Faut-il nationaliser le franc suisse ?

réaction au document paru dans le journal suisse : Bilan, publié le 30 Novembre 2015 à 11:20

MYRET ZAKI : Faut-il nationaliser le franc ?

Réseaux de vie

Partie 5 :

La monnaie

est à nous.

 

 

 

 

Chère madame,

A la lecture de l’article que vous avez bien voulu consacrer à l’initiative populaire dite de “la monnaie pleine” , nous avons le sentiment que le débat sera en tout état de cause utile tant tous les mécanismes qui sont au cœur de notre vie quotidienne, et nul ne peut le contester pour la monnaie, sont inconnus aussi bien du grand public que, pour sa plus grande part, de « l’élite » dite cultivée. Il arrive même à une personne de votre qualité de faire des erreurs d’interprétation qui pourraient conduire vos lecteurs à des conclusions complètement erronées concernant la réforme proposée. Nous laisserons de côté toutes les paroles aimables que vous dites au sujet de la réforme, notamment sur la solidité à toute épreuve du système bancaire qu’elle implique, pour nous concentrer sur quelques critiques inappropriées de votre article qu’il nous faut relever, succinctement vu les limites imposées à notre réponse. 

  • “BNS aurait l’exclusivité de la création monétaire” Non, la BNS aura l’exclusivité de la création de monnaie légale. La Monnaie pleine utilisée au niveau de la Confédérations dans l’intérêt de tous les citoyens, est une propriété collective des citoyens gérée par leurs représentants élus. Le mot « nationalisation » que vous utilisez est exact sur le plan juridique mais ne change rien à la situation présente car la BNS dispose déjà du monopole de création de monnaie légale, il n'y a donc pas de changement du statut de privé à national, changement de statut que le mot "nationalisation" désigne et il n'y a donc pas lieu d'effaroucher les lecteurs avec la connotation politique du mot "nationalisation" . Ce qui change c'est que les banques devront cesser de faire croire qu'elles créent aussi de la monnaie légale. 

    Par contre la Monnaie Pleine n’interdit pas les monnaies locales au service des projets de vie menés par des organisations citoyennes dans l’intérêt général. Nous sommes alors ici en présence d’une propriété commune gérée directement par les membres du groupe social et notre confédération représente une démocratie locale participative à travers les différents cantons qui la composent. De même, la Monnaie Pleine est compatible avec le mécanisme juridique des effets de commerce qui permet aux entreprises de transmettre leurs créances et leurs dettes fournisseurs par endossement jusqu’à l’escompte d’un effet de commerce en monnaie légale nationale dans une banque. La Banque WIR qui a perfectionné ce mécanisme pour les PME suisses, leur permet d’ajuster leur trésorerie entre les achats de matières premières jusqu’à l’encaissement des clients, de financer leurs besoins en fonds de roulement et leurs fonds de roulement pour les investissements sans devoir recourir à des crédits coûteux en argent dette auprès des banques commerciales. La monnaie commune interne à cette mutuelle banque-assurance des entrepreneurs, garantit la parité de sa valeur avec le franc suisse et la Monnaie Pleine renforce la garantie de cette valeur du franc auprès des entreprises et de leurs salariés, de leurs clients et fournisseurs, bref auprès des acteurs de l’économie réelle.

  • Vous confondez sans cesse monnaie et crédit or si toute monnaie aujourd’hui est le revers d’un crédit comptable, tout crédit comptable n’est pas de la monnaie. Il y a un grand absent dans vos raisonnements : c’est l’épargne dont la Suisse regorge…

  • Dès lors, dire que la BNS contrôlera le crédit, comme si la réforme mettait en place un immense Gosplan destiné à contrôler les emprunteurs, est une erreur d’interprétation : La BNS contrôlera la monnaie et l’offre et la demande de crédit s’ajusteront sur le marché des fonds prêtables en toute liberté. Il ne faut jamais oublier un point essentiel : les libéraux conséquents, qui ne sont pas les « ultralibéraux » qui nous ont conduits à la crise, ont pour la plupart été partisans du type de réforme proposée (Henry Simons, Irving Fisher, Milton Friedman, Maurice Allais…..) car ils savaient que les dérèglements du fonctionnement du système bancaire étaient une des causes principales de nos difficultés économiques, l’autre étant les mouvements de thésaurisation-déthésaurisation.

  • Précisément, dans ce cadre, la BNS aura tous les instruments nécessaires, bien plus puissants que ceux dont elle dispose aujourd’hui, en liaison avec la politique budgétaire, pour contrecarrer tous les mouvements économiques qui lui paraîtraient inopportuns en cas de d’insuffisance ou d’excès de demande (la contrepartie de ce que vous appeler improprement l’offre et la demande de crédit) ou d’évolution de taux d’intérêt.

  • Deviendrait-elle, comme vous le prétendez, le principal créancier des banques commerciales ? Certainement pas dans le cas de la Suisse. Il se trouve que les banques disposent de 400 milliards CHF de réserves excédentaires (BNS octobre 2015). Ce sera plus qu’il n’en faut pour assurer le passage à la monnaie pleine tout en redonnant à la BNS la possibilité d’exercer son rôle régulateur qu’elle a aujourd’hui perdu du fait de cet excès de liquidité lié à ses achats de devises sur le marché.

  • Rappelons que l’initiative porte principalement sur la différence entre “bilan” de la banque, et “actifs gérés et administrés” en dehors du bilan de la banque. Un simple regard sur le Baromètre bancaire 2014 de Swissbanking montrera que le bilan des banques représente environ 3000 milliards, quand les banques gèrent plus de 6000 milliards de dépôts en clients en dehors de leur bilan. L’Initiative Monnaie Pleine propose de faire passer  environ 370 milliards de comptes de paiement hors du bilan, soit 6% de plus : et on veut nous faire peur parce que le monde de la banque ne saurait pas faire cela ? Cette petite différence pour les banques fera une grande différence pour les clients : on a bien vu dans la faillite de la Banque Hottinger, que les actifs gérés hors du bilan n’ont subi aucune perte. Pourquoi réserver cet avantage concurrentiel aux seuls “fortunés” ?

  • “Il est illusoire de prétendre que la BNS puisse réguler la demande de crédit, qui relève de facteurs internationaux.” Effectivement puisque c’est Madame Myret Zaki qui a cette illusion, selon le texte de l’initiative la BNS va enfin pouvoir contrôler la création monétaire, elle n’aura pas pour mission de contrôler ni les crédits ni les prêts : le reste de l’article porte principalement sur cette confusion basique et n’est pas pertinent. C’est un fait connu que l’épargne détenue par les banques commerciales suisses, en partie non négligeable, provient de particuliers et de sociétés étrangères, ce qui est une des causes majeures qui explique le niveau d'épargne dont notre pays regorge. La Monnaie Pleine est au service du développement d’une économie réelle nationale et non au service du maintient ou du sauvetage d’un système financier international aux mains d’une oligarchie anglo-saxonne qui s'octroie des crédits en argent dette pour spéculer en bourse et s'enrichir à travers du capital fictif. 

En fait, il est dommage que vous vous soyez appesantie sur des critiques qui se révèlent de peu de portée et que vous n’ayez pas détaillé pour vos lecteurs les vrais avantages de la réforme en plus de la sécurité de leur système monétaire : stabilité économique pour la prospérité de tous et récupération par la collectivité de la rente monétaire pour promouvoir une plus grande équité en Suisse. 

Nous nous souvenons de la conférence du 3 décembre 2011 à la Fonderie Kugler où Myret Zaki dénonçait les dessous d’un hold-up historique des banques envers l’État. Il est judicieux de s’inquiéter des manœuvres criminelles de la finance internationale et justement la Monnaie Pleine s’en tient à l’économie réelle, au travail citoyens. Elle transforme en norme la valeur : le travail précède le capital. La Suisse est certes le seul pays démocratique qui aujourd’hui, à travers une initiative citoyenne réussie, pose sur la place publique le débat de la création monétaire au cœur de l’organisation du pouvoir dans une société humaine. Mais dans d’autres pays ce débat a déjà été tranché en faveur d’une banque centrale propriété de l’ensemble des citoyens et au service de la production et répartition des richesses créées par le travail des citoyens. Ces pays ont certes connu une crise sévère et ont utilisé cette pratique pour redresser leurs économies comme récemment l'Islande. Pourquoi devrions nous nous contenter de revoir à la hausse les fonds propres de la BNS et négliger cette solution optimale pour un développement durable, sans crises, de l’économie de notre pays ? Toutes les citoyennes helvètes ne sont pas Marquises et les citoyens, Marquis ou Princes de la Finance internationale, même si tout ne va pas si mal, voire plutôt bien et dans certains cas tout va très bien en Suisse. Devons-nous pas cependant nous prémunir contre ces chevaliers de l’Apocalypse qui vont toujours dîner à Manhattan dans ce fameux restaurant qui sert les meilleurs steaks du coin et que, ce soir là de décembre 2011, vous nous avez appris à connaître ? 

Mais, Madame, le débat ne fait que commencer…… 

 

Post scriptum : Cette réponse correspond à une rédaction collective de quelques membres de l'Initiative Monnaie Pleine, elle n'engage que leurs auteurs qui tiennent à répondre à cet article de Myret Zaki, journaliste au Bilan de Genève. Une version plus ciblée sur les seuls arguments développés par l'Initiative Monnaie pleine existe et tient lieu de réponse officielle du mouvement à l'article de Myret Zaki.

 

Pour lire son article de presse en tant qu'abonné(e) au journal : 

http://www.bilan.ch/myret-zaki/redaction-bilan/faut-nationaliser-franc 

D'autres articles de la journaliste qui a quitté Bilan en 2019 :

https://www.bilan.ch/opinions/myret-zaki/bilan-ce-que-jai-appris

 

Pierre, webmaster de fileane.com. 

 

autres déclarations de dirigeants sur la création de la monnaie, le système bancaire et le pouvoir de l'oligarchie financière anglo-saxonne :

« Laissez moi décider et contrôler la régulation de la masse monétaire d'une nation, et je me fiche de ce qui fait les lois. » Mayer Amschel Rothschild, fondateur de la dynastie de banquiers du même nom.

« Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu’une armée debout. Celui qui contrôle l’argent de la nation contrôle la nation ». Thomas Jefferson.

« Je crains que les banquiers étrangers ne dominent entièrement l’abondante richesse de l’ Amérique […] ils n’hésiteront pas à précipiter les États chrétiens dans les guerres et le chaos, afin de devenir les héritiers de la terre entière » Otto Von Bismark, Chancelier de Prusse, suite à l’assassinat de Lincoln.

« Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin»HENRY FORD.

" Si l'on permet aux orgies de spéculations de s'étendre, la crise qui en viendra n'affectera clairement pas seulement les spéculateurs eux-mêmes, mais prendra le pays entier dans une dépression générale." Paul Warburg, mars 1929.

« Le crash de 1929 n’a rien eu d’accidentel. C’est un événement soigneusement planifié. Les Banquiers internationaux ont cherché à engendrer ici une condition désespérée, de façon à devenir nos maîtres à tous ».Louis T. McFadden, Chairman of the House Banking and Currency Committee, 1933

« Nous aurons un gouvernement mondial, qu’on le veuille ou non. Reste à savoir si le gouvernement mondial sera établi par consentement ou par conquête. » James Paul Warburg, 17 février 1950, au Conseil des Relations Internationales des États-Unis.

« Le capitalisme s’adresse à des enfants dont l’insatiabilité, le désir de consommer sans trêve vont de pair avec la négation de la mort. C’est pourquoi il est morbide. Le désir fou d’argent, qui n’est qu’un désir d'allonger du temps, est enfantin et nuisible. Il nous fait oublier le vrai désir, le seul désir adorable, le désir d’amour. » B. Maris - Houellebecq économiste.

" La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude" Aldous Huxley.

« Après 1981, je demandais à François Mitterrand : - pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ? Il me répondait qu'il n'avait pas le pouvoir d'affronter la Banque Mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu'il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J'appris ainsi qu'être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J'ai vécu l'expérience directement durant 14 ans. En France, on élit, et les élus font des lois qu'ils n'ont jamais proposées et dont nous n'avons jamais voulu. La France est-elle une démocratie ? Une puissance mondiale ? Je le dis en tant que Française : cela ne veut rien dire. » Danielle Mitterrand.

 

 

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