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Le poète face à l’imposture économique

« Comment les pays riches sont devenus riches. Pourquoi les pays pauvres restent pauvres »

" ce sont toujours les plus privilégiés qui ne supportent pas la moindre injustice" Tocqueville.

Ce n’est pas la première fois que nous utilisons le mot « imposture ». Lorsqu' étudiant, nous avons pris le parti de couper le nœud des fables qui nous assignent à résidence et nous manipulent dans ce système de pouvoir, nous savions tout le poids des mensonges, des cynismes et des hypocrisies qui sont face à nous. Nous ne sommes pas les seuls, certes non mais cette crise financière et économique, cette guerre économique depuis 2007 a dévoilé les manœuvres, les dogmes, les mensonges, le cynisme de nos adversaires. En janvier 2011, dans le discours du poète aux Glières, nous avons donné le cap, désigné nos ennemis : les vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Vainqueurs puisque ce sont eux qui l’ont voulue, comme la première de 1914-1918 ; ce sont eux qui ont armé les nazis après avoir financé et entraîné la bande à Trotsky en janvier 1917 dans les locaux de la Sandard Oil de Rockefeller près de New York en prévision des guerres qui allaient les enrichir fabuleusement lorsque soviétiques et nazis finiraient par s’entretuer pour laisser place à un gouvernement mondial de l’oligarchie financière qui proclamera qu’il est le seul capable d’éviter les guerres mondiales en assurant le développement économique de tous les peuples à travers le libre échange et les théories de Ricardo, Malthus et d’autres. Le 8 février 2010, dans un restaurant de New York, 5 dirigeants de hedges funds sur les conseils et informations des banques, en particulier de Goldman Sachs, se mettent d‘accord pour spéculer contre l’euro en s’attaquant en premier contre la Grèce et sa dette publique qu’ils font exploser à travers l’augmentation déraisonnée des taux d’intérêts qui s’appliquent aux emprunts des états européens. Ces manœuvres sont suivies au jour le jour, particulièrement durant l’automne 2011 puis en 2012 lorsque les états de l’ Union Européenne décident de renforcer la gouvernance de leur monnaie unique avec des traités qui instaurent un nouveau pouvoir central technocratique financier privé par dessus les gouvernements et les peuples.

A côté de cette guerre financière et de cette dictature des fonds d’investissements et des banques centrales privées, certains économistes donnent également de la voix et de la plume pour dénoncer et mettre à jour l’imposture économique qui gouverne le libéralisme et sa doctrine du libre échange, de la liberté nécessaire des marchés à laquelle les peuples doivent se plier dans une soumission librement consentie, si possible, vu qu’il n’a pas d’autres alternatives selon ces imposteurs et comme le déclarait avec la superbe insolence des ignares et une naïve et stupide obstination coupable, Mme Thatcher à Londres dans les années 1980 : la société n’existe pas, il n’y a que les marchés, donc il n’y a pas d’alternative au libéralisme économique. Début mars 2012, est sortie la traduction française du livre de l’économiste Erik S. Reinert : « Comment les pays riches sont devenus riches. Pourquoi les pays pauvres restent pauvres », publiée aux éditions du Rocher, 2012. L’auteur nous gratifie d’une présentation éclairée de l’histoire de l’économie, les deux écoles, et surtout il met en évidence le processus de création de richesses, le cercle vertueux des rendements croissants ainsi que le cercle vicieux des rendements décroissants qui laisse les pays dans la pauvreté. L’histoire des auteurs et des faits économiques montrent que depuis l’antiquité, certains savaient comment développer une ville, une région, un pays tout comme d’autres ont su plonger et maintenir des peuples dans la pauvreté, principalement à travers le colonialisme et les rendements décroissants. Nous allons utiliser ce livre pour conforter notre position sur fileane.com. Nous n’allons pas ici retenir l’histoire de la pensée économique ni la démonstration qui explique comment les institutions de Washington, FMI et Banque mondiale, ont su désindustrialiser des pays comme la Mongolie, le Pérou pour les rendre pauvres. Certains refusèrent cette doctrine du libre échange de Ricardo et ils ont échappé à la pauvreté, nous trouvons les exemples de l’Argentine, de l’Irlande et surtout les pays asiatiques, Corée du Sud, Japon et Chine. C'est un élément important de l'imposture envers les pays pauvres : nous, pays riches avons développé notre industrie grâce au protectionnisme mais vous, les pays pauvres, nous vous interdisons le protectionnisme et tant pis si vous ne pouvez pas vous industrialiser. Ces pays pauvres doivent donc faire comme ont fait les pays riches mais ne surtout pas adopter les discours actuels de ces derniers. Le second élément de l'imposture porte sur la maîtrise du processus de création des richesses avec les rendements croissants. Les dirigeants du systèmes de pouvoir économique l'ont toujours connu depuis l'Antiquité mais en fonction de leurs intérêts particuliers, ils l'ont interdit ou manipulé, aménagé à maintes reprises et ceci s'est toujours terminé par des périodes de misère et de révolte de la misère. Or, ils nous cachent que nous sommes aujourd'hui dans une telle période de crise et de retour de la pauvreté justement parce qu'ils ont choisi d'utiliser ces doctrines libérales contraires au cercle vertueux de la croissance, pour défendre leurs rentes et leurs richesses personnelles en sacrifiant une fois de plus le bien commun. Nous retenons le cœur du propos de Reinert dans ce livre : le processus de création de richesses qui a réussi hier dans des cités organisées en réseaux, dans des systèmes de pouvoir et que nous utiliserons demain dans le développement des réseaux de vie.

Notre lecteur connaît nos propos sur le temps des cathédrales, cette période florissante en Europe entre 1100 et 1307. La filiation entre les chevaliers templiers, les moines bénédictins, le mouvement cénobite depuis l’an 500 au Mont Cassin et la filiation, la relation directe entre le Mont Cassin et la préservation des enseignements et du savoir de Dendérah et d’Éleusis, ne souffrent aucune contestation. Le contenu de ce savoir sauvegardé des temples égyptiens a été combattu par la papauté car il vient contredire les dogmes de l’Église romaine et surtout, il met en valeur la source initiatique, la démarche spirituelle qui s’oppose à la volonté théocratique des dirigeants des systèmes de pouvoirs religieux, en premier lieu du système de pouvoir théocratique chrétien comme en second lieu des pouvoirs théocratiques musulmans et des autres théocraties religieuses qui interdisent la démarche individuelle spirituelle. Le livre de Reinert publié en 2007 à Londres repose sur l’histoire de l’économie pour confronter les théories et les situations réelles qui démontrent comment certains pays, certaines villes se sont enrichies et se sont développées alors que d’autres sont restées pauvres ou sont condamnées aujourd’hui à rester pauvres par les pays riches. Jusqu’à présent sur fileane.com, nous avons montré le fonctionnement des organisations en réseaux sur un plan « juridique » et institutionnel : le principe de subsidiarité, l’alliance des contraires, la démocratie locale participative, la capitalisation des droits sociaux indissociable de la capitalisation des actions commerciales et pourtant interdite et tabou. Avec le livre de Reinert, nous avons les bases économiques qui viennent compléter les bases institutionnelles : comment se construit le cercle vertueux de la croissance économique, comment se sont développées les villes et les campagnes, puis les pays industrialisés, comment fonctionne le cercle vicieux de la pauvreté et de l’absence de croissance économique. Reinert part des exemples et des théories depuis 1400 environ, il s’attache surtout aux auteurs et réalisations de la Renaissance puis du siècle des Lumières jusqu’à aujourd’hui. Il écrit que ce cercle vertueux de la croissance existait déjà dans l’antiquité mais cet auteur ne prend pas le chemin de l’Égypte et de Dendérah (probablement qu’aucun éditeur ne l’aurait suivi sur ce pourtant si excellent chemin, au moins pour un poète).

Reinert distingue deux conceptions de l’être humaine à la base des sciences économiques, deux visions de l’humanité qui se résument dans les déclarations d’Adam Smith et celles d’Abraham Lincoln.

Nous reprenons les extraits suivants de ce livre :

Les différences entre les deux théories de l’économie sont profondes, et sont le résultat de deux idées opposées des caractéristiques les plus fondamentales de l’homme, et de l’activité la plus fondamentale de l’homme. Adam Smith et Abraham Lincoln ont soigneusement défini ces deux points de vue différents de la nature humaine et les théories économiques qui en découlent.

 

La théorie fondée sur le troc a été exposée dans la Richesses des Nations d’Adam Smith :

La division du travail résulte d’une tendance de la nature humaine à... charger, troquer et échanger une chose pour une autre…C’est commun à tous les hommes, et ne retrouve chez aucune autre espèce animale qui ne semble connaître ni ceci ni aucune autre espèce de contrats… Personne n’a jamais vu un chien échanger équitablement et volontairement un os avec un autre chien.

Lincoln a décrit sa théorie fondée sur la production et l’innovation dans un discours de la campagne électorale de 1860 :

Les castors construisent des maisons, mais ils ne les construisent ni différemment ni mieux, ceci depuis près de cinq mille ans… L’homme n’est pas le seul animal qui travaille, mais il est le seul qui améliore son ouvrage. Ces améliorations, il les effectue par des découvertes et des inventions.

Ces deux visions différentes des caractéristiques économiques fondamentales des êtres humains mènent à des théoriques économiques et des propositions de politique économique complètement divergentes. Adam Smith parle bien d’inventions, mais elles viennent d’ailleurs, en dehors du système économique (elles sont exogènes), elles sont libres (information parfaite) et elles ont tendance à affecter toutes les sociétés et toutes les personnes simultanément. De la même façon, les innovations et les nouvelles technologies sont créées automatiquement et gratuitement par une main invisible qui, dans l’idéologie économique actuelle, s’appelle « le marché ».

Les deux théories énonçaient deux origines très différentes pour l’humanité : soit, pour celle d’Abraham Lincoln, au commencement il y avait des relations sociales alors que pour Adam Smith, au commencement, il y avait les marchés….Le point de vue de Smith, dans la tradition anglaise mène à une économie de troc hédoniste et à un système de valeur et d’incitation. La croissance économique tend à être considérée comme une addition mécanique du capital au travail. Dans la tradition continentale, l’essence de l’être humain est un esprit potentiellement noble, avec un cerveau actif qui constamment enregistre et classe le monde autour de lui, selon les schémas définis. L’économie est alors centrée sur la production plutôt que sur le troc, et sur la production, l’assimilation et la diffusion des connaissances et des innovations. La force motrice de cette économie n’est pas le capital en soi mais l’esprit humain et la volonté. La première vue de l’humanité rend possible une théorie économique statique, simple, calculable et quantifiable. Le second point de vue, beaucoup plus complexe, a également besoin d’une théorie bien plus complexe et dynamique, dont le noyau ne peut se réduire à des chiffres et à des symboles. Il est important de noter que la « sagesse orthodoxe », dans une théorie peut être considérée sous un jour entièrement différent dans l’autre théorie. Pour Jeremy Bentham, la « curiosité » était une mauvaise habitude ; pour Thorstein Veblen en 1898, la « curiosité libre » devenait le mécanisme par lequel la société humaine accumule des connaissances.

A la suite d’Adam Smith, quatre des concepts importants pour comprendre le développement économique ont été écartés du modèle dominant :

La première fois qu’une théorie de type « troc et échange » a prédominé, ce fut avec les physiocrates en France, dans les années 1760. La seconde fois fut durant les années 1840. Principalement pour fournir à ses ouvriers d’industrie du pain à bon marché, l’Angleterre arrêta de protéger son agriculture par des barrières tarifaires et, en même temps, chercha à inciter d’autres pays à faire de même avec leur industrie. On pensait alors que la croissance des inégalités sociales – ce qui pendant un siècle, sera appelé la « question sociale » - disparaîtrait dès que seraient supprimées toutes les restrictions sur l’économie. En fin de compte, cela a entraîné des troubles sociaux beaucoup plus graves. L’État providence moderne s’est construit pas à pas à partir de ce chaos.

En termes de politique économique, aucune période historique ne ressemble autant aux années 1990 que les années 1840. Les deux périodes se caractérisent par un optimisme immense et irrationnel basé sur une révolution technologique. En 1840 l’âge de la vapeur était en plein expansion. En 1971, Intel développa son premier microprocesseur et, dans les années 1990, un nouveau paradigme techno économique se déployait à nouveau. De tels paradigmes, fondés sur les bons de la productivité de secteurs spécifiques, portent en eux de possibles sauts quantiques de développement. Mais ils portent également en eux une frénésie spéculative et de nombreux projets et pratiques qui voudraient que les industries normales se comportent comme des industries au coeur de ce paradigme. (page 188) Lors de ces deux périodes, elles ont été encouragées par un marché boursier euphorique qui voulait fermement croire que cela pouvait être réel - et pendant longtemps, ce fut réel - simplement parce que suffisamment de personnes y croyaient. Mais la plupart des cas ne se sont pas soldés de manière heureuse. (page 189).

Fin des extraits du livre de Reinert.

Inutile de préciser que cette comparaison entre les chiens ou les castors et l’être humain reste très terre à terre et que nous sommes très loin de la vision que le poète ramène sur terre depuis ses dialogues de l’âme pour l’âme et sa confrontation avec les mystères de la vie. Bien entendu, la vision de Lincoln est dans le droit fil de la conception intelligente et vivante de l’être humain qui existe depuis les origines de l’humanité et elle est très proche de celle que nous développons dans l’organisation des réseaux de vie. Il manque incontestablement un brin de cheminement spirituel mais cette limite n’est pas fâcheuse pour nous du moment que l’orientation est la bonne… et que demander de plus à un économiste qui dans son livre fait beaucoup d’effort pour rester compréhensible des autres économistes orthodoxes qu’il cherche plus à convaincre qu’un poète déjà convaincu depuis la nuit des temps !

Bien plus que cette question de vision de l’être humain, nous trouvons dans le livre de Reinert, l’explication économique claire et nette du processus de la croissance vertueuse vers le développement économique. Ce mécanisme nous manquait alors que nous sommes en train de rédiger dans la quatrième partie, le fonctionnement des réseaux et notamment maintenant le fonctionnement des réseaux de production de biens et services indispensables à la survie puis le fonctionnement de la réalisation des œuvres qui élèvent le niveau de vie. Ce livre tombe à pic et nous enlève une difficulté sérieuse pour rendre nos propos clairs et nets, limpides aussi sur le terrain économique. Nous savions que nous devions tenir d’autres propos que ceux tenus par les économistes orthodoxes qui défendent le dogme du libéralisme économique sur lequel repose le système de pouvoir du capitalisme. Nous prenions comme base de nos propos le développement des villes libres au temps des cathédrales, l’exemple de la Décapole d’Alsace après 1354 soit près de cinquante ans après la destruction de l’ordre du Temple. Nous savions que ces exemples comprennent la solution technique, le processus de développement économique que nous voulons actualiser dans l’organisation des réseaux de vie, une fois quittés nos systèmes de pouvoirs. Avec ce livre de Reinert, nous avons ce processus et nous savons quand et comment il a été utilisé, comment et quand les dirigeants des systèmes de pouvoir ont interdit ce processus de développement pour imposer d’autres théories afin de protéger leurs richesses personnelles et leurs pouvoirs politiques.

Reinert pose la distinction fondamentale que toutes les activités économiques ne se valent pas pour créer des richesses. Certaines activités contiennent plus d’intelligence que d’autres et certaines situations apportent des gains de productivité et des synergies que d’autres n’auront jamais. Nous devons donc choisir les bonnes activités et les bonnes situations pour assurer le développement des richesses dans nos organisations en système ou en réseaux.

Extraits du livre :

Depuis un temps immémorial, la majorité des habitants de la Terre vivent simplement, dans une pauvreté relative, et dans un équilibre souvent fragile entre la taille de la population et des ressources disponibles. Comme l'exprimait Alfred Marshall, un des fondateurs de l'économie néoclassique, toutes les migrations dans l'histoire ont été créées par une diminution des rendements : une densité de population croissante contrebalancée par une disponibilité des ressources naturelles et une technologie inchangée. Ce mécanisme est décrit dans la Bible à propos des tribus d'Israël qui ont dû se séparer puisque la terre ne pouvait les porter pour demeurer ensemble. Dans un tel monde, la richesse et la pauvreté s'apparentaient à un jeu à somme nulle ; la richesse était essentiellement acquise par l'intermédiaire de biens déjà existants qui changent de propriétaire. Cette vision du monde a été codifiée par Aristote. A la fin de la Renaissance se produit un changement de mentalité : de nombreux facteurs se combinèrent pour causer la disparition progressive du jeu à somme nulle en tant que vision du monde dominante pour dans le même temps introduire un élément de progrès en sus de la nature cyclique de l'histoire. (page 206).

La vision du monde d’Aristote, comme un jeu à somme nulle, a lentement fait place à la compréhension croissante que la nouvelle richesse pouvait être créée – et pas seulement conquise – grâce à l’innovation et à la créativité. (page 208).

« Vers le XIIIe siècle, les Florentins, les Pisans., les Amalfitains, les Vénitiens et les Génois ont commencé à adopter une politique différente afin d'accroître leur richesse et leur puissance, ayant remarqué que les sciences, la culture de la terre, l'application des arts et de l'industrie, ainsi que l'introduction du commerce extensif, pouvaient leur permettre d'engendrer une population importante, subvenir à leurs innombrables besoins, maintenir un haut niveau de luxe et acquérir d'immenses richesses, sans avoir à conquérir de nouveaux territoires. » Sebastiano Franci, réformateur des Lumières milanaises, 1764. (page 205)

Très tôt, il a été clair, pour les gens, que la plupart des richesses se trouvaient dans les villes, et plus particulièrement dans certaines villes. Les villes abritaient des citoyens libres ; à la campagne, les gens étaient généralement des serfs qui appartenaient à la terre et au seigneur local. À partir de ces observations, des investigations ont été menées pour parvenir à comprendre quels facteurs rendaient les villes à ce point plus riche que la campagne. Peu à peu, la richesse des villes a été perçue comme le résultat de synergies : des gens venant de nombreux et divers commerces et professions et formant une communauté. L'érudit Florentin et hommes d'État, Brunetto Latini (1220 - 1294) a décrit cette synergie comme étant « il ben commune », c'est-à-dire ouvrir " le bien commun ". La plupart des premiers économistes, les mercantilistes et leurs homologues allemands - les caméralistes - ont utilisé ces synergies comme élément fondamental pour comprendre la richesse et la pauvreté. C'est le bien commun qui rend les villes grandes, répète Nicolas Machiavel (1469 - 1527), presque 300 ans après Brunetto Latini. (page 207)

Par le biais de cette compréhension sociale de la richesse qui ne peut être comprise que comme un phénomène collectif, la renaissance a redécouvert et souligné l'importance et la créativité de l'individu. Si on ne tient pas compte de ces deux perspectives - le bien commun et le rôle de l'individu - on ne peut comprendre ni la vision de la société à la Renaissance ni le phénomène de croissance économique. (page 207).

Fin des extraits du livre de Reinert.

Nous sommes bien au XIIIème siècle, ce siècle florissant organisé autour des ordres monastiques et chevaliers qui ont répandu le savoir et l’ont défendu contre les rois et les papes. Nous avons montré le rôle de la subsidiarité descendante joué par ce savoir sauvé depuis Dendérah et l’Egypte par Jean, Antoine, Pacôme puis en 500 par Bernard de Nurcie, savoir qui fut transféré à Cluny dans les années 900 pour être mis à l’abri des menaces des papes de Rome. Le processus du cercle vertueux du développement économique est une leçon toujours magistrale de management des organisations : rassembler des gens instruits et formés dans de multiples métiers pour créer un projet commun : une ville libre, libérée du système de pouvoir dominant, hier le système féodal, aujourd’hui le système capitaliste libéral. Le projet commun : hier une ville libre, aujourd’hui nos réseaux citoyens de vie. Ce groupe va développer des synergies. Les rendements croissants reposent sur l'effet d'apprentissage (l'élévation des compétences, source toujours possible de gains de productivité), les économies d'échelle qui proviennent des innovations dans la production pour économiser les quantités de facteurs de production et surtout du commerce à longue distance capable d'apporter de nouveaux clients surtout lorsque ce commerce est défendu par des moyens militaires. Les flottes de commerce protégée par les marines militaires ont été ainsi les instruments du développement des richesses des premiers pays riches tout comme le fût la flotte de l'Ordre du Temple qui commerçait avec les Amériques bien avant 1492. Les synergies viennent ensuite renforcer ce processus de richesses fondé au départ sur la connaissance, le développement des savoirs. Les rendements décroissants sont tout le contraire et s'appliquent surtout à l'agriculture : rendements décroissants extensifs lorsqu'il s'agit d'utiliser toujours plus de terres pour nourrir une population ou le bétail. Rendements décroissants intensifs lorsqu'il faut toujours plus de travail pour cultiver une terre ou que les terres ne suffisent plus à nourrir une population toujours plus grande sans trouver la moindre synergie.

Nous reprenons ici une définition de la notion de synergie : la synergie reflète communément un phénomène par lequel plusieurs acteurs, facteurs ou influences agissant ensemble créent un effet plus grand que la somme des effets attendus s'ils avaient opéré indépendamment, ou créent un effet que chacun d'entre eux n'aurait pas pu obtenir en agissant isolément. Dans le langage courant, le mot est plutôt connoté positivement, et il est utilisé pour désigner un résultat plus favorable lorsque plusieurs éléments d'un système ou d'une organisation agissent de concert. Plus prosaïquement, il y a synergie positive quand le résultat d'une action ou d'un élément est supérieur à la somme des résultats des parties. Ceci est résumé très simplement par l'aphorisme un et un font trois. Les travailleurs des champs, les serfs sont formés au départ par les moines de l’abbaye. Ils deviennent forgerons, maçons, charpentiers, musiciens, médecins, pêcheurs, tisserands, etc. Ensemble ils vont bâtir la ville et ses remparts, ses fortifications. Lorsqu’un seigneur féodal veut venir récupérer quelques familles qui ont abandonné sa terre, même avec une cinquantaine d’hommes d’armes, il doit s’arrêter devant les murailles de la ville et si ce seigneur insiste, ce sont des milliers d’hommes en armes qui montent sur les remparts ou vont faire une sortie pour le chasser. Ce nouveau rapport de forces est aussi le résultat d’une synergie développée dans le cadre de la nouvelle ville libre. Cette puissance aussi bien économique, culturelle que politique cimente ce bien commun, cette propriété commune à la communauté citadine. Mais le processus du développement ne se limite pas à la ville.

Comme Reinert le montre, il y a complémentarité entre le développement de la ville et de la campagne proche de la ville. Les citadins pour se nourrir vont utiliser leurs revenus d’artisans, commerçants, fonctionnaires, artistes, professeurs pour acheter les récoltes des paysans aux alentours. Les paysans vont produire plus, réaliser des économies d’échelles et avec l’aide des artisans de la ville, ils vont perfectionner leurs outils, leurs méthodes agricoles. Les récoltes vont être mises à l’abri dans des greniers derrière les remparts, dans l’enceinte des abbayes. Les moines qui font vœu de pauvreté, garantissent le partage équitable des réserves lors des disettes ou des périodes de mauvaises récoltes. La confiance se développe partout et les surplus font l’objet de commerce avec les villes voisines. Le constat est simple durant cette période historique : la complémentarité ville-campagne fait naître le développement local. Une campagne qui n’a pas à proximité une ville reste pauvre. Une ville construite sans terres agricoles va se développer car les richesses qu’elle crée vont lui permettre de développer l’agriculture dans la région voisine. Les exemples sont connues : Venise, les ports italiens, les villes de Hollande n’ont pas de terres agricoles chez elles donc elles ne peuvent compter que sur leurs artisans, leurs marins, leurs commerçants. Les villes maritimes vont se développer plus vite car elles utilisent des milliers d’artisans, charpentiers, ouvriers pour construire leurs flottes commerciales et de guerre. L'exemple du développement de la ville de Delft en Hollande est un cas d'école : à partir de la taille et du polissage du verre pour fabriquer des lentilles, la ville produit des longue-vues pour la marine de guerre et la marine commerciale. Elle attire les savants qui mettent au point et utilisent les premiers microscopes. Les peintres se mettent à utiliser la loupe pour réaliser des tableaux extrêment précis et minutieux en restituant d'une manière parfaite les jeux de lumières, les détails d'un portrait comme une photo avant l'heure. Les lentilles servent également aux artistes pour confectionner des chambres noires et des lanternes magiques bien avant le cinéma. Commerce, armement, sciences, artistes entraînent une élévation des connaissances et des revenus tout autour de la ville.

Une leçon politique s’applique : les villes doivent écarter du pouvoir les grands propriétaires terriens qui raisonnent différemment et sont des partisans logiques du conservatisme et des traditions ancestrales et dont les intérêts particuliers menacent les intérêts des villes. La gestion de la propriété commune, du bien commun dans une ville est une leçon de démocratie locale participative comme jadis dans les cités grecques ou égyptiennes. Rien à voir avec le pouvoir despotique et féodal du seigneur de la terre. Florence, située dans une région agricole, interdira l’accès au pouvoir des propriétaires terriens et ce seront les commerçants, les artisans, les artistes qui vont gérer le développement de la ville. La recherche de l’innovation, l’exercice de la créativité passe par le principe de la subsidiarité enseigné par les moines et qui trouvera son application la plus visible encore aujourd’hui dans les plans des constructions des cathédrales, une fois que le développement des villes permettra un surplus de travailleurs qu’il va falloir occuper dans la réalisation d’œuvres sur plusieurs générations.

Cette logique, ce mécanisme de développement va se reproduire au départ de l’industrialisation des pays.

Extraits du libre de Reinert avec notre résumé et reformulation :

L’avantage concurrentiel en management procure temporairement une rente, un surplus de bénéfices par rapport aux autres, ce qui assure une place de leader sur un marché. La minorité de cités-Etats les plus riches, à Venise et en Hollande, possédaient une position dominante sur le marché dans trois domaines : en économie, elles bénéficiaient de rentes qui généraient des bénéfices croissants capables de supporter de vrais salaires et des impôts importants pour financer leur structure étatique (police, armée, justice, enseignement). Ces cités-états avaient un secteur industriel et artisanal très étendu et diversifié qui maîtrisait un important marché de matières premières : le sel à Venise, le poisson en Hollande. Enfin ces cités-états ont développé un commerce extérieur très fructueux. (Venise fut longtemps la capitale du commerce des esclaves entre l’Asie et le Moyen-Orient « grand consommateur d’esclaves » (même si vers 600, le messager prophète Mohammed rachetait les esclaves autour de lui pour les affranchir), ndrl). Les villes de Hollande commerçaient à partir de leur production manufacturière dans le textile, la taille des pierres précieuses, les lentilles de verre et le hareng salé et mariné… La richesse  créée était protégée derrière de solides barrières à l’entrée sur le marché. Ces barrières à l’entrée étaient des connaissances supérieures, des techniques de fabrication et surtout l’utilisation de puissantes synergies à travers des activités manufacturières diversifiées. Cette production était soutenue par des économies d’échelles obtenues grâce au commerce sécurisé par la puissance militaire. Après 1485, l’Angleterre imita la structure de la triple rente créée par les cités-Etats d’Europe. Au moyen d’une intervention économique très autoritaire, l’Angleterre créa son propre système de triple rente : l’industrie manufacturière, le commerce à longue distance et une rente de matière première basée sur la laine. Le succès de l’Angleterre allait finalement conduire à la mort des cités-Etats et au développement des Etats-nations, les synergies trouvées dans les cités-états étant étendues à une plus large zone géographique. (page 214).

Fin de l’extrait du livre de Reinert.

En Angleterre après 1485, l’absolutisme royal et le management autocratique ont remplacé l’organisation en réseau défendue par l’ordre du Temple et la tentative de restauration du temps des cathédrales par Jeanne d’Arc a été écartée et détruite par la papauté et le roi de France allié pour la circonstance avec les troupes anglaises. Ce n’est pas le plus important. L’essentiel est que le processus vertueux de développement fonctionne. La flotte templière faisait le commerce à longue distance avec les Amériques : les indiens iroquois au nord, le Mexique et les Andes au centre et au sud. La rente de l’ordre du Temple au niveau des matières premières reposait sur la gestion de 90% des propriétés foncières du sol de France, ce qui ruina le roi de France qui n’avait plus que 10% des terres pour vivre et payer une armée forcément insignifiante. Il a fallu les crimes de Philippe le Bel à partir d’octobre 1307 pour détruire les templiers, l’organisation en réseaux de la France et fonder l’absolutisme royal. Le système de pouvoir industriel va rester sur ce mécanisme, ce processus de création de richesses sauf que dans ce système, dans ce processus, l’intérêt commun, le bien commun, la propriété commune gérée par les moines et défendue par les templiers, va être interdite et va disparaître. Restaurer le bien commun, la propriété commune dans le processus de création de richesses et de développement politique, économique et social représente une des missions fondamentales du mouvement exprimé sur fileane.com.

Dès lors, l’histoire du développement industriel dans le système de pouvoir capitaliste peut se résumer clairement et brièvement à travers les moyens mis en œuvre par les propriétaires des capitaux investis dans les usines et le commerce. Les pays d’Europe ont compris qu’ils devaient développer une industrie diversifiée et pour garantir la confiance des investisseurs dans le capital des sociétés industrielles, les pouvoirs publics ont protégé leur industrie naissante par des barrières douanières. Le but originel était de saturer le marché intérieur de biens matériels produits en masse afin de vaincre la misère (point de vue des états) et afin d’atteindre une taille critique pour pouvoir réaliser des économies d’échelle sur d’autres marchés (point de vue des capitalistes). Lorsque le marché intérieur fut saturé, la solution du colonialisme vis à vis des pays qui fournissaient les matières premières s’imposa. L’explication devient limpide à travers le livre de Reinert : le colonialisme est le prolongement international du protectionnisme que les états ont mis en place pour protéger leurs industries et utiliser le cercle vertueux de la croissance économique. En clair, le colonialisme interdit aux pays exportateurs de matières premières de s’industrialiser eux-mêmes. Evidemment car sinon, imparablement et logiquement ces pays viendraient ruiner ou tout au moins freiner le développement des pays industrialisés en premier. Il y eut peu de pays qui s’opposèrent à ce colonialisme. Le premier et le plus important fut les Etats-Unis d’Amérique qui se révoltèrent contre le colonialisme anglais à la fin du XVIIIème siècle. Dès les années 1800, les USA développèrent leur industrie selon le processus bien connu et en utilisant évidemment le protectionnisme pour favoriser leur jeune économie. L’interdiction faite aux pays colonisés de s’industrialiser les laisse forcément dans la non industrialisation, c’est à dire ostensiblement dans la pauvreté et le non développement économique. 

Une dernière preuve de la redoutable efficacité de cette méthode remonte à 1945 lorsqu’avec le plan Morgenthau décidé par les Anglais et les conservateurs américains, il s’est agi d’appauvrir durablement l’Allemagne à titre de sanction de guerre. Les alliés occidentaux comme soviétiques commencèrent par détruire et récupérer les machines des usines allemandes afin de transformer l’Allemagne en un pays essentiellement agricole avec des rendements décroissants. Dès 1947, les résultats furent désastreux et il y avait 25 millions d’Allemands en trop par rapport aux capacités agricoles du pays à ce moment là. Avant même d’envisager leur mort de faim comme Staline l’avait fait pour quatre millions d’Ukrainiens en 1930 à travers sa réforme agraire pour collectiviser les terres, les dirigeants anglo-saxons ont compris que ces allemands allaient préférer rejoindre l’Allemagne de l’Est qui servait alors de vitrine du communisme face à l’Occident. Très vite le plan Marshall à partir de 1947, allait réindustrialiser tous les pays limitrophes du bloc soviétique afin de les développer pour pouvoir contrer la menace de l’Union soviétique. Ce plan Marshall ne fit que reprendre les recettes du passé et que les USA avaient également adoptées après leur indépendance. La construction du marché commun européen repose sur le même fondement, celui des rendements croissants. « Le marché commun a été présenté aux électeurs sur le postulat de rendements croissants qui augmenteraient la richesse (rapport Cecchini, 1988) » (page 171). Dès lors, il devient évident que le développement d’une structure centrale à Bruxelles qui sert de relais à la doctrine libérale du libre échange ne peut être qu’en contradiction avec les racines européennes et rend impossible l’achèvement de la construction européenne, construction européenne dont l’achèvement peut bien mieux se réaliser à travers des organisations en réseaux réunies en confédération. Reste qu’aujourd’hui le neo colonialisme interdit toujours aux pays pauvres exportateurs de matières premières de s’industrialiser eux-mêmes pour se développer. La seule différence avec le passé, c’est que cette politique est camouflée, cachée sous les théories du libre-échange et du libéralisme économique.

Le livre de Reinert représente une contribution remarquable à cette démystification du libre échange et à une condamnation implacable des théories orthodoxes développées principalement par Adam Smith et David Ricardo alors qu’une autre école défendue principalement par Schumpeter et Keynes poursuit la vision de l’être humain intelligent, innovateur et créateur qui ne doit pas être dominé par le capital et des calculs mathématiques abstraits qui fondent des théories et des modèles qui ne tiennent absolument pas compte des réalités et encore moins des expériences et des leçons de l’histoire. Nous avons vu que ce sont les rares périodes de grands changements technologiques qui offrent aux spéculateurs de tous bords une croyance sans limite dans les forces des marchés. Leur credo n’est que trop connu : tous doivent pouvoir librement utiliser ces nouvelles technologies pour s’enrichir sur de nouveaux marchés qui pour se développer ne doivent rencontrer aucun obstacle, particulièrement ceux liés au financement des états et de leurs politiques sociales. A chaque fois l’histoire démontre l’échec de ces politiques libérales et les révolutions qui suivirent ces années de développement rapide et scandaleux de la misère sociale. Les révolutions de 1789, de 1848 furent les conséquences de ces erreurs économiques monumentales. Les guerres de 1870 à 1945 succédèrent à ces révolutions comme si les dirigeants de l’oligarchie financière anglo-saxonne avaient compris qu’ils valaient mieux organiser eux-mêmes les désastres humains pour en tirer profit plutôt que voir une révolution ouvrière finalement mal tournée pour leurs intérêts privés. La fin de la guerre froide et la révolution technologie de l’informatique et des télécommunications sont deux évènements majeurs qui expliquent cette croyance débridée et irréfléchie dans le succès des affaires et l’avènement d’un gouvernement mondial établi par les puissances financières de l’oligarchie dirigeante. La spéculation contre l’euro depuis février 2010 a été freinée par les achats d’euros de la banque centrale chinoise mais ce n’est pas suffisant pour écarter la menace d’une aggravation de la crise financière et de l’utilisation des politiques d’austérité et d’appauvrissement des populations occidentales.

Pour sortir de cette crise et éliminer ce système de pouvoir financier, pour quitter le capitalisme, le chemin s’éclaire et se précise : le processus de développement économique est toujours le même, il suppose innovation, compétences, gains de productivité, créativité, synergies entre les activités économiques. Pour que les populations adhèrent à ce projet de développement, la communauté doit partager un bien commun, une propriété commune. Alors la sortie de nos systèmes de pouvoir et le développement des organisations en réseaux de vie n’a plus besoin d’une vision orthodoxe ou hétérodoxe. Reinert peut s’accrocher aux écrits de Friederich List (1789-1846) : 

Extraits du livre de Reinert :

C'est pourquoi les plus fervents défenseurs de l'industrialisation (pour la protection tarifaire) comme Friedrich List (1789-1846), étaient également les plus fervents défenseurs du libre-échange de la mondialisation, une fois que tous les pays seront industrialisés. Dès les années 1840, Friedrich List formula une recette de la « bonne mondialisation » : si le libre-échange se développait après que tous les pays du monde s'étaient industrialisés, le libre-échange serait ce qu'il y a de mieux pour tout le monde. Le seul point de divergence est le calendrier établi pour adopter le libre-échange et la séquence géographique structurelle dans laquelle se déroule le développement vers le libre-échange (page 226)

Fin de l’extrait du livre de Reinert.

Oui, l’amélioration de notre système économique reste possible en corrigeant les erreurs du libre échange et du libéralisme, en régulant les marchés financiers et en mettant hors d’état de nuire l’oligarchie financière et sa cohorte de spéculateurs cyniques. Keynes affirmait que la production reste nationale autant que possible, ceci pour assurer le plein emploi et éliminer le chômage. Keynes affirmait que la monnaie devait rester impérativement nationale pour financer seulement la production et non pas servir de moyen de spéculation à travers une thésaurisation incontrôlable par les états. Keynes indiquait qu’en l’an 2000 il faudrait travailler 20 heures par semaines pour que tous aient les revenus minimaux pour obtenir les biens et services indispensables à la survie. Par contre Keynes n’a jamais expliqué ce que les citoyens pourraient faire avec le reste du temps de travail disponible, notamment dans l’économie non marchande ou pour utiliser la première source de savoir. Aujourd’hui le débat se focalise sur le protectionnisme intelligent : le protectionnisme offensif pour défendre une jeune industrie européenne comme celle des technologies des énergies renouvelables contre les importations à bas coûts de Chine. Protectionnisme défensif pour protéger l’agriculture et ses rendements décroissants. Protectionnisme intelligent pour défendre l’économie de l’Union européenne contre les méfaits de la mondialisation et la dérégulation des marchés. Dans ce débat politique, Reinert reprend les propos de Gunnar Myrdal (prix Nobel 1974) pour dénoncer l’imposture

« l’ignorance opportuniste » repose sur le fait que nous sommes ouverts à un monde où les hypothèses des « sciences » économiques sont manipulées pour atteindre des objectifs politiques. La technologie et les rendements croissants, qui sont les principales sources de pouvoir économique, créent des barrières à l’entrée. En oubliant ceci, les économistes servent les intérêts acquis des nations qui sont au pouvoir.

Nous trouvons ici la limite de ces théories économiques : les rendements décroissants et le libre échange de Ricardo sont utiles pour laisser les populations dans la pauvreté ou pour détruire l'industrie et l'artisanat dans un pays afin de l'appauvrir. Une population plus pauvre aura moins les moyens de se révolter car elle sera privée surtout de savoir et de technologies. Elle sera mise à l'écart du cercle vertueux des rendements croissants et sera plus faible dans le rapport de force avec les pays les plus riches. Les dirigeants de l'oligarchie financière utilisent le dogme du libre échange totalement déconnecté des réalités justement pour casser les systèmes éducatifs, les formations, les services publics et les services de santé pour affaiblir une société et la rendre incapable de s'opposer au pillage de ses marchés par le néo colonialisme. Lorsqu'une période de grandes innovations se présente, les richesses doivent normallement augmenter toutes seules à cause de ces innovations, donc, comme le chalut du pêcheur en mer, les dirigeants de la finance mondiale doivent s'armer pour capter le plus possible ces richesses et donc demander aux populations de payer davantage de taxes, d'impôts, de payer plus pour les biens et services de consommation. Le mécanisme financier est simple et il est utilisé d'une manière cyclique depuis le XVIIIème siècle : les banques centrales privées tirent prétexte des innovations pour vendre des crédits à profusion puis soudainement, elles demandent à l'occasion d'une crise financière qu'elles ont organisée, le remboursement immédiat de ces crédits ou elles organisent l'insolvabilité de leurs créanciers pour les obliger à vendre à bas prix les biens qu'ils ont achetés, principalement les biens immobiliers. Ces dernières années, ce mécanisme a également concerné les états qui se sont endettés auprès des banques centrales privées et nous sommes dans la crise des dettes souveraines que les citoyens doivent rembourser en sacrifiant leur niveau de vie. Pour l'oligarchie financière anglo-saxonne, les maîtres actuels du monde, l'utilisation des rendements décroissants vis à vis des pays exportateurs de matières premières et l'utilisation du libre échange pour justifier la dérégulation des marchés financiers sont les deux piliers de leur puissance dans la domination du système économique capitaliste.

Comme l'écrit Reinert à la suite des auteurs de l'autre école, celle de l'intelligence et du savoir, les rendements croissants sont en effet "une patate chaude" entre les mains des politiciens. Il n'est pas difficile de créer un cercle vertueux de création de richesses et de développement, mais pour une minorité dirigeante dans un système de pouvoir qui veut s'enrichir au détriment des autres, la difficulté insurmontable apparaît lorsqu'il s'agit de répartir les richesses produites. Comment subitement expliquer que les richesses produites par des êtres humains bien formés, éduqués, intelligents et créatifs, capable de gérer et de trouver des synergies, comment expliquer que ces richesses produites en abondance reviennent quasi exclusivement à une minorité dirigeante et pas au reste du groupe social ? C'est absurde ! Personne ne peut accepter un tel vol, une telle spoliation des richesses, sauf si le groupe social est dominé par un régime politique qui légitime et cache cette spoliation et maintient sa domination à travers un rapport de force garantit par l'armée et masqué à travers le conformisme social envers cette domination d'une minorité dirigeante. Nous avons sur fileane.com, montré l'histoire des conflits permanents entre les systèmes de pouvoirs et les organisations en réseaux. Nous avons ici une confirmation du caratère antinomique entre ces deux manières d'organiser une société : l'organisation en réseau repose sur le bien commun, la propriété commune qui est la seule forme de propriété capable de répartir équitablement les richesses produite ; les systèmes de pouvoir interdisent cette propriété commune pour utiliser la propriété individuelle ou collective afin d'accaparer les richesses produites pour le profit de la minorité dirigeante. Les démocraties sont le régime politique qui a permis jusqu'ici le meilleur développement possible sans pouvoir éviter le creusement des inégalités et l'enrichissement scandaleux de leurs dirigeants. Les peuples ne croient plus aux mérites des démocraties et ils commencent à s'instruirent, à découvrir le savoir, les connaissances qui leur sont cachés sous les impostures des dirigeants de nos systèmes de pouvoir. Comme Reinert l'indique et le montre à travers son livre : les connaissances dont nous avons besoin pour sortir de nos crises économiques et financières organisées par l'oligarchie financière, se trouvent dans l'histoire, dans les faits de l'histoire politique, économique et sociale qui nous montrent comment des cités, des peuples, des nations se sont développées. Et l'histoire des peuples premiers, les Moso, la confédération des nations iroquoises, les indigènes des îles Trobriands en Mélanésie, ceux d'Amazonie, des Himalayas ne sont pas les derniers à nous montrer comment vivre mieux, comment développer la paix et nos amours.

 

En effet, qu’avons-nous à gagner en sauvant ce système de pouvoir économique ? Pouvons nous enfin placer dans ce système la propriété commune, le bien commun qui inspire tellement confiance et répartit si bien les richesses produites à travers les synergies des différents métiers et des activités humaines économiques diversifiées ? Pouvons attendre que tous les pays arrivent à se développer sur le plan industriel pour enfin savoir si le modèle du libre échange peut ou non fonctionner sur le plan mondial ? Le pouvoir capable d’organiser une humanité plus développée et durablement en progrès passe-t-il obligatoirement et uniquement par le stade industriel de tous les pays ? La vision d’un économiste peut se limiter à cette perspective pour des questions de rationalité, de logique, pas la vision d’un poète qui utilise les deux sources de savoir.

Nous allons rédiger dans notre quatrième partie, la description des réseaux de production de richesses matérielles et de services, la description des réseaux qui réalisent les œuvres pour le développement durable et l’élévation du niveau de vie. Nous rédigerons dans la cinquième partie, la transition entre l’abandon de nos systèmes de pouvoir et le développement des réseaux de vie en utilisant ce processus de production réaliste et efficient mis en évidence par Reinert, List, Schumpeter, Keynes et tant d’autres depuis l’antiquité. Comme List, nous sommes partisans d’une progression raisonnée et maîtrisée dans ce changement de paradigme, de vision du monde. L’industrialisation des états est bel et bien nécessaire pour développer des réseaux locaux de vie et garantir la démocratie directe participative au niveau local. Ceci suppose l’élimination des oligopoles et l’élimination du pouvoir transnational des groupes mondiaux de production, la restauration de l’action politique des citoyens parmi tous les pays. Nous y viendrons. Mais il ne s’agit pas de rester à Keynes, de rejoindre les économistes atterrés, les indignés ou les révoltés contre le capitalisme. Sont-ils devenus capables depuis 2002 et cette première fois où nous avons posé cette question sur le net, de dire clairement ce qu’ils veulent ? Rester dans un système de pouvoir : améliorer celui-ci ou un instaurer un autre, ou bien quitter nos systèmes de pouvoir pour l’alternative de l’organisation en réseau, ce qui est bien davantage qu’un « autre canon », une autre école hétérodoxe d’économistes plus ou moins sérieux et lucides dans leur vision de l’être humain. Certes après 1400, les cité-Etats les plus riches se faisaient concurrence bien davantage qu’au XIIIème siècle mais elles n’étaient plus dans une organisation en réseau qui garantit une régulation au service de la propriété commune. Dès 1350, il y a eu la crise financière en Europe à cause des politiques monétaires menées par Venise qui capitalisait l’argent apporté du Mexique par les templiers et que Venise soutirait en échange de crédits royaux aux rois et aux princes, et Florence qui capitalisait l’or encore disponible autour de la Méditerranée et dont l’origine remontait à l’Égypte antique quand il suffisait de se baisser pour ramasser l’or de Nubie. 

Reinert parle du XIIIème siècle sans parler une seule fois de l’ordre du Temple, il est vrai que sur la place financière de Londres ou dans le bureau d’un éditeur tant soit peu préoccupé par le développement et la croissance de son activité, ce tabou n’est pas prêt de tomber et n’est pas poète qui veut. Nous ne lui en faisons aucunement reproche, chacun sa part de travail et sur le plan économique, son livre nous est très utile, à nous autres qui défendons cette vision d’un être humain qui bien mieux que les castors et leurs ingénieux barrages de bois sur les rivières ont su pendant quelques siècles bâtirent nos cathédrales et retrouver le savoir des plus vieux temples des bords du Nil comme le savoir des temples blottis au cœur des plus hautes montagnes de la Terre. Ce savoir repose sur nos deux sources de connaissances et dès lors que nous voulons utiliser leur complémentarité, le choix de société s’impose par logique, rationalité et évidence : ce bien commun n’a jamais été admis dans un système de pouvoir tant il est de nature à contredire l’existence d’une minorité capable de voler le travail du groupe social, capable de légitimer son pouvoir politique à travers les impostures les plus grossières ou perfides, en niant l’histoire et les expériences du passé pour se complaire dans des modèles mathématiques irréalistes et inhumains. 

L’histoire ne plaide pas en la faveur de nos dirigeants, à nous de la rétablir et de l’utiliser dans notre projet humaniste et comme ce processus de développement des richesses a toujours été le même, il reste toujours également la possibilité que s’ils aiment tant produire des richesses, ils finissent par venir rejoindre nos réseaux de vie, il suffira qu’ils découvrent à leur tour le plaisir du partage pour que leur conversion soit réussie et que ces impostures économiques disparaissent définitivement. Sur fileane.com, nous utilisons l'apport de Hannah Arendt pour structurer et donner forme à l'action. Arendt s'est fondée sur l'organisation des citée grecques, elles mêmes copiées sur le fonctionnement des villes du bord du Nil pour mettre en évidence les 3 niveaux d'activité dans une organisation où l'être humain occupe la place centrale : le travail indispensable à la survie, la réalisation d'oeuvres capable d'assurer le développement, l'action politique directe en démocratie locale participative. Avec l'apport du livre de Reinert, nous complétons cette forme par son contenu : l'utilisation judicieuse des rendements croissants et des rendements décroissants pour créer les richesses et assurer le développement économique. C'est le moteur sous le capot du véhicule ; ce sont les braquets que le cycliste va utiliser sur son vélo... Nous avons l'ensemble capable de développer une société, une nouvelle civilisation... et nous n'avons plus aucune raison de supporter ces impostures venant des dirigeants de nos systèmes de pouvoir et des politiciens à leurs services pour nous soumettre à leurs entreprises maléfiques. Nous reprenons cette phrase du Mahatma Gandhi : " un homme conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis ".

Le poète qui voit plus loin que l’horizon terrestre, une fois l’imposture des tyrans brisée, répète sans se lasser que demain sera beau comme sont magnifiques les moments de la vie d’après la vie humaine qu’il porte en lui, dans son regard, à travers les mots qu’il choisit dans sa liberté de créer des richesses de vie sans limites et qui n’ont pas de prix, sur aucun marché humain parce que ces mots des poètes servent les liens sociaux depuis les enfants jusqu’aux femmes et hommes jusqu’au fond de leurs âges, depuis des siècles et des siècles bien avant que les marchés ne soient utilisés pour permettre à certains d’accaparer la production de peuples entiers et les laisser dans la pauvreté. Avec ce livre de Reinert, nous le savons bien davantage pour le vouloir encore plus fort car comme hier nos aïeuls ont connu un fort développement économique, nous le pouvons à nouveau sauf que cette fois-ci nous savons que ce développement humaniste sera durable, ancré dans la prévention, la solidarité et la participation pour nos générations futures et quoiqu’il advienne des péripéties politiciennes électoralistes ici ou là à l’intérieur des systèmes de pouvoir obsolètes et impuissants à travers leurs impostures et leurs mensonges qui ne nous concernent plus. Demain sera beau et il fera bon vivre nos jours heureux, avec le vol des oies sauvages au Japon ou ici, les chiens, les castors sans oublier les chats et tous celles et ceux que nous aimons pour partager leur existence terrestre. 

Et parce que nous préférons de loin l'aube et l'aurore aux doigts de rose, les matinées qui se lèvent plutôt que les grand soirs, nous chantonnons entre poètes " Le monde sera beau, je l’affirme, je signe "….

 les maîtres du monde, qui sont-ils ?    Hannah Arendt 

comment développer un contre-pouvoir ?

le développement

l'histoire des conflits entre réseaux et systèmes de pouvoir

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