2) La fable 2 : le pacte social républicain, son échec et le creusement des inégalités. 

fileane.com

partie 2 : les systèmes de pouvoirs.

 

 m.a.j 16 mai 2016.

Pour commencer la description des mesures prises par les pouvoirs publics à partir du milieu du 19ème siècle, nous utilisons un résumé tiré du livre de Marie-Thérèse Join-Lambert, Politiques sociales, Première partie, Presses de la Fondation nationale des Sciences Politiques & Dalloz, 1994. Puis nous reviendrons d’une manière plus précise sur les mythes, les utopies qui ont été utilisées ainsi que sur les propositions législatives qui ont été refusées ou écartées alors qu’elles allaient dans le sens d’une vie sociale plus participative, voire d’une organisation en réseau de la société française.

2.1 L’évolution du rôle social de l’état républicain français : résumé du livre de Marie-Thérèse Join-Lambert :

Les principes fondateurs des interventions publiques dans le domaine social ( travail, emploi, formation professionnelle, protection sociale ) se sont dégagés en France au terme d’une histoire violente et tourmentée. La manière particulière dont s’est posée la «  question sociale » dans la France du XIX e siècle explique le développement relativement tardif de ces interventions par rapport à d’autres pays comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.

 Définitions :

 Le mot « social » a une acceptation large qui a évolué dans le temps

Avant 1830 : tout ce qui touche à la vie en société

Après 1830 : tout ce qui est relatif entre les classes de la société, les conditions de travail, l’amélioration du statut de travailleur ( N.D.L.R : 1830 c'est aussi le début de la révolte des canuts à Lyon et c'est le point de départ du refus du droit de propriété individuel des moyens de production ).

 Définition de J. Fournier et N. Questiaux : les questions sociales ne se limitent pas aux problèmes du travail et de la Sécurité sociale. Elles englobent la plupart des conditions d’existence des individus, car il n’est presque aucun de ces aspects qui ne soit affecté par l’évolution économique et qui ne doive faire l’objet d’une intervention collective. Ce sont les fonctions collectives de la consommation et des modes de vie.

 Définition de M-Th Join-Lambert :

Politiques sociales : invention nécessaire pour rendre gouvernable une société ayant opté pour un régime démocratique, dans le cadre d’un système économique libéral ; ensemble d’actions mises en œuvre progressivement par les pouvoirs publics pour parvenir à transformer les conditions de vie d’abord des ouvriers puis des salariés et éviter les explosions sociales, la désagrégation des liens sociaux.

Ceci correspond dans leur ordre d’apparition,

  • aux politiques du travail ( conditions de travail et relations collectives entre employeurs et salariés ),

  • à la protection sociale ( aide sociale, politique d’assurances puis de sécurité sociale, vieillesse, santé, famille, indemnisation du chômage ),

  • aux politiques de la formation professionnelle et de l’emploi,

  • ainsi qu’aux différentes politiques dites transversales plus récentes : revenu minimum et politiques locales d’insertion qui lui sont liées, intégration des immigrés, politique de la ville.

 Le développement des politiques sociales : 3 étapes

  • 1841-1890 : interventions protectrices de l’Etat mais très limitées

  • 1890-1945 : de l’état protecteur, on passe à l’état assureur et organisateur des relations professionnelles

  • 1945-1973 : un état social, l’état providence.

 Les interventions protectrices de l’Etat entre 1841 et 1890 : 

Elles luttent contre le paupérisme. Cette intervention est lente car le développement industriel a été plus lent qu’ailleurs. Le véritable démarrage industriel intervient en France vers 1880-1890, 75 ans après l’Angleterre, une fois l’instauration du libre échange avec l’Angleterre et la naissance d’un prolétariat industriel.

 L’état tente de rester fidèle aux principes de 1789, eux-mêmes inspirés par exemple par J-J Rousseau : tiré du Contrat social II, 3 de Jean-Jacques Rousseau :

" Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulteraient toujours la volonté générale et cette volonté serait toujours bonne... il importe donc qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'Etat et que chaque citoyen n'opère que d'après lui."

 En 1789, la reconstruction de l'état sur la volonté du peuple donne la clé du bonheur social : " en rendant le pouvoir aux citoyens, la République restitue à la France sa nature, la vérité de sa personne, l'être ensemble d'une communauté". ( François Furet, la Révolution. De Turgot à Jules Ferry ( 1770-1880), hachette, 1988). Dans cette conception, le principe de la liberté, définie comme l'autonomie de la loi et impliquant égalité devant la loi et responsabilité de chacun, se dressait comme un obstacle fondamental à l'intervention de l'état, en matière sociale.

Cet état d'esprit fait commettre à la révolution de 1789 des erreurs fondamentales et grossières qui aboutiront des 1821 à Lyon à des guerres civiles lors des révoltes des canuts, ces anciens artisans de la soie hautement qualifiés qui refuseront la nouvelle organisation industrielle fondée sur les fictions de la propriété individuelle et réclameront le tarif ou la mort.

 

Avec la loi de 1841 sur le travail des jeunes enfants naît l’état protecteur

 

L’état assureur et organisateur des relations professionnelles ( 1890 – 1945 )

 

La révolution industrielle prend toute son ampleur dans les années 1920. Entre 1900 et 1930, le développement considérable de la production se réalise dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, liée notamment à la guerre. D’où le recours à une immigration massive de travailleurs non qualifiés intégrés dans les usines sans difficulté grâce à l’OST.

 Durant cette période apparaît une nouvelle conception des rapports entre la société et l’Etat, c’est l’invention du social principalement à travers le livre de Durkheim en 1893.

 

E. Durkheim, De la division du travail social, 1893, PUF 1967,

les individus sont liés les uns aux autres non parce qu'ils se ressemblent, mais parce qu'ils exercent des rôles et des fonctions complémentaires à l'intérieur du système social. La solidarité n'est plus mécanique mais organique. Il faut donc reconnaître l'activité des groupements. " Pour que l'anomie prenne fin, il faut donc qu'il existe ou se forme un groupe où se puisse constituer le systèmes de règles qui fait actuellement défaut ". " La division du travail ne met pas en présence des individus, mais des fonctions sociales. Or la société est intéressée au jeu de ces dernières... son existence en dépend donc et d'autant plus étroitement qu'elles sont plus divisées." L'émergence d'une solidarité organique au sein de la société inhérente à l'expansion de la division du travail fonde et justifie l'exercice par l'état d'un autre type de pouvoir à partir de cette notion de solidarité.

Le développement de l'assurance permet de traiter les problèmes sociaux comme les conséquences des risques appelant réparation, et non comme le fruit d'injustices originelles appelant la refonte globale de la société. La loi de 1898 sur les accidents du travail constitue le véritable point de départ de cette évolution. Pendant cette période, entre 1890 et 1945, l'économique et le social se séparent progressivement.

 

L’Etat social, l’état providence ( 1945 - 1973 )

 

Après 1945, les idées de Keynes soulignent le rôle moteur de la demande pour la croissance. Le progrès social n'est plus un coût mais un facteur d'entraînement pour l'économie. La notion d'assurances sociales cède la pas à la notion de droits sociaux. Entre 1945 et 1973, l'économique et le social étaient, sinon totalement réconciliés, du moins considérés comme non contradictoires. Le social soutenait la croissance, l'économique permettait une juste répartition des fruits de la croissance, à travers notamment du fordisme. Mais la pénurie de main d'oeuvre reste vive jusque vers 1965, ce qui maintien le recours au taylorisme et à l'immigration non qualifiée. En 1975, la moitié des emplois d'ouvriers spécialisés (OS) sont occupés par des femmes et des étrangers. Les systèmes de sécurité sociale resteront fondés largement sur le principe de l'assurance en dépit des ambitions initiales de solidarité fixées par ses fondateurs et notamment par Pierre Laroque.

 La crise de 1968 avait provoqué brutalement un nouveau pan de progrès sociaux. Tout se passait comme si, après de longs ressentiments accumulés, seule une crise permettait de dénouer les conflits et de « rattraper » le temps perdu. La France apparaissait comme un pays alternativement atone et turbulent.

 extrait du discours de Jacques Chaban-Delmas à l'Assemblée Nationale , (JOAN du 16/10/1969) :

"Nous sommes dans un pays de castes... On préfère trop souvent se battre pour des mots, même s'ils recouvrent des échecs dramatiques, plutôt que pour des réalités. C'est pourquoi nous ne parvenons pas à accomplir des réformes autrement qu'en faisant semblant de faire des révolutions. La société française n'est pas encore parvenue à évoluer autrement que par crises majeures. La conséquence de cet état de choses est que chaque catégorie sociale ou professionnelle, faute de se sentir assurée pour pouvoir négocier directement de façon responsable, se réfugie dans la revendication vis-à-vis de l'Etat... A un dialogue social véritable se substitue un appel à la providence de l'état."

 Michel Crozier, La société bloquée, Le Seuil, 1970

" La crise, comme moyen privilégié de changement, constitue... le trait culturel essentiel qui conditionne le style d'action collective auquel sont attachés les Français."

 L’état affiche son rôle omnipotent :

«  Il constitue non une institution au service de la société, mais une institution légitime par elle-même. Incarnant la part transcendante des individus, ce par quoi ils sont légitimes, l’Etat a son fondement non dans la contingence des forces sociales mais quelque part au-dessus d’elles, et il possède à ce titre le droit d’éduquer et de réformer la société. » Entrer dans le XXIème siècle. Essai sur l’avenir de l’identité française, rapport du groupe de travail « Horizon 2000 », présidé par Emmanuel Le Roy Ladurie.

 Ce centralisme de l’état en matière social répond aussi à la division des syndicats, au syndicalisme pluriel qui ne retrouve son unité que lors des grandes crises et encore ! Les salariés hautement qualifiés, sans reprendre la tradition des canuts lyonnais, restent attachés à l’esprit de 1789 et à l’action directe pour défendre leurs intérêts. Ils font peu confiance à des représentants syndicaux qui connaîtraient moins bien qu’eux leurs métiers, métier qui est un fondement indispensable de toute stratégie concurrentielle d’entreprise et dont ils gèreraient la propriété communautaire. Dans les grands mouvements qui ont correspondu à une croissance des effectifs syndicaux ( 1936 et 1945 ), ce sont les générations peu enracinées, sans véritables traditions, qui ont été au cœur des combats les plus radicaux. Ces traditions françaises sont très éloignées de celles des tendances réformistes anglo-américaines et allemandes. On explique ainsi pourquoi le taux de syndicalisation n’a jamais été en France aussi élevé que dans les autres pays européens. Même si lors des crises, la quasi-totalité des salariés suivaient les syndicats. Cette faiblesse numérique liée à une attitude de forte opposition n’a pas favorisé les négociations avec le patronat. Si l’on ajoute les tendances initiales des chefs d’entreprise français, peu prompts à s’organiser et comprenant longtemps une proportion de petits employeurs plus importants qu’ailleurs, on comprend que le jeu des relations professionnelles en France n’ait pas eu le même rôle dans le progrès des interventions sociales que dans d’autres pays, ou du moins que son mode de fonctionnement ait été très différent : impliquant nécessairement de temps à autre l’intervention de l’état du fait du blocage prolongé du dialogue social.

 Mais entre le rôle d’un état qui ne veut pas disparaître de la scène lorsqu’ enfin des accords professionnels se nouent et son rôle nécessaire pour conforter les acteurs sociaux et les inviter à la table commune, la confusion des rôles ne peut qu’entraîner une faiblesse générale des politiques sociales.

 

Une nouvelle fracture entre l’économie et le social après 1973

 Une mutation profonde se déroule, notamment dans l’industrie, du fait de l’intensification de la concurrence internationale, de la remise en cause des nouvelles spécialisations, et des exigences nouvelles de l’organisation du travail qui en résultent.

 Les crises pétrolières ont amené les pays à tenter d’accroître leurs exportations pour payer la facture énergétique. Ceci a surtout profité à l’Asie du Sud-Est et au Japon. Les pays de la CEE ont surtout développé entre eux leurs échanges et ils ont perdu de leur compétitivité au niveau mondial.

 Des pays comme la Corée du Sud, le Japon, utilisent la faiblesse de leurs coûts de main d’œuvre pour se lancer dans la concurrence mondiale. Ce sont ainsi des systèmes sociaux qui entrent en concurrence. Ceci provoque l’effondrement de pans entiers de nos industries européennes : le textile, l’électronique. En même temps que ces grands chocs déstabilisaient les conditions de l’échange, le Japon s’est mis à utiliser une autre arme dans la compétition internationale : la sélection de certains secteurs, choisis d’emblée pour être des vecteurs privilégiés de la compétition internationale, et où sont concentrés une masse considérable d’investissements. Ainsi se sont trouvés déstabilisés d’autres secteurs comme l’automobile, l’optique, l’électronique, où le Japon a atteint des gains de productivité très élevés, sur lesquels les autres pays ont beaucoup de mal à s’aligner.

 Les pays de l’Est, la Chine sont entrés dans cette compétition à leur tour, ce qui explique la nature et l’ampleur de la crise industrielle qu’ont connue l’Europe et la France depuis vingt ans.

 La gestion sociale de la crise économique en France a connu deux périodes :

  • De 1973 à 1983, la France a vécu sur l’idée que la crise était passagère. En attendant que la croissance reprenne, elle a mené une politique assez protectrice des salariés en utilisant en quelque sorte l’inflation pour résoudre les tensions sociales.

  •  La relance de la consommation en 1981 à travers notamment l’augmentation du SMIC de 10% a tourné à la catastrophe : l’outil de production qui avait vieilli et n’avait pas été changé vu les taux d’intérêts élevés en période de forte inflation, a été incapable de répondre à la demande et ce sont les importations principalement d’Allemagne qui ont répondu à ce surplus de demande intérieure, aggravant le déficit de la balance commerciale et la perte de valeur de notre monnaie. En 1983, le plan de rigueur met sur pied, à travers une vague de nationalisation, la modernisation de notre outil de production et la diffusion des robots et des automates programmables dans les entreprises industrielles. Avec retard par rapport aux autres pays européens, les pouvoirs publics français ont entrepris de modérer le rythme de la croissance des dépenses sociales.

 Le taux de chômage a augmenté plus lentement en France que dans d’autres pays, mais il a continué à croître alors que la courbe s’inversait dans la plupart d’entre eux. Le développement du chômage a provoqué :

  • Une importante croissance des dépenses liées à la politique d’indemnisation du chômage et au développement d’une politique spécifique de l’emploi.

  • Un problème financier majeur pour la Sécurité Sociale, accentué en France par l’importance du financement par les cotisations des salariés et des employeurs et son caractère d’assurance et très peu de solidarité.

  • L’éclatement du monde du travail : en même temps que stagne la part des salariés ( à 85% de la population active ), les nouvelles embauchent sont sous forme d’emplois précaires.

 La nouvelle phase de concurrence internationale s’effectue dans un contexte de changement technologique accéléré. Les méthodes tayloriennes sont dépassées. Le travail devient plus indirect, plus concentré autour des tâche de gestion technique ou économique et consiste davantage en une mobilisation et une initiative permanentes autour des outils techniques ; la gestion des relations avec les clients et les fournisseurs devient un élément de la compétitivité globale de l’entreprise. L’objectif de qualité ne peut résulter que de la motivation des salariés. C’est un modèle nouveau de travail, fondé sur la compétence, l’implication personnelle plus forte des travailleurs, une mobilisation plus active, une aptitude à travailler en commun sur des objectifs précis. Le travail se déplace vers l’appel à des facultés de raisonnement, de gestion de l’imprévisible et de l’inattendu. Les exigences nouvelles de l’organisation du travail, et notamment celle de qualité qui est devenue une hantise des industriels français, sont en contradiction directe avec celle à laquelle avait fait appel, durant des années, la France «  fille aînée du taylorisme ».

 Ainsi le ralentissement de la croissance, d’une part, les nouvelles technologies industrielles, de l’autre, ont mis en porte à faux le modèle antérieur où l’état garantissait aux salariés l’accroissement continu du pouvoir d’achat et l’extension de la protection sociale. C’est particulièrement vrai du modèle français, du fait du financement de la Sécurité Sociale étroitement lié à la situation de l’emploi, et de l’extension d’un modèle taylorien aujourd’hui en contradiction directe avec les nouvelles exigences de compétitivité.

Les pays développés sont inexorablement entrés dans l’ère de la concurrence des systèmes sociaux car les mouvements de capitaux et d’entreprises exacerbent la concurrence entre les « espaces nationaux ». Les pays développés n’ont d’autre choix que d’utiliser leurs propres atouts, qui sont la qualification, le niveau élevé de compétence de leur population pour devenir compétitifs dans la nouvelle configuration internationale, même s’il faut par ailleurs normaliser les règles de concurrence. Le problème est de savoir comment les systèmes sociaux européens, et le système français notamment, sauront et pourront se transformer pour faire face à ces nouvelles conditions.

 Les tendances à l’affaiblissement de la cohésion sociale

 L’affaiblissement de la cohésion sociale, en France, résulte au premier chef de l’importance du chômage et de ses caractéristiques ( chômage de longue durée et chômage des jeunes), qui, en nourrissant l’exclusion, affecte la cohésion sociale à la manière d’un cancer.

 Le vieillissement de la population conduit à une profonde transformation du contrat social : d’un modèle assurantiel, où les actifs pouvaient avoir le sentiment qu’ils cotisaient pour eux-mêmes, il apparaît de plus en plus clairement aux personnes en activité qu’il faut payer pour les autres.

 Les taux d’activité féminins français sont parmi les plus élevés d’Europe. Ce qui a exigé des adaptations de la politique familiale : prestations spécifiques pour les mères isolées, redéfinition progressive de la notion d’obligation alimentaire qui contraint tous les membres proches ou éloignés d’une famille à prendre en charge les dépenses de l’un d’entre eux accédant à l’aide sociale.

 La population salariée stagne à 85%. La salarisation complète de la population active n’aura pas lieu. Les catégories indépendantes s’accroissent dans tous les pays d’Europe. Le déclin numérique des ouvriers est fort, surtout celui des ouvriers spécialisés.

 L’entrée dans la vie active prend de nouvelles formes. Alors que pour les jeunes femmes travailler, c’est se construire tout de suite une identité sociale, pour les jeunes gens, celle-ci se construit en dehors du travail, préalablement à celui-ci. Alors que l’entrée dans une société post-industrielle se faisait par le haut, elle s’opère maintenant par le bas, par la face sombre de la crise, de la marginalité, de la défiance et parfois de la peur. Dans un contexte favorable, l’entrée dans la société post-industrielle a pu se manifester par la création d’utopies et de nouvelles luttes. Dans une conjoncture difficile et chez les populations marginalisées, ce processus se joue à travers la formation de classes « dangereuses ».

 «  La galère est une action de classes dangereuses en ce qu’elle ne découle pas seulement d’un défaut de régulation, d’une anomie… Dans le trou et le vide laissés par les anciennes formes de conscience de classe et par l’absence de nouveaux mouvements, les acteurs ne définissent aucun adversaire social et aucun enjeu de conflit qui pourraient les opposer à des formes de domination. La violence et le sentiment de vivre dans une jungle remplacent le conflit et l’acteur des classes dangereuses est défini comme « enragé. ». » François Dubet, La galère : jeunes en survie, Fayard, 1987.

 Une remise en cause de l’objectif d’égalité a lieu. La demande de sécurité paraît l’emporter parfois sur la demande d’égalité, le coût des avancées sociales apparaît de plus en plus lourd car on a l’impression de ne plus « faire payer les autres » mais soi-même. Et tel qui habite la même cité ressentira comme une injustice de travailler pour une rémunération égale au SMIC alors qu’un voisin perçoit le RMI ou des indemnités de chômage.

Ces constats sont d’autant plus préoccupants qu’aucun acteur aujourd’hui – organisations syndicales et professionnelles, pouvoirs publics, Communauté économique européenne – ne paraît en mesure de reprendre l’initiative.

Fin du résumé

 

2.2 le rejet de la propriété commune et la fable du progrès matériel.

Après 1835, la révolte des canuts fit comprendre à la classe politique républicaine qu'elle devait reprendre le pouvoir et qu'un changement de régime politique était la seule solution pour éviter de nouveaux massacres. L'histoire difficile de la naissance du droit du travail est connue : il fallut attendre 1864 pour le droit de grève et 1884 pour la liberté syndicale. Il faut cependant préciser que la loi Waldeck Rousseau de 1884 limite cette liberté syndicale à la seule défense des intérêts professionnels. Les salariés n'ont pas le droit de s'occuper de questions politiques, ils doivent s'en remettre aux politiciens et aux partis politiques dirigés principalement par des membres de la bourgeoisie ou de l'élite intellectuelle. Mais il faut comprendre que si le Parlement a accepté ces avancées dans le monde du travail, c'est que ce même Parlement avait mis en place dans les années 1850 les bases d'un nouveau pacte républicain. Ce pacte repose sur une évolution sociale majeure : le développement industriel procure du travail à l’ensemble de la population. A un moment donné, il manquera même de la main d’œuvre et il faudra faire appel à l’immigration. Par contre, les salariés ne peuvent plus être traités comme le furent les canuts de Lyon.

 La question politique et économique majeure repose sur les contreparties accordées aux salariés. Il y a deux grandes possibilités de réponse : le travail se suffit à lui-même et les salariés doivent se contenter d’avoir un travail et un salaire, les profits restent la propriété des dirigeants qui en ont besoin pour développer leur entreprise et investir dans les nouvelles technologies sans quoi l’entreprise courre à sa perte et tous les emplois seront supprimés. La deuxième réponse possible repose sur le constat que le salaire ne suffit pas à combler les inégalités considérables entre propriétaires des moyens de production et salariés et qu’à terme, cette situation est socialement explosive et conduit la société de crises sociales en crises sociales au travers desquelles les employeurs sont également perdants. Pour combler ces inégalités, les salariés doivent être associés à la propriété de leur entreprise et leur motivation, leur adhésion constituent le pilier du succès d’une entreprise. Face à l’échec de cette deuxième solution entre 1850 et 1860, il restera une troisième voie bien plus hasardeuse : ne pas toucher à la propriété individuelle et interdire encore et toujours la propriété commune autour de l’entreprise mais demander à l’état de s’occuper de la question sociale pour éviter l’explosion sociale et la destruction du système économique dirigé par la nouvelle caste des propriétaires des moyens de production. Pour développer ce sujet, nous utilisons le résumé que nous avons rédigé du livre : Une troisième voie pour le travail, Jean-Louis Laville, Sociologie Économique, Desclée de Brouwer

 

LA PERCEPTION DU TRAVAIL, depuis 1789

 

Le texte qui suit est un résumé de la partie du livre relative à l'histoire du travail.

 

1) avant 1789 :

Le travail est symbole d'indignité pour les personnes qui, pour vivre, s'occupent de la reproduction de biens matériels. Le travail fonde un partage inégalitaire dans la société : à côté de celles et ceux qui sont obligés de travailler, il y a des classes sociales qui vivent grâce au travail des autres, dirigent la société.

2) après 1789 :

Le travail est l'expression d'une autonomie individuelle. L'obligation de travailler ne pèse plus comme une malédiction sur les catégories les plus défavorisées de la société. Il est l'expression d'une liberté, il peut contribuer à fonder un ordre social immanent.

3) l'ambivalence créée en 1789

Depuis la Révolution Française, l'affirmation de la liberté et de l'égalité entre les membres d'une même communauté politique se traduit par la combinaison de deux principes contradictoires :

  • un principe civique, interventionniste et égalitariste géré par la Nation

  • un principe civil, libéral et inégalitariste géré par les citoyens

L'article 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen sacralise la propriété individuelle. Selon les idées de Jean-Jacques Rousseau, les intérêts individuels vont naturellement s'associer et un intérêt général, un bien public, va s'en dégager. 

L’état tente de rester fidèle aux principes de 1789, eux-mêmes inspirés par exemple par J-J Rousseau : tiré du Contrat social II, 3 de Jean-Jacques Rousseau :

" Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulteraient toujours la volonté générale et cette volonté serait toujours bonne... il importe donc qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'Etat et que chaque citoyen n'opère que d'après lui."

L'État doit donc éliminer tous les groupements qui viendraient fausser cette libre expression et association des intérêts individuels. Le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier en 1790 vont creuser ce fossé entre les citoyens et l'État : aucun groupement n'est autorisé, encore moins pour les ouvriers. Dès lors le principe civil est dominant dans l'organisation de la société, il fait coïncider libération du marché et du travail.

L'intérêt matériel individuel est mis en avant pour instaurer une régulation sociale susceptible de préserver la société de la folie destructrice des passions.

Rousseau parlait d'un contrat, d'un accord des volontés citoyennes pour exprimer le bien public. Devant l'impossibilité matérielle d'établir quotidiennement ce contrat, Adam Smith soutient que le contrat marchand à lui seul peut faire office de contrat social. La liberté des marchés fait qu'une main invisible va finir par harmoniser les intérêts individuels dans une volonté générale. Cette dilution de la démocratie dans le marché est en particulier attestée par le postulat d'un équilibre entre l'offre et la demande de travail à partir du moment où l'état assure le bon fonctionnement des mécanismes de marché. Le marché autorégulateur en garantissant l'accès au travail suffirait à éliminer la pauvreté. De l'extension des droits civils découlerait une tendance à l'égalisation des conditions.

Mais cette croyance, cette fiction qui fonde un dogme se heurte à la réalité de la monté des inégalités. Plus personne ne peut raisonner sur leur réduction par l'action future du marché. Le mécanisme de la baisse du salaire au rendement est dénoncé dès 1830 à travers la révolte des Canuts à Lyon. " Le tarif ou la mort " restera le mot d'ordre de tout le 19ème siècle.

 

4) le mouvement associatif :

Saint-Simon, Charles Fourier investissent l'Association d'un espoir d'harmonie sociale reposant non sur l'intérêt mais sur le lien religieux ou passionnel. C'est l'expérience d'une autre vie, qui par sa force de conviction, doit entraîner l'adhésion. Ces auteurs vont mettre en pratique leurs idées. Ils seront appelés les utopistes. N.D.L.R : sur fileane.com, l'utopie correspond à la part irréalisable par le fonctionnement d'un système de pouvoir. Tant que l'on ne quitte pas un système, on reste dans des utopies. Dans une organisation en réseau, il n'y a pas d'utopie.

Ces auteurs butent sur les mêmes écueils :

  • le charisme des fondateurs, investis de la responsabilité de la réalisation de la prophétie initiale

  • l'absence de pensée du rôle du capital dans le fonctionnement de telles initiatives.

Pierre Leroux propose une autre manière d'établir un mouvement associatif. Pour échapper à un individualisme concurrentiel comme à un étatisme autoritaire, il faut établir entre la société et l'état une communication qui suppose des groupes intermédiaires. Leroux table sur des réseaux de solidarité passant par l'Atelier, ainsi que sur des associations ou la presse, pour entretenir l'esprit public indispensable à la démocratie. L'organisation du travail qui reste à trouver fournirait l'occasion de mettre sur pied des entités productrices qui inscrivent la solidarité au coeur de l'économie.

Vers 1840-1845, la contradiction entre la liberté politique et l'asservissement économique n'est plus supportable.

  • Louis Blanc préconise l'intervention de l'état, banquier du pauvre, pour aider les travailleurs à se regrouper dans des ateliers nationaux

  • Leroux et les chrétiens socialistes veulent tenir compte du pluralisme des motivations humaines et des appartenances. Ils ont une autre vision de la propriété : partisans du maintient du droit de propriété, ils préconisent le changement de l'exercice de ce droit, en considérant que la travail confère un droit de propriété, partiel ou total, sur le produit et l'entité productive. Il y a un lien entre propriété et associations de travailleurs.

 

5) la révolution de 1848 :

en février 1848, Louis Blanc accède au gouvernement provisoire. Le 25 février un décret garantit la travail à tous les citoyens et reconnaît que les ouvriers doivent s'associer entre eux pour jouir du bénéfice de leur travail.

Louis Blanc réclame la création d'un Ministère du Progrès ayant pour mission spéciale de mettre la Révolution en mouvement et d'ouvrir la voie à l'organisation du travail par l'association. Il ne fut pas suivi. Le gouvernement accorde seulement la création d'une commission, dite commission du Luxembourg. Le 1er mars 1848 lors de sa première réunion, elle élabore une Constitution du Travail. L'association est indissociablement politique et économique. Il s'agit de redéfinir la citoyenneté en initiant une démocratie professionnelle. Le salarié est propriétaire de son métier et le métier est un résultats commun produit par l'expérience de ceux qui l'exercent.

En avril 1848, les révolutionnaires subissent une défaite électorale et la victoire revient aux modérés. Le 22 juin eut lieu la fermeture des Ateliers nationaux et 5 000 licenciements d'ouvriers. Ce qui provoqua des émeutes qui furent réprimés impitoyablement. Le gouvernement des modérés imposa la limitation de la liberté de réunion et le contrôle de la liberté de la presse.

 

6) les associations de capitaux :

Vers 1850, Buchez avance la notion de fonds indivisible, transmissible de génération en génération. Cette notion s'oppose aux sociétés de personnes qui dirigeaient alors l'économie et présentaient des faiblesses certaines pour le développement des entreprises. Le but est de dégager un capital socialisé par des cumuls progressifs ouvrant aux "ouvriers libres" l'accès à nombre d'activités productrices.

Cette idée va être détournée et le projet de propriété par le travail va se renverser pour aboutir au projet de société de capitaux. L'Etat va dans le sens des libéraux qui réclament la création d'une structure juridique associant les capitaux et distincte des personnes physiques qui la composent. Contre l'association de personnes, les libéraux plaident en faveur d'une association de capitaux pour combattre le retard français dû à la taille et à la durée trop limitées des sociétés. ( nous montrerons dans notre deuxième partie, le lien entre flibustiers, protestants et naissance de l'industrie d'abord au Royaume-Uni).

La loi du 23 mai 1863 crée les sociétés par actions dites à responsabilité limitée.

La loi de 1867 crée la société anonyme et établit la reconnaissance de la personnalité morale, institution centrale de l'économie de marché.

Après 1848 l'économie de marché est censée réaliser la loi du progrès dont la marche en avant peut se passer d'une référence à la volonté humaine. L'intervention étatique ne se contente pas d'appuyer la constitution des marchés. Par la répression des mouvements sociaux, puis le découragement des sociétés ouvrières, elle extirpe le politique hors de l'économique. L'état conforte une économie de marché constituée à partir de la libre circulation des marchandises et des capitaux, dans laquelle le pouvoir dans les unités de production est lié à la détention de capital. Il retire durablement l'économie du domaine politique. C'est l'état gendarme.

 

7) les débuts du socialisme et du marxisme

Pour Léon Walras, les interventions sont nécessaires afin de corriger les effets néfastes de cette économie "pure" et afin de se pencher sur la répartition de la richesse sociale. Il s'agit d'examiner les conditions qui permettent de concilier le mode de production économique avec une réduction de la pauvreté qui menace l'ordre établi. D'où un accent mis sur la morale. Les études d'économie sociale se singularisent par leur attention portée aux problèmes de redistribution. Les coopératives sont distinguées des mutuelles qui deviennent davantage des sociétés de secours. L'état se fait assureur, nous l’avons vu précédemment. L'économie sociale comme théorie délaisse la production.

Avec le marxisme, l'économie de marché est confortée comme un passage obligé qui implique un travail aliéné. Le développement des forces productrices doit par lui-même exacerber les contradictions du capitalisme. Le socialisme français sous l'influence marxiste néglige les organisations économiques ouvrières. Le socialisme scientifique attaque les utopies et condamne comme une impasse le mouvement associatif, mouvement qui détourne les ouvriers contre les objectifs prioritaires de la lutte contre le capital. Il y a une défiance contre l'auto-organisation de la production. Le syndicat est le seul moyen de s'organiser contre les capitalistes et de se prémunir contre les égoïsmes de groupe.

 

 8) le solidarisme, la naissance des droits sociaux

Pour Emile Durkheim, la division du travail est considérée comme génératrice de lien social. Il y a deux faces :

  • la "dé-marchandisation" partielle du travail : l'état social assure le respect des droits du citoyen

  • le lien social se fait dans les limites imposées par la construction préalable de l'économie. C'est dans l'économie que se trouve le sens de la totalité sociale

Le social est donc dès l'origine enfermé dans l'économie. Cependant, conformément au principe civique, l'emploi procure des droits attachés à la personne qui la distinguent d'une marchandise et attestent de son appartenance à un collectif. Les lois de 1864 ( droit de grève ) et 1884 ( liberté des coalitions ouvrières ) traduisent cette nouvelle conception. L'intervention du contrat de travail a consisté à sortir le travail de sa qualification juridique de "bien" pour lui conférer un statut juridique original qui fait place à sa dimension personnelle, tout en maintenant sa valeur d'échange.

Mais à l'époque, le développement de l'association se heurte à l'absence de suffrage universel. Il subsiste toujours la confusion introduite par la loi Le Chapelier entre la critique des privilèges et le rejet de tous les corps intermédiaires. L'état protecteur encadre les formes d'entraide :

  • l'état a instauré la société de capitaux, l'économie marchande est soumise à la loi du capital, l'organisation du travail est occultée.

  • dans un second temps l'état intervient pour corriger les effets de la gestion du travail mise en oeuvre par les détenteurs de capitaux. L'état surveille la liberté économique consentie aux propriétaires du capital. Le social est subordonné à l'économique par l'intervention de cette instance politique qu'est l'état.

Avec les solidaristes, l'état s'installe comme garant de l'éthique fraternitaire et endosse la responsabilité d'organiser la solidarité. L'état s'appuie sur l'économie marchande pour y prélever les ressources nécessaires pour remplir les fonctions sociales qu'il assume désormais. Le solidarisme introduit l'idée d'une dette sociale que chacun contracte parce qu'il est membre de la société et qui l'amène à passer un "quasi-contrat" avec ses semblables. Ce n'est pas un engagement interindividuel volontaire, mais un un engagement vis à vis de la collectivité dont l'état doit assurer le respect par l'obligation. La notion de solidarité prend un sens nouveau et apparaît comme le moyen pour les républicains de réconcilier les droits individuels et la responsabilité de l'état.

Le dispositif institutionnel à travers lequel cette dette sociale est prise en compte va alors passer par le travail qui n'est plus un contrat mais un statut qui définit une place dans la société. Le travail procure des droits sociaux : protection contre la maladie, la vieillesse et l'accident, l'accès aux services publics, à l'éducation, aux loisirs et à la consommation. Grâce au travail, les citoyens qui ne détiennent pas de capital, peuvent accéder malgré tout, à la sécurité.

Pour Bourgeois, le devoir social n'est pas une pure obligation de conscience, c'est une obligation fondée en droit, à l'exécution de laquelle on ne peut se dérober sans une violation d'une règle précise de justice et l'état peut imposer cette règle au besoin par la force afin d'assurer ainsi à chacun sa part légitime dans le travail et les produits.

La recherche d'équilibre entre liberté et égalité se construit par dissociation et complémentarité entre l'économique et le social. Elle trouve sa formulation dans l'idée de service public arrimé à la notion de solidarité. L'état, expression de la volonté générale, devient dépositaire de l'intérêt général qu'il peut mettre en oeuvre grâce à l'action de l'administration. L'état élabore un mode spécifique d'organisation, le social, qui rend praticable l'extension de l'économie marchande en la conciliant avec la citoyenneté des travailleurs. Le solidarisme jette les bases philosophiques du droit social. Dans ce cadre, l'intervention publique n'apparaît plus comme une menace pour l'économie de marché, mais comme un complément, voire un soutien à son expansion.

 

9) l'État Providence, après 1945 : la diffusion du statut salarial

Après 1945, l'état providence prolonge les formes précédentes d'état social : il oriente et soutient le marché autant qu'il en corrige les inégalités. La synergie entre état et marché se manifeste en particulier par la diffusion du statut salarial. Le travail est le lieu d'un paradoxe : il manifeste à travers le rapport salarial l'exploitation du travailleur dans sa dépendance au capital. En même temps, grâce aux droits sociaux qui lui sont liés, il affirme l'appartenance de ce même travailleur à la communauté politique. L'ambiguïté constitutive de l'emploi, son énigme tient à ce qu'il mêle inextricablement exploitation et intégration sociale.

La rentabilisation du capital investi rend indispensable l'instauration conflictuelle d'une discipline ouvrière. Le travail doit devenir décomposable en unités simples dont le prix peut être calculé à l'avance, faute de quoi le rendement du capital resterait trop incertain. Autrement dit, le travail concret doit être transformé en travail abstrait, grandeur mesurable, quantifiable, détachable des individus. Le travail à la chaîne vise à ce que les conduites des exécutants soient entièrement prescrites par les ingénieurs. Il y a division sociale du savoir : les connaissances sont monopolisées par l'encadrement et ne peuvent s'acquérir dans l'atelier. Il n'y a rien à attendre des acquis pratiques accumulés par l'expérience.

Cependant le travail offre un statut social protecteur. La citoyenneté passe par l'emploi et pour y accéder les gens sont attirés par la ville et ses industries. La plupart des droits sociaux sont adossés au travail salarié. Toutefois le statut social, pare qu'il est lié au travail, est attribué en priorité au chef de famille, d'où une tendance à conforter la division sexuelle du travail et à avaliser les rapports de pouvoir dans la famille propres à la société patriarcale.

 

10) le travail, principal intégrateur social :

10.1 il génère un processus de reconnaissance :

Malgré que le travail soit organisé scientifiquement, les consignes ne peuvent anticiper toutes les situations et leur interprétation constante s'avère indispensable pour la réalisation des tâches quotidiennes. La mobilisation des intelligences et des personnalités est une contribution spécifique et irremplaçable des travailleurs à la conception, l'ajustement et la gestion de l'organisation du travail. Le travail ne pouvant s'exercer sans cette coopération productive, génère donc un processus de reconnaissance par les autres : la rétribution n'est plus seulement monétaire, elle est aussi symbolique. Certes, dans le travail le plus parcellisé, le déficit de reconnaissance prévaut mais le jugement des collègues peut venir compenser le déficit de valorisation émanant de la hiérarchie. En tout cas, les psychologues du travail assignent une place irremplaçable au travail parce qu'il est vital pour l'équilibre personnel, témoignant d'une reconnaissance par autrui qui passe par un rapport avec l'action et le réel.

10.2 il génère une dimension culturelle qui dépend des styles de commandement et de management.

Dans l'entreprise s'élaborent des compromis entre une régulation de contrôle portée par la direction dont la logique est celle du coût et de l'efficacité, et une régulation autonome tournée vers la satisfaction des sentiments propres au groupe intéressé et liée à ses relations internes. L'entreprise oblige les gens à vivre ensemble et produit des relations durables en particulier par l'incorporation de savoirs professionnels.

 R. Sainsaulieu, en 1970, indique que cette dimension culturelle dépend des styles de commandement. Il distingue 4 modèles culturels liés à l'expérience du pouvoir dans le travail :

  • l'acteur de masse : ouvriers non qualifiés, pouvoir inaccessible, les relations sont fusionnelles, le collectif est valorisé comme un refuge ou une protection

  • l'acteur stratège : accès au pouvoir possible, grande richesse affective et cognitive des relations, possibilité de supporter les différences

  • l'acteur de soi : recherche l'ascension sociale, il coopère avec des collègues avec lesquels il entretient des affinités et s'écarte des groupes menaçants

  • l'acteur en retrait : le travail est un gagne pain ou un moyen de réaliser un projet extérieur.

N. Alter, dans les années 1990, prend en compte le comportement du salarié face à l'innovation, il distingue 3 catégories :

  • les pionniers prennent la nouveauté comme une chance, ils sont partisans de l'aventure et de la prise de risque

  • les légalistes craignent le désordre généré par le changement

  • les exclus sont dépassés par un mouvement qui fragilise leur emploi

C. Dubar en 1995 tire des observations des parcours d'emploi-formation dans les années 1980, il distingue :

  • l'exclu : ses capacités professionnelles sont vite obsolètes

  • l'identité bloquée : ouvriers ou cadres dont la progression est stoppée parce que leur savoir-faire, fruit de l'expérience, est en compétition avec les diplômes des nouveaux arrivants

  • l'identité de promotion et d'entreprise : ce sont des salariés qui assimilent réussite personnelle et succès de l'entreprise

  • l'identité indépendante : jeunes professionnels avides de formation qui affirment un projet personnel par rapport à leur entreprise.

10.3 il offre une promotion sociale

Le travail salarié se définit donc bien par son ambivalence, à la fois rapport de domination et moyen d'obtention d'un statut et d'une reconnaissance. Entre 1945 et 1975, la taylorisation accentue la subordination des travailleurs mais en contrepartie, le travail permet des gains sensibles en terme de niveau de vie. C'est le cercle vertueux en période de forte croissance entre production et consommation de masse. La promotion sociale devient une réalité  vécue par nombre de familles. Le salariat se généralise, la condition salariale devient l'incarnation de la normalité.

10.4 il permet l'égalisation des conditions à travers une classe moyenne.

le salariat participe à une égalisation des conditions, il crée une classe moyenne qui représente la modernité face à la bourgeoisie traditionnelle.

10.5 il est un temps social dominant

le travail structure la journée en se distinguant du temps de loisir comme du temps des obligations familiales et domestiques, tout en scandant un cycle de vie à 3 étapes : formation-jeunesse, maturité-travail, vieillesse-retraite.

Ce caractère intégrateur du travail amène la société salariale mais cette société vacille sur ses bases.

 

11) la fin des sociétés salariales nationales

Les sociétés salariales étaient nationales et l'interdépendance accrue des économies les perturbe profondément. Une nouvelle façon de produire associée à de nouvelles formes de marché s'impose. La demande change de nature. Elle n'est plus le moteur puissant capable d'entraîner l'ensemble d'une production nationale. Elle est une demande-arbitre qui sélectionne les entreprises performantes au niveau international. L'affrontement entre entreprises est, de plus, aggravé par l'accélération des investissements à l'étranger, encore plus rapide que la progression du commerce. Ces capitaux sont volatiles : si les actionnaires estiment leur rémunération insuffisante, ils peuvent retirer leur mise et cette menace plane sur les grandes firmes qui s'acharnent à réduire leurs coûts, soigner la communication sur leurs résultats et leur arbitrage entre dividendes et investissements. Les entreprises rejettent sur leurs employés cette incertitude et font peser sur eux une intensification du travail qui devient le prix à payer pour garder son emploi.

Cette internationalisation a pour corollaire l'affaiblissement de l'état social parce que la mobilité du capital affaiblit sa capacité de redistribution. Dans des espaces nationaux déstabilisés, la machine à créer des emplois se métamorphose en machine à exclure. La grande mutation contemporaine se traduit avant tout par l'effritement du salariat. Une précarisation des modes de vie se développe : près de 10% des ménages (2,3 millions) et 15% des individus (8,5 millions) sont en dessous du seuil de pauvreté (INSEE, 1997, mesure pour l'année 1994).

 

12) la question sociale actuelle

A l'ambivalence inhérente au travail salarié, s'ajoute aujourd'hui une seconde ambivalence : si le travail "grand intégrateur" reste essentiel pour la cohésion sociale (la proportion de salariés dans la population active est restée quasi inchangée depuis 1975), il est largement fragilisé.

Doit-on d'urgence restaurer le rôle intégrateur du travail ou se tourner vers d'autres intégrateurs de substitution ?

A ceux qui préconisent de sacrifier les garanties sociales pour remettre le maximum de gens au travail s'opposent ceux qui veulent préserver le salariat comme articulation entre travail et protections sociales. Malgré leurs désaccord, ils convergent sur la défense du travail comme facteur encore privilégié d'intégration face à un courant qui plaide pour la diminution de la place du travail dans l'organisation sociale.

 

Fin du résumé de ce livre

 

Le travail a été ainsi utilisé comme une facteur d’intégration dans le système économique capitaliste. C’était la moindre des choses ! L’enjeux mis en avant par les dirigeants du système a été, en contre partie du travail salarié, le progrès matériel qui a effectivement donné satisfaction à la grande majorité de la population en transformant les modes de vie et en permettant l’allongement de la durée de vie, principale avancée sur le plan démographique. Sur le plan politique, le bilan est beaucoup plus contrasté et il y a bien eu un fractionnement de la société entre ceux qui ont suivi l’idéologie du système et ont joué son jeu pour prendre les places les meilleures dans le fonctionnement du système capitaliste, et ceux, moins nombreux certes, qui ont échoué dans leurs études et leur travail et n’ont pu s’insérer dans le fonctionnement du système et travaillent dans l'économie souterraine organisée en réseaux fermés gérés en clans et mafias. Enfin, il y a ceux, très minoritaires, qui ont toujours su que ce système creusait les inégalités sur tous les plans : politique, économique et social. Jusqu’à présent, ces derniers se sont dispersés et querellés dans des questions doctrinales à propos des mythes et utopies développés par les dirigeants du système pour défendre leurs intérêts personnels. Opposer le travail et le capital ne mène à pas grand-chose tant les deux sont liés. Il faut aller au fond des choses. En dessous du travail et du capital, il y a les 3 formes de propriété : individuelle, commune, collective et c’est ici que tout se joue dans l’organisation d’une société. En reprenant l'analyse d'Hannah Arendt sur les trois niveaux de travail, le travail indispensable à la survie peut faire l'objet d'une propriété individuelle, l'oeuvre développe la propriété commune et l'action politique participe au développement de la propriété commune. Nous y reviendrons dans notre quatrième partie.

 Dans ce contexte historique et idéologique, les idées de Buchez sur la capitalisation des droits et surtout les idées de Pierre Leroux sur ce que nous pouvons appeler depuis «  la capitalisation des droits sociaux », passèrent quasiment inaperçues. Elles servirent à mettre en place l’essor du capitalisme à travers les sociétés de capitaux mais la solution de la capitalisation des droits sociaux a été immédiatement rejetée et étouffée. Le pacte républicain mis en place après 1860 est clair : le développement de la République doit reposer sur une paix civile dont les conditions sont l’élimination des querelles religieuses entre catholiques et protestants, l’élimination des querelles politiciennes entre monarchistes et républicains, l’élimination des querelles entre employeurs et salariés. Cette élimination des querelles séculaires qui ont miné le système de pouvoir royal puis républicain est rendu possible à travers la production industrielle de masse des biens matériels qui doit sortir de la misère les populations et surtout la volonté de travailler pour acheter ces nouveaux biens matériels doit évacuer dans l’esprit des citoyens les vieilles querelles séculaires. Ce pacte républicain a bien été mis en place mais sur les bases d’un état centralisé et d’un système de pouvoir dirigé par des élites intellectuelles provenant pour la plupart de la bourgeoisie qui en 1789 avait réussi à écarter l’aristocratie issue de la noblesse de l’Ancien Régime.

Il faudra attendre la faillite actuelle des états face au développement à nouveau brutal du capitalisme financier et de la  crise de 2008 pour que l’étau se desserre et que la capitalisation des droits sociaux retrouve sa place au niveau des principales solutions pour mettre en place un développement durable dans nos sociétés, développement qui utilise la complémentarité entre les trois formes de propriété, gage d’une nouvelle période florissante dans l’humanité. Nous y viendrons dans notre quatrième partie. Cette fable de l’enrichissement matériel commence avec le fameux « enrichissez-vous si vous voulez obtenir le droit de vote » de Guizot. Elle se finit en France en 1993 lorsque l’Insee à travers son institut sur l’étude des revenus et des coûts publie ces chiffres devenus aussi célèbres et qui ont condamné dix années de présidence socialiste dans notre république : en 1981, 10% des français possèdent 50% de la valeur du patrimoine national et en 1991, ces 10% en possèdent 55%. La présidence de Mitterrand est donc un échec car les gouvernements socialistes et communistes n’ont pas réussi à inverser le cours de la répartition des richesses. C’est évident du moment qu’ils n’ont remis à plat l’utilisation des trois formes de propriété et n’ont pas cherché à remettre en marche la propriété commune. En 1998, au mois d’Août, le ministre des finances M. Arthuis, précisera ces chiffres : en réalité 5% des français possèdent 45% de la valeur du patrimoine national. Le système de pouvoir républicain avec les 250 familles qui dirigent l’économie du pays ont réussi à maintenir une concentration des richesses matérielles digne de l’absolutisme royal et qui ne se retrouve dans aucun pays développé, y compris les monarchies toujours en place. Depuis la crise de 2008, les études qui cherchent à comprendre comment fonctionne ce capitalisme financier se multiplient. Par exemple, pour expliquer comment en France les hauts dirigeants d'entreprise arrivent à faire voter par leur conseil d'administration des salaires aussi mirobolants, des primes de départ et des indemnités de retraites aussi fastueuses, une enquête montre que les conseils d'administration français des entreprises du CAC 40 regroupent 100 personnes qui forment un cercle fermé d'amis qui se rendent ce genre de services et éliminent tout membre qui ne se plie pas à ces arrangements contraires à l'esprit d'entreprise et à l'intérêt général. Depuis une vingtaine d'années l’Insee démontre la fin de l’ascenseur social et elle crée une nouvelle catégorie socio professionnelle : les déclassés, c'est-à-dire principalement les cadres et dirigeants, professions libérales, commerçants et artisans qui ont du quitter leurs emplois pour des emplois moins qualifiés et rémunérés, moins stables et plus précaires. Cette catégorie des déclassés qui représente plus de 10% de la population active, est une preuve de la mise en route du descendeur social, du laminage de la classe moyenne et du retour fracassant de la pauvreté dans la république française. Cette pauvreté touche principalement les petits artisans indépendants, les agriculteurs qui sont déjà condamnés par la volonté des grandes entreprises épaulées par des fonds d'investissements qui cherchent à éliminer les petits pour récupérer leurs places, leurs terres agricoles afin d'étendre leur monopole de fait sur la société. Sans compter parmi les pauvres, les exclus du monde du travail... dont de plus en plus de retraités qui ont travaillé toute leur vie. La fable du pacte républicain et de l'état protecteur car maître de l'économie, a donc parfaitement fonctionné avec la complicité des dirigeants de nos systèmes de pouvoirs politiques grâce notamment au système scolaire élitiste qui a favorisé la reproduction des élites dirigeantes au service de cette idéologie et de ce fonctionnement du système. Le système est en faillite mais il fonctionne toujours ! La sélection s’opère encore sur des notions mathématiques parfaitement abstraites destinées à évaluer la soumission intellectuelle à des modèles économiques mathématiques utopiques et non pas sur des discours sur le contrat social ou sur les origines spirituelles du romantisme…toutes les questions qui cherchent à développer le sens critique des citoyens sur le fonctionnement du système de pouvoir dans lequel ils sont soumis à résidence, continuent à être exclues du système d’enseignement.

Depuis 2010, les études économiques sur les inégalités commencent à interpeller dirigeants et citoyens à travers le monde. Lors d'une conférence à l'École d'Économie de Paris en mai 2016, le Pr Branko Milanovic, ancien chef économiste de la Banque mondiale, à l'occasion de la présentation de son livre " Global Inequality : A new approach for the age of Globalization " (Ed. The Belknap Press), explique pourquoi et comment si les politiques publiques ne changent pas, la globalisation continuera de soutenir le processus de hausses des inégalités dans les pays riches.

résumé du document de Marianne n° 996 du 13 au 19 mai 2016 pages 44-45 : 

La période 1988 à 2011 qui correspond au développement de la globalisation de l'économie est marquée par l'émergence d'une classe moyenne mondiale qui a vu son revenu par tête progresser de plus de 80%. Elle correspond à 1 milliard d'individus. Ils sont dans leur grande majorité chinois. Les autres grands gagnants sont le top 1%. Ces ploutocrates (le gouvernement des plus riches) ont vu leurs revenus progresser de plus de 40%. Ils captent 29% des revenus et concentrent 46% du patrimoine. A l'inverse les grands perdants sont typiquement les classes moyennes des pays riches dont les revenus ont stagnés.

La réduction globale des inégalités au plan mondial est la conséquence de deux mouvements qui s'additionnent : la forte croissance des pays émergents qui a fait sortir de la pauvreté des milliards de personnes d'une part et d'autre part l'accroissement des inégalités dans les pays riches et la régression de leurs classes populaires. Ces deux mouvements contribuent à la réduction de l'inégalité globale.

L'auteur constate que lorsque les inégalités de revenu par tête dans les pays riches ont atteints des niveaux insupportables, il s'en est suivi un reflux notable. La hausse du travail qualifié, la généralisation de l'éducation ont permis de réduire les inégalités sauf que les deux guerres mondiales et les crises économiques les ont creusées une fois de plus. Ces évènements ne sont pas des accidents mais des produits des fortes inégalités à l'œuvre au sein des pays riches. Les sociétés inégalitaires sont mécaniquement belliqueuses. De même l'accumulation du capital par quelques uns favorise l'hyper développement de la finance avec les crises qui vont avec. L'auteur est d'accord avec le primat du politique avancé par Piketty : ces inégalités insupportables et leurs produits néfastes ont conduit à l'émergence de l'État- providence. Aujourd'hui, hypertrophie de la finance et montée des tensions belliqueuses sont une confirmation supplémentaire que les pays riches sont entrés dans une phase de hausse des inégalités. Lors des débats, Thomas Piketty a expliqué que la croissance des revenus des 0,01% des individus sur la période 1988 à 2011 serait sensiblement supérieure à 40% de l'ordre d'au moins 200%, en clair que ces plus riches ont doublé leurs revenus en un peu plus de 20 ans.

La " rente de citoyenneté ", c'est à dire la dépendance d'un individu au pays d'où il entreprend, l'avantage d'être américain plutôt que d'être kenyan, est en train de changer avec la globalisation de l'économie. Le modèle social français par exemple est de plus en plus menacé par cette globalisation. Les ploutocrates des pays riches ont très souvent un intérêt à la hausse des inégalités. Leurs revenus progressent non pas avec celle du PIB mais corrélativement à la hausse des inégalités nationales. Détenteurs d'une part croissante du capital, ils sont à la recherche de rendements toujours plus élevés au travers d'investissements étrangers, typiquement en Chine pour les américains. Ce faisant, ils mettent toujours plus en concurrence les travailleurs de leur pays avec ceux des pays émergents, ce qui pèse sur les salaires des travailleurs et réduit la consommation nationale. Cette rente de citoyenneté est aussi au cœur des questions relatives aux flux futurs d'immigration entre le Nord et le Sud. Les migrants économiques viennent parce qu'ils veulent recevoir la rente aussi. C'est pour ça qu'on ne peut pas penser migration aujourd'hui séparément de l'inégalité globale entre pays et entre personnes.

Dans les pays riches les inégalités vont s'accroître mais, selon l'auteur, sans atteindre les niveaux d'inégalités extrêmes de la fin du 19ème siècle : c'est politiquement insupportable. Mais la force contraire à ce mouvement inégalitaire s'émousse : les classes populaires se détournent du vote, la démocratie semble être tombée entre les mains d'une ploutocratie antidémocratique ou populiste à la Trump. En Europe, le démantèlement de l'Etat-providence et la réduction de la valeur de la " rente de citoyenneté " font le lit de mouvements nationalistes.

fin du document

 

Au cours du XXème siècle, nous savons que les erreurs des états vainqueurs de la première guerre mondiale ont placé l'Allemagne dans une situation de révolte sociale et politique latente et que la crise économique après 1929 aggravée par les politiques monétaristes des pays occidentaux et les échecs des états démocratiques pour sortir de la crise, sont la principale cause de la montée des fascismes et du nazisme en Europe. Ces fascismes ont été nourris également par la peur de voir la solution politique communiste ou socialiste s'attaquer aux richesses des classes dirigeantes. Mais une fois encore, les dirigeants ont masqué le débat entre riches et pauvres et le scandale de l'accroissement de leurs richesses en utilisant des arguments intellectuels prétendument rationnels pour légitimer leur mission de dirigeants du système de pouvoir. Pour légitimer le système élitiste qui permet la gestion du pouvoir dans leur système de domination des peuples, nous savons qu'ils ont été jusqu'à utiliser une idéologie raciste, des thèses eugénistes, les idées sectaires de Malthus pour finalement permettre le plus grand génocide de l'histoire de l'humanité en une dizaine d'années pour le nazisme et en une cinquantaine d'années pour le pouvoir soviétique. Rien que ce constat condamne les états et l'insignifiance de leur pacte républicain fondé sur des idéaux et des utopies qui nourrissent les fables avec lesquelles nos dirigeants des systèmes de pouvoir endorment les populations.... oui, oui... nos lecteurs sur ce site le savent : pas les poètes ! Tant qu'ils ne sont pas assassinés ou déportés.

 

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Plan de la Partie 2 : le fonctionnement des systèmes de pouvoir

le fonctionnement des systèmes de pouvoir : introduction

1) La fable 1 : l'élimination de la propriété commune à travers la confiscation de la propriété individuelle.

1.1  la révolution mal faite : 1789

1.2 Pour montrer cette logique du système basée sur le droit de propriété individuel des moyens de production, nous pouvons prendre le cas  historique des canuts de Lyon en 1830

2) La fable 2 : le pacte social républicain, son échec et le creusement des inégalités. 

2.1 L’évolution du rôle social de l’état républicain français 

2.2 le rejet de la propriété commune et la fable du progrès matériel.

3) la fable 3 : pour assurer le progrès des peuples, certains peuples de race plus pure doivent commander aux autres à travers des systèmes de pouvoir fascistes ou nazis

4) la fable 4 :  l’idéologie économique et la primauté de l’économie sur le politique, les thèses économiques classiques avant la mondialisation des échanges.

4.1 quelques fables économiques :

4.2  le principe d'autorité et le principe d'efficacité

4.3 Ce principe d'efficacité a été modifié depuis les années 1980, il a évolué vers le principe d'efficience

4.4 la crise de 2008 - 2009 et les déséquilibres engendrés par le neo libéralisme lorsqu'il devient une nouvelle forme de capitalisme brutal et sauvage envers les populations

5) la fable 5 : le neo libéralisme : la mondialisation comme seule perspective d’enrichissement et de gouvernement.

5.1 le libéralisme n’est qu’une catégorie d’arguments du capitalisme chargée de conquérir de nouveaux espace pour implanter le cœur même de ce système de pouvoir : la maximisation des profits. Ce discours n’est qu’une manipulation qui sous prétexte de vendre de la liberté, cherche à développer une domination la plus vaste possible.

5.2 Montrer que le libéralisme est une doctrine née avec le capitalisme mais qui n’avait pas pu se développer avant les années 1990 pour des raisons politiques

5.3 Montrer que le capitalisme a des origines douteuses et qu’il ne prend réellement son développement qu’à partir de 1830 et les premières usines.

5.4 Montrer que la mondialisation est utilisée par le capitalisme pour développer le dumping social au détriment des pays développés et que les arguments du libéralisme ne sont qu’une couverture idéologique pour masquer ces entreprises contraires au pacte républicain établi après 1860 dans les démocraties occidentales.

5.5 Montrer que l'entreprise de domination de l'oligarchie financière a réussi à dominer les états à travers la crise de 2008 et qu'elle a réussi à surmonter l'échec de 1929 grâce aux nouvelles technologies informatiques de communication mais que la crise de 2008 nous place devant un choix de société.

5.6 en conclusion

6) l'évolution de l'état

7) le chômage production du système capitaliste  

le système d'éducation et de formation qui enseigne les fables pour légitimer les dirigeants de nos systèmes de pouvoir

partie 1 : les missions du système éducatif et tout d'abord la sélection des élites

partie 2 : La mission de normalisation des savoirs dans le système éducatif

partie 3 : La mission de normalisation sociale : les 3 étapes : politique, industrielle, sociale

les ressources disponibles pour approfondir le fonctionnement des systèmes de pouvoir.

le tarif ou la mort, la révolte des canuts à Lyon

le paternalisme

le libéralisme liberticide

la soumission à l'autorité

le coût de la peur dans les entreprises

la circulation monétaire

Pierre Leroux : la capitalisation des droits sociaux

la fonderie d'aluminium : les aides de l'état et les déficits publics

sujet bac ES : l'évolution de l'état

l'économie distributive : Jacques Duboin

 

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