4) la fable 4 :  l’idéologie économique et la primauté de l’économie sur le politique,

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partie 2 : les systèmes de pouvoirs.

mise à jour : 2 mai 2012

 

 les thèses économiques classiques avant la mondialisation des échanges.

4.1 les deux écoles  économiques :

Début mars 2012, est sortie la traduction française du livre de l’économiste Erik S. Reinert : « Comment les pays riches sont devenus riches. Pourquoi les pays pauvres restent pauvres », publiée aux éditions du Rocher. L’auteur nous gratifie d’une présentation éclairée de l’histoire de l’économie, les deux écoles, et surtout il met en évidence le processus de création de richesses, le cercle vertueux des rendements croissants ainsi que le cercle vicieux des rendements décroissants qui laisse les pays dans la pauvreté. L’histoire des auteurs et des faits économiques montrent que depuis l’antiquité, certains savaient comment développer une ville, une région, un pays tout comme d’autres ont su plonger et maintenir des peuples dans la pauvreté, principalement à travers le colonialisme et les rendements décroissants.

Nous résumons dans le tableau suivant les principales caractéristiques de ces deux écoles présentées par Reinert. La seconde école qu'il nomme " l'autre canon " correspond largement à l'utilisation des mécanismes économiques et des valeurs développés dans les organisations en réseaux lorsque les richesses produites profitent au bien commun et sont réparties équitablement entre les producteurs de ces richesses.

 

L’économie orthodoxe

L’autre canon, l’économie hétérodoxe

source

La science, modèle de la physique

L’expérience tirée de l’histoire, l’évolution, le modèle est la biologie, le fonctionnement du corps humain

naissance

Au siècle des Lumières

Dès l’antiquité et après 1400 mais elle a été exclue depuis 1973 et surtout après 1989 et la chute du communisme

Principal auteur

A. Smith, D. Ricardo

F. List, J-M Keynes, J. Schumpeter

Idée principale

Le libre échange va permettre aux nations d’arriver à un même stade de développement

Les modèles abstraits ne fonctionnent pas, c’est l’émulation, la concurrence qui fait évoluer l’économie.

Défauts principaux

Avantages principaux

L’économie en tant que science est juste une manière de penser, les connaissances factuelles n’existent pas

Alors qu’un ami lui reprochait le fait que sa théorie ne concordait pas avec les faits, David Ricardo est supposé lui avoir répondu que c’était tant pis pour les faits.

L’accent est mis sur les mathématiques et la précision plus que sur l’objet et plus que sur l’analyse elle-même : l’économie.

Elle crée des catégories en éliminant tous les facteurs de différenciation qualitative

A ce niveau élevé d’abstraction, il se produit sans cesse des choses qui ne sont pas censées arriver ; ex : les crises économiques

Cette quantification de la théorie implique l’addition de quantités dépourvues de qualité, de labeur et de capital sans compétences

Les connaissances sont bâties sur des faits réels

Toutes les activités économiques ne se valent pas : certaines créent plus de richesses que d’autres.

Distinction entre marchés de concurrence imparfaite qui utilisent les rendements croissants et les marchés de concurrence parfaite qui utilisent les rendements décroissants et restent pauvres. Ex : l’industrie est en concurrence et utilise les rendements croissants ; l’agriculture des pays pauvres est une atomisation du marché et les rendements sont décroissants.

Les rendements croissants sont possibles sans les sciences : ex : l’écorce de saule était utilisée pour soigner bien avant la découverte de l’aspirine.

Le rôle des technologies dans les rendements croissants est mis en avant par Schumpeter

La théorie orthodoxe du commerce international :

« Le commerce mondial entraînera une égalisation du prix des facteurs », c’est une théorie pour laquelle tous les éléments sont égaux et identiques et ne peuvent produire que l’égalité des résultats.

Ceci implique dans l’économie la perte de deux notions importantes : le temps et l’espace, l’histoire et la géographie. Le monde de l’économie est devenu un conte de fées, atemporel, immatériel et sans heurt, un monde d’harmonie automatique et immédiate.

La méthode scientifique orthodoxe ne prend qu’un seul facteur à la fois, les autres facteurs de la réalité doivent attendre leur tour à l’extérieur et sont également pris en compte séparément.

Dans un pays riche la théorie du commerce de Ricardo est vraie, pour une mauvaise raison, elle ne cause aucun dommage, tandis que dans le pays pauvre, elle est tout simplement fausse.

La croissance économique est spécifique aux activités, elle peut se produire avec certaines activités, pas avec d’autres.

La boite à outils des économistes orthodoxes se compose en majeur partie d’outils basés sur la physique. Il faut abandonner les outils orthodoxes basés sur la physique, tous en même temps.

Politiquement, le rendement croissant est une patate chaude ; si certaines activités sont à rendement croissant et pas d’autres, ceci implique que les pays pauvres doivent s’industrialiser. Keynes précise qu’il faut produire autant que possible au niveau local.

Après 1850, les rendements croissants ont été utilisés comme principale argumentation en faveur de l’industrialisation de l’Europe continentale.

Schumpeter : le « vice ricardien »consiste à développer les théories économiques sur des hypothèses à priori sans fondements empiriques.

Le « vice de Krugmann » consiste à décrire la réalité économique un peu mieux mais à refuser d’utiliser ces théories dans la pratique politique.

Gunnar Myrdal (prix Nobel 1974) : « l’ignorance opportuniste » repose sur le fait que nous sommes ouverts à un monde où les hypothèses des « sciences » économiques sont manipulées pour atteindre des objectifs politiques.

La technologie et les rendements croissants, qui sont les principales sources de pouvoir économique, créent des barrières à l’entrée. En oubliant ceci, les économistes servent les intérêts acquis des nations qui sont au pouvoir.

Francis Bacon : les institutions sont modelées et déterminées par le mode de production plutôt que l’inverse, donc il faut comprendre la production et ne pas se limiter au marchandage et au commerce comme A. Smith et Ricardo le font dans leur théorie du libre échange.

Antonio Serra en 1613 : une industrie isolée ne peut pas survivre : il faut le cercle vertueux des rendements croissants.

Les liens entre structures économiques et structures politiques : exemple : les villes sans richesses agricoles n’ont pas été freinées par le système féodal et avec la multiplicité des artisans, elles ont pu développer des activités à rendement croissant et produire davantage de richesses.

Dans la première théorie, sur la base des hypothèses orthodoxes de l’économie néoclassique, Paul Samuelson « démontre » mathématiquement que le commerce international sans entrave produit un « facteur d’égalisation des prix », qui signifie essentiellement que les prix payés aux facteurs de production – capital et travail – auront tendance à être les mêmes partout dans le monde.

Dans la seconde théorie, fondée sur la tradition alternative que nous avons appelé « Autre Canon », l’économiste suédois Gunnar Myrdal était d’avis que le commerce mondial aurait tendance à augmenter les différences qui existent déjà dans les revenus entre les nations riches et pauvres.

Les politiques du consensus de Washington – la base des politiques économiques imposées par la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international – sont exclusivement construites sur la théorie incarnée par Paul Samuelson. Les développement des années 1990 sont en conflit aigu avec les idées de Paul Samuelson mais confirment l’affirmation de Gunnar Myrdal.

 

Reinert distingue deux conceptions de l’être humaine à la base des sciences économiques, deux visions de l’humanité qui se résument dans les déclarations d’Adam Smith et celles d’Abraham Lincoln.

Nous prenons les extraits suivants de ce livre :

Les différences entre les deux théories de l’économie sont profondes, et sont le résultat de deux idées opposées des caractéristiques les plus fondamentales de l’homme, et de l’activité la plus fondamentale de l’homme. Adam Smith et Abraham Lincoln ont soigneusement défini ces deux points de vue différents de la nature humaine et les théories économiques qui en découlent.

La théorie fondée sur le troc a été exposée dans la Richesses des Nations d’Adam Smith :

La division du travail résulte d’une tendance de la nature humaine à…charger, troquer et échanger une chose pour une autre…C’est commun à tous les hommes, et ne retrouve chez aucune autre espèce animale qui ne semble connaître ni ceci ni aucune autre espèce de contrats… Personne n’a jamais vu un chien échanger équitablement et volontairement un os avec un autre chien.

Lincoln a décrit sa théorie fondée sur la production et l’innovation dans un discours de la campagne électorale de 1860 :

Les castors construisent des maisons, mais ils ne les construisent ni différemment ni mieux, ceci depuis près de cinq mille ans… L’homme n’est pas le seul animal qui travaille, mais il est le seul qui améliore son ouvrage. Ces améliorations, il les effectue par des découvertes et des inventions.

Ces deux visions différentes des caractéristiques économiques fondamentales des êtres humains mènent à des théoriques économiques et des propositions de politique économique complètement divergentes. Adam Smith parle bien d’inventions, mais elles viennent d’ailleurs, en dehors du système économique (elles sont exogènes), elles sont libres (information parfaite) et elles ont tendance à affecter toutes les sociétés et toutes les personnes simultanément. De la même façon, les innovations et les nouvelles technologies sont créées automatiquement et gratuitement par une main invisible qui, dans l’idéologie économique actuelle, s’appelle « le marché ».

Les deux théories énonçaient deux origines très différentes pour l’humanité : soit, pour celle d’Abraham Lincoln, au commencement il y avait des relations sociales alors que pour Adam Smith, au commencement, il y avait les marchés….Le point de vue de Smith, dans la tradition anglaise mène à une économie de troc hédoniste et à un système de valeur et d’incitation. La croissance économique tend à être considérée comme une addition mécanique du capital au travail. Dans la tradition continentale, l’essence de l’être humain est un esprit potentiellement noble, avec un cerveau actif qui constamment enregistre et classe le monde autour de lui, selon les schémas définis. L’économie est alors centrée sur la production plutôt que sur le troc, et sur la production, l’assimilation et la diffusion des connaissances et des innovations. La force motrice de cette économie n’est pas le capital en soi mais l’esprit humain et la volonté. La première vue de l’humanité rend possible une théorie économique statique, simple, calculable et quantifiable. Le second point de vue, beaucoup plus complexe, a également besoin d’une théorie bien plus complexe et dynamique, dont le noyau ne peut se réduire à des chiffres et à des symboles. Il est important de noter que la « sagesse orthodoxe », dans une théorie peut être considérée sous un jour entièrement différent dans l’autre théorie. Pour Jeremy Bentham, la « curiosité » était une mauvaise habitude ; pour Thorstein Veblen en 1898, la « curiosité libre » devenait le mécanisme par lequel la société humaine accumule des connaissances.

A la suite d’Adam Smith, quatre des concepts importants pour comprendre le développement économique ont été écartés du modèle dominant :

  • Le concept d’innovation, qui avait joué un rôle important dans les sciences sociales anglaises pendant plus de cent cinquante ans.

  • L’idée que le développement économique est le résultat d’une synergie et que les personne partageant le même marché du travail composé d’industries innovantes, auront des salaires plus élevés que d’autres, idée présente dans la pensée économique européenne depuis le XVe siècle.

  • La prise de conscience que différentes activités économiques peuvent être autrement porteuses de développement économique.

  • La réduction par Adam Smith de la production et du commerce à des heures de travail a ouvert la voie à la théorie ricardienne du commerce, encore dominante aujourd’hui, par laquelle l’économie mondiale est conçue et comprise comme l’exemple du troc d’Adam Smith, lorsque des chiens échangent des heures de travail sans aucune qualité.

La première fois qu’une théorie de type « troc et échange » a prédominé, ce fut avec les physiocrates en France, dans les années 1760. La seconde fois fut durant les années 1840. Principalement pour fournir à ses ouvriers d’industrie du pain à bon marché, l’Angleterre arrêta de protéger son agriculture par des barrières tarifaires et, en même temps, chercha à inciter d’autres pays à faire de même avec leur industrie. On pensait alors que la croissance des inégalités sociales – ce qui pendant un siècle, sera appelé la « question sociale » - disparaitrait dès que seraient supprimées toutes les restrictions sur l’économie. En fin de compte, cela a entraîné des troubles sociaux beaucoup plus graves. L’Etat providence moderne s’est construit pas à pas à partir de ce chaos.

En termes de politique économique, aucune période historique ne ressemble autant aux années 1990 que les années 1840. Les deux périodes se caractérisent par un optimisme immense et irrationnel basé sur une révolution technologique. En 1840 l’âge de la vapeur était en plein expansion. En 1971, Intel développa son premier microprocesseur et, dans les années 1990, un nouveau paradigme techno économique se déployait à nouveau. De tels paradigmes, fondés sur les bons de la productivité de secteurs spécifiques, portent en eux de possibles sauts quantiques de développement. Mais ils portent également en eux une frénésie spéculative et de nombreux projets et pratiques qui voudraient que les industries normales se comportent comme des industries au coeur de ce paradigme. (page 188) Lors de ces deux périodes, elles ont été encouragées par un marché boursier euphorique qui voulait fermement croire que cela pouvait être réel - et pendant longtemps, ce fut réel - simplement parce que suffisamment de personnes y croyaient. Mais la plupart des cas ne se sont pas soldés de manière heureuse. (page 189).

Fin des extraits du livre de Reinert.

 

Derrière ces deux visions de la place de l'être humain sur Terre, se cachent une vision pessimiste et une vision optimiste de la condition humaine. Reinert les présente dans son livre. La vision pessimiste est anglaise et va se lier à la doctrine des financiers anglais qui sert toujours de fondement à l'oligarchie financière anglo-saxonne. Les économistes anglais au service du pouvoir du Royaume-Uni ont eu une compréhension raisonnée des perspectives économiques de leur pays et ont cherché à la généraliser dans une théorie mondiale : l'île sur laquelle ils ont vécu, comme toute île, a des richesses limitées qui s'épuisent d'autant plus que la population augmente. Alors que l'Angleterre avait transposé chez elle les mécanismes du cercle vertueux de la croissance économique, vers la fin du XVIIIème siècle, devant l'avenir industriel qui prend forme sur une dimension internationale, elle doit comprendre que sa dimension insulaire va l'écarter de cette prodigieuse expansion économique. Reinert montre ce pessimisme de l'école économique anglaise à travers le cas le plus connu de la théorie de Malthus : prenant appui sur la question de la menace de la surpopulation, Malthus va prendre pour cadre de son raisonnement les rendements décroissants de l'agriculture et " le mur " de l'épuisement des ressources naturelles qui arrivera d'autant plus vite que la Terre sera surpeuplée rapidement. L'histoire nous montre que l'Angleterre s'engagera dans la doctrine d'un protectionnisme de son économie à travers la conquête des marchés extérieurs et dans l'idéologie du colonialisme, c'est à dire la doctrine du protectionnisme imposée aux pays fournisseurs de matières premières et qui ont l'interdiction de développer chez eux l'industrie. En Inde, après la conquête militaire anglaise, les tisserands locaux mourront de faim par milliers lorsque le coton sera obligatoirement travaillé dans les usines anglaises et le textile revendu en Inde. Les tisserands hindous auront l'interdiction de travailler le coton, ils n'auront pas la possibilité de se révolter comme le firent en France les canuts de Lyon. Cette histoire de l'économie anglaise trouve sa cohérence devant la nécessité de surmonter un handicap initial et dans la volonté qui en découle de chercher à dominer les continents et le monde à travers l'utilisation de sa marine héritée des corsaires et flibustiers protestants.

Nous prenons les extraits suivants de ce livre :

Dans le monde du colonialisme - il est moralement défendable de maintenir des pays uniquement comme producteurs de matières premières - se trouve dans la théorie économique de David Ricardo. Avant David Ricardo, les économistes étaient largement accordés sur le fait que les colonies étaient délibérément appauvries. L'économiste allemand le plus important du XVIIIe siècle Johann Heinrich Gottlob von Justi, était d'avis que les colonies se rendraient compte qu'elles se faisaient duper, et se rebelleraient afin d'obtenir leurs propres industries. Dans le cas des États-Unis, qui se sont rebellés et libérés de l'Angleterre, en 1776, il a eu raison. Aujourd'hui, nous sommes à nouveau au milieu d'une nouvelle période de mondialisation avec les mêmes caractéristiques : la même vision, basée sur les mêmes économistes - Adam Smith et David Ricardo - un monde équilibré, avec une division « naturelle » du travail, certains pays exportant matières premières et importants des biens industriels, et, cette fois-ci, également des services d'avant-garde. Les structures industrielles des pays pauvres ressemblent de plus en plus à celles du colonialisme et les mêmes théories économiques qui ont abouti au colonialisme conduisent maintenant le néocolonialisme.

Fin des extraits du livre de Reinert.

La vision optimiste est restée toujours présente au long des siècles et les révolutions technologiques ont alimenté les espoirs dans le progrès, la croissance, l'élimination du chômage et de la misère. Le rôle de l'entrepreneur qui innove pour mieux satisfaire la demande de ses contemporains n'est pas un fantasme, seulement une trop rare réalité tant la course aux innovations dans le système de pouvoir économique et politique s'est heurtée à cette conséquence inéluctable que les dirigeants de nos systèmes de pouvoir cherchent si bien à écarter et à occulter : les innovations renforcent les barrières à l'entrée sur les marchés. En clair, les pays industrialisés qui disposent d'innovations ont toutes les chances pour mettre en oeuvre de nouvelles innovations et le fossé va se creuser davantage avec les pays pauvres. L'optimisme en économie est possible certes mais pas dans un système de pouvoir dans lequel les dirigeants font tout pour vivre de leur rente et consolider leur pouvoir en accaparant les richesses à travers leur droit de propriété individuelle des moyens de production. Alors ces dirigeants vont utiliser la première école économique, celle de l'abstraction et des modèles mathématiques à la suite de la théorie utopique de David Ricardo. Pour sortir de cet imbroglio idéologique, Reinert met en avant les idées de List : 

" C'est pourquoi les plus fervents défenseurs de l'industrialisation (pour la protection tarifaire) comme Friederich List (1789-1846), était également les plus fervents défenseurs du libre-échange de la mondialisation, une fois que tous les pays seront industrialisés. Dès les années 1840, Friederich List formula une recette de la « bonne mondialisation » : si le libre-échange se développait après que tous les pays du monde s'étaient industrialisés, le libre-échange serait ce qu'il y a de mieux pour tout le monde. Le seul point de divergence et le calendrier établi pour adopter le libre-échange et la séquence géographique structurelle dans laquelle se déroule le développement vers le libre-échange."

Cette recette, cette solution d'un économiste intéresse très peu les dirigeants du système économique capitaliste ou de tout autre système de pouvoir économique. Le libre échange entre pays industrialisés sert de masque pour cacher la concentration inéluctable des entreprises entre les mains de quelques familles de banquiers et de financiers qui possèdent l'arme fatale : la propriété des banques centrales privées. Sans poursuivre trop loin dans l'examen de l'histoire économique, nous pouvons tout de même nous arrêter sur quelques situations, certains évènements qui démontrent comment les dirigeants du système capitaliste ont écarté les réalités politiques, économiques, technologiques et sociales pour développer de nouvelles fables ou de nouveaux mensonges, de nouvelles impostures afin de défendre leur pouvoir et leur domination.

 

4.2 la fable du progrès technologique au service de la croissance économique :

Nous avons déjà abordé le mythe du progrès matériel contenu dans le pacte républicain. Ce mythe du progrès matériel sans limite et toujours positif, contribue à l’interdiction de la remise en place de la propriété commune. Tant que le progrès matériel peut se constater, le système de pouvoir économique se justifie automatiquement. Prendre le risque de quitter ce système , voire seulement de le critiquer, nous ferait abandonner cette perspective éprouvée de jouir de ce progrès matériel, de cette réalité tangible qui nous pousse à croire aux lendemains matérialistes meilleurs. Le système est imparfait : il pollue, il gaspille les ressources, il creuse les inégalités, il ne procure pas correctement la nourriture et l’eau potable à des milliards d’êtres humains qui continuent de vivre dans la misère matérielle; ce n’est pas grave : le progrès matériel, demain, va résoudre ces dysfonctionnements. Il faut continuer à innover et donc à investir dans ce système pour que ce système arrive un jour à satisfaire davantage de gens. Nous sommes bien ici en présence d’un mythe dont la fonction essentielle est de repousser les limites de la réalité pour continuer à nous faire croire en ce système de pouvoir sans être capable de nous rendre compte qu’il y a d’autres solutions bien plus efficientes. Mais le mythe du progrès matériel a rencontré sa limite dès les années 1920 : à la suite de l'effort de guerre qui a permis à l'industrie d'atteindre des niveaux records de production d'armements, dès 1920 les usines atteignent un niveau de surproduction. En France, Jacques Duboin écrit que l'avancée des connaissances ne peut qu'accélérer la mutation de l'appareil industriel, qui va produire de plus en plus de richesses avec de moins en moins de main d'oeuvre. Sa conclusion : le monde est désormais entré dans l'ère de l'abondance. Or la logique du système capitaliste, qui s'est formée à une époque où les hommes échangeaient entre eux des biens à fort contenu de travail, reste celle de la rareté. Il préconise une économie distributive avec la propriété collective des moyens de production gérée par l'état.

Pour contourner cet obstacle de la sur production inévitable, il va s'agir de personnaliser les productions, de créer de nouveaux marchés à partir de nouvelles technologies et de nouvelles inventions. Mais sur un même marché, l'outil industriel est capable d'arriver très rapidement à la surproduction par rapport à la demande des consommateurs. Dès lors le progrès matériel passe au second plan : il faut développer la demande de biens matériels nouveaux à travers des stratégies marketing et surtout il faut construire des modèles de croissance économique pour convaincre les acteurs économiques, les citoyens et leurs dirigeants que le système économique peut se développer toujours davantage même si l'industrie est en sur capacité de production pour les biens matériels de base qui suffisent à une vie décente et économe dans l'utilisation des ressources. Il faut augmenter le pouvoir d'achat, développer la demande intérieure et les exportations selon les théories de Keynes. Après le mythe du progrès matériel, le système de pouvoir économique a du mettre en place le mythe de la croissance régulière et infinie... vu que les besoins sont illimités. Bernays à partir de 1928 va comprendre ce dilemme et énoncer la loi célèbre à l'origine de la propagande commerciale puis du marketing : si la production de masse peut rapidement satisfaire les besoins matériels, il faut alors se mettre à satisfaire non plus les besoins mais les désirs des consommateurs, s'ils n'ont pas de désirs, c'est aux dirigeants de les créer pour eux.

« Si nous comprenons les mécanismes et les motivations de la pensée de groupe, ne pouvons-nous pas contrôler et enrégimenter les masses selon notre volonté, sans qu’elles ne s’en doutent? La pratique récente de la propagande a prouvé que c’était possible, du moins jusqu’à un certain point ».Edward Bernays, Propaganda, 1928.

Edwards Bernays peut être considéré comme l’initiateur qui poussa le marketing à ne plus se contenter de prendre en considération les besoins des consommateurs, assez vite satisfaits par la production de masse, mais à aller au devant des désirs des gens en créant de toute pièce ces désirs de manière à développer toujours plus loin la production et le commerce dans la société de consommation et aujourd’hui la société de surconsommation et de gaspillage. Cette volonté du système de pouvoir capitaliste et neo libéral de créer toujours plus de désirs superficiels et le plus souvent inutiles, lui permet à travers cette production toujours plus rentable de continuer à amasser des profits considérables. Mais cette volonté se traduit aussi par l’imposition du travail à l’ensemble des populations, marque de domination extrêmement forte et coercitive pour pouvoir accéder à un pouvoir d’achat et payer cette satisfaction des désirs matérialistes. Les exclus du travail n’auront que la misère et surtout pas le bénéfice des biens et d’équipements minimaux pour satisfaire leurs besoins individuels, même s’ils ne veulent assouvir aucun désir ostentatoire de richesses supplémentaires et inutiles. En faisant rêver et saliver de désirs les populations devant la profusion de biens matériels, la domination de la pensée mène directement à la soumission au travail obligatoire, au conformisme social. Dès lors le progrès technologique, les innovations deviennent secondaires voire perturbatrices car elles dérangent l'ordre établi dans l'économie réelle. C'est aussi certainement la raison pour laquelle, la dernière révolution technologique, celle de l'informatique et des télécommunications (les TIC), sera utilisée par les dirigeants du système économique pour créer de la richesse en dehors de l'économie réelle en privilégiant la finance et les produits financiers hautement spéculatifs pour vendre du crédit immobilier qui a été produit d'une manière industrielle afin de déclencher de nouvelles crises financières mondiales et des guerres financières pour accroître plus encore leur domination sur ce système économique capitaliste devenu mondial.

Aujourd’hui, plusieurs prix Nobel d’économie déclarent qu’il faut abandonner ces idéologies économiques qui n’apportent aucune solution concrète pour corriger ce système économique faussé dès sa naissance. Ces mythes et ces fables économiques sont malheureusement toujours enseignés tant les professeurs n’ont pas le droit de modifier les programmes établis par les institutions toujours au service des dirigeants du système de pouvoir libéral et capitaliste. Ils peuvent comprendre les propos des derniers prix Nobel d’économie, notamment ceux de Stiglitz, ils peuvent en parler rapidement à leurs élèves mais toujours pas modifier de fond en comble les programmes d’économie, d’économie sociale, de management et de droit pour préparer leurs élèves à une nouvelle façon d’organiser la société et de répartir les richesses. Nous y reviendrons dans notre quatrième partie.

L'économiste Jacques Sapir indique que " le mode de sélection des économistes à la faculté détruit tout esprit critique. Pour grimper au sommet de l'échelle universitaire, ils ont du ânonner à chaque barreau le cathéchisme libéral. La grande majorité arrive au sommet épuisé ". Le philosophe Dany-Robert Dufour dans son livre sur la révolution culturelle libérale : le Divin Marché (Denoël), affirme que le marché fonctionne comme une religion (ndrl : au sens d'un système de pouvoir théocratique). Au départ le nouveau récit "enchante" tout : les lois, les croyances, les institutions. Puis " les belles fables que les hommes se racontent pour se racheter ou pour se libérer finissent fatalement par les enchaîner ". Nous osons rappeler à notre lecteur que le poète qui s'exprime ici " a eu le courage de la lâcheté ", selon l'invitation de Pierre Legendre et qu'il a été étudier l'industrie. Il brise le noeud de fables de la société industrielle, capitaliste libérale et combat la dictature de l'oligarchie financière anglo-saxonne. Ce dont il n'est pas coupable....

 

4.3 la fable de la rareté économique : 

La rareté économique provient du fait que les besoins sont illimités alors que les biens sont limités. Cette rareté justifie la compétition pour arriver à combler le plus possible cette rareté. Les meilleurs deviennent alors les plus riches car ils ont trouvé des biens ou des services qui en donnant satisfaction aux consommateurs font disparaître cette rareté, ce sentiment de manque et d’insatisfaction qui peut évoluer vers des revendications politiques et des troubles sociaux mettant en péril la société. En étant les artisans émérites du pacte social et républicain, ces entrepreneurs légitiment leurs rémunérations et leur droit de propriété des moyens de production. Ces dirigeants qui s’enrichissent exagérément, ne captent pas à leurs seuls profits le fonctionnement rentable du système économique et même si c’est le cas, ils ont acquis ce droit car ils assurent la continuité du progrès matériel source de paix civile. Le progrès matériel sort de la misère les populations des pays développés, c’est bien la preuve que le système fonctionne. Quant aux populations des pays sous développés et des pays pauvres, leur misère n’a rien à voir avec un échec majeur du système économique. Ces pays sont incapables d’entrer dans le fonctionnement du système à cause de raisons géographiques, climatiques, d’une explosion démographique coupable qui sont autant de causes de la rareté économique et dont nos dirigeants ne peuvent être tenus pour responsables. Nous pourrions citer d’autres arguments avancés par les militants de nos systèmes de pouvoir pour masquer le fonctionnement inique de ce système économique capitaliste et libéral. Ceci correspond à la thèse toujours officielle et académique mais pas au constat des « nouveaux » économistes.

Michel Aglietta et André Orléan : La rareté n'est pas une fatalité, et moins encore « une donnée naturelle ».

" Il faut bien comprendre que la rareté n'est aucunement une donnée naturelle qu'on pourrait mesurer à l'aide d'indicateurs objectifs comme, par exemple, le niveau de vie moyen de la population considérée. De même, on commettrait une méprise totale en disant que plus une société est prospère, moins la rareté y est présente. Il en est tout autrement. La rareté désigne une forme d'organisation spécifique, instituée par le marché, qui fait dépendre, dans des proportions inconnues des autres sociétés, l'existence de chacun de sa seule capacité à acquérir des objets sans qu'il puisse attendre un secours d'autrui.

Marshall Sahlins le décrit merveilleusement dans un ouvrage admirable. Étudiant les peuples de chasseurs-cueilleurs, c'est-à-dire l'une des sociétés les plus anciennes du globe puisqu'elle remonte au paléolithique, il montre que ces sociétés, paradoxalement, connaissent l'abondance. Certes, le niveau de vie est très modeste mais personne n'y meurt de faim, car la coutume du partage et de l'entraide y domine la vie sociale. Dans ces sociétés, « aucune relation entre l'accumulation de biens matériels et le statut social n'a été instituée ». On peut même dire que toute l'organisation communautaire vise à « limiter la propriété des biens matériels ». C'est dans nos sociétés que la rareté s'impose comme une puissance autonome, sans appel, qui règle la vie des individus, sans considération pour leur dignité sociale : « c'est nous et nous seul qui avons été condamnés aux travaux forcés à perpétuité. La rareté est la sentence portée par notre économie, et c'est aussi l'axiome de notre économie politique... L'homo oeconomicus est une invention bourgeoise ; il n'est « pas derrière nous, disait Mauss, mais devant nous comme l'homme moral ». Les chasseurs collecteurs n'ont pas brigué leurs instincts matérialistes ; ils n'en n'ont simplement pas fait une institution."

Ce document reprend également le cas du peuple Moso en Chine, société matriarcal sans père ni mari fondée sur la propriété commune et où la propriété individuelle matérielle n'existe pas. Nous y reviendrons dans notre quatrième partie.

4.3. la science économique et sa confrontation avec la politique : l’économie passe devant la politique qui ne peut que suivre.

 l’économie provient de la politique : elle cherche à dire aux dirigeants comment utiliser les ressources pour satisfaire les besoins des peuples. Les économistes disent ouvertement ou implicitement à l’état : « tu dois faire ceci ou cela ». Bien entendu l’économie a cherché à s’affranchir des querelles politiciennes et de cette soif d’argent et de pouvoir qui caractérise les despotes jusqu’aux serviteurs zélés des systèmes de pouvoir. Pour prendre le pas sur la politique, l’économie a cherché à devenir une science, une science pure au départ comme l’ont prétendu Walras et Pareto. Cette pureté se recherchait dans la liberté, une liberté à la Rousseau. En 1970, Paul Samuelson, prix Nobel d’économie, ose encore écrire «  le travailleur choisit son patron autant que le patron choisit son travailleur ». Cette science économique s’ingénie à considérer que le marché repose sur un contrat synallagmatique, juste et qui fait se rencontrer la liberté des volontés, la raison d’êtres humains libres de choisir en toute indépendance. Nous avons vu les conditions de cette indépendance à la Rousseau : le décret d’Allarde ( 2-17 mars 1791 sur l’apprentissage rendu libre ) et la loi le Chapelier ( 22 mai 1791, elle interdit les syndicats et les associations ) qui suppriment les groupes sociaux entre les citoyens et l’état nation. Pourtant après 1970, la plupart des économistes ont rejeté cette prétention à être une science. La nouvelle ambition de l’économie est de reconstruire le monde et nous ajoutons, bien mieux que les politiciens ne pourront jamais le faire ! Les économistes doivent alors suivre une déontologie pour donner une juste appréciation des phénomènes économiques et sociaux : décrire le chômage est une tâche, dire que le marché du travail est inefficace n’est plus une tâche mais déjà une prise de position politique. Comme pour les syndicats dont le rôle est limité au départ par la loi de 1884, l’assemblée des économistes doit-elle s’arrêter aux frontières de la politique, n’a-t-elle comme rôle que celui d’être des experts qui s’adressent aussi bien aux dirigeants de nos systèmes de pouvoir qu’aux populations ? Et d’ailleurs, faut-il enseigner l’économie , surtout l’économie qui se mêle ouvertement de politique dans les lycées et l’enseignement supérieur ? La réponse du politicien maître de son système de pouvoir est courue d’avance : il vaut mieux instituer une certaine dose d’ignorance sur l’économie en générale. En ce qui concerne la France, ses dirigeants politiciens ont toujours été champion dans cette culture de l’ignorance et nous sommes le dernier pays industrialisé à avoir mis l’économie dans les programmes scolaires des lycées. Cette ignorance a un but : pouvoir raconter n’importe quoi et servir ses intérêts selon ses désirs sans rencontrer de contestation. Plusieurs économistes sincères se sont émus de cette dépendance indéfectible de l’économie face aux volontés égoïstes des propriétaires des moyens de production et des politiciens qui ne peuvent que servir les intérêts de ces maîtres du système économique. Les économistes actuels cherchent à remettre l’être humain au cœur de l’organisation mais cette volonté remarquable manque sérieusement d’efficacité et d’efficience : veulent-ils remettre le politique au dessus de l’économie et de la finance ? Veulent-ils remettre l’être humain au cœur du système de pouvoir actuel ? Veulent-ils, comme nous les avons invités depuis plus de 7 ans, quitter nos systèmes de pouvoir pour développer de nouvelles organisations en réseaux ? Certains semblent plus qu’hésiter à quitter les systèmes de pouvoirs.

 Par contre, l’exemple inverse est connu, des scientifiques ont réussi à imposer leurs volontés aux politiciens et depuis ces politiciens cherchent à se sortir de ce bourbier. Il s‘agit de la question de la fabrication de la bombe atomique. Ce sont des savants en physique, Leo Szilard et Enrico Fermi qui ont convaincu les dirigeants alliés qu’il était possible de construire la bombe atomique et qu’il fallait sur ce point, d’urgence récupérer le retard pris sur les allemands pour vaincre le nazisme. Or dès les 15 – 20 septembre1941, à Copenhague, au cours de sa rencontre avec Heisenberg, le savant allemand chargé par les nazis du programme nucléaire, Niels Bohr se rendit compte que les allemands n’avaient pas les ressources pour mener à bien la construction d’une bombe atomique. Heisenberg, convaincu de la victoire allemande, cherchait plutôt à mettre au point un réacteur nucléaire pour des centrales atomiques afin de gagner la guerre économique et ne plus dépendre des livraisons de pétrole. Heisenberg voulu convaincre Bohr de s’adresser à la communauté des scientifiques pour refuser de développer des armes atomiques, ce qui avantagerait Hitler et Bohr fut choqué de cette proposition. Bohr prit contact avec les savants émigrés aux Etats-Unis pour transmettre ces informations qui furent rejetées car ces savants avaient trouvé l’occasion unique de la guerre pour enfin obtenir des politiciens les moyens énormes afin de construire cette bombe atomique. ( source : John Cornwell, les savant d’Hitler, Albin Michel, 2008 ). Plus tard Russel, nous l’avons vu, proposa que cette bombe serve à dissuader les barbares de venir piller les pays riches. Comme quoi la science nucléaire pourrait être l’ultime rempart de l’économie des pays développés sur le plan industriel et tertiaire.

 Depuis les années 1980, il y a un nouvel exemple pour illustrer cette prise du pouvoir des experts scientifiques et économiques sur les dirigeants politiques de nos systèmes de pouvoirs étatiques. Il s’agit du développement des biotechnologies dans le domaine médical et surtout dans l’agriculture avec le scandale, les mensonges et les risques sanitaires pris dans la production des OGM ( organismes génétiques modifiés ). Nous retrouvons au cœur de cette affaire l’emprise de la finance internationale. Les faits sont connus et se regroupent autour de la multinationale de la chimie américaine Monsanto. Cette firme longtemps spécialisée dans la chimie de guerre et les produits hautement toxiques, après la guerre du Vietnam et la montée de la préoccupation écologique, a vu ses activités menacées et son avenir compromis. Les autres firmes de la chimie américaine s’était lancée dans des brevets sur les plantes pour développer leurs activités agricoles qui reposaient largement sur des produits phytosanitaires destinés à soigner et à prévenir les maladies des plantes agricoles, la vigne, les plantations d’arbres fruitiers ou d’agrumes. Une firme de Philadelphie avait par exemple mis au point des brevets sur des blés hybrides pour les adapter à des contextes climatiques plus secs, etc. Très rapidement les chercheurs de ces firmes se sont rendus compte que leurs brevets allaient modifier considérablement la nature et devenir une source de pollution capable de détruire l’environnement. La firme de Philadelphie et d’autres sociétés de la chimie se sont retirés de ce nouveau marché agricole des biotechnologies et ont cherché à vendre leurs brevets à vil prix. C’est alors que des financiers ont compris l’aubaine et qu’ils avaient l’occasion de réaliser un formidable jackpot : ils suffisaient de racheter ces brevets sur les biotechnologies dont les honorables multinationales de la chimie ne voulaient plus, ce qui ne coûtait pas cher, pour ensuite constituer un quasi monopole sur les biotechnologies agricoles. Pour la réussite de cette opération à laquelle les industriels de la chimie ne croyaient pas, il fallait réunir deux conditions : obtenir l’appui des politiciens pour autoriser malgré tout l’exploitation de ces brevets dangereux et d’autre part, il fallait trouver une firme de la chimie du niveau mondial pour servir de support de production à cette entreprise source de profits financiers considérables. Cette multinationale qui avait besoin de l’aide des financiers pour se remettre d’aplomb, ce fut Monsanto. La culture de cette firme était propice à ce genre de manœuvre : le personnel et la direction avait l’habitude de travailler pour les services secrets et l’armée et ils avaient également l’habitude de considérer leur travail comme utile à la défense de leur pays. Il suffisait de créer une nouvelle culture sur le mythe du progrès scientifique et des biotechnologies qui allaient enfin permettre à l’agriculture de nourrir à travers le monde l’ensemble de l’humanité, y compris bien entendu à la suite de l’explosion démographique actuelle. Pour le reste et les affaires concrètes, le jackpot était en place : à partir d’un savoir faire ancien dans les défoliants, Monsanto a développé un herbicide puissant, le Roundup, et a associé cet herbicide aux plantes transgéniques qu’elle vendait : principalement le soja et le maïs. Pour multiplier les profits, les semences ont été rendus stériles de manière à obliger les agriculteurs à acheter chaque années les produits de Monsanto et à interdire la production traditionnelle de semence effectuée par les agriculteurs eux-mêmes.

Les financiers qui dirigent cette entreprise de domination de l’agriculture actuelle ont conforté leur pouvoir en réussissant à obtenir des politiciens la reconnaissance du droit de propriété privé ou individuel sur les semences qui jusqu’à étaient considérés comme des biens naturels appartenant à la propriété collective de l’humanité. Avec cette reconnaissance d’un droit de propriété privé sur les semences, le pouvoir obtenu lors de l’achat des brevets litigieux sur le plan scientifique et éthique, a été considérablement étendu et renforcé de manière à permettre l’élimination de la concurrence, y compris celle des associations de jardiniers amateurs qui s’échangent gratuitement des semences entre eux ! Les politiciens et la justice qui appliquent les lois élaborés par les dirigeants politiques, n’y trouvent rien à redire ! D’où le développement des mouvements de résistance et de désobéissance civile pour contrer cette oppression. Les dirigeants politiciens quelque soit leur camp, aux Etats-Unis d’Amérique comme dans la plupart des états des pays développés, ont cru à ce mythe du progrès apporté par les biotechnologies et spécialement par les OGM. Il y a quelques années encore, nous étions prétendument en pleine guerre intellectuelle entre les anciens et les modernes, entre les ignorants et les incultes destinés à perpétuer la misère endémique du monde et les savants capable de sortir l’humanité justement de cette misère endémique. Nous avons déjà répondu à cet argument : la misère n’est pas un manque de biens matériels qui est la conséquence de la rareté en économie, c’est une création intellectuelle et idéologique avant tout pour accaparer les richesses d’un côté en exploitant des populations qui pouvaient vivre même modestement sur le plan matériel, dans une abondance de satisfaction sur le plan politique, économique et social. D’un autre côté, la misère dont parlent les dirigeants de nos systèmes est la conséquence intolérable et injustifiable du fonctionnement de leurs systèmes de pouvoirs civils, religieux, militaires, économiques et financiers. Nous verrons dans notre quatrième partie que le chômage est une production intrinsèque de notre système de pouvoir capitaliste, il en va de même de la misère qui est une suite du chômage et de l’exclusion de notre système économique. Cette prétention d’une science dévoyée qui est devenue experte en magie criminelle et autres maléfices est aujourd’hui contredite par les données scientifiques sur l’évolution désastreuse de notre planète avec les menaces sur la disparition des espèces vivantes et de l’espèce humaine elle-même. Les politiciens sont à la recherche d’un autre mythe pour faire en sorte que ce système de pouvoir se poursuive et que leurs places demeurent à la direction de ce système. Pour le moment, ils ont besoin de ce nouveau mythe pour tenter de reprendre le pouvoir usurpé par les dirigeants du système économique et financier capitaliste et libéral. Après le mythe du progrès scientifique, il est possible de développer le mythe de l’écologie salvatrice qui réussirait à sauver la planète en utilisant cette fois-ci le progrès scientifique en dehors de toute recherche de profits financiers ou de pouvoir politique. Nos propos ne vont absolument pas dans cette direction, non pas à cause de l’écologie qui nous serait étrangère mais bien à cause du système lui-même. Nous préférons l’alternative de l’organisation en réseau et ce n’est pas une question de caprice intellectuel ou d’une bévue de poète en mal d’inspiration, notre lecteur l’aura compris. Enfin , concernant la vente à bas prix des brevets sur les semences et les plantes hybrides par les centres de recherche des industries chimiques dans les années 1970, il reste la question essentielle : pourquoi ces brevets jugés dangereux par leurs auteurs n'ont-ils pas pu être écartés de l'économie marchande et gardés au secret dans un centre de sécurité ? Il faudra bien pourtant régler cette situation, nous y viendrons dans notre quatrième partie. 

Pour le moment nous pouvons constater que ce sont surtout les experts scientifiques : les physiciens atomiques et les biologistes qui ont réussi à dominer les politiciens. Les économistes n'ont eu de réelles influences que pour conseiller la classe politique sur les solutions pour sortir des crises du capitalisme. Par contre, les candidats aux élections présidentielles, surtout en France, continuent d'abuser des arguments économiques en promettant la croissance pour des lendemains heureux. En 2007, le candidat des partis de droite, a poussé l'utilisation de ces arguments sur la croissance à des limites invraisemblables confinant au mensonge et à la manipulation populiste alors que de nombreux signaux montraient que l'économie mondiale et surtout américaine était au bord d'une crise sévère du fait des subprimes et des importations venues d'Asie consécutives à la délocalisation massive des productions de biens matériels. Soit ce candidat qui a été élu était ignorant de ces réalités économiques inquiétantes, ce qui est impardonnable, soit il a écarté ces signes annonciateurs de la crise de 2008 pour mieux manipuler les électeurs et se faire élire, ce qui relève pour le moins d'un délit passible d'un tribunal correctionnel si les dirigeants ne s'étaient pas auto protégés une fois arrivés au pouvoir par un système d'immunité juridique fallacieux et inique.

 

 4.4. la fable de l’efficacité

L’efficacité est au cœur de la fable économique et son rôle est connu, il est considérable : il s’agit ni plus ni moins que de ne prendre en compte que les fonctions économiques de production et de distribution de manière à occulter la troisième fonction, la fonction de répartition des richesses qui embête tellement les dirigeants de nos systèmes de pouvoir. Comment, les propriétaires des moyens de production et de distribution devraient-ils aider les propriétaires des moyens de consommation ? Ces derniers sont des millions, des milliards d’individus ; même celle ou celui qui serait refusé à l’entrée d’un cours d’économie le sait ! Dans la théorie économique, notamment celles sur la croissance, cette aide envers les consommateurs, envers la demande, ne fait aucun doute ! Mais pour les dirigeants de nos systèmes, il faut trouver absolument une parade à ce genre de raisonnement farfelu qui sacrifie leurs intérêts dominants à des idéaux plus proche de la charité religieuse que de la fraternité républicaine. Le progrès matériel n’avance pas tous les jours à vitesse constante or, tous les jours, il faut croire dans le système économique : il faut alors se résoudre à observer quotidiennement l’efficacité du système : l’obtention des profits acquis jour après jour, notamment en suivant les cours des bourses sur les marchés financiers.

 Au départ, les fondateurs du capitalisme ont utilisé les mots «  cynisme, amoralité, égoïsme de chacun ». L’efficacité viendra plus tard avec le développement des technologies de production et de distribution. Dans l’économie, il ne s’agissait pas de faire la charité mais de réaliser des profits. Aussi la première préoccupation efficace a été d’écarter les préceptes religieux et moraux.

 L’amoralité constitutive du capitalisme a été théorisée dès le XVIIIe siècle par le père de l’économie libérale, Adam Smith, dans "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations". Pour Adam Smith, le capitalisme ne peut être efficace que si les acteurs économiques oublient tout sens moral, l’égoïsme de chacun assurant le bonheur de tous : « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous entendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. ». Dans cette idéologie, il suffit de laisser chacun agir selon son intérêt bien compris et sans scrupule pour que l’addition des égoïsmes particuliers débouche sur la richesse générale. Une main invisible métamorphose les vices privés en vertu publique. À condition que les néfastes interventions de l’État ne viennent pas perturber cette féconde âpreté au gain.

Pour décrire cette évolution idéologique, nous utilisons des extraits  de l'article de Marianne (n° 772 du 04/02/2012) " les marchés existent-ils ?" par Bernard Rothé. Mais s'il n'est plus possible de guillotiner une main invisible, l'idéologie libérale classique peut se perfectionner pour éviter une nouvelle guerre civile entre propriétaires des moyens de production et ouvriers. " Les néoclassiques superposent l'offre, la demande et la concurrence pure et parfaite pour inventer le marché. " Dans toute l'Europe, avec Walras le Français, Jevons l'Anglais, et Menger l'Autrichien, l'économie devient une science froide. Fini la guerre " de tous contre tous". Fini la lutte des classes. Ici tout se calcule. C'est la victoire définitive de la rationalité sur les passions. Le "marché" décide. Il devient à l'économie, cette "physique sociale", ce que la gravitation de Newton était à la physique : un moyen de " construire le meilleur des mondes, ce second paradis terrestre à jamais libéré du préjugé, de la superstition et des passions correspondants ". Policée par un siècle de cours et de discours, la doxa est tellement construite et ânonnée que même les marxistes vont se laisser convaincre. Jean-Michel Michéa assure que " si Adam Smith venait aujourd'hui visiter Wall Street, il adhérerait au premier parti d'extrême gauche venu ".

Ce cynisme est devenu dernièrement le rouage principal du système financier avec l’invention des subprimes, dont on ne rappellera jamais assez le principe, tant il paraîtra dément dans quelques années : des génies de la finance ont fourgué à des ménages qu’ils savaient insolvables des prêts à taux majoré pour qu’ils achètent leur logement tout en s’assurant de le saisir quand ils ne pourraient plus payer ! Pour renouveler à l’infini leur escroquerie légale, ils revendaient ces créances qu’ils savaient pourries à d’autres établissements, affectant le système tout entier. (Voir la revue Marianne numéro 518 page 55,article d’Éric Conan). Après la crise de 2007 – 2008, la spéculation s’est poursuivie en 2009 avec de nouveaux profits importants obtenus sur les marchés financiers et monétaires, en spéculant durant l’année 2009 par exemple sur le cours du dollar néo zélandais dont le cours a grimpé artificiellement de 30%. Peu importe les pertes et les risques de faillite du système, ce système est efficace pour produire à un niveau industriel des profits exceptionnels sur les marchés financiers. Il faut cyniquement poursuivre cette spéculation car il n’est pas possible de trouver mieux pour produire des profits, or la justification même de ce système de pouvoir économique est de produire des profits pour les plus riches ! Fondé dès le départ sur ce cynisme et cet égoïsme, il est intéressant de voir pourquoi le capitalisme n’a pas rapidement sombré dans des excès les plus insoutenables. Éric Conan toujours dans le même article, expose les propos de l’économiste et sociologue français Cornelius Castoriadis : « le capitalisme n’a pu fonctionner avec efficacité que parce qu’il a hérité d’une série de types anthropologiques qu’il n’a pas créés et qu’il n’aurait pas pu créer lui-même : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers qui ont un minimum de conscience professionnelle, etc.. Ces types ne surgissent pas et ne peuvent pas surgir d’eux-mêmes, ils ont été créés dans des périodes historiques antérieures, par référence à des valeurs consacrées et alors incontestables : l’honnêteté, le service de l’État, la transmission du savoir, la belle ouvrage, etc. ». La puissante dynamique du capitalisme fut ainsi longtemps canalisée par un stock de valeurs qui lui étaient étrangères, mais qu’il n’a cessé de détruire.

 Le développement industriel rend nécessaire l’utilisation efficace des facteurs de production. Nous retrouvons ici Taylor et l’organisation scientifique du travail puis Ford avec la standardisation de la production et les chaînes de montage. L’efficacité consiste à produire quel que soit le coût, la production de masse garantissant un coût de revient unitaire minimum. La gestion de production donne rapidement les règles et identifie les rendements décroissants et les quatre sources de gains de productivité : les économies d’échelle, la modernisation du capital technique, la rationalisation de la structure de production, l’élévation du niveau de compétences de la main d’oeuvre. Mais il y a la limite invariable de la sur production qui une fois dépassée rend la production non plus inefficace mais scandaleusement inutile et ruineuse car invendable. Sauf que la notion de sur production n’est pas liée à la capacité de production mais à la capacité de vendre la production, c'est-à-dire à la possibilité de trouver des acheteurs solvables, capable de payer. Dès lors la production de masse se trouve soumise à la contrainte de la monnaie, de la valeur de la monnaie. L’efficacité industrielle se trouve museler par l’efficacité des politiques monétaires qui gèrent la masse monétaire que les populations peuvent utiliser pour acquérir des biens matériels ou des services et ainsi développer ce fameux pacte républicain qui garantit la paix sociale.

 

4.5 la fable de la création monétaire, source du pouvoir des banques privées.

 

Keynes a été un des premiers à s’interroger sur la faille que présente malheureusement l’utilisation de la monnaie, faille qui à travers les crises financières rend inefficace les efforts économiques vers davantage de progrès matériel. Parmi les trois fonction de la monnaie : faciliter les échanges, instrument de mesure, thésaurisation et épargne en vue d’utilisations futures, la fonction de thésaurisation fausse l’ensemble du système monétaire. L’argent prélevé dans le circuit économique en vue de l’épargne ne retourne pas forcément à la production et à l’investissement productif de richesses matérielles. L’accaparement de sommes importantes de monnaie est utilisée pour marquer sa position sociale et acquérir des signes de richesses qui échappent au fonctionnement quotidien de l’économie, particulièrement racheter des firmes concurrentes pour les éliminer, acheter ses actions en bourse pour faire grimper la valeur de leurs cours, etc. . Cet argent qui quitte le circuit économique de base finance un autre circuit, celui de la société des plus riches. Il permet de maintenir les signes de richesses de la minorité au pouvoir dans le système à travers l’affichage du luxe dont la valeur vénale est largement supérieure à la valeur réelle de production. Ceci pour créer un effet de rareté qui interdit à la plus grande partie des consommateurs l’acquisition de ces biens ou de ces services. Pour contrôler le système économique, il ne s’agit plus de contrôler l’ensemble de la production des biens et des services, ce qui représente une mission quasi insurmontable, il s’agit de contrôler la circulation de la monnaie ce qui est beaucoup plus facile. Mais ce mécanisme ne serait pas en soi dangereux car il ne concerne qu’un nombre limité de consommateurs ou de riches. Pour limiter ces risques, Keynes n'est pas favorable à la mondialisation des économies.

" C’est, une fois de plus, Keynes qui nous donne la piste à explorer : « J’ai de la sympathie pour ceux qui veulent minimiser plutôt que maximiser l’imbrication économique entre les nations. Les idées, la connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages : autant de choses qui sont, par nature, internationales. Mais que les marchandises soient de fabrication nationale chaque fois que c’est possible et commode. Et, surtout, que la finance soit avant tout nationale » Cité par Herman E. Daly, ancien économiste en chef au département de l’environnement de la Banque mondiale, dans un article lumineux sur les méfaits du libre- échange : « The perils of free trade », Scientific American, novembre 1993. Vingt ans après sa publication, il n’a fait que gagner en pertinence.

 John Kenneth Galbraith, dans son livre  « L’argent », dénonce lui aussi cette utilisation de la monnaie pour instaurer le pouvoir des banques privées. Bien entendu, les banquiers qui se chargent de faire prospérer l'épargne des uns en accordant un crédit à d'autres sont au coeur de la création monétaire mais aussi au centre de la production de richesses financières au profit des dirigeants des banques qui sont arrivés à contrôler depuis au moins trois siècles, l'ensemble des économies à travers le monde. Nous citons ce passage révélateur du livre : 

« LE PROCESSUS PAR LEQUEL LES BANQUES CRÉENT DE L’ARGENT EST SI SIMPLE QUE L’ESPRIT EN DEMEURE CONFONDU. Quand il s’agit de choses aussi importantes, on est en droit de s’attendre à un mystère plus profond. Les dépôts de la Banque d’Amsterdam dont on vient de parler pouvaient, sur instruction de leur propriétaire, être transférés à d’autres pour régler des comptes. (Un service qui avait longtemps été rendu par les précurseurs privés de la banque.) Les pièces déposées ne servaient pas moins d’argent par le simple fait d’être enfermées dans une banque et susceptibles de transfert sous le seul effet d’un trait de plume.

Il était inévitable que l’on découvre — comme le firent les échevins conservateurs d’Amsterdam en se penchant avec un intérêt coupable sur leurs propres besoins en tant que directeurs de la Compagnie des Indes orientales — qu’un autre trait de plume permettrait à un débiteur de la banque, et non plus à un créditeur du titulaire du dépôt, de recevoir un prêt sur ce dépôt inemployé. Et bien sûr, c’était la banque qui percevrait des intérêts sur le prêt ainsi consenti !

On pouvait prévenir les auteurs de dépôts que ces derniers étaient susceptibles d’une telle utilisation — peut-être même les payer pour cela. Le dépôt original restait au crédit de son auteur. Mais il existait désormais un nouveau dépôt constitué par le prêt. Les deux dépôts pouvaient être utilisés pour effectuer des paiements, comme de l’argent. De l’argent avait donc bien été créé. LA DÉCOUVERTE DE CETTE CAPACITÉ DES BANQUES À AINSI CRÉER DE L’ARGENT SE PRODUISIT TRÈS TÔT DANS L’HISTOIRE DE LA BANQUE. C’EST QU’IL EXISTAIT CET INTÉRÊT À GAGNER SUR LES PRÊTS. AVEC CE GENRE DE STIMULANT, LES HOMMES ONT UN NATUREL INSTINCT DE NOVATEUR. »

Source : John Kenneth Galbraith, « L’argent », Folio, p. 18-19, puis 40-41 (un livre essentiel, véritablement passionnant d’un bout à l’autre).

Le raisonnement sur la monnaie est simple : au départ la monnaie est un instrument d'échange pour que les agents économiques puissent disposer des productions dont ils ont besoin. L'ordre logique est alors évident : dans un premier temps il y a les productions de biens et services puis dans un second temps, les échanges pour la consommation. Ceci signifie que la monnaie a très peu de valeur en soi : du moment que les productions sont disponibles pour l'échange, peu importe la forme de monnaie ; au pire des cas, le simple troc peut suffire si le niveau de confiance le permet dans l'échange. Nous sommes ici dans la cas de figure qui privilégie la production et l'économie réelle. Mais une deuxième approche est possible : avant de produire, il faut mettre en place un projet de production, acheter des matières premières, fabriquer des machines, engager de la main d'oeuvre : comment établir un niveau de confiance dans ce projet s'il n'est pas financer au départ ? Si les agents économiques ne savent pas ce qu'ils vont gagner, s'ils ne partagent pas les enjeux de ce projet ? Dans ce cas de figure, c'est la monnaie sous forme de crédit qui est privilégié pour faire naître la confiance dans le projet. A la fin du processus, dans les deux cas de figure, la situation sera identique : la monnaie sera détruite pour être matérialisée dans la production consommée et la satisfaction des besoins individuels. Mais pas au départ ! Pour concevoir que la monnaie est avant tout et seulement un crédit indispensable avant toute production, il faut donner le pouvoir aux banques et rémunérer ce service avant toute production. Les maçons et artisans construiront une maison qui vaut 300 000 euros mais le ménage ne paiera pas cette maison à ce prix parce que la banque va prendre une marge commerciale et des intérêts : sur 20 ans à 5%, les intérêts seront de 181 454 euro ; sur 20 ans à 7,8%, ils seront de 302 047 euro soit un petit peu plus que le prix d'achat de la maison payer au constructeur de cette maison. La raison invoquée par la banque : elle prend un risque qui doit être rémunéré et plus il y a de risques, plus élevé doit être le taux d'intérêt. Lorsque les acheteurs de la maison ont la certitude d'avoir un travail pendant 20 ans et des revenus suffisant pour rembourser les constructeurs, il n'y a plus aucun risque : une banque peut créer 300 000 euro de monnaie qui correspond à la valeur de la maison construite plus des frais de gestion du dossier. Pourquoi payer plus ? Pour se dédommager d'une peur d'un non remboursement toujours possible ? Mais alors autant ne produire et ne construire que dans un contexte sans peur ? La priorité consiste bien à maximiser la confiance et l'élimination des peurs. Si ce n'est guère possible dans un système de pouvoir, nous savons pourquoi : ce qui fait peur, c'est bien la volonté jamais satisfaite des dirigeants de ce système de s'enrichir toujours plus, créant ainsi l'incertitude ou la certitude qu'à un moment donné les populations ne vont plus accepter de payer davantage  une maison ou un bien, un service que le prix de sa production à cause de la peur dont les dirigeants du système sont les premiers responsables et coupables ! Ces populations vont se révolter contre cette absurdité de devoir payer deux fois le prix de leur maison et ainsi réduire leur pouvoir d'achat pour enrichir des dirigeants du système d'une manière injustifiable et illogique. Ces populations vont demander le pouvoir de diriger elles-mêmes les banques pour gérer la monnaie et les crédits en toute confiance, c'est à dire avec des taux d'intérêts nuls ou très minimes pour couvrir les frais de gestion et pas plus. Cette nouvelle organisation de la finance en faveur de l'intérêt commun des peuples va également séparer la fonction d'échange  de la fonction de crédit de la monnaie. Lorsque l'outil de production est en place, la monnaie n'a pas à être dirigée par une banque comme lorsqu'il s'agit de créer le projet et les moyens de cette production. La masse monétaire s'ajuste au niveau de la production à répartir et à consommer de manière à ce que ce qui est produit soit consommé. Maintenir le pouvoir de la banque à ce stade a pour conséquence le fait que ce soit la banque qui décide seule du niveau de production, de la répartition des richesses et de leur consommation. Ceci implique automatiquement un pouvoir exorbitant anti démocratique en faveur de la banque et ceci explique l'origine de la dictature de la finance sur l'économie et les dirigeants politiques.

Le problème devient grave lorsque quelques riches banquiers s’efforcent de devenir encore plus riches en supprimant la concurrence autour d’eux, soit en se constituant des empires monopolistiques, soit en organisant des ententes parmi des oligarchies. C’est facilement réalisable à travers le développement de réseaux d’amis industriels ou financiers ou politiciens. Ces ententes sont excessivement efficaces pour se partager des marchés régionaux, des innovations, des savoirs et surtout les profits faramineux. L’efficacité dans un système de pouvoir consiste donc à diriger le système avec des organisations en réseaux d’influence qui se partagent le pouvoir en fonction de leurs intérêts privés. La fable manipulatrice est alors au sommet de son art : les dirigeants des systèmes de pouvoir savent qu’ils doivent occulter, interdire et rendre tabou l’alternative de l’organisation en réseau en organisant l’ignorance sur cette manière concurrente d’organiser une société mais pour défendre leur pouvoir, ils se réservent le droit de s’organiser justement en réseau pour rendre plus efficace leurs entreprises de domination des groupes sociaux qu’ils prétendent diriger. Cette course au pouvoir sans limite, nous l’avons vu avec Alfred de Musset, conduit à la mort de ce pouvoir : « Mais toute puissance sur terre meurt quand l’abus en est trop grand. Il n’est pas de pouvoir qui n’aille à ses limites, puis au-delà. » Cet excès qui conduit à la mort et à la destruction des richesses ainsi qu’à la destruction du système de pouvoir lui-même dans le cas où une crise financière ne serait pas surmontée, a nourri le questionnement notamment de Keynes et Freud. Nous sommes ici dans le domaine de la psychologie et de la psychiatrie la plus complexe et inconnue : comment expliquer cette fascination déraisonnée et mortelle pour l’argent, les richesses, le pouvoir qui transforme des esprits brillants au départ en des fous les plus cyniques voire criminels ? Est-ce la part d’animalité qui constitue un des fondements de notre caractère et de notre personnalité et qui rend les êtres humains les plus violents de toutes les espèces vivantes de la création terrestre ? Ce débat retrouve une véritable ardeur actuellement à travers les thèses néo conservatrices : ce fondement naturellement violent légitimerait la loi du plus fort et l’utilisation naturelle du cynisme. Le groupe des plus forts et donc des plus riches aurait le devoir d’être efficace pour préserver ses intérêts et son pouvoir pour diriger le monde contre les ignorants et les barbares qui refuseraient de se soumettre à leurs systèmes de pouvoirs autocratiques, voire despotiques.

 Cette manipulation pour soumettre les populations à travers ces fables économique est dénoncée depuis longtemps :

 « La monnaie est un lien entre le présent et l’avenir » John – Maynard Keynes (1930), KEYNES lui-même nous mettait en garde : "Le capitalisme, c'est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires hommes vont faire les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde" (années 30)

 AL CAPONE: "Le capitalisme est le racket légitime organisé par la classe dominante" (années 30).

JOSEPH SCHUMPETER: "Le capitalisme peut-il survivre ? Non, je ne crois pas qu'il le puisse" (1947)

FRANÇOIS PERROUX: "Le capitalisme n'a cure de la morale" (1948).

L’efficacité de notre système de pouvoir économique capitaliste et libéral réside donc surtout dans sa capacité à se détruire à travers des crises cycliques qui sont devenues plus fréquentes depuis les années 1980. Ces crises n’ont rien de fatal dans l’esprit des partisans de ce capitalisme plus ou moins sauvage. Au contraire, l’intérêt d’une crise est de permettre aux meilleurs de s’enrichir ou de pas perdre leur fortune alors que tous les autres seront perdants voire ruinés. L’exemple le plus célèbre est celui de Rockefeller. En 1929, peu avant le krach boursier de Wall Street, son cireur de chaussure dans la rue devant son building lui avait confié que lui aussi spéculait en bourse avec des actions achetées à crédit à la banque. Stupéfait, Rockefeller avait compris le danger mortel de telles pratiques bancaires, lui qui avait commencé sa carrière professionnelle comme employé de banque. Il donna l’ordre à son équipe de vendre tous les titres qu’il possédait en bourse et de placer cet argent dans l’immobilier. L’histoire raconte que Rockefeller fut le seul actionnaire à ne pas perdre un dollar durant la crise de 1929. Sans exagérer, le capitaliste boursicoteur et spéculateur aime les crises financières qui lui permettent de décupler ses gains au détriment de tous ceux qui vont perdre leurs mises. Et la crise n’est pas destinée à faire arrêter ces jeux financiers spéculatifs : c’est le système qui est ainsi et pour faire cesser ces jeux spéculatifs dignes des meilleurs casino, seul l’abandon de ce système est de nature à éliminer ces crises intrinsèques au système capitaliste et libéral. Mais le constat de l'inefficacité du système économique ne suffit pas car il est possible de contourner ce constat, voire de le nier ou de le cacher grâce à d'autres fables, à d'autres croyances ou d'autres théories économiques ou de management. Depuis la crise financière de 2007 qui se poursuit en 2012, nous savons comment cette crise a été organisée, dirigée, par quels spéculateurs et hedges funds, comment ils ont spéculé à la baisse sur l'euro en attanquant la Grèce et les pays de l'union monétaire européenne. Nous avons exposé ces faits dans notre cinquième partie : l'histoire de l'oligarchie financière anglo-saxonne et de ses crimes, de ses vols, de ses guerres mondiales, des scandales actuels.

La thèse en vigueur qui explique que les crises du capitalisme renforcent en réalité le système pour le perfectionner et l'obliger à aller toujours plus loin dans la recherche d'un fonctionnement harmonieux n'est qu'une imposture supplémentaire. Ces crises, principalement financières, détruisent un mythe et des utopies, des modèles économiques qui servaient à légitimer le fonctionnement du système. De ce fait, les dirigeants du système doivent trouver un nouveau mythe, de nouvelles utopies davantage en concordance avec le nouveau contexte politique, économique, social et culturel. Les possibilités de manipulation sont grandes surtout lorsque nos dirigeants possèdent la plupart des média. Le cynisme vient se rajouter à ce constat lorsque des dirigeants financiers et les militants libéraux fanatisés par des désirs de profits colossaux viennent vous expliquer que les destructions de monnaie, les milliers de dollars détruits dans un krach financier ne sont pas graves car ils correspondent à l'annulation de manoeuvres spéculatives, à des jeux boursiers qui ne concernent que les marchés financiers de produits dérivés. Sauf que pour légitimer cette spéculation et rendre crédible cette recherche effrénée des super profits, il faut bien montrer que les enjeux financiers sont bien réels et constituent des titres de créance, des crédits que des millions de citoyens devront payer un jour ou l'autre, ce qui affole et bloque le système bancaire mondial et les flux monétaires entre les agents économiques. Actuellement le nouveau mythe porte sur la nécessaire obligation d'accepter la concurrence des pays à faible coût de main d'oeuvre sur le marché de l'emploi mondial. Inutile ici de démontrer longuement qu'une fois de plus, comme pour les autres marchés, le marché mondial de l'emploi n'existe pas, tout comme depuis des lustres, un marché local de l'emploi même très imparfait n'a jamais existé que sous forme d'un mythe et d'utopies illusoires. Le seul perfectionnement que nous pouvons observer à la suite de ces crises, c'est celui de la soumission des populations à ce genre de fables, c'est le renforcement du conformisme comme si ces crises agissaient comme les fameuses décharges électriques de l'expérience de Milgram. Dès qu'une contestation s'avance, la réponse est connue : il n'y a pas d'autres alternatives ! Il faut pourtant rappeler à nos élites que ce sont les crises du capitalisme, la misère ouvrière qui sont à l'origine des deux systèmes de pouvoir, certes tyranniques, qui vinrent au 20ème siècle combattre le capitalisme. Ces crises du capitalisme sont responsables des conflits les plus sanglants depuis plus d'un siècle. Le conformisme n'est pas une excuse ni une source de légitimité : le conformisme est la production d'un niveau certain d'ignorance tout comme le résultat d'un niveau élevé de corruption. Il est l'oeuvre criminelle de l'efficacité de la minorité dirigeante du système capitaliste. L'alternative existe, le lecteur de notre site web l'a rencontrée !

 

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Plan de la Partie 2 : le fonctionnement des systèmes de pouvoir

le fonctionnement des systèmes de pouvoir : introduction

1) La fable 1 : l'élimination de la propriété commune à travers la confiscation de la propriété individuelle.

1.1  la révolution mal faite : 1789

1.2 Pour montrer cette logique du système basée sur le droit de propriété individuel des moyens de production, nous pouvons prendre le cas  historique des canuts de Lyon en 1830

2) La fable 2 : le pacte social républicain, son échec et le creusement des inégalités. 

2.1 L’évolution du rôle social de l’état républicain français 

2.2 le rejet de la propriété commune et la fable du progrès matériel.

3) la fable 3 : pour assurer le progrès des peuples, certains peuples de race plus pure doivent commander aux autres à travers des systèmes de pouvoir fascistes ou nazis

4) la fable 4 :  l’idéologie économique et la primauté de l’économie sur le politique, les thèses économiques classiques avant la mondialisation des échanges.

4.1 quelques fables économiques :

4.2  le principe d'autorité et le principe d'efficacité

4.3 Ce principe d'efficacité a été modifié depuis les années 1980, il a évolué vers le principe d'efficience

4.4 la crise de 2008 - 2009 et les déséquilibres engendrés par le neo libéralisme lorsqu'il devient une nouvelle forme de capitalisme brutal et sauvage envers les populations

5) la fable 5 : le neo libéralisme : la mondialisation comme seule perspective d’enrichissement et de gouvernement.

5.1 le libéralisme n’est qu’une catégorie d’arguments du capitalisme chargée de conquérir de nouveaux espace pour implanter le cœur même de ce système de pouvoir : la maximisation des profits. Ce discours n’est qu’une manipulation qui sous prétexte de vendre de la liberté, cherche à développer une domination la plus vaste possible.

5.2 Montrer que le libéralisme est une doctrine née avec le capitalisme mais qui n’avait pas pu se développer avant les années 1990 pour des raisons politiques

5.3 Montrer que le capitalisme a des origines douteuses et qu’il ne prend réellement son développement qu’à partir de 1830 et les premières usines.

5.4 Montrer que la mondialisation est utilisée par le capitalisme pour développer le dumping social au détriment des pays développés et que les arguments du libéralisme ne sont qu’une couverture idéologique pour masquer ces entreprises contraires au pacte républicain établi après 1860 dans les démocraties occidentales.

5.5 Montrer que l'entreprise de domination de l'oligarchie financière a réussi à dominer les états à travers la crise de 2008 et qu'elle a réussi à surmonter l'échec de 1929 grâce aux nouvelles technologies informatiques de communication mais que la crise de 2008 nous place devant un choix de société.

5.6 en conclusion

6) l'évolution de l'état

7) le chômage production du système capitaliste  

le système d'éducation et de formation qui enseigne les fables pour légitimer les dirigeants de nos systèmes de pouvoir

partie 1 : les missions du système éducatif et tout d'abord la sélection des élites

partie 2 : La mission de normalisation des savoirs dans le système éducatif

partie 3 : La mission de normalisation sociale : les 3 étapes : politique, industrielle, sociale

les ressources disponibles pour approfondir le fonctionnement des systèmes de pouvoir.

le tarif ou la mort, la révolte des canuts à Lyon

le paternalisme

le libéralisme liberticide

la soumission à l'autorité

le coût de la peur dans les entreprises

la circulation monétaire

Pierre Leroux : la capitalisation des droits sociaux

la fonderie d'aluminium : les aides de l'état et les déficits publics

sujet bac ES : l'évolution de l'état

l'économie distributive : Jacques Duboin

 

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