aujourd’hui, ont pris bien soin de ne pas reconduire cette mesure frappée pourtant du bon sens. En cas de crise, lorsque les caisses de la république sont vides où présentent un endettement sérieux, les gouvernements peuvent poursuivre leurs politiques sans que les citoyens, des États Généraux, s’en mêlent. Depuis 1790, toutes les constitutions françaises sont ainsi fermées. Les changements de constitution ont tous eu lieu soit après des guerres militaires soit après des troubles civils, la Constitution de 1958 ne faisant pas exception à cette règle suite aux évènements d’Algérie. Ce blocage de nos institutions et ce rejet de l’intervention des citoyens en cas de crise politique, économique et sociale participe à cette fracture entre les citoyens et leurs dirigeants politiques et économiques, fracture qui s’est considérablement encore creusée depuis les années 2000. La coutume républicaine veut qu’il faut passer par la rue pour changer de constitution et de régime politique. Mais ces nouvelles constitutions fermées ne changent pas les relations entre autorité – pouvoir – commandement parce que l’autorité reste confisquée par les dirigeants qui ont pris le pouvoir en 1789. En clair, le peuple, l’ensemble des citoyens sont écartés de l’exercice du pouvoir et du commandement.

L’origine de cette situation choquante est connue. Les révolutionnaires de 1789 n’avaient aucun projet sérieux pour développer une république conforme à l’idéal de liberté, égalité, fraternité. Ils ignoraient le fonctionnement de l’époque médiévale, dernière période florissante avant la mise en place de l’absolutisme royal et de la centralisation du pouvoir. Ce savoir sur le fonctionnement d’une organisation en réseaux de vie s’était perdu après des siècles de mise au secret et de tabou.

La conception de l’autorité, de la mission d’autorité exercée par les citoyens a tout de suite fait l’objet de conflits politiques majeurs. Nous retrouvons ici l’affrontement entre les deux conceptions de la place de l’être humain dans une société. La conception de Jean-Jacques Rousseau sert à légitimer les systèmes de pouvoir alors que celle de Freud permet de mieux expliquer le fonctionnement des réseaux de vie. Rousseau reste fidèle à la conception soutenue par la papauté romaine depuis le Concile de Nicée en l’an 320-325. Sigmund Freud, devant la barbarie de la Première Guerre Mondiale puis l’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale avec les crimes nazis et soviétiques, présentera une conception bien plus réaliste et constructive de la mission d’autorité appartenant à chaque être humain.

Rousseau :

estime que l’être humain est naturellement bon et que la société le corrompt. Cette pensée trouve sa source dans la religion chrétienne et la Bible : la création de Dieu faite à son image ne peut être que bonne. L’analyse du fonctionnement de la société chez Rousseau est simpliste car son rejet de l’absolutisme royal reste confus puisque le roi est lui aussi naturellement bon au départ. Ce sont donc les corps intermédiaires, les institutions créées pour défendre des intérêts particuliers qui sont responsables du fait que la société ne fonctionne pas correctement et viennent corrompre l’être humain.

L’église catholique romaine va utiliser la pensée de Rousseau pour organiser la révolution française de 1789 dans ce sens. La Convention, est en manque de repères intellectuels pour légitimer sa prise de pouvoir. D’anciens membres du clergé, l’abbé Sieyès et le prince – évêque Talleyrand, tous deux formés au séminaire de Saint Sulpice à Paris fondé par un jésuite venu de Lyon, vont influencer les travaux de la Convention sur cette question du nouveau pouvoir républicain. L’abbé Sieyès va écarter l’interprétation littérale de la pensée de Rousseau qui conduit à la démocratie directe locale participative lorsque le peuple se gouverne lui-même au niveau local. Rousseau n’a pas défini les moyens et les principes à utiliser pour cette démocratie directe. Le Contrat Social de Rousseau n’est qu’une idée philosophique qui ignore les principes juridiques de la subsidiarité, l’alliance des contraires, la propriété commune pour gérer les biens communs, l’utilisation d’une monnaie pleine…, comme à la période médiévale, au temps des cathédrale, avant l’instauration de l’absolutisme royal. L’abbé Sieyès qui se méfie du peuple et de son niveau intellectuel inculte, analphabète, va défendre l’utilisation de représentants du peuple à travers le fonctionnement de deux chambres. Pour l’abbé, l’être humain naturellement bon doit être capable d’exercer la fonction que Dieu lui a confiée : gouverner la Terre. Tous les citoyens n’ont pas forcément cette capacité. Le système électoral doit donc être censitaire : seuls les plus riches ont le droit de vote. Nous trouvons bien ici une illustration de l’idéologie chrétienne de la papauté romaine encore actuelle : d’un côté, les pêcheurs qui ne connaissent pas encore Dieu et son message et de l’autre côté, les bons qui se conduisent selon les préceptes de l’église en cherchant à convertir celles et ceux qui vivent dans le péché et l’ignorance des préceptes divins.

Certains révolutionnaires comme Robespierre, vont s’opposer à cette conception soutenue par Sieyès pour tenter de mettre en place une démocratie directe et nettement moins représentative. Ce seront les Jacobins. Ces querelles affaibliront la Révolution et Sieyès s’alliera avec Napoléon Bonaparte pour mettre en place l’Empire.

Cette conception du pouvoir, de l’autorité et du commandement, selon la papauté romaine se retrouve actuellement dans la notion de Bien commun. Ce Bien commun n’a rien à voir avec la gestion des biens communs qui utilise la propriété commune et la démocratie directe locale participative, les réseaux citoyens de vie. Il est plus un idéal, le but à atteindre qu’une réalité quotidienne. L’église catholique ne peut que montrer comment cheminer pour l’atteindre. Il existe puisque Dieu a créé le monde et l’être humain à son image mais les péchés que nous commettons (les autoroutes actuelles du péché) nous empêchent de le découvrir et de cheminer vers lui. L’économie du Bien commun et ses thèses cherchent donc à maintenir un système de pouvoir hiérarchisé fondé sur la révélation d’une connaissance divine et sur l’utilisation exclusive de la propriété privée. Les plus riches sont légitimés parce qu’ils sont les plus instruits et à quelque part, ils sont naturellement bons. D’où la fumeuse théorie du ruissellement naturel des richesses des plus riches vers les plus pauvres, du moins les plus pauvres qui acceptent de travailler selon les règles des plus riches !

Alors que l’économie des biens communs permet d’éliminer, comme à l’époque médiévale, la misère, la famine, le chômage à travers l’action politique menée par les assemblées locales qui utilisent la subsidiarité pour adapter les solutions optimales à leurs particularités locales, comme au temps des cathédrales, comme chez les peuples premiers en Asie, Mélanésie et ailleurs.

Freud :

au départ tente d’expliquer la violence en se référant à la mythologie, notamment grecque : Éros, Thanatos, etc. A ce moment là, la connaissance n’est pas encore établie entre ces mythes et la légende, le mystère des Andes que les découvertes archéologiques plus récentes vont expliquer. Nous en parlons ailleurs. Vers 1936, suite à sa controverse avec Bronislaw Malinowski, Freud va avoir le courage intellectuel d’écarter ses écrits en les déclarant reposer sur des théories fausses. A travers l’exemple des peuples premiers et spécialement les indigènes des îles Trobriands en Mélanésie, il comprend les travers et lacunes des sociétés patriarcales et les avantages et atouts des sociétés matriarcales où les femmes exercent un réel pouvoir. Le livre de Malinowski :  » La vie sexuelle des sauvages des îles Trobriands «  démontre que ces peuples utilisent des rites puissants et notamment la sexualité à travers des rites orgiaques pour canaliser et évacuer la violence individuelle et sociale. Au cours de ces rites, il est possible de franchir le tabou de l’inceste pour garantir justement la paix au sein d’un village, d’une tribu. C’est à la mère et à elle seule de le décider pour le bonheur futur de ses enfants qui ainsi, heureux dans leurs couples, participeront à la vie paisible du village.

Malinowski va utiliser ces témoignages de vie amoureuse et sociale pour établir la doctrine du fonctionnalisme pour démontrer que les coutumes et les rites sociaux ont une fonction pour stabiliser un groupe social, renforcer sa cohésion et développer la paix sociale, en utilisant notamment la liberté sexuelle alors que justement Freud indiquait jusqu’alors, que la répression de la sexualité serait le fondement de l’ordre social… dans les sociétés patriarcales. Nous avons indiqué le chemin qui depuis le fonctionnalisme mène au structuralisme, à Claude Levi-Strauss et au développement de l’anthropologie, de l’ethnologie en sciences humaines.

Après 1936 et jusqu’à sa mort en 1939, Freud développera lui aussi la possibilité de minimiser les violences pour chaque être humain, d’abord en lui puis autour de lui. Depuis, nous avons aussi découvert l’exemple du peuple Moso en Chine, au pied des hauts-plateaux du Tibet : ce peuple sans père ni mari, où le mariage tue l’amour, et qui vit quotidiennement la réalisation pragmatique des valeurs fondamentales de l’humanité : l’amour et la paix. L’amour entre êtres humains, la paix entre groupes sociaux, entre cultures humaines.

Autant la conception de l’être humain de Rousseau apporte des bases intellectuelles à la justification des systèmes de pouvoir, autant celle de Freud, de Malinowski, du structuralisme, l’exemple des peuples premiers qui n’ont pas connu l’état centralisé et la société industrielle, servent de fondement pour le développement de nos réseaux de vie, sans systèmes de pouvoir centralisé.

 

Autorité Pouvoir Commandement dans la dynamique de groupes restreints.

 

La reconnaissance du rôle d’un groupe restreint n’est pas la conséquence d’un changement de culture paternaliste, autocratique ou l’abandon des systèmes de pouvoir mais la conséquence d’une nécessite vitale : abandonner le conformisme et la normalisation pour développer des minorités actives capables d’innover et d’adapter les nouvelles technologies.

Le groupe restreint a en priorité été l’équipe de la Direction Générale : il s’est agit de faire travailler ensemble des experts dans de multiples domaines puis, mondialisation oblige, des managers de cultures différentes. Dans l’organisation d’un groupe et pour développer la motivation, l’appartenance au groupe ainsi que la direction participative d’une équipe, nous trouvons les formations fondées sur la dynamique de groupe ( Anzieu, etc. ). Sur ce site, nous présentons une formation sur l’utilisation de la grille de Blake et Mouton..Ces formations sont devenues des classiques incontournables dans le développement des ressources humaines. 

Dans les années 1980, l’arrivée de la micro informatique et surtout des automates programmables dans les usines, ont rendu indispensables d’une part les groupes de projet pour intégrer ces nouvelles technologies et d’autre part les groupes d’amélioration de la qualité, les cercles de qualité pour éliminer les dysfonctionnements dans le processus de production des richesses au sein d’une entreprise. Le point de départ est la reconnaissance officielle que 80% des problèmes du groupe sont de la responsabilité de la direction, du système de commandement hiérarchique et de l’organisation du pouvoir distant et opaque au sein des conseils d’administration où, comme en France, les salariés n’ont pas droit de vote aux assemblées générales des actionnaires. Face aux robots, aux automates programmables, aux micro ordinateurs et leurs nouveaux progiciels, la priorité devint inévitablement l’élévation du niveau de compétences de l’ensemble du personnel.

Jeunes cadres dynamiques, nous avions tous participé depuis 1980 à l’introduction des nouvelles technologies à base d’automatismes dans nos industries et nos projets furent rapidement atteints grâce à des formations sur le management participatif, les méthodes de résolution de problèmes, les outils des cercles de qualité, la gestion du temps et la chasse aux voleurs de temps, etc. Pourtant, dans notre usine, lorsque nous avions compté l’accroissement de la valeur ajoutée réalisée, les gains de productivité ( plus de 30% en 1986 ), que nous avions vu les chiffres de notre participation ( 2,3 mois de salaire brut en 1986 ) et de notre intéressement ( 1 mois de salaire net en 1986 ), nous pensions que cela allait durer de nombreuses années. Avec un consultant du cabinet I.E.C.I. venu nous aider à automatiser quelques une de nos installations, nous étions arrivés au point de constater que ce développement important de nos initiatives et de nos responsabilités dans nos groupes de projets et d’amélioration de la qualité remettait en cause le pouvoir même dans nos entreprises : qu’il s’agissait de le revoir de fond en comble pour le partager entre tous les acteurs de l’entreprise et de ne plus le laisser aux seuls mains des actionnaires et de la direction générale.

L’évolution déterminante provenait de l’élévation importante des compétences au niveau de la généralisation de la polyvalence mais aussi du développement de l’expertise dans chaque service. Les formations se succédèrent pendant plus d’un an et une semaine, l’ensemble du personnel administratif et les ingénieurs et techniciens retournèrent au Lycée de la ville environnante pour apprendre l’utilisation du progiciel Lotus 1.2.3., du tableur et du traitement de texte, du partage d’écrans et de la base de données. Une copie de ce progiciel avait été achetée et donnée au Lycée et des professeurs de mathématiques formèrent le personnel notamment sur le tableur, les graphiques, les nuages de points et la droite des moindres carrés, etc. Ceci en 1986.

L’élimination des dysfonctionnements, l’amélioration de la communication et de l’organisation du temps de travail jouèrent au niveau de l’autorité : chaque membre du personnel trouva une motivation nouvelle surtout qu’il participait à l’exercice de la prise de décision dans son cercle de qualité ou son groupe de projet. Au niveau du commandement, le management participatif éliminait la plupart des difficultés. Le pouvoir était bien entre les mains du personnel.

Un jour, à la cafétéria après le repas de midi, notre directeur d’établissement, avant de prendre son café, nous interpella. Il était très inquiet au point de glisser sur le terrain de la confidence : il craignait pour son poste de directeur car ses supérieurs au siège France, au siège européen et au Home Office sur la côte est des USA, n’allaient pas tarder à constater, comme lui, que son poste était devenu inutile. Depuis la mise en place des cercles de qualité et des groupes de projets, la qualité des dossiers soumis à sa signature n’avait jamais été aussi élevée. Les dysfonctionnements s’étaient rapidement résolus et il commençait à ne plus trop rien comprendre parmi les nouvelles expertises acquises dans l’usine. Face au management participatif qui organisait de fait le pouvoir et le commandement, lui et son management paternaliste voire autocratique faisaient dorénavant tâche. Son seul argument de base : il devait mener un management autocratique comme à l’armée dans cette usine classée Seveso car il avait la responsabilité de nos vies face aux risques multiples d’explosion, d’incendie, de catastrophe industrielle majeure à dimension internationale.

Le dilemme ainsi posé fut vite résolu. Après un partage somme toute équitable des gains de productivité réalisés en 1986 et versé en 1987 au titre de la participation et de l’intéressement, sans oublier les primes versées à la fin des projets ou au titre des initiatives individuelles, en 1988, participation et intéressement furent réduits à un demi mois de salaire brut. La Direction de la filiale France répondit qu’il s’agissait d’une mesure d’équité vis à vis des autres filiales du groupe vu qu’en France nous avions déjà 5 semaines de congés payés, la participation obligatoire, l’intéressement et les avantages de la sécurité sociale. En clair, le groupe s’était renseigné vis à vis des autres entreprises du CAC 40 qui s’accordaient à ce niveau de participation et d’intéressement. Pour y parvenir, la filiale France dans son compte de résultat avait transféré une provision exceptionnelle à sa filiale Europe, ce qui ajustait le résultat à ce niveau de participation et d’intéressement. Lors de cette annonce au comité de Direction de l’usine, le chef du service entretien et travaux neufs qui avait la responsabilité de l’automatisation de l’ensemble de l’usine, révulsé par cette politique, s’est écrié  » les salauds de financiers ! « . De ce moment date mon intérêt particulier pour l’élimination des salauds de financiers et de l’oligarchie financière anglo-saxonne en général. La suite des évènements fut la fermeture des cercles de qualité, ce que le personnel ne comprit pas et la création d’un service qualité et métrologie avec le recrutement d’ingénieurs et techniciens spécialisés dans ce domaine… et l’achat d’une table en marbre pour les mesures laser et autres.

Début 1990, au cours d’une discussion téléphonique avec le consultant d’IECI, lui qui était aussi déçu de la fin du mouvement qualité totale en France, conclut que les salariés à travers ce mouvement avaient pris le pouvoir de fait dans les entreprises grâce à leurs compétences nouvelles pour réussir l’automatisation des ateliers et l’organisation du management participatif. Les actionnaires s’étaient rendu compte de la perte de leur pouvoir et commandement, tout comme notre Directeur d’établissement autour de son café. 

Nous savons depuis que le pouvoir des actionnaires propriétaires privés, a utilisé ces gains de productivité pour confisquer ces bénéfices et les utiliser dans sa stratégie de domination du marché pour réaliser de coûteuses opérations de rachat de concurrents, d’OPA et de fusion-absorption afin de réaliser d’autres gains de productivité à travers des économies d’échelles rendues possibles par la mondialisation de l’économie et pour le seul profit des actionnaires des entreprises gagnantes. Récemment, la famille et les actionnaires de cette multinationale américaine ont vendu la société à Dow Chemical et l’usine qui comptait plus de 700 salariés a un effectif voisin de 250. Les actionnaires restent gagnant, pas nous ! 

Le management participatif généralisé dans les entreprises dès le début des années 1990 a été remplacé par le Knowledge Management : les salariés devaient donner leurs compétences par écrit de manière à les enregistrer dans les bases de données. Un salarié pouvoir être absent ou licencié, ses connaissances restaient dans l’entreprise. Puis il y a eu le Risk Management : les actionnaires échaudés par les scandales ENRON et autres, se sont méfiés des salariés y compris dirigeants qui peuvent détourner des moyens de l’entreprise à leurs profits et nuire ainsi aux profits des actionnaires. Une charte fut imposée aux salariés avec un recueil des procédures à suivre sous peine de sanctions. Ce fut le retour du néo taylorisme à tous les niveaux supprimant les initiatives individuelles et la créativité du personnel. Enfin le pouvoir et le commandement des actionnaires se traduisit par les restructurations d’entreprises, les délocalisations… La compétitivité rejeta l’élévation du niveau des compétences, la modernisation de l’outil de production et parmi les quatre sources de gains de productivité, ce sont les changements de structure (délocalisations) et surtout les économies d’échelle négatives (les réductions d’effectif et des coûts salariaux, des frais de personnel) qui furent utilisées. La standardisation des normes d’économies comptables élimina tout management de groupe restreint et tout caractère d’une organisation humaine dans la plupart des entreprises.

Aujourd’hui, ce problème a débordé le cadre des entreprises pour devenir un problème politique majeur et poser un véritable choix de société, celui que nous présentons ici : soumission dans des systèmes de pouvoir ou vivre libre en travaillant dans des réseaux de vie sociale.

 

Une introduction au Droit.

 

Autorité – Pouvoir – Commandement est aussi un questionnement propice à une initiation au droit, en utilisant au départ le cadre de référence de l’instruction civique et celui plus approfondi du droit constitutionnel.

L’action de formation présentée ici repose sur le cours monté par Gérard pour servir d’introduction au programme de Droit en classe de Première dans son lycée. Avant de se lancer immédiatement dans la description des différentes branches et sources du Droit, Gérard mobilisait l’expérience de ses élèves dans la vie en groupe ( famille, camarades, club sportif, etc. ) pour dégager le fait que les membres du groupe sont obligés pour des raisons pratiques de déléguer toute ou partie de leur autorité à une minorité dirigeante chargée de se spécialiser dans la rédaction de règles de vie commune. Lorsque le groupe est restreint et que cette délégation est inutile, il reste la question du commandement : qui est chargé d’appliquer et de faire respecter les règles. Rapidement les élèves comprennent que cette mission requiert des capacités relationnelles importantes ainsi que des qualités de sincérité, d’honnêteté, de négociation. Ces capacités font l’objet d’ailleurs de formation en communication et organisation, développement personnel ( assertivité, etc. ) et les élèves admettent tout aussi vite qu’un commandement réparti entre les membres du groupe selon les compétences apportées par chacun, mène à un style de management participatif bien plus efficace et efficient qu’une direction autocratique ou paternaliste. 

 

Un décryptage de la vie politique et de nos institutions.

 

Au niveau du droit constitutionnel, l’organisation du pouvoir actuellement enseignée repose sur des acquis de l’histoire française. Après le vendredi 13 octobre et la destruction de l’ordre du Temple, le développement de l’absolutisme royal se heurta à de nombreuses contestations, la guerre de cents ans en fut une parmi d’autres. Pour pacifier le pays et limiter l’absolutisme royal fondé sur le droit divin, il fallut attendre Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu et son ouvrage de 1748, L’esprit des lois. Montesquieu établit le principe de la séparation des pouvoirs entre exécutif, législatif et judiciaire. C’est au moment de la révolution et de l’instauration de la République que ce principe fut intégré à la Constitution de 1791.

Déjà une erreur a été introduite par Montesquieu : il a oublié le pouvoir militaire, la puissance du sabre. Certes, nous pouvons admettre qu’il est sous-entendu que ce pouvoir est confondu avec le pouvoir exécutif. Pourtant cette omission a pour conséquence d’attribuer le monopole du pouvoir militaire au chef de l’exécutif qui pourra s’en servir pour défendre son pouvoir. Montesquieu, nous le savons, militait pour un pouvoir royal éclairé et il n’avait pas élargi son cadre de raisonnement au delà d’une royauté constitutionnelle ( à l’anglaise par exemple ). Dès lors, pour changer le chef et la minorité dirigeante, le peuple ou les opposants sont obligés de se mettre dans l’illégalité, de prendre les armes et de renverser par la force militaire le pouvoir en place ( exécutif, législatif et judiciaire ). Nous rappelons que le France n’a jamais réussi à changer de constitution sans connaître soit des guerres militaires soit des guerres civiles, la constitution de 1958 n’échappant pas à cette tradition malheureuse ( les personnages du roman  » D’Éleusis à Dendérah, l’évolution interdite  » organiseront un ordre chevalier et quand les dirigeants de nos systèmes de pouvoirs tenteront de le détruire, les chevaliers mèneront le combat militaire et le gagneront. ) 

La seconde erreur de Montesquieu a été de ne pas voir que la mise en place d’une séparation des pouvoirs n’est qu’une organisation plus démocratique d’un système de pouvoir. Au delà de cette organisation, il reste la question essentielle : le sens de ce pouvoir, sa finalité. Montesquieu se limite à organiser le pouvoir et le commandement, il ne touche pas à l’autorité au sens que nous précisons ici. Il n’a pas cherché les origines du pouvoir royal aussi bien dans la tradition égyptienne pharaonique que dans la tradition juive, que dans la culture celte. La royauté ne trouve sa légitimité que dans la monté sur le trône d’un initié capable d’établir l’alliance entre Dieu et un peuple et Montesquieu ne s’est pas souvenu que dans les Évangiles, Jésus à détruit cette forme d’organisation du pouvoir royal centralisé au cœur d’un système, en ouvrant la voie de la libération des peuples et en ré instaurant une organisation en réseau à travers les communautés chrétiennes. Tant qu’une analyse ne remet pas en cause un système de pouvoir et ne pose pas le choix fondamental entre s’organiser en système ou s’organiser en réseau, cette analyse est biaisée, incomplète et mènera inéluctablement à une opposition qui se sentira trahie, flouée par une minorité dirigeante qui a su imposer le choix du système pour partir à la conquête de richesses matérielles dont elle en aura le monopole. Montesquieu ne pouvait pas mener son analyse aussi loin sans quoi il aurait restauré l’organisation en réseau du temps des cathédrales et supprimé l’absolutisme royal. N’a-t-il pas osé, voulu, savait-il quelles limites il posait à sa séparation des pouvoirs ? A-t-il reculé devant l’interdit et le tabou ? Laissons ces querelles aux historiens et aux critiques littéraires, il n’en demeure pas moins que Montesquieu n’était pas un poète, qu’il n’avait pas d’expérience dans l’utilisation de la première source de connaissance personnelle, dans la voie initiatique. Il n’a utilisé que son savoir intellectuel, rationnel. 

La révolution de 1789 en posant le principe que le peuple est souverain a changé la nature de l’autorité pour la reconnaître à chaque citoyen. Elle ne vient plus d’un roi qui l’a reçue de Dieu. Mais après ce principe, ce fut la confusion lorsqu’il s’est agi de superposer à ces trois situations de base ; autorité, pouvoir, commandement, le système de la séparation des pouvoirs. L’abbé Sieyès n’en voulait pas de ce principe puisqu’il s’en tenait à l’organisation de l’église chrétienne centrée sur la papauté et sur une élite dirigeante car savante comme du temps de Rome et de la Gaule. Les révolutionnaires écartèrent cette position pour adopter le principe de la séparation des pouvoirs comme un des piliers de la République et des démocraties. Mais cette mesure est avant tout une précaution, une interdiction à un retour de l’absolutisme royal. La République tente de se maintenir en place mais elle ne dit rien sur son projet à moyen et long terme ou plutôt elle ne sait pas où aller et quelle culture républicaine mettre en place avec des valeurs, des normes et des modes de vie.

A la place d’une culture républicaine qui pouvait reprendre les éléments de la culture du temps des cathédrales, à la condition de savoir lire l’histoire qui accompagne l’époque médiévale d’avant 1307, les révolutionnaires après 1789 restèrent au niveau des fictions et des utopies telles que la plus fameuse : liberté, égalité, fraternité. Nous restons ici au niveau des idéaux républicains et le propre d’un idéal, une fois montrée une direction, est que cet idéal ne sera jamais atteint. Au nom d’idéaux, les dirigeants des systèmes de pouvoir peuvent tout dire puisque personne n’est capable de décrire le chemin qu’il y a lieu de suivre pour arriver à l’idéal. Chaque fois qu’un dirigeant républicain se réfère à un idéal, en réalité il ment car il ne connaît pas le chemin pour le réaliser. Nous sommes au cœur non plus de la séparation des pouvoirs dans le cadre de l’organisation du pouvoir républicain mais seulement au cœur de la séparation, au bord du fossé, de la fracture inéluctable entre les citoyens et les homme, femmes politiques qui se font élire pour diriger la République et les démocraties situées dans le cadre des systèmes de pouvoir. Ce mécanisme politique fallacieux porte alors tous les germes de la dictature et au minimum le retour à un absolutisme du pouvoir non plus exercé par une monarchie et son aristocratie mais par une autre classe dirigeante qui veut devenir la plus riche, la haute bourgeoisie d’affaires dans le nouvelle société industrielle.

Nous n’allons pas ici dans cette introduction qui présente le choix de civilisation entre systèmes de pouvoir et réseaux de vie sociale, approfondir le fonctionnement des systèmes de pouvoir que nous ferons dans la partie 2. Nous restons seulement à l’essentiel : l’utilisation des dogmes et des idéologies, des fables, pour masquer le but de la minorité qui accapare le pouvoir et le commandement, maximiser ses profits et s’enrichir sans limites.

L’utilisation des idéaux et des dogmes, des idéologies pour mettre en place une dictature a pu se vérifier malheureusement au cours du XXème siècle. Hannah Arendt a bien étudié ces mécanismes totalitaires :

 » Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que voulez ! « 

Tant qu’à faire, pour répondre à Hannah Arendt, nous pouvons apporter d’autres citations plus constructives :

“Bien informés les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets.” Alfred Sauvy.

 » Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. » Aldous Huxley.

 » Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé. Tout ce que nous faisons, tout ce que nous sommes, est l’aboutissement d’une travail séculaire.  » Ernest Renan.

 » Le monde est dangereux à vivre non à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire « . A. Einstein.

 » Croyez moi, ne craignez pas les fripons ni les méchants, tôt ou tard ils se démasquent. Craignez l’honnête homme qui se trompe ; il est de bonne foi avec lui-même, il veut le bien et tout le monde s’y fie ; mais, malheureusement, il se trompe sur les moyens de le procurer aux hommes. » Fernandino Galiani, économiste italien, 1770.

 » Et quel que soit le mal que puissent faire les méchants : le mal que font les bons est le plus nuisible des maux. » Friedrich Nietzsche, 1885.

Nous n’allons pas ici jouer aux bons et aux méchants mais il est clair que nous retrouvons notre choix de civilisation entre systèmes de pouvoir et réseaux de vie sociale. Les  » bons  » qui s’ingénient à ce que tout aille pour le mieux dans les systèmes de pouvoir, oublient, ne savent pas, ne voient pas qui dirige leur système de pouvoir et comment ils sont manipulés, y compris dans le cas où ils ont compris qu’on leur ment tout le temps. Mussolini, Hitler, Lénine, Staline mais aussi Churchill, Roosevelt ont-ils su et compris quelle minorité dirigeante les a utilisés pour maximiser ses profits ? Ou bien ont-ils été justement choisis parce qu’ils se soumettraient sans rien comprendre à ce délire insensé de vouloir conquérir des empires en massacrant leurs peuples dans des guerres destinées à obtenir des profits exceptionnels impossibles en temps de paix et la possibilité de piller les richesses des vaincus ?

Pourtant dès 1936, des voix mettaient en garde les peuples :

 » On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels «  Anatole FRANCE (1844-1924), L’Humanité, 18 juillet 1922.

 » La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. » Paul Valery

Quant aux questions de croyances des gens, à l’attitude des dirigeants :

 » Parfois les gens ne veulent pas entendre la vérité, parce qu’ils ne veulent pas que leurs illusions se détruisent «  Friedrich Nietzsche

 » Les grands hommes appellent honte le fait de perdre et non celui de tromper pour gagner. «  Machiavel Nicolas (1469-1527) Florence – Italie.

«La tyrannie d’un prince dans une oligarchie n’est pas aussi dangereuse que l’est l’apathie des citoyens dans une démocratie» Montesquieu (1689-1755)

“Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.” Montesquieu.

Dans ce choix de civilisation, il y a une constante :

 » Un homme conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis «  Mahatma Gandhi.

Le principale mensonge dans un système de pouvoir porte sur la notion d’autorité, la mission d’autorité qui appartient à chaque être humain. Cette mission d’autorité est confisquée par la minorité qui dirige un système de pouvoir. Pour masquer cette usurpation du pouvoir, elle met en avant un principe de séparation des pouvoirs. Lorsqu’une dictature se met en place, cette séparation des pouvoirs figure toujours dans les lois constitutionnelles mais en pratique, le dictateur concentre tous les pouvoirs et les exercent en faisant ce qu’il veut !

Il faut arrêter cette confusion sommaire et inculte qui place autorité et autoritaire quasiment sur le même plan, permettant ainsi à celui qui commande, pour se faire obéir notamment des dissidents qui pensent autrement, de recourir aux sanctions les plus lourdes pour défendre son pouvoir confondu avec ses intérêts personnels. Autoritaire est un style de commandement. Lorsque celui qui commande respecte l’autorité des membres du groupe, il n’a nul besoin d’utiliser un style autoritaire. Au contraire, le style participatif est alors une évidence et c’est le seul qui fera progresser le groupe dans la réalisation de ses objectifs et motivera chacun des membres. La démocratie ne peut s’accommoder des voies extrémistes qui réclament toujours plus d’autoritarisme à gauche ou à droite. Ce n’est pas ainsi que l’on remet un système sur les rails mais c’est ainsi que l’on commence par commettre les plus horribles crimes contre l’humanité. 

Alfred de Musset en faisant le bilan de la Révolution de 1789 puis de l’Empire aura ce constat perspicace :

 » Mais toute puissance sur terre meurt quand l’abus en est trop grand. Il n’est pas de pouvoir qui n’aille à ses limites, puis au delà ! »

Tout pouvoir dans un système court à une domination toujours plus grande, tout simplement parce que le but du système correspond à une volonté de conquête, de domination des autres. L’abus du pouvoir par la minorité dirigeante du système provoque sa chute parce que le peuple renverse par les armes cette minorité. Encore faut-il abandonner, quitter les systèmes de pouvoir, ce qui n’a pas été fait depuis le vendredi 13 octobre 1307 en France et ce n’est pas faute d’avoir essayé mais par manque de connaissances sur notre histoire et sur ce droit interdit par la minorité qui dirige les systèmes de pouvoir, droit interdit qui justement nous permet de quitter leurs systèmes de pouvoir.

 

Autorité Pouvoir Commandement dans les Réseaux de vie sociale.

 

Nous venons de voir le cas des Cercles de Qualité dans les usines françaises durant les années 1980. En quelques années le mouvement Qualité Totale avec le management participatif et l’utilisation des sources de gains de productivité que sont la modernisation de l’outil de production et l’élévation du niveau des compétences, a réussi une réduction de 200 milliards de francs sur les 300 milliards que coûtait la non qualité dans l’outil de production industriel français. Nous avons également indiqué comment ce mouvement social a été stoppé puis interdit par les actionnaires et propriétaires privés des moyens de production.

Pour mieux comprendre les conséquences de ce choix de civilisation entre systèmes de pouvoir et réseaux de vie sociale et sans déjà approfondir le fonctionnement des réseaux de vie, ce qui viendra dans la partie 1, nous allons aborder ici les éléments essentiels de ce fonctionnement, à commencer par l’utilisation de nos deux sources de savoir.

Une des dernières utilisations des sources spirituelle et intellectuelle en Europe, dans la tradition des temples des bords du Nil et de la Grèce antique, fut le développement du mouvement monastique et principalement l’ordre bénédictin. L’histoire en est mentionnée dans la partie 3. Dans cette histoire, un cas peut illustrer à lui seul la culture humaniste des réseaux de vie sociale et comment il est possible de nommer au pouvoir un être humain particulièrement doué dans l’exercice de sa mission d’autorité.

Un jeune berger du nom de Gerbert veut s’instruire et devint novice au couvent de Saint-Géraud-d’Aurillac. Il a des dons très élevés en mathématiques et en physique. Lorsqu’un prince d’Aragon passe au couvent, le prieur lui demande si en Aragon, il n’y aurait pas de professeurs capables de poursuivre la formation du jeune Gerbert. C’est ainsi qu’il étudia dans les universités arabes et juives de Tolède ou de Cordoue. Il introduisit ainsi en Occident les chiffres arabes et probablement l’algèbre, solution optimale présentée par l’exercice de la subsidiarité ascendante bien meilleure que l’utilisation des chiffres romains pour des travaux de géométrie, d’architecture, de génie civile et militaire, d’astronomie…. Il est élu pape à travers l’aide des dirigeants bénédictins, il imposa la  » trêve de Dieu  » aux chefs francs qui ne cessaient de se quereller pour piller les richesses des uns des autres et étendre leurs territoires féodaux. Sa connaissance de l’histoire des Berbères et des Ibères, des juifs et des musulmans tirée de son séjour en Espagne, le poussa à fixer comme objectif au mouvement bénédictin la conquête de Jérusalem et de la Palestine. Il avait compris l’importance des Tables de la Loi, probablement plus à travers ses études auprès des savants musulmans qu’auprès des dirigeants de la papauté romaine.

Gerbert devenu le pape Sylvestre II, en l’an mille, commença la préparation du retour en Terre sainte pour les chrétiens afin de trouver le savoir perdu mais probablement sauvé sous le sable ou le temple de Jérusalem selon la coutume des grands prêtres des temples des bords du Nil. Le savoir enfoui sous le sable en Egypte était à ce moment là hors de portée des moines bénédictins, il fut redécouvert pour les européens lors de la campagne d’Égypte dirigée par Bonaparte et Kléber, l’initié entre autres du cercle des charbonniers du haut Doubs qui organisera l’initiation de Bonaparte dans la grande pyramide de Gizeh. Sylvestre II va confier cette préparation au voyage à Jérusalem aux moines de Cluny. Cluny va généraliser l’utilisation des chiffres arabes et réaliser le mariage des cultures présentes à cette époque: culture grecque et romaine, juive, musulmane et arabe, celte. Mais ce savoir resterait incomplet tant que la source de la civilisation méditerranéenne, la source égyptienne déjà présente au Mont Cassin dans les manuscrits sauvés de la bibliothèque d’Alexandrie, dans le savoir apporté par Jean, Antoine, Pacôme depuis le temple de Dendérah et sa double maison de vie, tant que cette source ne serait pas davantage retrouvée pour compléter la culture européenne mise en place depuis Cluny. Pour y parvenir, il fallait chercher à Jérusalem les vestiges du savoir transmis par Moïse, Moïse l’égyptien et poursuivi par Salomon. Dans ce savoir élaboré à travers l’utilisation de nos deux sources de savoir, se trouvait le savoir spirituel lié aux mystères de la vie et notamment aux rencontres avec la présence divine, celle avec laquelle s’établit l’alliance entre les êtres humains qui la reconnaissent et la présence divine.

Nous savons que l’objectif bénédictin d’établir Jérusalem ville ouverte à toutes les religions présentes sur Terre fut trahi par les chefs de guerre francs pour qui cette ville restait avant tout un butin de guerre et ses habitants, un peuple à massacrer avant d’occuper militairement la région. Suite au massacre criminel des habitants lors de la conquête de Jérusalem le 15 juillet 1099, l’ordre bénédictin décida d’avoir sa propre armée. Bernard de Clairvaux rédigea alors les règles des moines soldats de l’ordre du Temple.

Nous n’allons poursuivre une discussion sur le savoir spirituel trouvé à Jérusalem puisque nous avons accès dorénavant au savoir des temples des bords du Nil et essentiellement au savoir enseigné à Dendérah, le temple le plus ancien et au départ en possession de la plus haute initiation. Aujourd’hui ce savoir n’est pas uniquement historique, il vit et parcourt les générations de l’humanité à travers celles et ceux, de l’enfance jusqu’au bout de notre condition humaine, qui cheminent sur le chemin de leur initiation aux mystères de la vie. Nous approfondirons ce savoir dans la partie 4 lorsque nous présenterons la réalisation des œuvres et spécialement l’œuvre du mariage des cultures à partir de nos deux sources de savoir.

Pour revenir à Autorité Pouvoir Commandement, l’initié à la rencontre avec les mystères de la vie et de la vie après la vie humaine sait quelles sont les présences qui exercent le Pouvoir et le Commandement sur la vie humaine et qui ont le savoir sur le fonctionnement de nos univers. Ce Pouvoir et ce Commandement ne sont pas de ce monde. Et l’Autorité ? Elle reste en la possession de l’être humain, elle se traduit invariablement par la mission d’autorité : minimiser les violences en nous et autour de nous pour mettre en place les valeurs d’amour et de paix, valeurs fondatrices d’une humanité réconciliée dans sa condition humaine mortelle au niveau de notre corps charnel.

L’initié à travers sa démarche initiatique et spirituelle partage le vécu de ses rencontres avec les présences de la vie après la vie humaine. Lors de chaque rencontre, une fois son initiation achevée et son dialogue de l’âme pour l’âme bien établi, l’initié a compris que les premiers seront les derniers et les derniers les premiers. Les êtres humains sont évidemment les derniers après ces présences qui gouvernent notre condition humaine. Cependant lors des rencontres, les premiers même bien présents n’agissent pas si le postulant ou l’initié ne formule pas une demande.

L’initié doit agir en premier et les présences répondront. Alfred de Musset présentera cette réalité spirituelle en écrivant : Dieu parle, il faut qu’on lui réponde. Ce vers fait partie de son poème Tristesse. Oui, il est est encore au stade de la tristesse car sa démarche initiatique n’est pas suffisamment aboutie, elle reste au niveau d’une compréhension simpliste, voire religieuse. Rimbaud va poursuivre ce constat de Musset pour aller au dialogue de l’âme pour l’âme et devenir voyant. Notre propos va plus loin, pas seulement voyant car c’est le point de départ, devenir voyant mais ensuite non pas répondre mais oser demander et eux (elles) répondront ! Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers dans le dialogue de l’âme pour l’âme lors de nos rencontres avec les mystères de la vie.

L’autorité sur le plan spirituel, c’est demander et il vous sera donné. Sur le plan intellectuel, c’est minimiser les violences qui sont en nous et autour de nous et qui font partie inhérente de notre condition humaine aux origines biologiques animales sur la planète Terre.

Dès lors, il devient aisé de comprendre la complémentarité entre cet enseignement spirituel et l’enseignement intellectuel. L’initié a dépassé la peur de la mort, il a reçu le don d’amour absolu et avec l’enseignement intellectuel et rationnel, il est capable de partager et mettre en place les moyens pour vivre en paix et en dignité, justice et humanité sur la planète Terre en respectant la Vie depuis celle de la planète, de sa végétation, ses animaux, ses ressources naturelles, ses océans jusqu’à la Vie qui vit en lui et est la même en chacun d’entre nous. Il est aussi aisé alors d’admettre qu’évidemment l’initié ne se soumettra pas à un Pouvoir et à un Commandement autocratique, tyrannique, aux idéologies imposées par les dirigeants des systèmes de pouvoir économiques, politiques, militaires et des théocraties fanatiques.

Pour lui, le choix de civilisation n’est on ne peut plus clair et limpide, déterminé ! Il partage ses connaissances spirituelles et intellectuelles parmi les réseaux de vie sociale… mais aussi la mémoire de ses prédécesseurs assassinés, emprisonnés et rejetés par les dirigeants des systèmes de pouvoir.

Avant de nous rendre à la mission d’autorité du poète parmi nos réseaux de vie sociale, tout comme nous venons de voir les conséquences du choix de civilisation au niveau politique, social et culturel, nous allons aborder les éléments de ce choix au niveau économique et de la perception du travail.

 

Conséquences économiques de ces deux conceptions opposées.

Au commencement, le marché et sa main invisible s’imposent et conduisent l’activité humaine.

La société n’existe pas, il n’y a que les marchés : tel est le fondement de l’idéologie libérale actuellement au pouvoir.

Nous venons de montrer l’origine du choix de civilisation : la reconnaissance ou la négation de la mission d’autorité dévolue à chaque être humain. De cette divergence, l’exercice du pouvoir et du commandement seront tout autre, humaniste ou despotique. Nous avons déjà abordé les conséquences de ce choix au niveau politique, sociale et culturel.

Le prolongement du dogme catholique romain sur la séparation entre fidèles et celles et ceux qui vivent dans le péché sans connaître et vouloir chercher à atteindre le Bien commun, se retrouve dans les dogmes utilisés par les systèmes de pouvoir qui se sont succédés, notamment dans le monde occidental. L’élitisme provenant des dogmes théocratiques chrétiens, s’est naturellement propagé aux nouveaux dogmes économiques de la société industrielle capitaliste. La notion de dieu s’est laïcisée pour pouvoir mieux prendre une dimension universelle par dessus les théocraties et les mouvements religieux. Une main invisible voit le jour, une sorte de conscience supérieure qui conduit finalement les activités humaines vers la réalisation du Bien commun, semblable à celui des dogmes de l’église chrétienne et au service d’une élite savante et dirigeante selon une volonté suprême au dessus de l’humanité.

Les élites sont évidemment les propriétaires individuels des moyens de production, les entrepreneurs privés qui ont le pouvoir économique et influence le pouvoir politique. Les salariés quant à eux ne peuvent pas décemment se voir reprocher de vivre dans le péché, mais vivre plutôt dans la misère et l’alcoolisme qui l’accompagne tant qu’ils ne sont pas devenus de bons employés et ouvriers dans les usines et les commerces de l’ère industrielle. La solution la plus présentable pour écarter les salariés de toute participation au pouvoir économique dans le système capitaliste est de masquer leur présence, de ne pas parler d’eux mais uniquement d’heures de travail, de productivité, de salaires. Le plus important dans les dogmes du système capitaliste ce sont les théories sur la liberté des marchés, la rareté, la concurrence, le prix d’échange, l’accumulation du capital technique et financier, le pouvoir des actionnaires et la liberté d’investir, etc.

Certains économistes donnent également de la voix et de la plume pour dénoncer et mettre à jour l’imposture économique qui gouverne le libéralisme et sa doctrine du libre échange, de la liberté nécessaire des marchés à laquelle les peuples doivent se plier dans une soumission librement consentie, si possible, vu qu’il n’a pas d’autres alternatives selon ces imposteurs et comme le déclarait avec la superbe insolence des ignares et une naïve et stupide obstination coupable, Mme Thatcher à Londres dans les années 1980 : la société n’existe pas, il n’y a que les marchés, donc il n’y a pas d’alternative au libéralisme économique.

Pour mieux montrer ce qu’est l’idéologie libérale et comment fonctionne le capitalisme, nous allons utiliser  la traduction française du livre de l’économiste Erik S. Reinert qui est sortie début mars 2012: « Comment les pays riches sont devenus riches. Pourquoi les pays pauvres restent pauvres », publiée aux éditions du Rocher, 2012. L’auteur nous gratifie d’une présentation éclairée de l’histoire de l’économie, les deux écoles, et surtout il met en évidence le processus de création de richesses, le cercle vertueux des rendements croissants ainsi que le cercle vicieux des rendements décroissants qui laisse les pays dans la pauvreté. Nous poursuivrons l’analyse du fonctionnement du système de pouvoir libéral dans la partie 2 des Réseaux de vie mais ici, dans ce choix de civilisation, ce livre nous permet déjà de montrer comment ce système de pouvoir économique libéral écarte, nie, rejette et interdit la place de l’être humain avec les conséquences de nous connaissons et subissons.

L’histoire des auteurs et des faits économiques montrent que depuis l’antiquité, certains savaient comment développer une ville, une région, un pays tout comme d’autres ont su plonger et maintenir des peuples dans la pauvreté, principalement à travers le colonialisme et les rendements décroissants. C’est un élément important de l’imposture envers les pays pauvres : nous, pays riches avons développé notre industrie grâce au protectionnisme mais vous, les pays pauvres, nous vous interdisons le protectionnisme et tant pis si vous ne pouvez pas vous industrialiser. Ces pays pauvres doivent donc faire comme ont fait les pays riches mais ne surtout pas adopter les discours actuels de ces derniers. Le second élément de l’imposture porte sur la maîtrise du processus de création des richesses avec les rendements croissants. Les dirigeants du systèmes de pouvoir économique l’ont toujours connu depuis l’Antiquité mais en fonction de leurs intérêts particuliers, ils l’ont interdit ou manipulé, aménagé à maintes reprises et ceci s’est toujours terminé par des périodes de misère et de révolte de la misère. Or, ils nous cachent que nous sommes aujourd’hui dans une telle période de crise et de retour de la pauvreté justement parce qu’ils ont choisi d’utiliser ces doctrines libérales contraires au cercle vertueux de la croissance, pour défendre leurs rentes et leurs richesses personnelles en sacrifiant une fois de plus les biens communs. Nous retenons le cœur du propos de Reinert dans ce livre : le processus de création de richesses qui a réussi hier dans des cités organisées en réseaux, dans des systèmes de pouvoir et que nous utiliserons demain dans le développement des réseaux de vie.

Le livre de Reinert publié en 2007 à Londres repose sur l’histoire de l’économie pour confronter les théories et les situations réelles qui démontrent comment certains pays, certaines villes se sont enrichies et se sont développées alors que d’autres sont restées pauvres ou sont condamnées aujourd’hui à rester pauvres par les pays riches. Avec le livre de Reinert, nous avons les bases économiques qui viennent compléter les bases institutionnelles : comment se construit le cercle vertueux de la croissance économique, comment se sont développées les villes et les campagnes, puis les pays industrialisés, comment fonctionne le cercle vicieux de la pauvreté et de l’absence de croissance économique. Reinert part des exemples et des théories depuis la période 1400 environ, il s’attache surtout aux auteurs et réalisations de la Renaissance puis du siècle des Lumières jusqu’à aujourd’hui. Il écrit que ce cercle vertueux de la croissance existait déjà dans l’antiquité mais cet auteur ne prend pas le chemin de l’Égypte et de Dendérah (probablement qu’aucun éditeur ne l’aurait suivi sur ce pourtant si excellent chemin, du moins pour un poète). De même Reinert n’aborde pas le contrôle de l’économie à travers la création de la monnaie par des banques privées, centrales et commerciales et il n’aborde pas la question actuelle du pouvoir de l’oligarchie financière anglo-saxonne. Nous y reviendrons dans la partie 2.

Reinert distingue deux conceptions de l’être humaine à la base des sciences économiques, deux visions de l’humanité qui se résument dans les déclarations d’Adam Smith et celles d’Abraham Lincoln. Nous retrouvons ici nos propos sur le choix de civilisation et le choix de retenir ou non la mission d’autorité de chaque être humain.

Nous reprenons les extraits suivants de ce livre :

Les différences entre les deux théories de l’économie sont profondes, et sont le résultat de deux idées opposées des caractéristiques les plus fondamentales de l’homme, et de l’activité la plus fondamentale de l’homme. Adam Smith et Abraham Lincoln ont soigneusement défini ces deux points de vue différents de la nature humaine et les théories économiques qui en découlent.

  • La théorie fondée sur le troc a été exposée dans la Richesses des Nations d’Adam Smith :

    La division du travail résulte d’une tendance de la nature humaine à… charger, troquer et échanger une chose pour une autre…C’est commun à tous les hommes, et ne retrouve chez aucune autre espèce animale qui ne semble connaître ni ceci ni aucune autre espèce de contrats… Personne n’a jamais vu un chien échanger équitablement et volontairement un os avec un autre chien.

  • Lincoln a décrit sa théorie fondée sur la production et l’innovation dans un discours de la campagne électorale de 1860 :

    Les castors construisent des maisons, mais ils ne les construisent ni différemment ni mieux, ceci depuis près de cinq mille ans… L’homme n’est pas le seul animal qui travaille, mais il est le seul qui améliore son ouvrage. Ces améliorations, il les effectue par des découvertes et des inventions.

Ces deux visions différentes des caractéristiques économiques fondamentales des êtres humains mènent à des théoriques économiques et des propositions de politique économique complètement divergentes. Adam Smith parle bien d’inventions, mais elles viennent d’ailleurs, en dehors du système économique (elles sont exogènes), elles sont libres (information parfaite) et elles ont tendance à affecter toutes les sociétés et toutes les personnes simultanément. De la même façon, les innovations et les nouvelles technologies sont créées automatiquement et gratuitement par une main invisible qui, dans l’idéologie économique actuelle, s’appelle « le marché ».

Les deux théories énonçaient deux origines très différentes pour l’humanité : soit, pour celle d’Abraham Lincoln, au commencement il y avait des relations sociales alors que pour Adam Smith, au commencement, il y avait les marchés….Le point de vue de Smith, dans la tradition anglaise mène à une économie de troc hédoniste et à un système de valeur et d’incitation. La croissance économique tend à être considérée comme une addition mécanique du capital au travail. Dans la tradition continentale, l’essence de l’être humain est un esprit potentiellement noble, avec un cerveau actif qui constamment enregistre et classe le monde autour de lui, selon les schémas définis. L’économie est alors centrée sur la production plutôt que sur le troc, et sur la production, l’assimilation et la diffusion des connaissances et des innovations. La force motrice de cette économie n’est pas le capital en soi mais l’esprit humain et la volonté. La première vue de l’humanité rend possible une théorie économique statique, simple, calculable et quantifiable. Le second point de vue, beaucoup plus complexe, a également besoin d’une théorie bien plus complexe et dynamique, dont le noyau ne peut se réduire à des chiffres et à des symboles. Il est important de noter que la « sagesse orthodoxe », dans une théorie peut être considérée sous un jour entièrement différent dans l’autre théorie. Pour Jeremy Bentham, la « curiosité » était une mauvaise habitude ; pour Thorstein Veblen en 1898, la « curiosité libre » devenait le mécanisme par lequel la société humaine accumule des connaissances.

A la suite d’Adam Smith, quatre des concepts importants pour comprendre le développement économique ont été écartés du modèle dominant :

  • Le concept d’innovation, qui avait joué un rôle important dans les sciences sociales anglaises pendant plus de cent cinquante ans.

  • L’idée que le développement économique est le résultat d’une synergie et que les personne partageant le même marché du travail composé d’industries innovantes, auront des salaires plus élevés que d’autres, idée présente dans la pensée économique européenne depuis le XVe siècle.

  • La prise de conscience que différentes activités économiques peuvent être autrement porteuses de développement économique.

  • La réduction par Adam Smith de la production et du commerce à des heures de travail a ouvert la voie à la théorie ricardienne du commerce, encore dominante aujourd’hui, par laquelle l’économie mondiale est conçue et comprise comme l’exemple du troc d’Adam Smith, lorsque des chiens échangent des heures de travail sans aucune qualité.

La première fois qu’une théorie de type « troc et échange » a prédominé, ce fut avec les physiocrates en France, dans les années 1760. La seconde fois fut durant les années 1840. Principalement pour fournir à ses ouvriers d’industrie du pain à bon marché, l’Angleterre arrêta de protéger son agriculture par des barrières tarifaires et, en même temps, chercha à inciter d’autres pays à faire de même avec leur industrie. On pensait alors que la croissance des inégalités sociales – ce qui pendant un siècle, sera appelé la « question sociale » – disparaîtrait dès que seraient supprimées toutes les restrictions sur l’économie. En fin de compte, cela a entraîné des troubles sociaux beaucoup plus graves. L’État providence moderne s’est construit pas à pas à partir de ce chaos.

En termes de politique économique, aucune période historique ne ressemble autant aux années 1990 que les années 1840. Les deux périodes se caractérisent par un optimisme immense et irrationnel basé sur une révolution technologique. En 1840 l’âge de la vapeur était en plein expansion. En 1971, Intel développa son premier microprocesseur et, dans les années 1990, un nouveau paradigme techno économique se déployait à nouveau. De tels paradigmes, fondés sur les bons de la productivité de secteurs spécifiques, portent en eux de possibles sauts quantiques de développement. Mais ils portent également en eux une frénésie spéculative et de nombreux projets et pratiques qui voudraient que les industries normales se comportent comme des industries au coeur de ce paradigme. (page 188) Lors de ces deux périodes, elles ont été encouragées par un marché boursier euphorique qui voulait fermement croire que cela pouvait être réel – et pendant longtemps, ce fut réel – simplement parce que suffisamment de personnes y croyaient. Mais la plupart des cas ne se sont pas soldés de manière heureuse. (page 189).

Fin des extraits du livre de Reinert

Ces arguments utilisent uniquement notre seconde source de savoir, la source intellectuelle et rationnelle. Pas question ici de faire appel aux enseignements de notre première source de savoir, celle qui n’a pas besoin de savoir lire et écrire, la source personnelle initiatique et spirituelle. Nous y viendrons dans la partie 1. Pour le moment, nous nous contentons de suivre les propos d’ Erik Reinert et les déclarations des hommes politiques, auteurs économistes qui sont citées dans son livre.

Bien entendu, la vision de Lincoln est dans le droit fil de la conception intelligente et vivante de l’être humain qui existe depuis les origines de l’humanité et elle est très proche de celle que nous développons dans l’organisation des réseaux de vie. Il manque incontestablement un brin de cheminement spirituel mais cette limite n’est pas fâcheuse pour nous du moment que l’orientation est la bonne… et que demander de plus à un économiste qui dans son livre fait beaucoup d’effort pour rester compréhensible des autres économistes orthodoxes qu’il cherche plus à convaincre qu’un poète déjà convaincu depuis la nuit des temps !

Bien plus que cette question de vision de l’être humain, nous trouvons dans le livre de Reinert, l’explication économique claire et nette du processus de la croissance vertueuse vers le développement économique. Ce mécanisme nous le présenterons plus en détail dans la partie 1, le fonctionnement des réseaux.

. Nous prenions comme base de nos propos le développement des villes libres au temps des cathédrales, l’exemple de la Décapole d’Alsace après 1354 soit près de cinquante ans après la destruction de l’ordre du Temple. Nous savions que ces exemples comprennent la solution technique, le processus de développement économique que nous voulons actualiser dans l’organisation des réseaux de vie, une fois quittés nos systèmes de pouvoirs. Avec ce livre de Reinert, nous avons ce processus et nous savons quand et comment il a été utilisé, comment et quand les dirigeants des systèmes de pouvoir ont interdit ce processus de développement pour imposer d’autres théories afin de protéger leurs richesses personnelles et leurs pouvoirs politiques.

Reinert pose la distinction fondamentale que toutes les activités économiques ne se valent pas pour créer des richesses. Certaines activités contiennent plus d’intelligence que d’autres et certaines situations apportent des gains de productivité et des synergies que d’autres n’auront jamais. Nous devons donc choisir les bonnes activités et les bonnes situations pour assurer le développement des richesses dans nos organisations en système ou en réseaux.

Extraits du livre :

Depuis un temps immémorial, la majorité des habitants de la Terre vivent simplement, dans une pauvreté relative, et dans un équilibre souvent fragile entre la taille de la population et des ressources disponibles. Comme l’exprimait Alfred Marshall, un des fondateurs de l’économie néoclassique, toutes les migrations dans l’histoire ont été créées par une diminution des rendements : une densité de population croissante contrebalancée par une disponibilité des ressources naturelles et une technologie inchangée. Ce mécanisme est décrit dans la Bible à propos des tribus d’Israël qui ont dû se séparer puisque la terre ne pouvait les porter pour demeurer ensemble. Dans un tel monde, la richesse et la pauvreté s’apparentaient à un jeu à somme nulle ; la richesse était essentiellement acquise par l’intermédiaire de biens déjà existants qui changent de propriétaire. Cette vision du monde a été codifiée par Aristote. A la fin de la Renaissance se produit un changement de mentalité : de nombreux facteurs se combinèrent pour causer la disparition progressive du jeu à somme nulle en tant que vision du monde dominante pour dans le même temps introduire un élément de progrès en sus de la nature cyclique de l’histoire. (page 206).

La vision du monde d’Aristote, comme un jeu à somme nulle, a lentement fait place à la compréhension croissante que la nouvelle richesse pouvait être créée – et pas seulement conquise – grâce à l’innovation et à la créativité. (page 208).

« Vers le XIIIe siècle, les Florentins, les Pisans., les Amalfitains, les Vénitiens et les Génois ont commencé à adopter une politique différente afin d’accroître leur richesse et leur puissance, ayant remarqué que les sciences, la culture de la terre, l’application des arts et de l’industrie, ainsi que l’introduction du commerce extensif, pouvaient leur permettre d’engendrer une population importante, subvenir à leurs innombrables besoins, maintenir un haut niveau de luxe et acquérir d’immenses richesses, sans avoir à conquérir de nouveaux territoires. » Sebastiano Franci, réformateur des Lumières milanaises, 1764. (page 205)

Très tôt, il a été clair, pour les gens, que la plupart des richesses se trouvaient dans les villes, et plus particulièrement dans certaines villes. Les villes abritaient des citoyens libres ; à la campagne, les gens étaient généralement des serfs qui appartenaient à la terre et au seigneur local. À partir de ces observations, des investigations ont été menées pour parvenir à comprendre quels facteurs rendaient les villes à ce point plus riche que la campagne. Peu à peu, la richesse des villes a été perçue comme le résultat de synergies : des gens venant de nombreux et divers commerces et professions et formant une communauté. L’érudit Florentin et hommes d’État, Brunetto Latini (1220 – 1294) a décrit cette synergie comme étant « il ben commune », c’est-à-dire ouvrir " le bien commun ". La plupart des premiers économistes, les mercantilistes et leurs homologues allemands – les caméralistes – ont utilisé ces synergies comme élément fondamental pour comprendre la richesse et la pauvreté. C’est le bien commun qui rend les villes grandes, répète Nicolas Machiavel (1469 – 1527), presque 300 ans après Brunetto Latini. (page 207)

Par le biais de cette compréhension sociale de la richesse qui ne peut être comprise que comme un phénomène collectif, la renaissance a redécouvert et souligné l’importance et la créativité de l’individu. Si on ne tient pas compte de ces deux perspectives – le bien commun et le rôle de l’individu – on ne peut comprendre ni la vision de la société à la Renaissance ni le phénomène de croissance économique. (page 207).

Fin des extraits du livre de Reinert.

Nous sommes bien au XIIIème siècle, ce siècle florissant organisé autour des ordres monastiques et chevaliers qui ont répandu le savoir et l’ont défendu contre les rois et les papes. Nous avons montré le rôle de la subsidiarité descendante joué par ce savoir sauvé depuis Dendérah et l’Egypte par Jean, Antoine, Pacôme puis en 500 par Bernard de Nurcie, savoir qui fut transféré à Cluny dans les années 900 pour être mis à l’abri des menaces des papes de Rome. Le processus du cercle vertueux du développement économique est une leçon toujours magistrale de management des organisations : rassembler des gens instruits et formés dans de multiples métiers pour créer un projet commun : une ville libre, libérée du système de pouvoir dominant, hier le système féodal, aujourd’hui le système capitaliste libéral. Le projet commun : hier une ville libre, aujourd’hui nos réseaux citoyens de vie. Ce groupe va développer des synergies. Les rendements croissants reposent sur l’effet d’apprentissage (l’élévation des compétences, source toujours possible de gains de productivité), les économies d’échelle qui proviennent des innovations dans la production pour économiser les quantités de facteurs de production et surtout du commerce à longue distance capable d’apporter de nouveaux clients surtout lorsque ce commerce est défendu par des moyens militaires. Les flottes de commerce protégée par les marines militaires ont été ainsi les instruments du développement des richesses des premiers pays riches tout comme le fût la flotte de l’Ordre du Temple qui commerçait avec les Amériques bien avant 1492. Les synergies viennent ensuite renforcer ce processus de richesses fondé au départ sur la connaissance, le développement des savoirs. Les rendements décroissants sont tout le contraire et s’appliquent surtout à l’agriculture : rendements décroissants extensifs lorsqu’il s’agit d’utiliser toujours plus de terres pour nourrir une population ou le bétail. Rendements décroissants intensifs lorsqu’il faut toujours plus de travail pour cultiver une terre ou que les terres ne suffisent plus à nourrir une population toujours plus grande sans trouver la moindre synergie.

Nous reprenons ici une définition de la notion de synergie : la synergie reflète communément un phénomène par lequel plusieurs acteurs, facteurs ou influences agissant ensemble créent un effet plus grand que la somme des effets attendus s’ils avaient opéré indépendamment, ou créent un effet que chacun d’entre eux n’aurait pas pu obtenir en agissant isolément. Dans le langage courant, le mot est plutôt connoté positivement, et il est utilisé pour désigner un résultat plus favorable lorsque plusieurs éléments d’un système ou d’une organisation agissent de concert. Plus prosaïquement, il y a synergie positive quand le résultat d’une action ou d’un élément est supérieur à la somme des résultats des parties. Ceci est résumé très simplement par l’aphorisme un et un font trois. Les travailleurs des champs, les serfs sont formés au départ par les moines de l’abbaye. Ils deviennent forgerons, maçons, charpentiers, musiciens, médecins, pêcheurs, tisserands, etc. Ensemble ils vont bâtir la ville et ses remparts, ses fortifications. Lorsqu’un seigneur féodal veut venir récupérer quelques familles qui ont abandonné sa terre, même avec une cinquantaine d’hommes d’armes, il doit s’arrêter devant les murailles de la ville et si ce seigneur insiste, ce sont des milliers d’hommes en armes qui montent sur les remparts ou vont faire une sortie pour le chasser. Ce nouveau rapport de forces est aussi le résultat d’une synergie développée dans le cadre de la nouvelle ville libre. Cette puissance aussi bien économique, culturelle que politique cimente ce bien commun, cette propriété commune à la communauté citadine. Mais le processus du développement ne se limite pas à la ville. 

Comme Reinert le montre, il y a complémentarité entre le développement de la ville et de la campagne proche de la ville. Les citadins pour se nourrir vont utiliser leurs revenus d’artisans, commerçants, fonctionnaires, artistes, professeurs pour acheter les récoltes des paysans aux alentours. Les paysans vont produire plus, réaliser des économies d’échelles et avec l’aide des artisans de la ville, ils vont perfectionner leurs outils, leurs méthodes agricoles. Les récoltes vont être mises à l’abri dans des greniers derrière les remparts, dans l’enceinte des abbayes. Les moines qui font vœu de pauvreté, garantissent le partage équitable des réserves lors des disettes ou des périodes de mauvaises récoltes. La confiance se développe partout et les surplus font l’objet de commerce avec les villes voisines. Le constat est simple durant cette période historique : la complémentarité ville-campagne fait naître le développement local. Une campagne qui n’a pas à proximité une ville reste pauvre. Une ville construite sans terres agricoles va se développer car les richesses qu’elle crée vont lui permettre de développer l’agriculture dans la région voisine. Les exemples sont connues : Venise, les ports italiens, les villes de Hollande n’ont pas de terres agricoles chez elles donc elles ne peuvent compter que sur leurs artisans, leurs marins, leurs commerçants. Les villes maritimes vont se développer plus vite car elles utilisent des milliers d’artisans, charpentiers, ouvriers pour construire leurs flottes commerciales et de guerre. L’exemple du développement de la ville de Delft en Hollande est un cas d’école : à partir de la taille et du polissage du verre pour fabriquer des lentilles, la ville produit des longue-vues pour la marine de guerre et la marine commerciale. Elle attire les savants qui mettent au point et utilisent les premiers microscopes. Les peintres se mettent à utiliser la loupe pour réaliser des tableaux extrêmement précis et minutieux en restituant d’une manière parfaite les jeux de lumières, les détails d’un portrait comme une photo avant l’heure. Les lentilles servent également aux artistes pour confectionner des chambres noires et des lanternes magiques bien avant le cinéma. Commerce, armement, sciences, artistes entraînent une élévation des connaissances et des revenus tout autour de la ville.  

Une leçon politique s’applique : les villes doivent écarter du pouvoir les grands propriétaires terriens qui raisonnent différemment et sont des partisans logiques du conservatisme et des traditions ancestrales et dont les intérêts particuliers menacent les intérêts des villes. La gestion de la propriété commune, du bien commun dans une ville est une leçon de démocratie locale participative comme jadis dans les cités grecques ou égyptiennes. Rien à voir avec le pouvoir despotique et féodal du seigneur de la terre. Florence, située dans une région agricole, interdira l’accès au pouvoir des propriétaires terriens et ce seront les commerçants, les artisans, les artistes qui vont gérer le développement de la ville. La recherche de l’innovation, l’exercice de la créativité passe par le principe de la subsidiarité enseigné par les moines et qui trouvera son application la plus visible encore aujourd’hui dans les plans des constructions des cathédrales, une fois que le développement des villes permettra un surplus de travailleurs qu’il va falloir occuper dans la réalisation d’œuvres sur plusieurs générations.  

Cette logique, ce mécanisme de développement va se reproduire au départ de l’industrialisation des pays.

Extraits du livre de Reinert avec notre résumé et reformulation : 

L’avantage concurrentiel en management procure temporairement une rente, un surplus de bénéfices par rapport aux autres, ce qui assure une place de leader sur un marché. La minorité de cités-Etats les plus riches, à Venise et en Hollande, possédaient une position dominante sur le marché dans trois domaines : en économie, elles bénéficiaient de rentes qui généraient des bénéfices croissants capables de supporter de vrais salaires et des impôts importants pour financer leur structure étatique (police, armée, justice, enseignement). Ces cités-états avaient un secteur industriel et artisanal très étendu et diversifié qui maîtrisait un important marché de matières premières : le sel à Venise, le poisson en Hollande. Enfin ces cités-états ont développé un commerce extérieur très fructueux. (Venise fut longtemps la capitale du commerce des esclaves entre l’Asie et le Moyen-Orient « grand consommateur d’esclaves » (même si vers 600, le messager prophète Mohammed rachetait les esclaves autour de lui pour les affranchir), ndrl). Les villes de Hollande commerçaient à partir de leur production manufacturière dans le textile, la taille des pierres précieuses, les lentilles de verre et le hareng salé et mariné… La richesse  créée était protégée derrière de solides barrières à l’entrée sur le marché. Ces barrières à l’entrée étaient des connaissances supérieures, des techniques de fabrication et surtout l’utilisation de puissantes synergies à travers des activités manufacturières diversifiées. Cette production était soutenue par des économies d’échelles obtenues grâce au commerce sécurisé par la puissance militaire. Après 1485, l’Angleterre imita la structure de la triple rente créée par les cités-Etats d’Europe. Au moyen d’une intervention économique très autoritaire, l’Angleterre créa son propre système de triple rente : l’industrie manufacturière, le commerce à longue distance et une rente de matière première basée sur la laine. Le succès de l’Angleterre allait finalement conduire à la mort des cités-Etats et au développement des Etats-nations, les synergies trouvées dans les cités-états étant étendues à une plus large zone géographique. (page 214). 

En Angleterre après 1485, l’absolutisme royal et le management autocratique ont remplacé l’organisation en réseau défendue par l’ordre du Temple et la tentative de restauration du temps des cathédrales par Jeanne d’Arc a été écartée et détruite par la papauté et le roi de France allié pour la circonstance avec les troupes anglaises. Ce n’est pas le plus important. L’essentiel est que le processus vertueux de développement fonctionne. La flotte templière faisait le commerce à longue distance avec les Amériques : les indiens iroquois au nord, le Mexique et les Andes au centre et au sud. La rente de l’ordre du Temple au niveau des matières premières reposait sur la gestion de 90% des propriétés foncières du sol de France, ce qui ruina le roi de France qui n’avait plus que 10% des terres pour vivre et payer une armée forcément insignifiante. Il a fallu les crimes de Philippe le Bel à partir d’octobre 1307 pour détruire les templiers, l’organisation en réseaux de la France et fonder l’absolutisme royal. Le système de pouvoir industriel va rester sur ce mécanisme, ce processus de création de richesses sauf que dans ce système, dans ce processus, l’intérêt commun, le bien commun, la propriété commune gérée par les moines et défendue par les templiers, va être interdite et va disparaître. Restaurer les biens communs, la propriété commune dans le processus de création de richesses et de développement politique, économique et social représente une des missions fondamentales du mouvement exprimé sur fileane.com. 

Dès lors, l’histoire du développement industriel dans le système de pouvoir capitaliste peut se résumer clairement et brièvement à travers les moyens mis en œuvre par les propriétaires des capitaux investis dans les usines et le commerce. Les pays d’Europe ont compris qu’ils devaient développer une industrie diversifiée et pour garantir la confiance des investisseurs dans le capital des sociétés industrielles, les pouvoirs publics ont protégé leur industrie naissante par des barrières douanières. Le but originel était de saturer le marché intérieur de biens matériels produits en masse afin de vaincre la misère (point de vue des états) et afin d’atteindre une taille critique pour pouvoir réaliser des économies d’échelle sur d’autres marchés (point de vue des capitalistes). Lorsque le marché intérieur fut saturé, la solution du colonialisme vis à vis des pays qui fournissaient les matières premières s’imposa. L’explication devient limpide à travers le livre de Reinert : le colonialisme est le prolongement international du protectionnisme que les états ont mis en place pour protéger leurs industries et utiliser le cercle vertueux de la croissance économique. En clair, le colonialisme interdit aux pays exportateurs de matières premières de s’industrialiser eux-mêmes. Evidemment car sinon, imparablement et logiquement ces pays viendraient ruiner ou tout au moins freiner le développement des pays industrialisés en premier. Il y eut peu de pays qui s’opposèrent à ce colonialisme. Le premier et le plus important fut les Etats-Unis d’Amérique qui se révoltèrent contre le colonialisme anglais à la fin du XVIIIème siècle. Dès les années 1800, les USA développèrent leur industrie selon le processus bien connu et en utilisant évidemment le protectionnisme pour favoriser leur jeune économie. L’interdiction faite aux pays colonisés de s’industrialiser les laisse forcément dans la non industrialisation, c’est à dire ostensiblement dans la pauvreté et le non développement économique. 

Une dernière preuve de la redoutable efficacité de cette méthode remonte à 1945 lorsqu’avec le plan Morgenthau décidé par les Anglais et les conservateurs américains, il s’est agi d’appauvrir durablement l’Allemagne à titre de sanction de guerre. Les alliés occidentaux comme soviétiques commencèrent par détruire et récupérer les machines des usines allemandes afin de transformer l’Allemagne en un pays essentiellement agricole avec des rendements décroissants. Dès 1947, les résultats furent désastreux et il y avait 25 millions d’Allemands en trop par rapport aux capacités agricoles du pays à ce moment là. Avant même d’envisager leur mort de faim comme Staline l’avait fait pour quatre millions d’Ukrainiens en 1930 à travers sa réforme agraire pour collectiviser les terres, les dirigeants anglo-saxons ont compris que ces allemands allaient préférer rejoindre l’Allemagne de l’Est qui servait alors de vitrine du communisme face à l’Occident. Très vite le plan Marshall à partir de 1947, allait réindustrialiser tous les pays limitrophes du bloc soviétique afin de les développer pour pouvoir contrer la menace de l’Union soviétique. Ce plan Marshall ne fit que reprendre les recettes du passé et que les USA avaient également adoptées après leur indépendance. La construction du marché commun européen repose sur le même fondement, celui des rendements croissants. « Le marché commun a été présenté aux électeurs sur le postulat de rendements croissants qui augmenteraient la richesse (rapport Cecchini, 1988) » (page 171). Dès lors, il devient évident que le développement d’une structure centrale à Bruxelles qui sert de relais à la doctrine libérale du libre échange ne peut être qu’en contradiction avec les racines européennes et rend impossible l’achèvement de la construction européenne, construction européenne dont l’achèvement peut bien mieux se réaliser à travers des organisations en réseaux réunies en confédération. Reste qu’aujourd’hui le neo colonialisme interdit toujours aux pays pauvres exportateurs de matières premières de s’industrialiser eux-mêmes pour se développer. La seule différence avec le passé, c’est que cette politique est camouflée, cachée sous les théories du libre-échange et du libéralisme économique. 

Le livre de Reinert représente une contribution remarquable à cette démystification du libre échange et à une condamnation implacable des théories orthodoxes développées principalement par Adam Smith et David Ricardo alors qu’une autre école défendue principalement par Schumpeter et Keynes poursuit la vision de l’être humain intelligent, innovateur et créateur qui ne doit pas être dominé par le capital et des calculs mathématiques abstraits qui fondent des théories et des modèles qui ne tiennent absolument pas compte des réalités et encore moins des expériences et des leçons de l’histoire. Nous avons vu que ce sont les rares périodes de grands changements technologiques qui offrent aux spéculateurs de tous bords une croyance sans limite dans les forces des marchés. Leur credo n’est que trop connu : tous doivent pouvoir librement utiliser ces nouvelles technologies pour s’enrichir sur de nouveaux marchés qui pour se développer ne doivent rencontrer aucun obstacle, particulièrement ceux liés au financement des états et de leurs politiques sociales. A chaque fois l’histoire démontre l’échec de ces politiques libérales et les révolutions qui suivirent ces années de développement rapide et scandaleux de la misère sociale. Les révolutions de 1789, de 1848 furent les conséquences de ces erreurs économiques monumentales. Les guerres de 1870 à 1945 succédèrent à ces révolutions comme si les dirigeants de l’oligarchie financière anglo-saxonne avaient compris qu’ils valaient mieux organiser eux-mêmes les désastres humains pour en tirer profit plutôt que voir une révolution ouvrière finalement mal tournée pour leurs intérêts privés. La fin de la guerre froide et la révolution technologie de l’informatique et des télécommunications sont deux évènements majeurs qui expliquent cette croyance débridée et irréfléchie dans le succès des affaires et l’avènement d’un gouvernement mondial établi par les puissances financières de l’oligarchie dirigeante. La spéculation contre l’euro depuis février 2010 a été freinée par les achats d’euros de la banque centrale chinoise mais ce n’est pas suffisant pour écarter la menace d’une aggravation de la crise financière et de l’utilisation des politiques d’austérité et d’appauvrissement des populations occidentales. 

Pour sortir de cette crise et éliminer ce système de pouvoir financier, pour quitter le capitalisme, le chemin s’éclaire et se précise : le processus de développement économique est toujours le même, il suppose innovation, compétences, gains de productivité, créativité, synergies entre les activités économiques. Pour que les populations adhèrent à ce projet de développement, la communauté doit partager des biens communs, une propriété commune. Alors la sortie de nos systèmes de pouvoir et le développement des organisations en réseaux de vie n’a plus besoin d’une vision orthodoxe ou hétérodoxe. Reinert peut s’accrocher aux écrits de Friederich List (1789-1846)

Extraits du livre de Reinert : 

C’est pourquoi les plus fervents défenseurs de l’industrialisation (pour la protection tarifaire) comme Friedrich List (1789-1846), étaient également les plus fervents défenseurs du libre-échange de la mondialisation, une fois que tous les pays seront industrialisés. Dès les années 1840, Friedrich List formula une recette de la « bonne mondialisation » : si le libre-échange se développait après que tous les pays du monde s’étaient industrialisés, le libre-échange serait ce qu’il y a de mieux pour tout le monde. Le seul point de divergence est le calendrier établi pour adopter le libre-échange et la séquence géographique structurelle dans laquelle se déroule le développement vers le libre-échange. (page 226) 

Fin de l’extrait du livre de Reinert. 

Oui, l’amélioration de notre système économique reste possible en corrigeant les erreurs du libre échange et du libéralisme, en régulant les marchés financiers et en mettant hors d’état de nuire l’oligarchie financière et sa cohorte de spéculateurs cyniques. Keynes affirmait que la production reste nationale autant que possible, ceci pour assurer le plein emploi et éliminer le chômage. Keynes affirmait que la monnaie devait rester impérativement nationale pour financer seulement la production et non pas servir de moyen de spéculation à travers une thésaurisation incontrôlable par les états. Keynes indiquait qu’en l’an 2000 il faudrait travailler 20 heures par semaines pour que tous aient les revenus minimaux pour obtenir les biens et services indispensables à la survie. Par contre Keynes n’a jamais expliqué ce que les citoyens pourraient faire avec le reste du temps de travail disponible, notamment dans l’économie non marchande ou pour utiliser la première source de savoir. Aujourd’hui le débat se focalise sur le protectionnisme intelligent : le protectionnisme offensif pour défendre une jeune industrie européenne comme celle des technologies des énergies renouvelables contre les importations à bas coûts de Chine. Protectionnisme défensif pour protéger l’agriculture et ses rendements décroissants. Protectionnisme intelligent pour défendre l’économie de l’Union européenne contre les méfaits de la mondialisation et la dérégulation des marchés. Dans ce débat politique, Reinert reprend les propos de Gunnar Myrdal (prix Nobel 1974) pour dénoncer l’imposture :  » l’ignorance opportuniste » repose sur le fait que nous sommes ouverts à un monde où les hypothèses des « sciences » économiques sont manipulées pour atteindre des objectifs politiques. La technologie et les rendements croissants, qui sont les principales sources de pouvoir économique, créent des barrières à l’entrée. En oubliant ceci, les économistes servent les intérêts acquis des nations qui sont au pouvoir. »

Nous trouvons ici la limite de ces théories économiques : les rendements décroissants et le libre échange de Ricardo sont utiles pour laisser les populations dans la pauvreté ou pour détruire l’industrie et l’artisanat dans un pays afin de l’appauvrir. Une population plus pauvre aura moins les moyens de se révolter car elle sera privée surtout de savoir et de technologies. Elle sera mise à l’écart du cercle vertueux des rendements croissants et sera plus faible dans le rapport de force avec les pays les plus riches. Les dirigeants de l’oligarchie financière utilisent le dogme du libre échange totalement déconnecté des réalités justement pour casser les systèmes éducatifs, les formations, les services publics et les services de santé pour affaiblir une société et la rendre incapable de s’opposer au pillage de ses marchés par le néo colonialisme. Lorsqu’une période de grandes innovations se présente, les richesses doivent normalement augmenter toutes seules à cause de ces innovations, donc, comme le chalut du pêcheur en mer, les dirigeants de la finance mondiale doivent s’armer pour capter le plus possible ces richesses et donc demander aux populations de payer davantage de taxes, d’impôts, de payer plus pour les biens et services de consommation. Le mécanisme financier est simple et il est utilisé d’une manière cyclique depuis le XVIIIème siècle : les banques centrales privées tirent prétexte des innovations pour vendre des crédits à profusion puis soudainement, elles demandent à l’occasion d’une crise financière qu’elles ont organisée, le remboursement immédiat de ces crédits ou elles organisent l’insolvabilité de leurs créanciers pour les obliger à vendre à bas prix les biens qu’ils ont achetés, principalement les biens immobiliers. Ces dernières années, ce mécanisme a également concerné les états qui se sont endettés auprès des banques centrales privées et nous sommes dans la crise des dettes souveraines que les citoyens doivent rembourser en sacrifiant leur niveau de vie. Pour l’oligarchie financière anglo-saxonne, les maîtres actuels du monde, l’utilisation des rendements décroissants vis à vis des pays exportateurs de matières premières et l’utilisation du libre échange pour justifier la dérégulation des marchés financiers sont les deux piliers de leur puissance dans la domination du système économique capitaliste. 

Comme l’écrit Reinert à la suite des auteurs de l’autre école, celle de l’intelligence et du savoir, les rendements croissants sont en effet "une patate chaude" entre les mains des politiciens. Il n’est pas difficile de créer un cercle vertueux de création de richesses et de développement, mais pour une minorité dirigeante dans un système de pouvoir qui veut s’enrichir au détriment des autres, la difficulté insurmontable apparaît lorsqu’il s’agit de répartir les richesses produites. Comment subitement expliquer que les richesses produites par des êtres humains bien formés, éduqués, intelligents et créatifs, capable de gérer et de trouver des synergies, comment expliquer que ces richesses produites en abondance reviennent quasi exclusivement à une minorité dirigeante et pas au reste du groupe social ? C’est absurde ! Personne ne peut accepter un tel vol, une telle spoliation des richesses, sauf si le groupe social est dominé par un régime politique qui légitime et cache cette spoliation et maintient sa domination à travers un rapport de force garantit par l’armée et masqué à travers le conformisme social envers cette domination d’une minorité dirigeante. Nous avons sur fileane.com, montré l’histoire des conflits permanents entre les systèmes de pouvoirs et les organisations en réseaux. Nous avons ici une confirmation du caratère antinomique entre ces deux manières d’organiser une société : l’organisation en réseau repose sur le bien commun, la propriété commune qui est la seule forme de propriété capable de répartir équitablement les richesses produite ; les systèmes de pouvoir interdisent cette propriété commune pour utiliser la propriété individuelle ou collective afin d’accaparer les richesses produites pour le profit de la minorité dirigeante. Les démocraties sont le régime politique qui a permis jusqu’ici le meilleur développement possible sans pouvoir éviter le creusement des inégalités et l’enrichissement scandaleux de leurs dirigeants. Les peuples ne croient plus aux mérites des démocraties et ils commencent à s’instruirent, à découvrir le savoir, les connaissances qui leur sont cachés sous les impostures des dirigeants de nos systèmes de pouvoir. Comme Reinert l’indique et le montre à travers son livre : les connaissances dont nous avons besoin pour sortir de nos crises économiques et financières organisées par l’oligarchie financière, se trouvent dans l’histoire, dans les faits de l’histoire politique, économique et sociale qui nous montrent comment des cités, des peuples, des nations se sont développées. Et l’histoire des peuples premiers, les Moso, la confédération des nations iroquoises, les indigènes des îles Trobriands en Mélanésie, ceux d’Amazonie, des Himalayas ne sont pas les derniers à nous montrer comment vivre mieux, comment développer la paix et nos amours. 

En effet, qu’avons-nous à gagner en sauvant ce système de pouvoir économique ? Pouvons nous enfin placer dans ce système la propriété commune, le bien commun qui inspire tellement confiance et répartit si bien les richesses produites à travers les synergies des différents métiers et des activités humaines économiques diversifiées ? Pouvons attendre que tous les pays arrivent à se développer sur le plan industriel pour enfin savoir si le modèle du libre échange peut ou non fonctionner sur le plan mondial ? Le pouvoir capable d’organiser une humanité plus développée et durablement en progrès passe-t-il obligatoirement et uniquement par le stade industriel de tous les pays ? La vision d’un économiste peut se limiter à cette perspective pour des questions de rationalité, de logique, pas la vision d’un poète qui utilise les deux sources de savoir. 

Dans notre quatrième partie, nous présentons la description des réseaux de production de richesses matérielles et de services, la description des réseaux qui réalisent les œuvres pour le développement durable et l’élévation du niveau de vie. La cinquième partie présente la transition entre l’abandon de nos systèmes de pouvoir et le développement des réseaux de vie en utilisant ce processus de production réaliste et efficient mis en évidence par Reinert, List, Schumpeter, Keynes et tant d’autres depuis l’antiquité. Comme List, nous sommes partisans d’une progression raisonnée et maîtrisée dans ce changement de paradigme, de vision du monde. L’industrialisation des états est bel et bien nécessaire pour développer des réseaux locaux de vie et garantir la démocratie directe participative au niveau local. Ceci suppose l’élimination des oligopoles et l’élimination du pouvoir transnational des groupes mondiaux de production, la restauration de l’action politique des citoyens parmi tous les pays. Nous y viendrons. Mais il ne s’agit pas de rester à Keynes, de rejoindre les économistes atterrés, les indignés ou les révoltés contre le capitalisme. Sont-ils devenus capables depuis 2002 et cette première fois où nous avons posé cette question sur le net, de dire clairement ce qu’ils veulent ? Rester dans un système de pouvoir : améliorer celui-ci ou un instaurer un autre, ou bien quitter nos systèmes de pouvoir pour l’alternative de l’organisation en réseau, ce qui est bien davantage qu’un « autre canon », une autre école hétérodoxe d’économistes plus ou moins sérieux et lucides dans leur vision de l’être humain. Certes après 1400, les cité-Etats les plus riches se faisaient concurrence bien davantage qu’au XIIIème siècle mais elles n’étaient plus dans une organisation en réseau qui garantit une régulation au service de la propriété commune. Dès 1350, il y a eu la crise financière en Europe à cause des politiques monétaires menées par Venise qui capitalisait l’argent apporté du Mexique par les templiers et que Venise soutirait en échange de crédits royaux aux rois et aux princes, et Florence qui capitalisait l’or encore disponible autour de la Méditerranée et dont l’origine remontait à l’Égypte antique quand il suffisait de se baisser pour ramasser l’or de Nubie.

Reinert parle du XIIIème siècle sans parler une seule fois de l’ordre du Temple, il est vrai que sur la place financière de Londres ou dans le bureau d’un éditeur tant soit peu préoccupé par le développement et la croissance de son activité, ce tabou n’est pas prêt de tomber et n’est pas poète qui veut. Nous ne lui en faisons aucunement reproche, chacun sa part de travail et sur le plan économique, son livre nous est très utile, à nous autres qui défendons cette vision d’un être humain qui bien mieux que les castors et leurs ingénieux barrages de bois sur les rivières ont su pendant quelques siècles bâtirent nos cathédrales et retrouver le savoir des plus vieux temples des bords du Nil comme le savoir des temples blottis au cœur des plus hautes montagnes de la Terre. Ce savoir repose sur nos deux sources de connaissances et dès lors que nous voulons utiliser leur complémentarité, le choix de société s’impose par logique, rationalité et évidence : ces biens communs n’ont jamais été admis dans un système de pouvoir tant il est de nature à contredire l’existence d’une minorité capable de voler le travail du groupe social, capable de légitimer son pouvoir politique à travers les impostures les plus grossières ou perfides, en niant l’histoire et les expériences du passé pour se complaire dans des modèles mathématiques irréalistes et inhumains. 

L’histoire ne plaide pas en la faveur de nos dirigeants, à nous de la rétablir et de l’utiliser dans notre projet humaniste et comme ce processus de développement des richesses a toujours été le même, il reste toujours également la possibilité que s’ils aiment tant produire des richesses, ils finissent par venir rejoindre nos réseaux de vie, il suffira qu’ils découvrent à leur tour le plaisir du partage pour que leur conversion soit réussie et que ces impostures économiques disparaissent définitivement. Sur fileane.com, nous utilisons l’apport de Hannah Arendt pour structurer et donner forme à l’action. <>Arendt s’est fondée sur l’organisation des citée grecques, elles mêmes copiées sur le fonctionnement des villes du bord du Nil pour mettre en évidence les 3 niveaux d’activité dans une organisation où l’être humain occupe la place centrale : le travail indispensable à la survie, la réalisation d’oeuvres capable d’assurer le développement, l’action politique directe en démocratie locale participative. Avec l’apport du livre de Reinert, nous complétons cette forme par son contenu : l’utilisation judicieuse des rendements croissants et des rendements décroissants pour créer les richesses et assurer le développement économique. C’est le moteur sous le capot du véhicule ; ce sont les braquets que le cycliste va utiliser sur son vélo… Nous avons l’ensemble des savoirs capable de développer une société, une nouvelle civilisation... et nous n’avons plus aucune raison de supporter ces impostures venant des dirigeants de nos systèmes de pouvoir et des politiciens à leurs services pour nous soumettre à leurs entreprises maléfiques. Nous reprenons cette phrase du Mahatma Gandhi : " un homme conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis. » 

Le poète qui voit plus loin que l’horizon terrestre, une fois l’imposture des tyrans brisée, répète sans se lasser que demain sera beau comme sont magnifiques les moments de la vie d’après la vie humaine qu’il porte en lui, dans son regard, à travers les mots qu’il choisit dans sa liberté de créer des richesses de vie sans limites et qui n’ont pas de prix, sur aucun marché humain parce que ces mots des poètes servent les liens sociaux depuis les enfants jusqu’aux femmes et hommes jusqu’au fond de leurs âges, depuis des siècles et des siècles bien avant que les marchés ne soient utilisés pour permettre à certains d’accaparer la production de peuples entiers et les laisser dans la pauvreté. Avec ce livre de Reinert, nous le savons bien davantage pour le vouloir encore plus fort car comme hier nos aïeuls ont connu un fort développement économique, nous le pouvons à nouveau sauf que cette fois-ci nous savons que ce développement humaniste sera durable, ancré dans la prévention, la solidarité et la participation pour nos générations futures et quoiqu’il advienne des péripéties politiciennes électoralistes ici ou là à l’intérieur des systèmes de pouvoir obsolètes et impuissants à travers leurs impostures et leurs mensonges qui ne nous concernent plus. Demain sera beau et il fera bon vivre nos jours heureux, avec le vol des oies sauvages au Japon ou ici, les chiens, les castors sans oublier les chats et tous celles et ceux que nous aimons pour partager leur existence terrestre. 

Et parce que nous préférons de loin l’aube et l’aurore aux doigts de rose, les matinées qui se lèvent plutôt que les grand soirs, nous chantonnons entre poètes " Le monde sera beau, je l’affirme, je signe. » 

Les sages le déclarent également :

 » Nous avons à réaliser maintenant le plus beau défi que notre humanité ait jamais eu à relever au cour de son histoire: arrêter nos propres programmes d’autodestruction , et transformer la société par une évolution de l’art de vivre… » MAHATMA GANDHI

Dès lors, nous pouvons revenir à notre poète et à l’exercice de sa mission d’autorité dans nos réseaux de vie sociale.

 

La mission du poète

pour quitter les systèmes de pouvoir et remettre en place nos réseaux de vie.

« Tenir à la vie est une faiblesse mortelle. Les civilisations sont créées par des gens qui n’ont pas peur de mourir et perdues par des gens qui aiment vivre. »  Patrick Besson.

 

La mission d’autorité du poète est bien semblable à chaque être humain. Pour l’assumer, il utilise depuis l’enfance de son art, nos deux sources de savoir et au départ la source personnelle initiatique et spirituelle. Nous la présenterons dans la partie 1, le fonctionnement des réseaux de vie sociale et dans la partie 4, au moment où nous aborderons la réalisation de l’oeuvre qui porte sur la mise en place et l’utilisation d’un savoir collectif qui résulte du mariage des cultures des groupes sociaux parmi lesquels nous vivons et dont nous voulons pousser plus loin l’évolution afin de répondre à nos raisons de vivre et de mourir dans notre condition humaine.

Pour sortir des systèmes de pouvoir, pour mener à bien le choix de civilisation sans soumission à des minorités qui volent les richesses réalisées par le travail de tous, le poète possède une fonction singulière. Pour la présenter, nous utilisons une lecture d’un essai de Pierre LEGENDRE dont le titre avait attiré de suite notre attention :  » Paroles poétiques échappées du texte « . La mission d’autorité du poète a pour but de briser le noeud de fables qui nous assignent à résidence dans notre soumission aux dirigeants des systèmes de pouvoir. Legendre, en 1982, ne parle pas de systèmes de pouvoir et de réseaux de vie sociale, de démocratie directe locale participative mais il a pris conscience que ce travail de libération des êtres humains requiert l’intervention des poètes. Les poètes sont les seuls à avoir l’autorité, le pouvoir et le commandement pour trancher, éliminer le noeud de fable.

 

Extrait de   » Paroles poétiques échappées du texte « , le Seuil, collection  » les champs freudiens  » 1982.

 » Si le pédagogisme, dont ne souffre pas seulement les enfants, ne brandissait pas comme une menace d’apocalypse les nouveautés de l’industrie, si les poètes dégorgeaient moins, pour le compte du Lieu culturel idyllique, s’ils osaient davantage se soulever contre l’emphase rationaliste, alors le manque de folie des savoirs gestionnaires deviendrait accablant et la prétention de balayer les derniers mensonges qui nous restent serait insupportable. L’affrontement guerrier des méthodes de rendement est obscurci par les propagandes scientistes prônant la parole et le bonheur psychologique ; nous n’apercevons pas, sous une espèce de professionnalisation de la poésie, un nouveau style d’imposture : on nous détruit la déraison, celle qui fait vivre ; on nous refuse le bluff. Contre l’entreprise universelle de la bienfaisance, qui n’hésite pas à transformer les thèmes de la douleur stoïcienne en pharmacopée, à fabriquer un Sénèque pour managers, il est devenu nécessaire d’user de brutalités : poètes, ayez le courage de la lâcheté, étudiez l’industrie.

J’ai toujours considéré, depuis l’enfance de mon savoir, que notre univers de producteurs civilisés comprenait deux espèces d’individus, les poètes et les autres ; d’après moi, ceux qui osent parler et les autres. Si les institutions ne peuvent être le lieu de la parole du sujet, mais seulement le lieu des violences ou des cérémonies diplomatiques dans la négociation des rapports humains, cela signifie que le système industriel, en tant qu’histoire de mots, ne peut être compris sans que les poètes s’en mêlent. Voici donc la seule manière concevable d’aborder la question savante de la structure : sans en appeler à la poésie, il est impossible de s’en approcher, parce que tout système d’institutions est un nœud de fables et que ces fables s’élaborent en un espace précieux de mots. Sans cette considération première, prétendre à la théorie est vain.

A compter de cette remarque, la structure peut faire l’objet d’observations sérieuses, en posant qu’il s’agit de l’étendue textuelle où nous sommes assignés à résidence. »

Ce texte qui date de la fin des années 1970 repose sur le conflit entre le savoir académique et le nouveau savoir technologique façonné par le rationalisme scientifique qui prétend tout expliquer pour nous procurer un bonheur matérialiste. Pierre Legendre comprend que cette monopolisation du savoir par la source intellectuelle et rationnelle ne répond pas à nos attentes. Cette nouvelle domination des savoirs élimine la première source, celle qui d’après lui nous procure la déraison, celles que nous nommons « la source initiatique » et que nous découvrons à travers notre démarche spirituelle. L’auteur n’utilise pas la célèbre déclaration de Freud qui place les poètes au-dessus des prêtres et des médecins parce qu’ils sont capables de soigner les âmes, eux qui-vivent constamment entre ciel et terre. Mais dans cet appel de Pierre Legendre au poète, il y a bien l’affirmation que derrière les mots que nous utilisons, il y a la prétention de dire, la volonté de partager un indicible ou plus prosaïquement la volonté de défendre des intérêts pas nécessairement matérialistes. Nous allons ici aborder la structure, cet ensemble de décisions, de moyens d’actions pour diviser les tâches puis les coordonner qui représentent la face concrète de notre culture. L’histoire événementielle de nos structures politiques, économiques et sociales, militaires et religieuses traduit en effet une pensée plus profonde, un choix politique exercé par une minorité dirigeante dans nos systèmes de pouvoir pour maintenir sa domination dans le régime politique qu’elle a mis en place pour obtenir l’obéissance et la soumission à long terme, pour plusieurs siècles. Bien entendu les contenus de cette fable si elle défend les mêmes intérêts et les mêmes privilèges de classe, a évolué dans l’histoire qu’elle raconte aux citoyens.

C’est l’objet de cet essai rédigé par un poète qui a eu le courage de la lâcheté et a été étudier l’industrie. L’histoire des dirigeants de nos sociétés humaines peut être cachée, interdite à la connaissance des peuples mais elle n’est en rien un indicible, cet indicible que le poète rend pourtant familier et traduisible. Cet essai est possible, il faut seulement accorder du temps au temps, comportement étrange pour le poète coutumier des fulgurances de ses rencontres par delà notre condition humaine. Quant à parler des interdits posés par certaines minorités dirigeantes, qui est de taille à faire taire un poète ? Surtout pour parler de l’alternative à la soumission des peuples dans les systèmes de pouvoir ? Pour remettre en place une fois de plus, le fonctionnement de nos réseaux de vie ?

La fraude des mots existe car elle est l’instrument de manipulations des peuples par les dirigeants qui prennent le pouvoir pour satisfaire leurs seuls intérêts personnels. Lorsque les mots sont justes, clairs et honnêtes, lorsque les peuples ne sont pas manipulés par une minorité au pouvoir, ils gèrent l’activité humaine dans leur groupe social selon une culture humaniste avec des valeurs de paix et d’amour, des normes de vie de groupe pour assurer l’abondance matérielle à travers une répartition des richesses produites par leur travail qui repose sur l’utilisation de la complémentarité entre propriété privée, commune et gérée par le groupe lui-même, collective et gérée par les représentants mandatés par le groupe. L’action politique des citoyens gère l’ensemble de l’activité humaine, le travail indispensable à la vie et survie, la réalisation des oeuvres qui élèvent le niveau de vie et sont transmises aux générations futures, l’action politique à travers l’utilisation de la subsidiarité et de l’alliance des contraires. Cette organisation se nomme démocratie directe locale participative, avec l’utilisation actuelle d’Internet à travers le village planétaire, le poète qui s’exprime ici utilise le nom de  » réseaux de vie sociale « .

Avoir le courage de la lâcheté ne présente pas de difficulté pour un initié à la vie d’après la vie humaine, à un poète voyant qui a créé son dialogue de l’âme pour l’âme. Le récit des trois rencontres, décorporations et expérience de mort immédiate (EMI ou NDE en anglais) comporte des instants de lâcheté, de peur, de stupeur pour avoir oublié, n’avoir pas oser faire la demande pourtant attendue par la présence qui vit en nous et est la même que celle qui vit en chacun d’entre nous. Nous y reviendrons. La lâcheté dont parle Pierre Legendre est plutôt politique, économique, sociale : abandonner sa tour d’ivoire, son athanor, son langage hermétique, symbolique, ses rêveries dans l’attente de retrouver sa source pour y puiser de nouvelles rasades de vie et aller partager les conditions de travail et de vie de ses semblables. Nous avons été étudier l’industrie, la banque-assurance, la métallurgie et la fonderie, la chimie, la fabrication de systèmes d’armes, la construction électronique. Parmi les choix présentés, nous avons décliné la pharmacie, l’immobilier, le conseil juridique et fiscal. Les quelques médailles gagnées par le jeune poète lors de courses en vélo ou en ski de fond ont été rejointe par la médaille de lauréat de la Faculté de Droit de sa ville de naissance et d’étudiant, de salarié débutant. Le courage de la lâcheté a été ainsi plus accessible.

Avant même d’avoir le courage de la lâcheté et d’aller étudier l’industrie à la fin de nos études, le jeune poète a eu l’occasion de découvrir le courage ou plutôt le cynisme, la brutalité de la répression exercée par les dirigeants des systèmes de pouvoir. Pour un jeune poète, cette répression porte un nom : la censure politique. Et il n’était pas seul embarqué dans cette funeste répression. En 1978, l’année de l’édition de notre premier recueil de poésie par Michel Breton qui m’avait reçu pour la signature du contrat, la liquidation de notre société d’édition Le Cherche-Midi Gérant de la Librairie Saint Germain des Prés est intervenue et ce, sur ordre du Ministre de l’Intérieur qui voulait se débarrasser d’un vestige de Mai 1968 qui dix après se développait avec succès, notamment avec Poésie 1. Nous avons perdu de l’argent, nos droits d’auteur.

Cette expérience au contact des manipulateurs des fables qui servent à nous soumettre dans les système de pouvoir, politiques et économiques capitaliste ou communiste, les dictatures militaires des pays en voie de développement et qui, nous l’avons vu précédemment, doivent rester pauvres, les théocraties et leurs hordes de fanatiques terroristes religieux, a poussé le poète qui a été étudié l’industrie avec le courage de la lâcheté, à partager une vision d’un autre monde, d’une autre civilisation bien plus humaniste et sans noeuds de fables.

Le cheminement à travers notre première source de savoir, celle qui n’a pas besoin de savoir lire et écrire, s’est poursuivi par la  » formation pratique  » et initiation à la rencontre des mystères de la vie et il s’est achevée fin juin 1977. Le récit de cette ultime rencontre se trouve dans un second recueil de poésie  » Illuminations «  écrit en 1986. Michel Breton avait accepté de le publier mais au tarif des autres maisons d’édition et non plus à celui d’avant la liquidation de 1978 et de l’aventure Poésie 1. Nous avons refusé ce nouveau tarif. Nous avions déjà le projet d’inclure ce texte dans un roman.

Nous avons éprouvé ce besoin de partager une vision d’un vivre ensemble dans un art de vivre retrouvé. Fin de l’année 1990, les premières pages du roman  » D’Éleusis à Dendérah, l’évolution interdite «  ont été écrites pour montrer comment depuis la volonté d’un petit groupe de femmes et d’hommes, un changement de société, de culture, de pouvoir, est réalisable. Mais le roman ne peut pas exposer en détails le fonctionnement des institutions de cette nouvelle société plus humaine fondée sur les valeurs d’amour et de paix. Pour aller plus loin dans le partage de cette vision d’un monde où la vie a changé pour devenir à nouveau nos jours heureux, la rédaction de l’essai  » Nos réseaux de vie  » a débuté avec la création en février 2002 de ce site web fileane.com. La compréhension du système de pouvoir capitaliste libéral a pris du temps tant le pouvoir qui le dirige est occulte et les moyens mis en oeuvre sont cachés. Vivre et comprendre au jour le jour la crise financière de 2006-2008 qui n’est toujours pas achevée, la crise mondiale sanitaire de mars 2020 qui a débuté, nous a permis comme à tant d’autres, d’accélérer la découverte des rouages du fonctionnement de cette oligarchie financière anglo-saxonne qui exerce dorénavant le pouvoir au coeur du système neo libéral. L’avancement de la rédaction de cet essai s’est ainsi poursuivi avec bien plus de clarté et de pertinence qu’avant, avec des échanges fructueux entre membres de nos groupes sur les réseaux sociaux ou au cours de journées, soirées au bord du lac Léman.

Ce site web, après avoir connu en 2002 un développement prometteur, nous a remis face à cette censure. Lorsqu’en février 2002, nous avons mis en ligne ce site web fileane.com, un internaute de la société Ubisoft (adresse IP) nous demande ce que nous voulons vendre, car le message de notre page d’accueil est très vague. Nous osons alors dévoiler notre projet : quitter les systèmes de pouvoir et remettre en place nos réseaux de vie sociale. Satisfait de cette réponse, il s’enthousiasme pour déclarer que notre site a un potentiel énorme ! Au même moment, un message de l’Institut Montaigne qui découvre notre site, indique que pour eux, il s’agit d’un site révolutionnaire à mettre à l’index et ce message est plus un avertissement pour que nous supprimions notre site et une mise en garde qu’autre chose. Le développement rapide d’Internet, le peu de site présent sur la toile avec un contenu semblable et durable, à l’inverse des sites chez des hébergeurs gratuits qui disparaissaient rapidement, explique la petite notoriété qui s’est alors développée. Par exemple, les premières années, le mois de décembre 2006 fut le plus important en utilisation de bande passante. Les internautes japonais venaient nombreux sur notre page présentant quelques photos que nous avions prises du marché de Noël de Strasbourg. Il n’y avait pas encore de sites plus officiels sur cet évènement. Une mention également pour nos premiers lecteurs et notamment pour ceux du réseau Arpanet avec des adresses IP du CERN de Genève attirés peut-être par nos textes sur le Tao de la physique, le monde supérieur et le monde double, bref la vie d’après la vie humaine… qu’ils tentaient assurément d’expliquer eux aussi avec la source de savoir intellectuelle, rationnelle et scientifique.

Après les années 2016, l’intervention de Google sous prétexte que le site élaboré avec Frontpage n’était pas compatible avec les mobiles et les nouvelles règles de ses algorithmes Panda et Penguin, a réduit de près de 80% les visites des internautes sur notre site. Les motifs (nos erreurs) sont les textes dupliqués : exemple : un extrait du roman placé sur une page pour servir de point de départ à des commentaires ou d’autres développements. Autres  » erreurs  » : des images utilisées sur plusieurs pages différentes du site, le site à près de 400 pages, les pages avec cadres représentent 3 pages : texte, sommaire, global. Le roman représente environ 160 pages à lui seul. Le fait de n’avoir pas associé une page Facebook ouverte au public ou aux amis ayant demandé l’accès, idem pour Twitter, sont des erreurs que nous ne corrigerons pas. La messagerie suffit et chaque année des lecteurs nous contactent pour échanger. En 2018, nous avons par exemple passé une journée avec un lecteur qui avait imprimé le roman pour l’annoter et mieux comprendre cette évolution spirituelle qui anime les personnages et les rende capables de vaincre les troupes de soldats qui attaquent leur mouvement. Il avait été très sensible à notre définition de l’autorité et de notre mission individuelle d’autorité pour minimiser les violences en nous et autour de nous… et oser dire non aux violences qui nous sont imposées par les dirigeants des systèmes de pouvoir. Plus jeune il avait obtenu le doctorat en biochimie alimentaire.

La question des portables et mobiles est prise en compte mais nos textes représentent souvent entre 5 à 10 pages A4. Les lire sur un PC avec grand écran est bien plus commode que sur de très petits écrans. Certes la mode est de dépenser 500 à 1 000 euros pour des mobiles, Iphone et autres et de ne plus avoir de PC sur son bureau à la maison… parce que la maison à des pièces trop petites, etc. Mais les jeunes et les accros des mobiles qui ne lisent plus et sont dépendants d’autre sites de jeux ou de messageries, viendront-ils même par hasard lire sur un site tel que le notre ? Environ 300 à 500 personnes par mois lisent nos pages en passant plus de 30 mn et surtout plus d’une heure. Ce chiffre ne baisse pas et au contraire augmente surtout depuis ces derniers mois et la nouvelle présentation en HTML avec CSS.

Pour adapter la présentation des pages, même vieillottes aux nouveaux écrans, il suffit de mettre le zoom écran à 140 ou 160 pour retrouver une lecture convenable. Le combat entre systèmes et réseaux se poursuit assurément jusqu’au niveau d’accès des internautes à fileane.com. Les visites sont essentiellement à près de 90% assurées par liens directs et non plus par moteurs de recherche. En clair, ce sont des internautes qui connaissent l’adresse du site ou qui donnent cette adresse à leur entourage qui viennent ici, intéressés par ce droit interdit et la démarche initiatique spirituelle. Ils sont devenus peu nombreux, c’est pourquoi nous développons une nouvelle présentation du site, le plus souvent adaptée aux mobiles et bientôt responsive. La censure ne nous fera pas taire et nous développons autant que faire se peut, nos compétences en développement de site web…

L’étude de l’industrie reste un des piliers de ce site avec celui du développement spirituel. Ces deux piliers correspondent à nos deux sources de savoir. Le courage de la lâcheté apporté par le poète qui va étudier l’industrie correspond assurément sur le plan littéraire à de l’audace.

«Les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur.» Stendhal Henri Beyle.

A l’expérience professionnelle du management en entreprises et au vécu de la démarche initiatique poétique et spirituelle, s’ajoute une formation juridique attestée par des diplômes mais aussi par un titre honorifique de lauréat de la Faculté de Droit de Strasbourg obtenu à l’âge de 18 ans. Médaille qui est venue rejoindre celles obtenues comme coureur cycliste amateur et compétiteur en ski de fond ou encore l’une ou l’autre suite à une randonnée classée « brevet  » au Club Alpin de Nice.

Pour présenter le fonctionnement des réseaux de vie sociale puis celui des systèmes de pouvoir, nous allons utiliser une démarche juridique en distinguant les différentes institutions politiques, économiques, sociales, culturelles, militaires, c’est à dire le squelette, la structure, les principes et les méthodes de communication et de gestion utilisés dans les réseaux de vie puis les systèmes de pouvoir. Ceci correspond à une analyse intellectuelle dans le cadre de notre deuxième source de savoir. Ensuite, en utilisant également notre première source de savoir, nous allons compléter cette structure, ce squelette par les cultures utilisées respectivement dans les réseaux de vie sociale puis les systèmes de pouvoir, c’est à dire principalement les valeurs qui déterminent les normes et les modes de vie. Dans la Partie 4, nous présenterons en détail les différents réseaux mis en place pour le fonctionnement des réseaux de vie sociale dans le cadre de leur culture humaniste. Une brochure de présentation de ce site web est disponible en téléchargement.

Pour conclure cette présentation du choix de civilisation qui ouvre l’essai sur Nos Réseaux de Vie sociale et revenir à notre questionnement initial, soumission ou liberté, s’il n’était question que de peur, le cheminement initiatique et spirituel suffirait pour l’éliminer et dès notre tendre enfance mais que faire de la servitude coutumière et séculaire, millénaire ?

« Le peuple est le même partout. Quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude. » Napoléon Bonaparte.

 » Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais aussi gagné sa servitude. » La BOETIE, Discours de la servitude volontaire, 1576.

 » La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien. » Edmund Burke (1729-1797).

Nous venons de voir la mission d’autorité du poète pour trancher le noeud de fables, mais il n’est pas seul dans la minorité agissante qui oeuvre pour notre degré de liberté et l’autre choix de civilisation, une fois quittés les systèmes de pouvoir.

 » Il y a des hommes qui luttent un jour et ils sont bons, d’autres luttent un an et ils sont meilleurs, il y a ceux qui luttent pendant de nombreuses années et ils sont très bons, mais il y a ceux qui luttent toute leur vie et ceux-là sont les indispensables. » Bertolt Brecht.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’hommes conscients et engagés puisse changer le monde. C’est même de cette manière que cela s’est toujours produit » Margaret Mead.