4.6  le principe d'autorité et le principe d'efficacité

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partie 2 : les systèmes de pouvoirs.

 

Dans le fonctionnement de l'industrie tout comme dans le secteur tertiaire, il ne suffit pas d'être un bon salarié. Lorsque le poste de travail est supprimé dans le cadre d'une réorganisation, son titulaire n'a aucun droit pour exiger son maintien dans l'usine ou dans l'entreprise. S'il ne peut pas être employé dans un autre poste, notamment pour des questions de productivité, il doit quitter son emploi. Le principe d'efficacité légitime l'exclusion du salarié dont le poste est supprimé. Le droit de licenciement collectif économique va réglementer les conditions de départ des salariés mais le principe même ne peut être remis en cause. Ce principe d’efficacité complète le droit de propriété de l’employeur qui permet à celui-ci de fermer son entreprise si telle est sa volonté et sans à avoir à la justifier. La jurisprudence en 1956 de l’arrêt Brinon a rappelé ce principe qui aujourd’hui est utilisé pour légitimer les délocalisations d’entreprise et la suppression d’emplois en France, même si les usines dégagent des bénéfices en France et que délocalisées dans les pays à faible coût de main d’œuvre, ces usines permettent de multiplier ces bénéfices d’une manière très importante. Le principe d’autorité constitue le fondement du processus qui assure le fonctionnement des systèmes de pouvoir en organisant la soumission et l’obéissance des groupes sociaux aux décisions de la minorité dirigeante. Il n’a pas été remis en cause, nous l’avons dit, en 1789. Avec l’essor de l’industrie, le principe d’efficacité se développe et vient compléter le principe d’autorité. Quand bien même, nous allons le voir, l’état tentera de mettre en place la sécurité sociale pour les salariés en utilisant des arguments d’efficacité sociale indéniable, les familles dirigeantes de l’économie se retrancheront derrière ces deux principes qui légitiment à leurs yeux leurs intérêts pour saborder les efforts des pouvoirs publics. Jamais un débat public ne pourra porter sur la remise en pratique du droit de propriété communautaire pour trouver un équilibre satisfaisant entre les trois formes de propriété.

Le salarié pour conserver son emploi doit donc se soumettre au droit de propriété de l’employeur ainsi qu’à ces deux principes : il doit obéir et se soumettre au pouvoir de direction de contrôle de l'employeur. Si son poste est supprimé, même s'il a bien travaillé, il ne peut s'opposer à son exclusion et à son licenciement économique. Ces deux principes sont la conséquence directe de l'application du droit de propriété des moyens de production reconnu à l'employeur. Sur le plan social, ce principe d’efficacité est aussi une source du chômage, du chômage conjoncturel lorsque les employeurs réduisent leurs effectifs du fait d'une mauvaise conjoncture, mais aussi du chômage structurel parce que les employeurs refusent de créer des emplois pour limiter les risques d'une élévation de leur seuil de rentabilité ou parce que tout simplement, ils préfèrent délocaliser leurs entreprises dans des zones où le coût du travail est moindre. Nous sommes très loin des perspectives d'Adam Smith : un agent économique parfaitement égoïste dans la gestion de ses intérêts, peut faire preuve d'un manque de solidarité avec son groupe social pour être la source de nombreuses exclusions et d'un appauvrissement général alors que personnellement il va s'enrichir exagérément. À ce stade il y a un conflit entre le principe d'efficacité et le principe d'autorité : les inégalités et les exclusions décidées au nom de l'efficacité ne peuvent que provoquer la révolte contre le despotisme de ces dirigeants autocratiques. C'est une des nombreuses contradictions du capitalisme : pour permettre l'enrichissement des propriétaires, il est capable de détruire la cohésion sociale et d'appauvrir les membres de son groupe. En cas de crise économique, l'employeur pour préserver son capital peut bien entendu fermer ses usines et mettre toutes ses équipes au chômage. L'efficacité de la gestion du capital prime celle de l'emploi. La crise devient donc la généralisation des exclusions jusqu'au moment où les exclus vont à leur tour se séparer de leurs dirigeants et confisquer leurs capitaux. À ce stade il s'agit d'une guerre civile. Nous retrouvons ici les principes de l'assertivité également mise en évidence à travers les styles de commandement par Kurt Lewin dans les années 1930 : au bout d'une certaine période de passivité imposée par une direction despotique, le groupe se révolte et casse tout. Le problème est connu : les révoltés cassent tout et les dirigeants en tirent prétexte pour rameuter l’opinion et réprimer durement ces révoltes. Or nous le savons, ces révoltes de la misère sont aussi celles de la misère intellectuelle et spirituelle obtenue par le maintient de l’ignorance parmi les populations. Tant que les dirigeants des systèmes de pouvoir peuvent maintenir un niveau suffisant d’ignorance en déclarant tabou principalement tout ce qui provient de la source initiatique de savoir et qui procure aux être humains une vison de la condition humaine bien plus fraternelle et solidaire, ces dirigeants ne craignent pas les révoltes de la misère qu’ils engendrent car ces révoltes font peur aux autres membres des groupes sociaux et il est facile de manipuler ces peurs pour exiger de l’opinion public, la cessation des troubles et un retour au conformisme, à la soumission à l'idéologie du système de pouvoir. Nous avons présenté cette manipulation des populations dans la fable 3 : l’utilisation outrancière de l’autoritarisme peut maintenir en place un système de pouvoir tant que cette culture despotique et criminelle n’est pas démolie au niveau de ses valeurs et de ses normes sociales perfides.

 

4.7 Ce principe d'efficacité a été modifié depuis les années 1980, il a évolué vers le principe d'efficience développé par le mouvement de la qualité totale mais cette évolution est contestée par nos dirigeants qui préfèrent poursuivre le principe d'efficacité sous des formes nouvelles : risk management, gouvernance d'entreprise...

 

L'efficacité se traduit par l'obtention coûte que coûte du résultat. L'efficience correspond à l'obtention de ce résultat au moindre coût, au gérant les ressources sans gaspillage. L'efficacité peut correspondre au style autocrate : le supérieur hiérarchique impose sa méthode pour réaliser un objectif. L'efficience ne peut pas être atteinte par ce style autocratique. Peter Drucker puis Herbert Simon à travers leurs théories sur la prise de décision ont montré le caractère limité des décisions d'un manager : une seule personne ne peut plus tout savoir et tout maîtriser. Pour limiter les erreurs, seul le travail de groupe, la mise en place d'une veille informationnelle permet de rationaliser les décisions en fonction de l'état des connaissances actuelles. L'efficience suppose nécessairement un travail de groupe animé par des leaders dans le cadre d'un style de direction participative. La qualité totale s'est développée dans l'outil de production industrielle. Les crises financières, en particulier celle de 2007 et 2008, montrent que ce principe d'efficience et cette qualité totale ne touchent pas le monde de l'argent. Au contraire, la finance rejette cette démarche participative qui conduit une structure à moyen terme vers une organisation en réseau. Elle reste rivée au droit de propriété individuel pour favoriser l’accroissement rapide et considérable de la richesses des plus riches à travers des spéculations de toutes sortes.

L'efficacité au niveau de la finance nationale a atteint les sommets de l'invraisemblance et a rendu scandaleuse la manière d'utiliser l'épargne. Nous connaissons les cas où des familles de propriétaire ont utilisé les profits pour racheter des actions en bourse, pour défendre ainsi la valeur de leurs actions tout en augmentant leur niveau de contrôle dans leurs groupes industriels pour faire face à l'arrivée des fonds de pension ou des fonds d'investissements anglo-saxon dans le capital de leurs sociétés. Durant la crise financière, la valeur de ces actions a fortement chuté, annulant ainsi tous les efforts précédents et montrant aux salariés que cette manière d'accaparer les profits est parfaitement ruineuse pour l’ensemble de la collectivité surtout lorsqu’elle s’est fait au détriment des investissements indispensables dans le cadre du développement durable, de l’utilisation de nouvelles énergies moins polluantes et de la lutte contre le réchauffement climatique. Un autre exemple a été cité en octobre 2008 : le cas de la valeur des actions de Volkswagen. Depuis les années 1990, les fonds de pension américains et anglo-saxons ont pris en moyenne 40 % du capital des constructeurs automobiles. Ces investissements correspondent à la valorisation des cotisations de retraite de manière à pouvoir plus tard verser des pensions de retraite aux adhérents. La mise en faillite de la banque d'affaires Lehmann Brothers, a permis de constater que rapidement l'action Volkswagen est remontée de 35 % à Wall Street alors que la crise se poursuivait et les cours chutaient toujours. L’explication a été diffusée dans la presse : la banque Lehmann Brothers spéculait à la baisse sur la valeur de Volkswagen. Bien entendu spéculer à la hausse sur des constructeurs automobiles n’a plus de sens alors que le marché automobile est saturé et que les gains de productivité sont surtout atteints par des économies d’échelle réalisées à travers la concentration des entreprises et la mise en commun de plate-forme de production. Mais spéculer à la baisse devient alors la solution à la mode lorsque la spéculation à la hausse n’est plus possible ! D'autres exemples peuvent être trouvés pour illustrer cette folle efficacité financière : des spéculateurs à court terme viennent ruiner des épargnants à long terme. Le premier qui arrive à s'enrichir est le gagnant alors que les autres sont ruinés. Le spéculateur est ainsi plus efficace que le gestionnaire d'épargne constituée en vue des retraites en vertu de cette loi de l’efficacité. Les dégâts causés par cette course effrénée à l'efficacité financière se comptent par centaines de milliards de dollars ou d'euros partis en fumée. Une gestion efficiente de l’épargne est bien entendu possible même si elle est moins lucrative à court terme.

À partir des années 1990 et la reprise en main du pouvoir par les actionnaires, le principe d'efficience qui ne peut exister qu'à travers un management participatif, a cédé la place à la gouvernance d'entreprise qui repose sur le Risk Management : une élite rédige l'ensemble des procédures qui décrivent le fonctionnement optimal de l'organisation de manière à éviter les erreurs, les risques de détournement de fonds mais aussi le risque de voir les profits peu élevés à cause d'un rythme de travail ou de tâches mal définies ou de responsabilités mal évaluées. Ce management à travers des procédures rend une fois de plus les salariés soumis à des règles qui proviennent d'un management autocratique ou paternaliste qui se pare des vertus d'une supposée expertise dans le domaine en question. Cette pratique actuelle poursuit l'immobilisme du management autocratique en déguisant ces archaïsmes sous le vocable de management par objectifs, voire pour les audacieux, de management par le projet alors que ce dernier ne peut réellement fonctionner que dans une démarche participative et une organisation en réseau . Le management par les procédures est difficilement défendable dans l’industrie face à l’automatisation de la production car les procédures ne peuvent pas décrire tous les aléas non maîtrisés des programmes informatiques et des dérèglements, des pannes, des phénomènes d’usure non prévus des équipements mécaniques. La soumission se développe alors à travers l’imposition d’objectifs de production de plus en plus difficiles à atteindre au point que ces attitudes manipulatrices et agressives se transforment rapidement en harcèlement des salariés. Ce harcèlement conduit à terme a des vagues de suicides au travail ou en relation directe avec le travail. Cette volonté de la part de nos dirigeants de refuser l'évolution vers le management participatif se traduit principalement en France par les plus mauvaises relations sociales de tous les pays industrialisés. La soumission des salariés à ce pouvoir n'empêche pas une productivité du travail élevée mais elle se traduit par un niveau de stress, d'insatisfaction, de chômage des jeunes, d'exclusion des seniors, une absence chronique de dialogue social qui sur le plan collectif correspond plus un véritable désastre qu’à une efficience quelconque : nous sommes en plein dans le capitalisme destructeur d’intérêt général et de libertés publiques, de richesses communes.

la gouvernance d'entreprise repose sur la volonté les dirigeants des fonds d'investissement d'obtenir un taux de rentabilité supérieure à 10 % pour les actionnaires membres de ces fonds. Le risk management s'occupe des procédures : c'est une manière neo taylorienne de définir le travail pour tenter d'éliminer les erreurs ou les initiatives personnelles pour frauder au détriment de l'organisation. Cette approche est statique : c'est un manuel de consignes qui se perd rapidement au fond d'une armoire. Il faut donc une approche plus dynamique qui se concrétise à travers la pratique d'un management centré sur les objectifs de la gouvernance d'entreprise. Très vite le visage réel de ces politiques se dévoile : toute l'organisation est tournée vers le résultat financier et les ressources humaines sont sacrifiées. Le salarié n'est pas rentable tout au long de sa carrière professionnelle et lorsqu'il devient une charge financière insupportable, il faut le supprimer de l'organisation. En France, l'exemple le plus connu est celui de France Telecom. La mutation de l'entreprise publique à l'entreprise privée s'est déroulé au cours d'une privatisation qui s'est rapidement transformé en une bataille financière pour obtenir une taille critique sur le plan européen. L'achat à crédit de la société britannique Orange s'est rapidement révélé ruineux car cet achat a eu lieu lorsque les cours en bourse de la société Orange étaient au plus haut. France Telecom à été ainsi rapidement endetté. La volonté des actionnaires a consisté dans un premier temps à supprimer plus de 20 000 emplois dans le groupe. En France, du fait de la protection sociale des salariés, la direction générale à la solde des actionnaires n'a rien trouvé de mieux comme stratégie que de harceler le personnel pour le pousser à la démission. Les ordres ont été inconséquents, les techniciens ont dû travailler sans matériel ou ressources, les mutations géographiques se sont multipliées dans le simple but de pousser à bout les salariés. La vague de suicides de travail a rendu publique cette méthode calamiteuse de management et et les juridictions ont été saisies de ces affaires. Cette pratique de management qui méprise et cherche à écraser certains salariés s'est généralisée car le but est de minimiser le coût social de la suppression des emplois. pour mener à bien cette politique destructrice d'emplois et et qui détruit également les êtres humains pris dans ces mesures de suppression d'emplois, la gouvernance d'entreprise verse des salaires énormes aux dirigeants qui acceptent de conduire ces pratiques condamnables. Il en va de même pour le personnel de salle de change qui accepte de développer la spéculation pour enrichir quelques-uns quitte à créer des crises financières au détriment des autres.

 

4.8 l'exigence d'une rentabilité financière efficace et démesurée à très court terme en utilisant la déréglementation des marchés financiers

Certains théoriciens pour défendre le capitalisme n'hésitent pas à démontrer que la succession des crises a toujours permis à ce système de pouvoir économique de se moderniser pour devenir plus efficace. Ainsi la grande crise de 1929 a servi de leçon pour mettre en place le fordisme après 1945, c'est-à-dire à augmenter le niveau de salaire de la population active pour qu'elle puisse participer à la consommation de masse. Ces théoriciens oublient cependant de préciser que la crise de 1929 n'a été définitivement solutionnée sur le plan de l'emploi qu'à travers le réarmement et la production industrielle d'armements au cours de la seconde guerre mondiale puis à travers les efforts de reconstruction des pays dévastés par ce conflit mondial. En 1945, sur le plan des besoins matériels, la plus grande partie des populations européennes s'était retrouvée au même niveau qu'en 1830.

Dans l'article de presse : " La crise, moteur du capitalisme ", par André Orléan dans le journal Le Monde du  29.03.10, l'auteur montre que la crise financière actuelle commence bel et bien il y a une trentaine d'années avec la dérégulation financière, c'est à dire la liberté laissée aux épargnants et investisseurs de s'affranchir des règles de l'équilibre monétaire entre les différents agrégats monétaires eux-mêmes liés à l'équilibre de la balance commerciale et à d'autres indicateurs. Bref la finalité des politiques économiques et financières n'est plus le respect des grands équilibres qui permettent une croissance de l'économie mais la finalité devient le profit individuel que chacun peut tirer de son épargne à travers ses investissements ou placements financiers. Les politiques monétaires fondées sur la réduction de l'inflation sont destinées à rassurer les épargnants et à montrer aux emprunteurs qu'ils ne peuvent pas alléger leurs dettes à travers un taux élevé d'inflation. C'est un choix de société : favoriser les uns en négligeant le sort des autres. Ce choix politique, économique et social elle intervient au moment où s'effectue la généralisation de l'utilisation de l'informatique. L'épargnant n'a plus besoin d'aller à la banque donner des ordres, il peut jouer à la bourse directement à partir de son micro-ordinateur en restant à son domicile. De même les gérants de fonds d'investissement peuvent transférer en temps réel des sommes énormes d'une place financière à l'autre. Comme l'auteur le souligne, le centre du pouvoir se déplace vers les marchés financiers et ce ne sont plus les propriétaires qui décident mais les agents qui animent ces marchés financiers. Les masses financières qui sont épargnées, à travers la spéculation en bourse, peuvent générer des profits supérieurs à des investissements dans des biens matériels, des entreprises et tout simplement l'économie réelle. 

La crise de 2008 correspond donc à une crise majeure du système économique car il s'est développé un trop grand déséquilibre entre l'économie réelle et l'économie financière qui gère des sommes épargnées énormes. Les causes de l'accumulation de cette épargne sont connues :il y a tout d'abord l'épargne collectée par les fonds de pension anglo-saxons et qui correspond au futur pensions de retraite. Il y a d'autre part l'épargne destinée à des investissements à court terme rentables et une bonne partie de cette masse monétaire peut provenir d'emprunt lorsque le levier de l'emprunt est plus favorable. Ce montant énorme d'épargne peut être utilisé par les fonds d'investissement pour mettre en place des opérations à grande échelle : racheter des entreprises de production dans les pays industrialisés pour les fermer et les délocaliser dans les pays à faible coût de main-d'oeuvre. La rentabilité de cette opération est effectivement immédiate et juteuse. Bien entendu à l'échelle d'un pays, cette politique se traduit par un déséquilibre important de la balance commerciale qui dans l'orthodoxie économique doit immédiatement se traduire par une dévaluation de la monnaie pour rendre compétitifs les produits nationaux et soutenir leurs exportations. Or justement cette crise de 2008 montre que ces anciennes solutions ne sont plus du tout opérantes. Les causes de la crise sont d'une autre logique est donc une solution à cette crise font appel à une autre logique : à ce stade il s'agit d'un changement de paradigme, d'un nouveau choix de société. Pour le moment comme le souligne l'auteur, à défaut de trouver des investissements très rentables à moyen et long terme, il s'agit de donner tout de suite aux actionnaires des dividendes et des bonus qui correspondent à un partage de la valeur ajoutée beaucoup plus favorable aux actionnaires est donc également beaucoup plus défavorable aux salariés.

La crise financière, selon un récent rapport du bureau international du travail, résulterait d'un déséquilibre mondial entre profits et salaires. En France, entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le produit intérieur brut a reculé de 9,3 %. Pour la seule année 2009, la crise économique a provoqué une contraction exceptionnelle de 20 % de la masse salariale dans le secteur privé ( revue Marianne n° 676 mars 2010 ). Cette réduction de la masse salariale affecte directement le financement des régimes sociaux dont les bénéficiaires augmentent fortement du fait de la crise. Et ces déséquilibres s'accroissent alors que les salaires des dirigeants qui mettent en place ces politiques décidées par les financiers ne cessent d'augmenter : plus ces politiques sont inhumaines et contraires au pacte social républicain, plus ces managers sont grassement payés. Il est évident que ce système ne peut pas fonctionner de la sorte très longtemps et qu'une explosion sociale va éclater.

Lorsqu'il s'agit d'être efficace dans la défense des intérêts des actionnaires, la rentabilité des placements financiers ne suffit pas, il faut également être champion dans l'évasion fiscale pour réduire les impôts au niveau le plus bas possible. C'est le rôle des holdings situées dans les paradis fiscaux. Les récentes enquêtes montrent qu'en France cette évasion fiscale qui est la règle dans les grandes entreprises représente un montant de l'ordre de 50 milliards d'euros par an. L'argumentation des dirigeants du système économique est connue : la concurrence porte également sur les mesures fiscales, surtout lorsque les états sont incapables d'harmoniser la fiscalité. Cette évasion fiscale aujourd'hui évidente et publique, officielle, est aussi la démonstration flagrante que les dirigeants du système économique, les employeurs, les actionnaires, ont toujours refusé le financement de la solidarité sociale. Nous avons vu qu'en 1945, le conseil national de la résistance est mis en place la sécurité sociale. L'État n'était plus simplement un assureur, il intervenait dans la gestion des institutions sociales pour éradiquer la misère et mettre en place une justice sociale qui permette l'élévation du niveau de vie pour l'ensemble des citoyens. Les fondateurs de la sécurité sociale, Laroque et son équipe, dès 1945 avaient déclaré qu'il s'agissait d'un premier pas qui devait être confirmé par le développement d'une solidarité nationale. La sécurité sociale était une première mesure dans le but d'arriver à la solidarité nationale. Nous avons vu précédemment comment l'on passe de l'assurance à la solidarité. La sécurité sociale est fondée sur les cotisations sociales calculées à partir des salaires. Il est possible pendant un certain temps selon la démographie et les niveaux de plein emploi et ses cotisations sociales suffisent. Mais la solidarité signifie que d'autres sources de revenus sont utilisées pour financer cette solidarité. 

La seule mesure véritablement de solidarité est intervenue à travers la contribution sociale généralisée (CSG). Toutes les autres mesures ont été écartées après le refus des employeurs. Dans les années 1980, l'arrivée des automates programmables et des robots en France a servi de prétexte pour supprimer des emplois au motif que les robots ne payaient pas de cotisations sociales. Il y a d'autres exemples qui illustrent cette position radicale du patronat contre les charges sociales et le financement de la sécurité sociale. Tous les prétextes furent bons. Après 1945, l'instauration de salaires faibles pour réduire les cotisations patronales fut une évidence qui obligea les pouvoirs publics à mettre en place un salaire minimum, le SMIC, combattu encore aujourd'hui par le patronat et une partie de la classe politique de droite. Une des parades efficaces a consisté à obtenir l'appui des hommes politiques pour bénéficier de nombreuses exonérations de charges sociales ou au moins de charges patronales et des salaires inférieurs au SMIC, principalement lors de l'embauche des jeunes, ce que régulièrement et avec obstination la jeunesse a refusé à travers des mouvements de protestation souvent violents. La conséquence de ces évasions fiscales et sociales se retrouve forcément dans les déficits publics de la sécurité sociale et des finances publiques, surtout en temps de crise et de chômage ou lorsque la démographie devient légèrement défavorable ( car notre taux de natalité reste élevé ). Comment donc en 2012 réformer les dépenses publiques et les dépenses sociales alors que leur financement a toujours fait défaut par manque de solidarité du patronat et des dirigeants du système politique et économique ? En prenant davantage de richesses prélevées sur les revenus des salariés alors que la part de la valeur ajoutée des salaires a été réduite par rapport à celle des actionnaires ? L'efficacité au service de l'enrichissement des uns constitue aussi un accroissement redoutable des inégalités pour les autres et une injustice flagrante et scandaleuse. L'addition est portant connue : aux 50 milliards d'évasion fiscale des grandes sociétés, nous pouvons ajouter le coût de la peur au travail soit environ 50 à 60 milliards d'euros gaspillés en non qualité ou en dépenses de santé réductibles avec des comportements au travail plus respectueux de la dignité humaine, un management participatif et une solidarité réelle à la place de la course actuelle effrénée vers les super profits. Ces sommes depuis 50 ans ont été perdues et font défaut pour maintenir un équilibre financier dans nos systèmes de protection sociale. Ceux qui ont voulu la perte de la sécurité sociale après 1945 en France ont réussi leur funeste entreprise. Nous savons qui a refusé la solidarité nationale et pourquoi ! 

 

 La crise de 2007-2008 a permis à la plupart des gens d’être maintenant persuadés que nous devons abandonner ce système capitaliste. Il n'est plus question de mythes, d'utopies, encore moins de pacte républicain tant la montée des inégalités est criante. Les théories économiques n'existent plus dans ce capitalisme redevenu sauvage. L'utilisation de la théorie keynésienne en 2008 a permis de noyer la crise financière et bancaire sous les liquidités déversées par les banques centrales sans régler les causes de la crise et remettre en cause cet accroissement des inégalités et ces destructions d'emploi dans les pays industrialisés. Il reste cependant à rejeter un dernier élément de ce mythe économique : la mondialisation de l’économie qui permet aux décideurs économiques de nouveaux profits en exploitant les pays à faible coût de main d’œuvre. Cette loi de la recherche de l’avantage maximum pour maximiser les profits serait ainsi naturelle car il y aurait toujours des aubaines de cette nature sur notre planète. Les quelques millions de décideurs économiques les plus riches trouveront forcément toujours des gens pauvres pour travailler à leurs profits : il n’y a pas d’autres alternatives à ce principe réaliste, pragmatique et parfaitement efficace et cynique qui fait revenir le capitalisme à ses origines des années 1830.

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Plan de la Partie 2 : le fonctionnement des systèmes de pouvoir

le fonctionnement des systèmes de pouvoir : introduction

1) La fable 1 : l'élimination de la propriété commune à travers la confiscation de la propriété individuelle.

1.1  la révolution mal faite : 1789

1.2 Pour montrer cette logique du système basée sur le droit de propriété individuel des moyens de production, nous pouvons prendre le cas  historique des canuts de Lyon en 1830

2) La fable 2 : le pacte social républicain, son échec et le creusement des inégalités. 

2.1 L’évolution du rôle social de l’état républicain français 

2.2 le rejet de la propriété commune et la fable du progrès matériel.

3) la fable 3 : pour assurer le progrès des peuples, certains peuples de race plus pure doivent commander aux autres à travers des systèmes de pouvoir fascistes ou nazis

4) la fable 4 :  l’idéologie économique et la primauté de l’économie sur le politique, les thèses économiques classiques avant la mondialisation des échanges.

4.1 quelques fables économiques :

4.2  le principe d'autorité et le principe d'efficacité

4.3 Ce principe d'efficacité a été modifié depuis les années 1980, il a évolué vers le principe d'efficience

4.4 la crise de 2008 - 2009 et les déséquilibres engendrés par le neo libéralisme lorsqu'il devient une nouvelle forme de capitalisme brutal et sauvage envers les populations

5) la fable 5 : le neo libéralisme : la mondialisation comme seule perspective d’enrichissement et de gouvernement.

5.1 le libéralisme n’est qu’une catégorie d’arguments du capitalisme chargée de conquérir de nouveaux espace pour implanter le cœur même de ce système de pouvoir : la maximisation des profits. Ce discours n’est qu’une manipulation qui sous prétexte de vendre de la liberté, cherche à développer une domination la plus vaste possible.

5.2 Montrer que le libéralisme est une doctrine née avec le capitalisme mais qui n’avait pas pu se développer avant les années 1990 pour des raisons politiques

5.3 Montrer que le capitalisme a des origines douteuses et qu’il ne prend réellement son développement qu’à partir de 1830 et les premières usines.

5.4 Montrer que la mondialisation est utilisée par le capitalisme pour développer le dumping social au détriment des pays développés et que les arguments du libéralisme ne sont qu’une couverture idéologique pour masquer ces entreprises contraires au pacte républicain établi après 1860 dans les démocraties occidentales.

5.5 Montrer que l'entreprise de domination de l'oligarchie financière a réussi à dominer les états à travers la crise de 2008 et qu'elle a réussi à surmonter l'échec de 1929 grâce aux nouvelles technologies informatiques de communication mais que la crise de 2008 nous place devant un choix de société.

5.6 en conclusion

6) l'évolution de l'état

7) le chômage production du système capitaliste  

le système d'éducation et de formation qui enseigne les fables pour légitimer les dirigeants de nos systèmes de pouvoir

partie 1 : les missions du système éducatif et tout d'abord la sélection des élites

partie 2 : La mission de normalisation des savoirs dans le système éducatif

partie 3 : La mission de normalisation sociale : les 3 étapes : politique, industrielle, sociale

les ressources disponibles pour approfondir le fonctionnement des systèmes de pouvoir.

le tarif ou la mort, la révolte des canuts à Lyon

le paternalisme

le libéralisme liberticide

la soumission à l'autorité

le coût de la peur dans les entreprises

la circulation monétaire

Pierre Leroux : la capitalisation des droits sociaux

la fonderie d'aluminium : les aides de l'état et les déficits publics

sujet bac ES : l'évolution de l'état

l'économie distributive : Jacques Duboin

 

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