2.3 de l’assurance à la solidarité

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Partie 1 : les réseaux

 

 la démarche qualité que nous avons abordée précédemment en présentant le principe de subsidiarité, cherche certes à éliminer les dysfonctionnements mais sa principale mission consiste à prévenir les risques, à éliminer les cause d’erreurs. Nous sommes ici dans une démarche classique d’assurance. L’élimination des dysfonctionnements passe par la maîtrise des technologies et leur emploi judicieux. Les gains de productivité ainsi obtenus servent à étendre les moyens de prévention. Ensuite la non survenances des sinistres représente un résultat positif, une économie de ressources capable d’assurer le développement des investissements et la croissance de l’organisation. L’essentiel est de définir la finalité de l’organisation. Dans notre système économique actuel cette finalité repose sur la maximisation du profit et l’obtention d’une rentabilité financière à court terme. Dans une organisation en réseau qui pratique la subsidiarité, la finalité consiste davantage à favoriser le développement durable, l’évolution de chaque individu et les moyens matériels qui assurent sécurité et bien-être et éliminent les risques de misère. Cette logique de l’assurance appartient à une culture fondée sur le progrès social et dans laquelle le développement du groupe est supérieur au seul enrichissement des dirigeants.

La logique de l’assurance veut que les adhérents mènent des efforts de prévention pour limiter la survenance des risques. Par exemple au début du XIXe siècle, les élus d'un département ont pu décider de la création d'une mutuelle de lutte contre l'incendie. Dans chaque village, les volontaires se sont regroupés pour adhérer à la mutuelle et se prêter assistance : lorsqu'un voisin découvrait qu'il y avait encore de la lumière dans une maison tard le soir, il allait vérifier qu'une lampe n'avait pas été oubliée d'être éteinte. Grâce a ces efforts, le nombre de sinistres incendie diminue rapidement et la mutuelle réalise des bénéfices à partir desquels les membres peuvent décider de nouveaux objectifs. Ces excédents et bénéfices peuvent avoir trois utilisations :

  • Permettre une réduction des cotisations pour le nouvel exercice

  • Permettre l’élargissement des risques couverts : par exemple, en plus de l’incendie, l’assurance couvrira le dégât des eaux, le vol, etc.

  • Distribuer ces excédents aux adhérents sous forme de prêt à taux zéro selon la pertinence des projets d’investissements présentés et rendre un service bancaire en plus d'un service d'assurance.

 Pour prolonger la description des organisations en réseau des ordres monastiques et chevaliers, la solidarité s’exerçait principalement au niveau des monastères. La propriété foncière individuelle et la survie d’une famille ne peuvent pas supporter la division des terres lors des héritages ou des mariages. Lorsque l’aîné prend la propriété de la terre familiale ou lorsque cette terre ne suffit pas à nourrir tous les enfants, une partie des enfants quitte la terre pour entrer au monastère. C’est encore le cas dans des pays d’agriculture de montagne aux ressources modestes comme le Tibet et les pays de l’Himalaya. Ces enfants reçoivent une éducation et une formation destinées à renforcer le développement du groupe social. Les paysans et artisans produiront et dans les monastères se fera le travail sur le développement des connaissances spirituelles, littéraires mais surtout techniques : forge, conservation des aliments : vin, fromage, bière, gâteaux, pains, pisciculture, élevage de nouvelles races adaptées à la région, etc. Les enfants qui ont quitté leurs familles ne sont pas à la rue ni dans la misère. Ils deviennent artisans, érudits, professeurs, médecins. Leurs parents peuvent en être fiers même si le coût affectif de la séparation reste élevé alors que l’enfant souvent n’a pas l’âge de dix ans. Ils font des voyages pour s’instruire, ils participent à la diffusion des savoirs, ils dirigent les cérémonies religieuses. Le monastère participe à la création de richesses et vend sa production en dehors de son réseau social pour réaliser un bénéfice capable de pérenniser son organisation sans avoir besoin de l’aide financière des autres agents économiques. Les dirigeants des ordres monastiques font vœu de pauvreté. La création de l’ordre des chevaliers du Temple, outre sa mission de protéger les pèlerins en Palestine, correspond aussi à la volonté de protéger les réseaux monastiques contre les seigneurs de guerre et l’emprise des rois. Cette solidarité repose sur la propriété commune, nous allons y venir.

 Pour illustrer cette démarche d’assurance dans la vie économique plus récente, nous pouvons prendre l’exemple du développement industriel de la ville de Mulhouse au 19ème siècle.

 L'assurance moderne en France est née à Mulhouse vers 1820. Les industriels du textile, de la construction mécanique de cette ville pour mieux soutenir la concurrence des villes comme Bâle, des villes allemandes et hollandaises le long du Rhin, décidèrent de s'associer en une mutuelle. A l'époque, le système d'assurance fonctionnait par répartition : à chaque fin de trimestre, un bilan se faisait entre le montant des sinistres à indemniser et le total des cotisations. La répartition était élémentaire. L'industriel ne pouvait pas se satisfaire de ce système et ceux de Mulhouse décidèrent ainsi de fonder leur propre mutuelle d'assurance. Dès le sinistre, l'indemnité était versée et de nouveaux ateliers étaient construits. L'objectif commun était bien d'avoir le moins d'incendie et régulièrement les mesures de prévention et de lutte contre ce sinistre étaient améliorées. Un corps moderne de sapeurs-pompiers  fut mis en commun ; les employeurs financèrent la formation des ouvriers à la lutte contre les incendies et ils financèrent la construction de nouvelles casernes de pompiers équipés des meilleurs matériels. Ces casernes de pompiers furent partagés avec la ville pour le service public de la lutte contre l’incendie et les premiers secours, particulièrement bien entendu dans les nouvelles cités ouvrières. Bientôt, dans ces ateliers neufs aux risques d'incendie devenus minimes, les industriels purent investir les sommes mutualisées pour augmenter la productivité de leurs machines. L'assurance devint, une fois éliminés les dommages causés par les incendies, une banque d'investissement aux conditions fixées par les industriels eux-mêmes : c'est à dire avec un taux nul de crédit indépendant de toute politique monétaire, les frais de gestion étant déjà payés au niveau de l'assurance. Le taux de prêt pour investir fut zéro ! Aucune banque ne pouvait s’aligner sur de telles conditions et cette mutuelle capable de réaliser les services d’une banque et d’une assurance fut le socle de l’essor industriel de la région de Mulhouse.

 A partir de 1861, moment où les industriels obtinrent à Biarritz, à force de ténacité, le décret de Napoléon III autorisant publiquement la Mulhousienne à exercer son commerce de banque-assurance, un deuxième phénomène vint amplifier le dynamisme de cette structure financière. Des industriels convaincus du bien fondé de ce système adhérèrent à la mutuelle depuis l'ensemble de l'Europe. Lorsqu'il y avait excédent de recettes sur les sinistres et ce système ne pouvait qu'aboutir à ce résultat car il ne rassemblait que des adhérents qui s'investissaient dans la lutte contre l'incendie, les sommes disponibles furent d'abord utilisées par les fondateurs à Mulhouse pour développer leurs industries. Depuis, ces industriels aux noms de Koechlin, Dollfus, Thierry Mieg, Schlumberger, Hartmann ont donné une dimension nationale et mondiale à leurs activités. La société mutualiste quant à elle, n'a pas atteint ce niveau de développement car ce n'était pas le but de cette société, but tourné vers l'expansion des entreprises industrielles et non pas vers le développement d'une organisation financière capable de se couper de sa source nourricière jusqu'à venir la diriger pour faire primer uniquement ses objectifs de rentabilité financière au détriment de l'avenir des industries ou du secteur tertiaire. Koechlin en 1827 fit construire la plus moderne et la plus grande fonderie de France pour produire des machines et des locomotives à vapeur, berceau de nos actuels TGV. C'est lui le fondateur de la SACM, origine de ce qui fut la CGE; le plus grand groupe industriel privé français des années 1970. Le " Al" d'Alcatel ou d'Alsthom vient d'Alsacienne, de Mulhouse. Les principaux dirigeants de la société industrielle de Mulhouse étaient protestants et nous retrouvons aussi ici une trace vivante du mouvement protestant et de la dimension sociale que ce mouvement a voulu bâtir en réalisant des productions matérielles pour améliorer la vie des populations. Il y a ici une suite historique de la subsidiarité pratiquée au temps des cathédrales. Entre cette culture d'entreprise rhénane et protestante qui subsiste sur le site historique de Belfort et le management de la direction générale d'Alsthom à Paris, l'incompréhension et les erreurs de communication vont régulièrement saper l'édifice de l'entreprise. La grève du centenaire, qui éclate le 27 septembre 1979 à Belfort, a forgé un état d’esprit dont on mesurera la pérennité aujourd'hui encore. Elle est née d’une profonde humiliation. Sourde à toute revendication alors que les salaires belfortains sont inférieurs de 30 % à ceux du Bourget depuis la création d’Alsthom-Atlantique trois ans plus tôt, la direction multiplie les erreurs. Elle fait repeindre l’usine, prévoit un banquet et propose à chaque salarié de choisir entre un stylo, une montre, une bouteille de cognac ou une médaille-souvenir. Derrière le slogan « pas de médaille, le treizième mois ! », la réponse de l’intersyndicale est cinglante : l’usine symbole de la puissance ferroviaire et nucléaire de la France de Giscard est occupée pendant 58 jours, au nom de la dignité. De l’ouvrier au cadre, tous se mobilisent avec le soutien de la population. Près de 15 000 personnes défilent lors des opérations « ville morte » des 12 et 24 octobre, au son du célèbre « Chiffon rouge ». La gauche locale, qui est aux manettes, aide financièrement les grévistes, de même que les banques, tandis que la droite appelle au compromis. Jean-Pierre Chevènement, alors député, résume cet incroyable affrontement en une phrase : « A Belfort, on n’a pas l’habitude de courber la tête ». Et le préfet lui emboîte le pas : « Pour les Belfortains, Alsthom est le cœur de la cité ; l’usine leur appartient. » Le préfet connaissait peut-être la culture de la société industrielle de Mulhouse et la façon dont les protestants organisaient leurs entreprises en bien commun regroupant dirigeants et ouvriers. Le premier prototype TGV 001 propulsé par une turbine à gaz, sortit des ateliers Alsthom de Belfort le 25 octobre 1971 avec un peu de retard. Au début de la grève du centenaire, un groupe de salariés en colère fit exploser la cabine de tête de la rame. Des syndicalistes empêchèrent le plasticage de la seconde cabine en intervenant à temps pour enlever les explosifs. Après réparation de la cabine endommagée, la rame put sortir discrètement de l'usine le 25 octobre mais la fête pour l'inauguration officielle de la sortie de ce prototype ne put avoir lieu. C'est cette motrice de tête qui est exposée au bord de l'autoroute à Belfort. Ce plasticage de la cabine du TGV 001 n' a jamais été pardonné et oublié au siège Avenue Kléber du Groupe Alsthom. Pourtant, mis à part quelques jours de retard, cela n'a pas empêché cette rame de battre le record du monde de vitesse ferroviaire en traction autonome (318 km/h le 8 décembre 1972), record du genre qu'elle détient toujours en 2016. Le conducteur était un cheminot belfortain et le record fut battu sur la ligne des Landes. Cet épisode unique en son genre pour défier une Direction générale parisienne, illustre à lui seul la volonté farouche des salariés de rester maître de leur travail, coûte que coûte. Cette appropriation affective se matérialise également dans la rue en 1994 et 1995, contre les menaces sur l’emploi affectant le consortium GEC-Alsthom. Et de façon plus insidieuse lorsque Alsthom perd son « h » en 1998, suite à une énième restructuration capitalistique. Ce « h » de l’ancienne Thomson alliée à la société alsacienne des débuts, est alors plus qu’une lettre. Pour les « Alsthommes », elle symbolise l’humain dans un empire industriel en déliquescence. Ce coup de « h » vécu comme une amputation donne même naissance à une pièce de théâtre. Ce combat illustre la résistance de citoyens qui ont connu l'assurance solidarité et qui refuse de la voir disparaître sous les diktats de la finance et ses restructurations industrielles pour mieux développer la rentabilité de ses investissements financiers et servir outrageusement ses actionnaires en oubliant les salariés dont les compétences sont reconnues pourtant au niveau mondial.

 Cette démarche d’assurance se décline de nombreuses manières aujourd’hui dans la vie des entreprises qui se comportent plus comme des réseaux de compétences que comme des systèmes de pouvoir parfaitement inféodés au système économique capitaliste. L’assurance se met en place lorsque les démarches de prévention sont nombreuses cohérentes et stratégiques. Une société informatique qui vend des solutions à ses clients ( comme par exemple SAS  ) a besoin de fidéliser son personnel et pour éviter les départs non souhaités, elle va certes améliorer les conditions de travail mais aussi ménager sa ressource vive : il n’est pas possible d’utiliser les ressources intellectuelles au-delà d’un certain temps. 32 heures par semaine suffisent lorsque le salarié peut aménager son temps de travail en fonction de sa disponibilité et de sa forme physique. Pour qu’il puisse se concentrer sur son travail, il est judicieux de lui supprimer les tâches de la vie courante qui absorbent beaucoup de temps. Dès lors le lieu de travail devient un campus sur lequel se mêlent temps de travail et vie quotidienne, voire vie familiale lorsque des équipements de restauration, de garderie pour jeunes enfants, de sport et de détente se trouvent à proximité. Le salarié sera à son bureau 32 heures mais il sera présent sur le campus près de 50 heures par semaine et il pratiquera avec ses collègues, sa famille, les familles des collègues, un autre niveau de communication et d’échange de nature à préserver sa motivation et sa disponibilité pour la réussite de l’entreprise et de sa vie professionnelle. Cette démarche d’assurance ne se limite pas à la vie d’une entreprise mais elle concerne l’ensemble de l’activité économique. Encore faut-il s’entendre.

 Notre système économique fondé sur la propriété individuelle et la maximisation des profits se limite en fait à l’économie marchande. La pratique de la bancassurance mise sur pied par les industriels de Mulhouse est aujourd’hui interdite dans notre système économique capitaliste. Chaque activité doit se gérer isolément : l’assurance doit réaliser son profit et l’industrie de même car à chaque étape l’état prélève des impôts. Les bénéfices de la mutuelle d’assurance contre l’incendie ne peuvent plus être utilisés directement par les industriels pour développer leurs entreprises car ceci supprime une partie des impôts que l’état peut prélever. De plus, cette logique n’est pas favorable au développement des banques d’affaires et elle est contraire à la spéculation sur les marchés financiers. Cette logique pourtant très efficace et tout aussi efficiente a le grand tord d’exclure l’état et d’écarter les banques traditionnelles. La collectivité publique doit aussi se méfier de telles pratiques en réseau car le développement rapide et important des entreprises ainsi mises en réseau aboutit à des entités économiques capables de diriger la vie politique locale sans l’aide des politiciens professionnels qui animent le système politique représentatif. Mais il faut remarquer que l’influence de la société industrielle de Mulhouse n’a rien à voir avec les pratiques des barons industriels de la métallurgie, en France comme en Allemagne qui devinrent rapidement des marchands de canons et vinrent soutenir les partis bellicistes dans la conquête du pouvoir politique, nous allons y venir.

 Dans notre système de pouvoir, le choix des dirigeants a été d’éliminer autant que faire se peut l’économie non marchande ; l’économie repose avant tout sur l’économie marchande qui crée seule les richesses. L’économie non marchande et les administrations publiques étant financées à partir des prélèvements opérés sur l’économie marchande. L’ouverture de l’économie non marchande créatrice de richesses est toujours refusée et interdite par des décisions de justice récentes, nous y reviendrons. De ce fait, la recherche du profit devient souvent contraire à une logique d’assurance et de prévention. Nous connaissons les lotissements immobiliers construits dans des zones inondables : les terrains ne valaient rien pour les paysans et construire des immeubles à cet endroit ne pouvait qu’apporter des bénéfices importants pour les promoteurs. L’indemnisation des sinistres suites aux inondations répétées représente vite une dépense insupportable pour les assurances et la collectivité. Il y a des centaines d’autres exemples tout aussi calamiteux pour l’économie et la protection sociale. Dans notre quatrième partie nous montrerons comment l’organisation en réseau résout les problèmes de fond de notre société : le chômage, le financement des dépenses de santé et de retraite, le logement, l’éducation et la formation, etc. L’organisation en réseau n’utilise pas la distinction entre public et privé ni la distinction entre économie marchande et non marchande. Elle repose sur un ensemble de projets qui convergent dans la réalisation des réponses apportées lors de la mise en place des valeurs de la culture définie par le groupe et nous savons que parmi ces valeurs, à travers l’alliance des contraires se retrouvent les valeurs de paix et d’amour. Dès lors les groupes de résolutions de problèmes ne se limitent plus à des salariés mais s’étendent à des groupes de citoyens qui prennent en charge la vie de la communauté sur le plan politique économique et social. Les réseaux citoyens de vie s’organisent sur la base de mutuelles qui pratiquent l’assurance contre les risques et la prévention des risques et au-delà mettent en œuvre des processus de solidarité. La logique de l'assurance dans la prévention des risques est simple à comprendre, le passage de l'assurance à la solidarité est tout aussi simple à expliquer mais dans les systèmes de pouvoir, il se heurte aux nombreux murs des intérêts particuliers des dirigeants du système. Ce groupe des dirigeants n'est pas homogène dans un système : les politiciens doivent résister contre les volontés des dirigeants économiques et financiers, les politiciens n'ont pas la même origine sociale, les mêmes ambitions politiques. Ces querelles n'existent pas dans les organisations en réseaux qui se fédèrent autour de projets communs.

 L'échec le plus cuisant d'un système d'assurance qui n'a pas réussi à évoluer vers une organisation de solidarité et celui de la sécurité sociale en France. Dès 1945, les fondateurs de la Sécurité Sociale, Pierre Laroque et d’autres, indiquaient que très rapidement ces organismes de protection sociale devaient passer de la logique de l’assurance à la logique de la solidarité. Même s’il n’en a rien été à cause de l’opposition des dirigeants économiques et de l’ignorance souvent des représentants des salariés, nous y reviendrons dans notre quatrième partie, nous devons ici comprendre ce qu’apporte une logique de solidarité par rapport à une logique d’assurance.

Nous avons vu comment la logique d’assurance dans l’industrie peut amener des économies capables d’assurer le développement d’un groupe d’entreprises. La réussite de ses efforts s’expliquent par la parfaite maîtrise des technologies de la part de ces ingénieurs qui ont créé leurs usines. Les efforts de prévention ont surtout porté sur des changements d’attitude : employeur et ouvrier ont trouvé un intérêt commun dans l’élimination du risque d’incendie, du coût de non qualité dans la production. Les ressources utilisées dans cette lutte contre l’incendie étaient connues, il suffisait de les perfectionner et d’utiliser la formation du personnel. La solidarité intervient justement quand ces solutions ne sont pas disponibles dans un environnement donné. Face à un risque qui survient, alors que le groupe n’est pas capable de dégager les moyens de prévention et surtout les solutions pour éliminer les conséquences de ce qui vient de se passer, pour trouver les moyens d’éviter que ce risque ne se reproduise, il faut trouver un savoir, il faut pouvoir disposer de connaissances nouvelles. La solidarité n’est pas une question de moyens financiers mais une question de savoir. Il s’agit de réaliser un partage de savoir dans des contextes et des environnements différents. La solidarité repose sur l’alliance des contraires. Celui qui travaille la terre est soigné et aidé par celui qui travaille au monastère et l’un nourrit l’autre sur le plan matériel et l’autre procure la nourriture immatérielle. Pour poursuivre l’exemple de la société industrielle de Mulhouse, nous savons qu’au cours de la guerre de 1870, pour suivre la stratégie militaire alors en vigueur, le 6ème régiment de ligne de Mulhouse se replia sur la place forte de Belfort et les ouvriers de la ville industrielle apportèrent un renfort capital qui tint en échec les assiégeants allemands. Puis la SACM ( la société alsacienne de construction mécanique ) vint s’installer à Belfort à partir de 1879 pour échapper à l’occupant allemand. La solidarité permet le développement des régions et l’éradication de la misère et de la faim, la résistance contre l’oppresseur. Elle a permis à de nombreux peuples de vaincre les crises qui les menaçaient, alors pourquoi n’est-elle pas développer à son optimum en temps de paix, lors des périodes de croissance et de progrès ? Parce que la croissance ne peut être que confisquée, pillée par certains au détriment de tous les autres ?

 L’exemple classique de la solidarité est bien connu : je ne te donne pas du poisson ni de l’argent pour en acheter, mais je t’apprends à pêcher. Prêter un bien ou un matériel que l’autre n’a pas et dont il a besoin s’appèle également dans le langage courant, de l’aide ou faire preuve de solidarité. Mais lorsque nous disons que la solidarité doit être la suite logique de l’assurance et de la démarche de prévention, nous mettons en avant une autre question essentielle dans la société, dans les relations entre les groupes sociaux. Un groupe qui arrive à développer son assurance va s’enrichir en gérant nettement mieux ses moyens et en évitant les gaspillages de ses ressources. Dès lors il peut se refermer sur lui-même pour préserver ses acquis. Nous sommes alors en présence du conservatisme et surtout d’un réflexe corporatif. Il est évident que les fondateurs de la sécurité sociale en 1945 connaissaient cette difficulté, ce piège redoutable sur le plan social. Les groupes de salariés ( les mineurs, les ouvriers des usines, les cheminots, les cadres, les fonctionnaires, les instituteurs, les paysans, etc. ) devaient au départ créer leurs propres mutuelles ou société d’assurances sociales. Nous connaissons la mutuelle des instituteurs, etc. Ces mutuelles devaient ensuite se fédérer au niveau national pour faire preuve de solidarité avec les groupes sociaux plus défavorisés de manière à éradiquer la misère, le chômage et ces situations qui empêchent une société de se développer dans un progrès social. Ce que l’un réussit sert ensuite à la réussite des autres car l’objectif est bien d’élever ensemble un niveau de vie, de savoir, de solidifier des relations sociales au sein d’un peuple puis entre les peuples pour éliminer les risques de conflits qui sèment la misère, la mort et la désolation parmi l’humanité. Lutter contre la maladie, le handicap, les accidents du travail, l’absence de formation professionnelle, prendre en compte la maternité, les besoins physiologiques de repos et de vacances, la retraite, sont des objectifs pour tous les groupes sociaux qui utilisent des ressources et des méthodes communes : des hôpitaux, des crèches, des écoles, des maisons de retraite, des centres de formation, des centres de loisirs, etc. Encore faut-il le vouloir sur le plan politique ! Nous reviendrons dans la seconde partie de cet ouvrage sur notre lecture des causes qui en France ont empêché ce passage, cette évolution de l’état assureur de la fin du 19ème siècle vers une république française solidaire. Nous pouvons déjà préciser que ce n’est pas aux salariés ou aux citoyens français de payer les dégâts de ces politiques politiciennes calamiteuses depuis plus d’un siècle. Autant quitter ce système de pouvoir qui refuse la solidarité pour lui préférer le corporatisme et la domination conservatrice des élites issues de la bourgeoisie ancienne afin de préserver ses richesses et sa domination de la société française.

 La solidarité est l'aboutissement dans la vie des réseaux du processus de production et de répartition des richesses. Ce processus commence sur le plan individuel par l'exercice de la mission d'autorité puis il se poursuit sur le plan du groupe par la gestion de la délégation d'autorité, la mise en place d'un pouvoir qui utilise l'alliance des contraires au niveau de la définition de ses objectifs et du dialogue pouvoir ensuite utiliser le principe de subsidiarité dans l'obtention des solutions optimales nécessaires à la réalisation des politiques mises en oeuvre. Les résultats obtenus porte sur la minimisation des violences et la maximisation de la confiance sur le plan relationnel, sur l'élimination des risques et la mise en place d'une mutualisation de la banque et de l'assurance, sur l'élévation du niveau de compétences des membres, sur la production et la répartition des richesses créées à partir des projets menés à bien. La solidarité n'intervient pas uniquement au moment de la répartition des richesses comme dans la conception actuelle retenue dans nos systèmes de pouvoir. Elle n'a rien à voir avec un niveau d'organisation de la charité. La solidarité intervient tout au long processus, à chaque fois un groupe possède une connaissance ou un savoir-faire qui est capable d'aider un groupe différent dans le besoin. La solidarité peut être matérielle, intellectuelle, spirituelle, artistique, sportive, financière. Lorsque les mécanismes du crédit sont transposés dans l'organisation du micro crédit pour des populations pauvres, il y a bien une solidarité réelle qui s'exerce. Dans notre quatrième partie nous montrerons comment nous entendons mettre en place ces nouvelles solidarités au sein des organisations en réseau.

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Plan de la Partie 1 : le fonctionnement des organisations en réseaux

le fonctionnement d'une organisation en réseau

1) la maximisation de la confiance entre les membres du réseau dans leurs modes de vie :

1.1  la conception de la place de l’être humain résulte de l’utilisation des deux sources de savoir

1.2  la mission d’autorité gérée en réseau minimise les violences individuelles et collectives

2) le fonctionnement de la démocratie locale : les règles et des normes

2.1 le principe de subsidiarité

2.2 l'alliance des contraires

2.3 de l’assurance à la solidarité

2.4 la complémentarité entre les 3 formes de propriété et la priorité accordée à la propriété commune.

3) le mariage des cultures garantit la pratique des valeurs de paix et d’amour

3.1 la complémentarité entre spiritualité et religion

3.2 la liberté sexuelle garantit l’enrichissement amoureux 

3.3 La gestion des deux sources de savoir et l'élaboration d'un savoir global capable d'assurer le respect de la vie sur notre planète

4) les opportunités actuelles pour le développement des réseaux 

4.1 les technologies informatiques de communication et de gestion

4.2 les découvertes sur l’origine de l’humanité

4.3 les découvertes scientifiques sur l’organisation de l’univers

4.4 les menaces sur la vie sur terre

le plan du site

 

les ressources disponibles pour approfondir le fonctionnement des réseaux

la vie après la vie

le livre du Dr Moody

les deux sources de savoir

l'origine du savoir interdit

le cours sur Autorité-Pouvoir-Commandement

le cadre de cette analyse

le peuple Moso

la vie sexuelle des sauvages

TIAHUANACO

photos des Andes

les abbayes :  le Mont Cassin, Cluny

Clairvaux, le Mont Sainte Odile

Baumes les Messieurs

la constitution de la confédération des nations iroquoises

le temple de Dendérah : photos

l'animation flash sur Dendérah

l'Egypte antique

Osiris vert : le survivant

OVNIS et armes secrètes américaines

les armes de la guerre secrète

   

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