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PARTIE 1 : LES RÉSEAUX

 

 

 La volonté permet de classer une activité humaine en deux catégories : ce qui est volontaire et ce qui n’est pas volontaire. Le droit  repose sur cette distinction pour sanctionner plus sévèrement les crimes et délits commis volontairement ou avec préméditation. Les réseaux regroupent des volontaires qui décident entre eux du but commun de leurs activités, de leur culture et de leurs normes de fonctionnement. Ils sont alors davantage libres de leurs modes de vie car les normes de vie s'adaptent en fonction des besoins du groupe. Dans les systèmes de pouvoir, les membres le plus souvent n’expriment pas une volonté individuelle hormis l’instant d’un vote électoral. Ils suivent des décisions prises par d’autres et qui s’appliquent à eux tant qu’ils ne sont pas exclus du système pour désobéissance ou tant qu’ils ne quittent pas volontairement ce système, s’ils en ont la possibilité. Et ce qui a été volontaire pour les fondateurs d’une organisation, peut s’imposer à leurs successeurs qui vont reprendre cette organisation à défaut de trouver mieux ou pire, avec interdiction de chercher à trouver mieux. Les arguments pour utiliser un système de pouvoir comme ceux pour développer une organisation en réseau sont connus et ils se fondent sur une perception différente de l’être humain et de sa place dans le fonctionnement d’une société. Le point de départ, le socle est le savoir dont dispose un être humain ou dit autrement, l’étendue de son ignorance qui l’empêche de se gouverner seul ou de participer à égalité avec les autres au fonctionnement de son groupe social.

 Dans le cadre d’un système de pouvoir : la minorité qui détient le pouvoir veut posséder seule le savoir et elle usurpe le droit de sélectionner ce savoir afin de rejeter le savoir qui s'oppose à ses intérêts particuliers en le déclarant tabou. Cette sélection dans le savoir est le premier travail que doit réaliser le groupe social qui vient d'arriver au pouvoir. Les autres membres du groupe sont alors moins savants ou carrément ignorants soit parce qu’ils ne sont pas encore éduqués, pire, soit parce que les dirigeants tiennent à les laisser dans l’ignorance pour diriger plus facilement. Tout un processus de sélection fonctionne pour faire en sorte que les citoyens qui respectent le mieux ce savoir autorisé puissent intégrer l’élite dirigeante et partager une pensée unique, un moule identique d'attitudes et de comportements. Dans une organisation en réseau, le savoir n’existe pas forcément à priori mais le groupe, en utilisant les outils de résolution de problème dans le cadre du principe de subsidiarité, va trouver la solution optimale à un problème et décider ensemble de la manière d’appliquer cette solution dans le cas vécu par ce groupe. Le réseau construit le savoir dont il a besoin et lorsqu'il donne ce savoir à un autre réseau qui ne le possède pas encore, un lien de solidarité se noue entre ces réseaux. Le réseau est une organisation apprenante. Nous allons préciser comment fonctionne un système de pouvoir et comment se développe une organisation en réseau. Il s’agit de préciser quelle place est accordée à l’être humain et quels sont les sources de savoir qui sont utilisées. Puis il s’agit d’examiner les éléments de chacune des cultures qui sont mises en place.

L'utilisation du savoir varie en fonction des époques et surtout en fonction des technologies de transport et de communication. Avant le temps des diligences, il était impossible à un dirigeant politique, un monarque ou un tyran de gouverner une vaste étendue. Rome maintenait ses légions sur place pour assurer son système de pouvoir militaire. Les tyrans ne pouvaient dominer un vaste empire qu'en étant sans cesse en voyages pour se rendre le plus souvent possible dans les villes et campagnes qu'ils voulaient assujettir à leur pouvoir. A l'époque médiévale en France, le roi administrait son domaine dont il tirait richesses, soit dix pour cent du sol de France au XIIIème siècle. La plus grande partie du pays était organisée en réseaux autour des abbayes et des villes libres. Les assemblées locales dans les villes et villages décidaient de tout dans le cadre de ce que nous appelons une démocratie locale directe et participative. C'était le bon sens même car le roi ne pouvait pas organiser depuis un pouvoir centralisé la gestion du pays. Avec l'apparition des progrès dans le transport et les communications, un pouvoir centralisé a pu imposer sa puissance sur de vastes étendues et bientôt sur des empires. A côté des riches marchands, des entreprises, manufactures puis industries, des banques vite internationales, les dirigeants du système économique ont du mettre en place une institution politique plus vaste que les pouvoirs locaux des ducs, comtes et autres représentants des monarques, une institution centralisée capable de diriger toujours plus de territoires et de populations. L'état fut mis en place sur le plan politique pour dominer plusieurs régions, des peuples différents en leur imposant un même intérêt politique, économique et social, culturel, militaire et souvent religieux

Le savoir politique et administratif, juridique s'est développé pour faire fonctionner l'état, structure nouvelle qui a eu besoin de souder les populations dans la nation pour réussir son but : développer le pouvoir d'une minorité dirigeante et riche en obtenant la soumission des populations dans le cadre d'un intérêt commun et publique. Les progrès technologiques informatiques et de télécommunications, Internet, permettent à l'oligarchie financière anglo-saxonne de mettre en place leur gouvernement mondial au service de la rente financière et au détriment du travail. Ce gouvernement mondial n'a plus besoin de l'influence des états, surtout pour réguler et limiter la maximisation du profit possible à travers la domination des marchés. Les dirigeants libéraux ont mis fin à l'état providence et nous sommes revenus en 1830, à l'état gendarme pure et simple. Les états et leur système de pouvoir centralisé dans le cadre des démocraties représentatives sont devenus inopérants face aux manoeuvres des financiers et des nouveaux maîtres du monde. Les citoyens ont compris comment fonctionne le capitalisme, le système électoral représentatif, ils ont vu l'impuissance des dirigeants élus face à la puissance des banques, des actionnaires et des firmes multinationales et transnationales. Ils savent comment les crises économiques sont organisées et comment elles enrichissent sans limites les 1% les plus riches. Pourtant les citoyens restent le plus souvent dans l'ignorance entretenue par les dirigeants pour défendre leurs intérêts privés. 

La plupart veulent conquérir le pouvoir dans le cadre de l'état. Les révolutionnaires français ont conquis le pouvoir en restant dans l'état et cherchent toujours à le conquérir. Quelqu'un qui vient montrer que la solution n'est plus dans un état est taxé par eux aussitôt d'anarchiste, c'est dire le niveau de leur ignorance. Les progrès technologiques qui permettent la mondialisation de l'économie au profit de l'oligarchie financière, permettent pourtant également le développement d'une organisation sans centralisation du pouvoir aux mains d'un minorité dirigeante, donc sans état puisque la centralisation du pouvoir est la caractéristique fondamentale de la structure de l'institution étatique. Nous sommes ici au coeur de notre propos : grâce à ces moyens de transport et de communication, il est devenu possible à nouveau de développer des démocraties locales directes et participatives non plus limitées comme lors de l'Europe médiévale à des villes, des campagnes plus ou moins isolées mais dorénavant ouvertes elles aussi sur de vastes étendues ou tout simplement ouvertes sur le village planétaire virtuel qui ne demande qu'à devenir bien réel, sans systèmes de pouvoirs économiques, politiques, militaires, théocratiques. Les méthodes et principes des assemblées villageoises, des villes libres pour développer les biens communs, la paix et la justice, qui furent interdites dans le cadre de la monarchie absolue puis des états au pouvoir centralisé, ces méthodes et principes toujours connus et parfois enseignés, peuvent nous permettre de quitter nos systèmes de pouvoir pour développer à nouveau nos réseaux citoyens de vie. C'est pourquoi, au lieu de continuer à parler de démocratie directe locale participative comme à l'époque médiévale parce qu'à ce moment là les technologies de transport et de communication se limitaient quotidiennement à un espace local restreint, nous parlons maintenant de réseaux de vie parce notre espace de vie n'est plus seulement local et qu'il n'est plus centralisé dans le fonctionnement d'un système de pouvoir.

 

 I le fonctionnement d’une organisation en réseau

 

Le réseau est une organisation composée de volontaires qui partagent un même but et mettent en commun des ressources pour y parvenir. Les décisions sont prises à l’unanimité et le mode de fonctionnement est déterminé par le groupe. Dans un groupe restreint comme la famille ou les sociétés juridiques de personnes, les associations, cette organisation ne pose guère de difficulté tant que les membres sont de bonne volonté et développent une confiance les uns envers les autres. La composition de l’organisation repose sur le principe de l’intuitu personnae : ce sont les personnalités, la prise en compte des caractéristiques de chacun des membres qui sont essentielles pour le bon fonctionnement de l’organisation. Par contre dans des groupes sociaux plus nombreux, nous retrouvons un certain nombre de principes d’organisation qui assurent le développement d’organisations en réseaux sur de vastes territoires en regroupant les réseaux locaux dans de puissantes confédérations et dans des civilisations qui furent les plus brillantes et avancées du point de vue du niveau de vie de l’ensemble des individus.

Nous allons suivre le déroulement chronologique du développement d'une organisation en réseaux : au départ, il y a quelques individus qui se font confiance et qui travaillent à développer cette confiance. Mis à part le cas du sentiment amoureux, les causes de cette volonté de se réunir sur un plan plus vaste tiennent à une façon de voir les autres, de voir le monde. Nous allons montrer comment se développe dans les modes de vie cette maximisation de la confiance qui n'existe pas dans les systèmes de pouvoir. Ensuite nous montrerons comment les règles et les normes permettent le fonctionnement des réseaux. Enfin nous montrerons comment les valeurs de paix et d'amour qui caractérisent la culture et les finalités des réseaux peuvent marier les cultures des peuples dans le respect de leurs différences.

1) la maximisation de la confiance entre les membres du réseau dans leurs modes de vie :

1.1  la conception de la place de l’être humain résulte de l’utilisation des deux sources de savoir

 Nous commençons par la source intellectuelle qui est la seule admise et permise dans un système de pouvoir. Cette source intellectuelle utilise principalement la raison et ce sont les idées philosophiques qui sont utilisées pour sélectionner les valeurs, les normes et les modes de vie. Les réseaux utilisent les deux sources de savoir pour leur donner une complémentarité et une cohérence capable de répondre à nos raisons de vivre qui sont différentes des raisons de s'enrichir ou des raisons de se maintenir au pouvoir qui animent la vie des organisations en système de pouvoir. Nous allons ensuite montrer les connaissances apportées par la première source de savoir. Nous arriverons au constat que la première source est prioritaire dans un réseau et que c'est elle qui conduit les travaux intellectuels menés à partir de la seconde source de savoir. Dans cette première partie, nous en resterons là : à un aperçu d'ensemble. Dans la seconde partie, nous verrons les constructions intellectuelles, l'idéologie et les fables, les utopies développées par les dirigeants des systèmes de pouvoir. Dans la troisième partie nous verrons l'histoire des conflits entre les réseaux et les systèmes de pouvoirs. Dans la quatrième partie nous montrerons comment développer à nouveau dans nos sociétés cette première source de savoir et comment construire la complémentarité entre les deux sources.  Dans ces première et seconde parties, nous commençons nos propos à la révolution française et les exemples que nous utilisons dans nos deux premières parties vont du 18ème siècle à nos jours.

Notre système de pouvoir hérité de la révolution de 1789 repose sur la pensée de Rousseau : l’homme est naturellement bon mais la société le corrompt. C'est la première conception sur la place de l'être humain dans une société. La première partie de cette pensée peut se défendre et nous l’acceptons mais en donnant une toute autre raison que celle avancée par Rousseau. Par contre la seconde partie de cette pensée est fausse. Les révolutionnaires de 1790 ont été surpris par l'attitude du roi XVI et Robespierre a utilisé avec pragmatisme et opportunisme cette pensée de Rousseau justement pour supprimer les groupes sociaux anti révolutionnaires qui viennent corrompre la libre discussion des citoyens et empêcher ainsi l'intérêt général de se manifester. Rousseau indique que de la libre discussion entre les citoyens doit naître l'intérêt général. Ce qui implique qu'aucun groupe ne puisse venir influencer cette libre discussion qui doit aboutir au contrat social. Les révolutionnaires vont donc utiliser cette pensée pour éliminer justement la noblesse. Cet argument vaudra également contre le clergé dont la hiérarchie est occupée par les familles de la noblesse. Le décret d’Allard et la loi le Chapelier en 1790 vont interdire les corporations et les groupes intermédiaires entre le citoyen et la nation. Cette liberté du commerce et de l'industrie qui repose sur le grand acquis de la révolution de 1789, la propriété privée accordée à chaque citoyen dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, va très vite permettre la bourgeoisie de prendre la propriété des moyens de production dans l'ère industrielle qui débute. Nous y reviendrons plus loin dans la seconde partie.

 Comme la libre discussion entre les citoyens est très difficiles à mettre en oeuvre, Adam Smith va éluder ces difficultés et dire que c'est le marché qui est le lieu de rencontre entre l'offre et la demande. Les intérêts divergents entre les acteurs de ces marchés vont s'affronter jusqu'à ce que une main invisible viennent réunir ces intérêts dans l'intérêt général : le prix d'équilibre du marché qui maximise la satisfaction de chacune des parties. Pour les théoriciens du capitalisme, à la suite d'Adam Smith, l'homme naturellement bon va également comprendre les agents économiques égoïstes, les cyniques, bref tout ceux qui en cherchant à maximiser leurs profits, vont tout de même concourir au développement de l'intérêt général. La bonté naturelle de l'homme fait place à la recherche du profit personnel chez les économistes qui défendent le système capitaliste. Tout être humain cherche à s'enrichir, selon cette théorie et tous raisonnablement comprennent qu'ils doivent coopérer pour maximiser leurs profits.  Nous montrerons dans la seconde partie comment détruire ces fables que les dirigeants du système économique et politique capitaliste ont propagées pour légitimer la défense de leurs intérêts privés. Nous montrerons aussi pourquoi les penseurs du siècle des Lumières n'ont pas eu d'influence majeure sur les évènements de la révolution de 1789.

Pour dominer un système de pouvoir, les dirigeants sont obligés de tout prévoir, de fermer toutes les portes à l'imprévu tout en démontrant qu'ils s'occupent de cet imprévu. Ces dirigeants ne peuvent donc utiliser que la source rationnelle et intellectuelle de savoir. Ils doivent démontrer avec la logique que leurs promesses seront tenues et que demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Devant les contradictions et les échecs du capitalisme, Freud et Keynes dans les années 1930, vont chercher la cause fondamentale de ce dysfonctionnement majeur du système. Ils constatent que la science économique avec ses modèles mathématiques n'est pas capable de modéliser des comportements qui restent irrationnels et sont sujets à des phénomènes de foule, qui sont donc totalement imprévisibles. La volonté de s'enrichir au delà de toute question morale et de toute considération civique est considérée par Keynes comme par Freud comme une folie qui repose sur des angoisses, une peur qui trouve ses racines dans la volonté déraisonnable de vaincre la mort. Freud et Keynes sont arrivés au point de constater qu’il est impossible de maîtriser l’aspect irrationnel de l’économie. Mais ces auteurs n’ont pas pris en compte la nature du système de pouvoir capitaliste et ils n’ont pas cherché une solution du côté de l’alternative de l’organisation en réseau. Ils n'ont pas vu et compris que tout ce qui touche à la mort, que nos raisons de vivre ne peuvent pas se comprendre par la deuxième source de savoir et le travail intellectuel à base de raisonnements logiques. Ces auteurs, et nous ne sommes pas là pour leur en vouloir, comme tant d'autres ont été aveuglés par les perspectives du système économique industriel qui multipliait les biens matériels et les découvertes scientifiques et technologiques. Savants dans le travail intellectuel, ils n'étaient pas poètes et experts dans l'utilisation de la première source de savoir. Face au rationalisme scientifique qui sévissait à leur époque, Keynes et Freud ont été des dissidents puis ont été reconnus comme des précurseurs. C'est pourquoi, nous aussi, nous nous attachons à leurs oeuvres pour les utiliser comme points de repères dans nos propos. Freud a été très près de la première source de savoir lorsqu'il déclare que les poètes, parce qu'ils vivent constamment entre ciel et terre, peuvent mieux soigner les maladies de l'âme que les prêtres et les médecins.

La confiance n’existe pas à l’état naturel, elle s’obtient à la suite d’un travail de communication et elle passe nécessairement par l’acceptation de l’échange réciproque d’influences. La confiance est un résultat à partir d’un travail personnel et d’un travail de groupe sur notre mission d’autorité. Développer la confiance est une attitude qui résulte de la manière dont s'est construite une personnalité et plus largement une identité personnelle, c'est le résultat tangible d'un mode de vie et un savoir faire en communication.

 Nous utilisons ici la deuxième conception sur l’être humain : celle de Freud. Cette conception est le contraire de celle de Rousseau. Pour Freud, l’être humain est le plus violent de la création : il tue même sans savoir pourquoi il tue et n’a aucun respect pour sa victime. L’histoire du XXème siècle sert de preuve définitive sur ce point. Mais dit Freud, l’être humain est aussi un être social qui ne peut pas vivre sans les autres sinon il perd sa personnalité humaine et devient un animal, un enfant sauvage. Donc, l’être humain pour se développer doit apprendre à minimiser sa violence en lui et autour de lui. Sur le plan de la communication, il doit devenir assertif et ne plus utiliser des attitudes de manipulation, d’agressivité et de passivité. Sur le plan social, il doit assurer sa mission d’autorité qui consiste à éliminer la violence en lui et autour de lui. Freud a tenté de résoudre la question de la mort et il a bien vu que la mort constitue la pierre d’angle sur laquelle l’existence humaine doit se développer. La peur de la mort peut devenir obsessionnelle et la mort est source tout au moins de frustration. Freud comme Keynes vont considérer que la mort est la rareté fondamentale de la vie à partir de laquelle s’édifie la théorie de la rareté économique qui permet des prix élevés et une compétition entre les producteurs puisque tous ne pourront accéder aux ressources limitées par cette rareté. En réalité pour les économistes actuels, la rareté n’existe pas à l’état naturel. C’est une théorie inventée pour légitimer la maximisation des profits par les capitalistes, les propriétaires individuels des moyens de production. Et justement, le marketing va s’employer pour rendre rare aux yeux des consommateurs des biens produits en masse, voire produits inutilement dans un réel gaspillage des ressources. La mission d’autorité serait donc contredite par la théorie de la rareté. La volonté de vivre en paix devrait ainsi s’effacer devant la réalité économique de la rareté qui légitime le conflit, ou tout au moins la concurrence ou mieux encore une saine émulation dans une compétitivité pour gagner la course au dépassement de la rareté. Mais les lois de la compétitivité sont destinées à écraser et à éliminer les plus faibles dans l'injustice souvent la plus criarde. Ces deux auteurs vont considérer qu'une solution se trouve probablement du côté de la religion. Les plus riches qui ne peuvent s'empêcher de devenir encore plus riches seraient ainsi les victimes d'une religion de l'argent dans laquelle pour vaincre la mort, ils auraient un besoin obsessionnel de gagner toujours plus, en dehors de toute morale et de tout sens civique. Mais ils n'ont pas franchi le seuil de la première source de savoir et leurs travaux intellectuels se sont brisés sur cet obstacle irrationnel incompréhensible : pourquoi les plus riches conduisent le système capitaliste à sa perte en commettant des excès aussi dévastateurs de richesses et d'emplois.

 Freud a pourtant apporté une clé pour ouvrir une perspective plus constructive. Il a bien reconnu la place des poètes qui, parce qu’ils vivent constamment entre ciel et terre, sont mieux à même de guérir les maladies de l’âme que les médecins et les prêtres. Les poètes qui ont eu le courage de la lâcheté et ont été étudier l’industrie et notre système économique, apportent d’autres éléments de connaissance pour justement maximiser la confiance dans nos organisations. Le poète qui s’exprime ici a franchi les limites de la mort et il peut présenter l’intérêt de la démarche spirituelle individuelle pour développer cette confiance en nous et autour de nous.

 La démarche spirituelle nous confronte à notre première source de savoir : la source personnelle et initiatique qui nous apporte des connaissances sur les mystères de la vie de manière à pouvoir trouver nos raisons de vivre et à pouvoir un jour franchir les limites de la mort du corps charnel. À travers l'humanité, il y a toujours eu ces deux voies : celle de la connaissance intellectuelle qui mène à l'expertise, celle que l'on accorde à l'expérience de vie et qui mène à la sagesse. Nous nommons la source initiatique, première source de savoir parce que nous pouvons l'utiliser même sans savoir lire et écrire. selon l'expression très connue d'Arthur Rimbaud, il s'agit de créer un dialogue de l'âme pour l'âme. La démarche poétique peut-être une voie directe vers la source qui inspire le poète, nous verrons dans la quatrième partie qu'il y a trois autres voies.

Cette source initiatique et personnelle de savoir est aussi première par l'importance des connaissances qu’elle nous apporte sur nous-mêmes et les autres une fois l'initiation établie. L'initié développe une autre vision du monde plus sereine et pacifiée. Il n'a plus peur de la mort et à travers ses rencontres surnaturelles, il a déjà vécu un moment de la vie d'après la vie humaine. Actuellement cette source première de savoir fait l'objet de nombreuses recherches médicales : il est constant qu'un être humain peut être guéri d'une manière inexplicable par la médecine actuelle alors qu'il a subi un accident mortel. L'explication la plus utilisée parle d'une connexion entre une région de notre cerveau et une source d'énergie extérieure à notre corps charnel et qui se situerait en dehors de notre univers. Cette première source de savoir ne se limite donc pas uniquement à un savoir compréhensible par les êtres humains mais elle atteste de savoirs et de pouvoirs de guérison incompréhensibles par notre deuxième source intellectuelle de savoir. Nous reviendrons largement sur cette voie spirituelle et cette première source de savoir dans la quatrième partie. Bien entendu il s'agit ici d'éléments qui échappent à la raison, ce sont des connaissances irrationnelles qui touchent au domaine spirituel administré ou confisqué par les religions. Il n'en reste pas moins que l'essentiel acquis à travers cette démarche est une foi, une certitude inébranlable que nos raisons de vivre ne peuvent pas s'effacer devant les intérêts d'un pouvoir et la volonté de domination d'une minorité dirigeante. Au niveau individuel, l’impact de cette initiation aux mystères de la vie est l’élimination de la peur de la mort et il s’en suit une liberté plus vaste pour aborder la suite de notre condition humaine et l’orienter vers davantage de sérénité, de sagesse et de respect de la vie. Cette démarche spirituelle initiatique comprend trois étapes : l'involution c'est-à-dire la recherche de la source qui vit en nous, l'illumination c'est-à-dire la rencontre avec cette source, l'évolution c'est-à-dire la transformation de notre vie grâce à cette rencontre avec notre source de vie. La particularité de l'évolution repose sur la nécessité de trouver un partage de ces moments si particuliers de vie ainsi qu'un partage de cette nouvelle façon de voir le monde et le principe de vie qui l'anime. Ce besoin de partage en toute confiance a toujours au cours de l'humanité, rassemblés les initiés tout autour de la Terre dans des centres, des communautés, des villes d'où rayonnaient les connaissances. Il en va toujours de même au niveau des chercheurs qui travaillent en réseau pour partager leurs connaissances et progresser. La durée de ces trois étapes est variable : l'involution commence en général très jeune, du moins chez un poète, et une première rencontre avec les mystères de la vie arrive souvent vers 12 ou 13 ans, à la fin de l'enfance. Dès la première rencontre illuminatrice, l'évolution commence. D'autres rencontres très brèves, quelques minutes tout au plus sur les arêtes de la mort, vont se succéder plus ou moins régulièrement jusqu'au moment où le désir d'évoluer et de faire évoluer le monde qui l'entoure poussera l'initié à se satisfaire des rencontres vécues. Son travail porte alors sur la traduction de ces rencontres avec les mystères. Il utilise d'abord un langage hermétique et symbolique, la poésie est toute désignée pour ce travail sinon les autres domaines artistiques conviennent également. Puis il se décide à sortir des domaines artistiques pour s'exprimer en langage courant afin d'ouvrir le dialogue pour changer la vie et l'enrichir de ces moments de vie après la vie humaine.

 Nous sommes ici au coeur d'une civilisation. Soit elle reconnaît cette source première de savoir et en développant la voie initiatique, cette civilisation se fonde sur des mouvements qui regroupent des membres partageant cette sagesse, ces éléments de vie recueillie à travers l'initiation. Nous trouvons ici les sociétés matriarcales, les mouvements spirituels et les religions qui acceptent de reconnaître la voie initiatique, les civilisations qui ont développé l’initiation comme l’Égypte antique, la Grèce, les Celtes, la plupart des peuples premiers qui subsistent encore, etc. Soit cette civilisation interdit cette première source de savoir et elle développe alors des systèmes de pouvoir militaire plus ou moins liés à un système de pouvoir religieux qui défend des dogmes et qui très rapidement doit utiliser l’armée et la police pour réprimer les dissidents qui refusent cette tyrannie. Notre civilisation occidentale en fait toujours partie même si le développement des démocraties peut faire illusion. Nous reviendrons dans notre troisième partie sur cette histoire nourrie des conflits entre organisations en réseau et systèmes de pouvoir. Nos sociétés européennes et chrétiennes reposent sur des systèmes de pouvoir. Le système de pouvoir religieux qu’est la religion catholique romaine, depuis le concile de Nicée ( année 325 ), a interdit les communautés chrétiennes primitives et la voie de l'initiation. Il repose sur les dogmes de l'église et ce système aux ordres des papes a toujours détruit et exclu les mouvements spirituels et sociaux chrétiens. Nous verrons ceci dans notre troisième partie. En Asie, les mouvements spirituels ont survécu, principalement le bouddhisme. La religion musulmane n'a pas réussi à mettre en place une organisation aussi centralisée et dogmatique que la religion catholique et il existe toujours de nombreux mouvements musulmans qui accordent une place prépondérante à l'initiation individuelle ; l'initié reçoit alors la baraka. Plusieurs chercheurs de spiritualité ont abandonné les dogmes de la religion catholique et de la chrétienté pour rejoindre un mouvement initiatique musulman, le plus souvent ce fut le soufisme.

 Les organisations en réseau reposent sur les deux sources de savoir et elles trouvent une complémentarité entre les deux pour mettre en place les valeurs de paix et d'amour qui les caractérisent, nous allons y venir. L'initiation le plus souvent concerne les trois domaines dans lesquels s'exercent nos connaissances : la nature avec ses forces et ses contraintes, l'amour entre les êtres humains avec l'utilisation principalement de la dimension sexuelle de l'être humain pour arriver à l'extase, les mystères de la vie avec les rencontres surnaturelles que peut vivre un être humain sur plusieurs niveaux : celui des proches de sa famille et des défunts de son entourage, le niveau de la source qui vit en lui et anime son âme, le niveau des présences qu’il a pu rencontrer lors des moments qu'il a vécus en dehors de sa condition humaine. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans notre troisième partie lorsque nous montrerons comment développer de nouvelles organisations en réseaux.

Le bénéfice d’une démarche spirituelle repose sur la disparition de la peur de la mort et l’assurance que nous sommes en relation avec une vie après la mort de notre corps charnel. Cette relation n’est pas unique et exclusivement pour nous. Chaque être humain, chaque parcelle de vie possède cette relation avec sa source de vie et peut expérimenter la fusion, la communion avec une dimension plus vaste de la vie. Cette perception qui nous fait voir le monde autrement qu’avant cette rencontre, s’enrichit ensuite dans le partage avec les autres. Nous savons que chaque être vivant a été ou va être confronté aux questions essentielles de sa condition humaine. La forme de vie est différente selon les espèces vivantes mais la vie participe d’un même mouvement originel dont la puissance dépasse les limites de nos conditions terrestres. Dès lors notre évolution d’être qui a trouvé les racines de sa vie, nous pousse vers les autres pour chercher les indices qui nous permettent de comprendre où ils en sont dans leur propre cheminement vers leurs raisons de vivre et de mourir. Les contacts et les partages sont possibles mais à défaut, il suffit parfois de leur donner des indices sur le chemin, de leur montrer un exemple certes déroutant dans un premier temps puis plus rassurant et confiant. Réussir à éliminer la violence qui est en nous passe par cette étape qui fait appel principalement à notre première source de savoir.

 Arrivés à ce stade, nous pouvons reprendre la pensée de Rousseau : oui, l'être humain est naturellement bon et pour nous, la raison principale repose sur le fait qu'il dispose de cette première source de savoir personnelle et initiatique à partir de laquelle il va donner une orientation constructive et humaine aux connaissances que ses capacités intellectuelles lui apportent ou qu'il apprend à travers son éducation et sa formation. Ce niveau de confiance inébranlable, cette foi dans nos raisons de vivre et cette connaissance que celui qui vit en nous est le même que celui qui vit dans les autres, oriente nos activités pour minimiser les violences en nous et autour de nous. Cette confiance nous permet d’assurer avec succès notre mission d’autorité individuelle et collective dans les groupes sociaux où nous vivons sans peur de la mort et sans reproche sur nos manières de respecter la vie. Le réseau est avant tout un lieu de partage de la parole et surtout de la parole intime liée à notre démarche initiatique. Ce partage commence par le silence et l'écoute de soi et des autres. Dans notre quatrième partie, nous présenterons les conditions et la manière de mettre en place cette démarche spirituelle dans un réseau de vie.

La maximisation de la confiance est donc possible à partir de la première source de connaissances lorsque les êtres humains partagent leur démarche d'initiation aux mystères de la vie pour trouver une vision du monde enrichie au contact de ces mystères et qui les rend capables de se réunir au sein de réseaux qui leur assurent une réponse à leurs raisons de vivre. Au niveau de la  deuxième source de savoir, la source intellectuelle, cette maximisation de la confiance utilise la conception de l'être humain développée par Freud. L'Être Humain est le plus violent de la création et donc il doit chercher à minimiser la violence qui est en lui et autour de lui en exerçant sa mission d'autorité pour maîtriser ses attitudes et développer sa dimension sociale. La cohérence entre les deux sources s'établit sur le fait que pour minimiser la violence qui est en lui, il trouve la solution à travers sa démarche spirituelle et initiatique. À travers son évolution, l'être humain qui n'a plus peur de la mort, est capable d'éliminer sa violence et il est capable de bâtir des relations fondées sur les valeurs de paix et d'amour parmi les réseaux de vie auxquels il appartient.

 

1.2  la mission d’autorité gérée en réseau minimise les violences individuelles et collectives

 L'être humain pour minimiser sa violence doit assurer sa mission d'autorité : il doit s'efforcer d'éliminer les sources de violence qui sont en lui. Parmi les éléments qui composent sa personnalité, son caractère et les acquis de son éducation, les sources de la violence liées au caractère sont les plus discutées car elles induisent une possibilité de transmission des gènes de la violence par héritage. Nous reviendrons sur ce débat dans notre troisième partie. Pour le moment, une fois que nous avons admis cette mission d'autorité qui appartient à chaque être humain, il se pose la question de savoir comment elle va être gérée. Il y a deux possibilités : chaque individu est capable de trouver la solution pour minimiser sa violence, il peut s'éduquer ou bénéficier de l'éducation de ses proches pour exercer sa mission d'autorité d'une manière satisfaisante. Dès lors il n'y a plus besoin du système éducatif, du système répressif. C'est la voie philosophique de l'anarchie. Cette voie est cependant très risquée car il suffit que quelques-uns n'arrivent pas à s'éduquer eux-mêmes pour mettre en péril l'ensemble du groupe social. Si cette solution de l'anarchie est viable dans des groupes restreints, la plupart des peuples l'ont écartée. La seconde possibilité repose sur une délégation d'autorité faite par les membres du groupe au bénéfice de quelques-uns qui se voient confier la mission de gérer cette autorité. Cette délégation d'autorité peut se faire dans le cadre d'un réseau comme dans le cadre d'un système de pouvoir. Dans le cadre d'un réseau, le groupe participe à la gestion des activités comme nous allons le voir en utilisant principalement le principe de subsidiarité. La délégation d'autorité est donc ici minimale. Dans un système de pouvoir, la délégation d'autorité faite par les membres du groupe permet à la minorité d'exercer le pouvoir. Et ceci correspond à la vision démocratique du pouvoir car au départ, la minorité au pouvoir peut très bien déclarer qu'elle est légitime parce qu'elle tient ce pouvoir directement de Dieu. La délégation d'autorité se heurte donc dans les systèmes de pouvoir aux sources du pouvoir admis par les dirigeants. En suivant l'exposé de Max Weber sur les sources du pouvoir, les dirigeants peuvent tout d'abord déclarer tenir cette délégation de la tradition, le groupe peut confier cette délégation au plus charismatique de ses membres où troisième solution et solution moderne, le groupe peut donner cette délégation à une minorité qu'une analyse rationnelle considère comme la plus compétente possible, mieux encore cette délégation devient impersonnelle lorsqu'elle réside dans l'expression de la loi. Ces trois possibilités existent dans un système de pouvoir mais elles ne sont pas compatibles avec la vie d'un réseau géré d'une manière participative en démocratie directe. Pour minimiser les violences, les organisations en réseau sont plus performantes que les systèmes de pouvoir car il n'y a pas le risque que la minorité qui a reçu la délégation d'autorité se coupe de l'ensemble du groupe, voire fasse bande à part comme c'est le cas actuellement dans la plupart des démocraties représentatives. Le lecteur l'aura également compris, une minorité au pouvoir dans un système peut très bien entretenir la confusion entre délégation d'autorité et management autocratique à partir de l'attitude autoritaire. La délégation d'autorité ne signifie pas que le pouvoir a le droit d'utiliser la manière autoritaire pour exercer le pouvoir et commander. Éduquer un groupe social dans ce sens représente pour les dirigeants d'un système, une entreprise manifeste de développement de l'ignorance. Délégation d'autorité et délégation de pouvoir sont différentes dans leur nature et leur objet. Reconnaître la délégation d'autorité des membres du groupe envers la minorité chargée d'organiser le pouvoir repose sur le principe que le pouvoir appartient aux membres du groupe et que cette délégation d'autorité ne supprime pas la mission d'autorité que chaque membre du groupe doit continuer à assumer pour minimiser les violences. La délégation d'autorité n'est jamais totale, elle n'est que partielle. La délégation de pouvoir est une mesure d'organisation mise en place par la minorité chargée d'exercer le pouvoir. Cette délégation peut porter sur des tâches de la gestion du pouvoir : sélectionner des connaissances, établir des règles  ou des normes élaborées par le groupe lui-même, décider des investissements, des budgets, etc. Cette délégation de pouvoir peut aussi porter sur le commandement, la manière de faire appliquer les règles et les normes et sur la manière de trancher les litiges au niveau de ce commandement. Autorité, pouvoir, commandement sont trois niveaux, trois étapes dans l'organisation d'un groupe social qui se déroulent de manière très différente selon que le groupe s'organise en réseau ou en système de pouvoir.

Pour illustrer cette manière qu'ont les réseaux de minimiser la violence, nous utilisons les exemples d’éducation pratiquée chez les peuples premiers dans leurs sociétés matriarcales où les femmes dirigent la sexualité individuelle et la sexualité de groupe pour cimenter d’une part les relations sociales à l’intérieur du groupe et d’autre part transmettre l’initiation à l’extase amoureuse qui est un chemin vers la rencontre avec les mystères de la vie. Ces pratiques font alors l’objet de rites qui soudent la cohésion du groupe et garantissent l’obtention de couples solides et durables dans leurs amours. Nous reviendrons plus loin principalement sur l’exemple des fêtes orgiaques décrites par Malinowski chez les indigènes des îles Trobriands. Alexandra David Neel raconte également des rites semblables chez les peuples des montagnes de l’Himalaya qu’elle a rencontrés, bien que dans ces villages d’altitude, les groupes soient moins nombreux et les richesses matérielles et alimentaires plus pauvres. La pratique de rites sexuels apporte l’assurance de connaître l’extase, la fusion des êtres qui reste une étape indispensable à travers le cheminement spirituel avant de connaître la fusion plus totale avec ce qui vit en nous lors de la rencontre illuminatrice qui nous donne nos raisons de vivre et de mourir. Ces rites sexuels permettent de montrer que l’individu, jeune homme ou jeune femme, a une maîtrise de la force de vie qui anime sa condition humaine, qu’il sait donner du plaisir à son conjoint et qu’il est capable d’une communion et d’une fusion avec lui. Cette étape permet de donner l’assurance au groupe que des couples solides et amoureux vont enrichir la vie sociale de l’organisation et venir renforcer la paix, la cohésion et la solidarité. Au niveau du groupe, le partage de l’initiation et la recherche en commun de la communion et de l’extase à partir de notre sexualité a comme impact la découverte et la pratique de la puissance de la vie vécue à deux ou à plusieurs. Cette seconde étape est la suite logique et naturelle de la première : dépasser la mort ne servirait à rien si ce n’est pour éprouver la puissance de l’amour, à commencer par notre corps charnel avant ou après avoir connu la puissance de l'amour une fois notre corps charnel quitté. Ces rites sociaux qui utilise la dimension sexuelle de l'individu correspondent au départ à une délégation d'autorité que se donne le groupe en se mettant d'accord dans un lieu et dans un temps donné sur de nouvelles limites ou sur une absence de limites par rapport au mode de vie quotidien. L'objectif commun est de participer à une séance de défoulement et de plaisir ainsi que de profiter d'une occasion pour tenter d'assouvir ses désirs les plus secrets afin d'éliminer une éventuelle frustration.

 Au niveau de l'exercice du pouvoir, l’autorité chez ces peuples est reconnue sur le plan de l’organisation du groupe, aux membres qui ont réussi leurs amours et fondé un couple solide puis qui ont réussi l’éducation de leurs enfants et participé au développement de la survie du groupe. Alors seulement après ces étapes, l’être humain, hommes et femmes, reçoivent la délégation de pouvoir pour exercer la direction des affaires politiques, économiques et sociales. A ce stade, l’exercice de l’autorité résulte d’une capacité personnelle à utiliser en toute complémentarité le savoir obtenu sur la première source initiatique et le savoir rationnel, l’expérience de vie accumulée par la pratiques des responsabilités humaines sur le plan matériel et intellectuel. Seuls les membres qui ont démontré des capacités exemplaires dans l'exercice de l'autorité peuvent ensuite prétendre à exercer une délégation de pouvoir et nous verrons que chez ces peuples cette délégation de pouvoir est très partielle au niveau de l'élaboration des règles tout comme au niveau de l'exercice du commandement pour faire appliquer ces règles car le pouvoir est géré le plus souvent en commun.

 la minimisation des violences résulte de la complémentarité des deux sources : d’un côté les abus de la source rationnelle sont éliminés, les conséquences des peurs et des obsessions également. D’un autre côté, la raison et le travail intellectuel condamnent les entreprises dogmatiques qui se nourrissent d’éléments spirituels pour imposer une interprétation fausse destinée à légitimer les intérêts d’une minorité dirigeante dans un système de pouvoir théocratique. Cette minimisation des violences individuelles et collectives est la grande force des organisations en réseaux. Ces peuples premiers font l’amour et ne font pas la guerre et ils n’ont pas peur de la mort. En amours, ils ne connaissent pas la jalousie. Nous y reviendrons dans notre troisième partie en prenant l’exemple du peuple Moso en Chine, celui des indigènes des îles Trobriands en Océanie, des peuples iroquois confédérés autour de la grande loi qui lie. Ces exemples serviront de base pour mettre en place une actualisation de ces principes de notre société actuelle.

 Il est évident que lorsque nous présenterons dans la seconde partie, le fonctionnement des systèmes de pouvoir, cette absence d’éducation à la confiance, à la découverte de nos raisons de vivre et à l’exercice social de l’autorité sera la règle parce que justement, les systèmes de pouvoir se fondent sur la confiscation de la mission individuelle d’autorité pour imposer leurs dogmes, leurs mythes et leurs utopies qui masquent la farouche et destructrice volonté de leurs dirigeants d’accumuler toujours plus de richesses à travers leur domination. L’autorité dans un système de pouvoir se mesure à la capacité de développer l’obéissance et la soumission sur des groupes toujours plus nombreux et dans des contextes toujours plus complexes jusqu’au stade où l’abus de pouvoir, l’excès d’autorité vont pousser à la révolte les membres du groupe. C’est la principale raison logique et intellectuelle de leur incapacité d’assurer la minimisation des violences. C’est aussi la raison pour laquelle leurs dirigeants préfèrent nettement avoir le monopole de la violence en organisant leur domination d’une manière policière et militaire quitte à mettre en place des systèmes de plus en plus autocratiques et des totalitarismes. Mais restons dans le fonctionnement des organisations en réseaux.

 

1.3  l’alliance des contraires assure le droit au respect de chacun au niveau social

 

L’exercice de l’autorité que nous venons de décrire correspond à un groupe social limité dans sa taille. Au delà du groupe, pour assurer la minimisation des violences à travers plusieurs groupes, au niveau d’un peuple et entre les peuples, les organisations en réseaux et les mouvements spirituels utilisent dans leur fonctionnement le principe de l’alliance des contraires. L’alliance des contraires est fondamentale dans les mouvements spirituels de l’Asie, le taoïsme, le ying et le yang, le tantrisme de la main gauche et celui de la main droite, etc. Ce principe est la base de l’équité lorsqu’il s’agit de résoudre un litige lors de l’application d’une règle. A défaut d’une opposition ou d’un point de vue différent, il s’agira de donner la parole à « l’avocat du diable ». Le constat est évident : au niveau social, excepté l’imposition forcée des dogmes, il est impossible d’obtenir en permanence un accord unanime sur l’ensemble du fonctionnement d’une société ainsi que sur la manière de vivre entre les peuples de la planète. Pourtant, un intérêt commun existe dans la manière de considérer la vie et d’assurer à chacun la dignité dans sa condition humaine.

 L’alliance des contraires va bien au delà du simple respect de procédures équitables lors d’un litige et va au delà du droit judiciaire avec ses principes du contradictoire, de la publicité des débats, etc. C’est une éducation à l’exercice social de l’autorité. Nous ne sommes plus ici au stade individuel ni au stade du groupe mais au niveau social. Nous avons dit précédemment que la délégation d'autorité reste toujours partielle. Lorsqu'un problème ou un litige survient dans l'accomplissement de la mission d'autorités individuelles ou dans l'exercice du pouvoir ou du commandement, la résolution de ce problème ou de ce litige fait appel à nouveau à l'expression de l'ensemble du groupe. Il ne s'agit pas uniquement d'opposer l'intérêt de la société à celles des individus, l'intérêt des dirigeants au pouvoir à l'intérêt des membres du groupe comme c'est le cas dans un système de pouvoir. Le but reste identique : minimiser les violences pour assurer le développement de la paix sur le plan politique économique et social.

Dans un système de pouvoir, les dirigeants adoptent une attitude autocratique en imposant le savoir qui sert leurs intérêts. Ils disent : « nous savons » et il faut leur obéir. Apporter la contradiction, penser autrement représente alors une déviance et une opposition qu’il faut éliminer ou au minimum faire taire et occulter. Dans l’organisation en réseau, les membres du groupe coopèrent en vue de la réalisation d’un projet. Ils doivent inévitablement intégrer le principe d’incertitude et tenir compte des imprévus dans leurs démarches d’activité. Ils savent ce qu’ils veulent et ils savent qu’ils sont capables d’obtenir le résultat voulu, qu’ils peuvent réussir à obtenir la solution optimale. Mais ils savent aussi qu’ils doivent surtout compter sur un minimum d’erreurs pour réussir. Celui qui réussit est d’abord celui qui commet le moins d’erreurs. Nous sommes ici en présence du modèle IMC d’Herbert Simon. Intelligence modélisation choix : les décideurs ne peuvent pas tout prévoir, ils arrêtent de réfléchir quand ils trouvent la solution qui leur procure un niveau optimal de satisfaction. La solution optimale qui génère l’unanimité du groupe n’est pas unique et surtout elle n’est pas la marque d’une vérité absolue. Elle est optimale par rapport à un ensemble de contextes : spatial, temporel, relationnel, social, etc. Le travail intellectuel à partir de la deuxième source de savoir permet de trouver cette solution optimale matérielle et relationnelle.

 Dans la recherche de cette solution optimale, il y a deux moments, deux étapes. La première étape concerne la définition des objectifs et l'assemblage des données, le recueil des connaissances et des informations nécessaires à la réalisation de ces objectifs. La deuxième étape concerne la recherche des solutions, la mesure des risques pour dégager la solution optimale. Ensuite il reste à prendre la décision et dans une organisation en réseau, cette décision est prise par l'ensemble du groupe à travers une gestion participative locale. Nous retrouvons ici en management le schéma de la prise de décision de Peter Drucker avec ses sept étapes : définir l'objectif, assembler les données, trier les données et les sélectionner, positionner les alternatives, mesurer les risques, décider et trancher, suivre la décision avec un tableau de bord. L'alliance des contraires organise la première étape dans la recherche de la solution optimale et le principe de subsidiarité organise la deuxième étape. Bien entendu les deux sont complémentaires. Pour continuer à utiliser le vocabulaire du management, nous pouvons dire que l'alliance est contraire représente l'état d'esprit avec lequel il faut mettre en place la veille informationnelle. En clair, pour définir un objectif et assembler les données, il faut prendre en compte tous les points de vue. 

La plus ancienne entreprise occidentale vieille de 1500 ans, fondée en l'an 500 au mont Cassin par Bernard de Nurcie, l'organisation en réseau des monastères bénédictins, comme les mouvements spirituels d'Asie, utilise cette alliance des contraires. les membres d'une organisation en réseau cherchent à apprendre de toutes les expériences et de tous les personnages originaux. Chez les bénédictins la décision est prise en trois étapes : au départ il y a la phase du silence, les moines sont à l'écoute de même et les autres et notamment des novices qui ont encore un regard neuf. Puis vient la phase du dialogue qui confronte les points de vue. Enfin il y a la troisième étape, la phase de l'action de laquelle la décision est prise puis est mise en oeuvre. L'alliance des contraires concerne les deux premières phases : l'écoute et le dialogue. Il s'agit de sortir de notre champ cognitif habituel, de notre cadre de référence quotidien pour prendre en compte ce que font les autres. Les critères qui différencient les contraires sont extrêmement nombreux : le sexe, l'âge, des critères d'espace et de temps: une origine géographique, une période de l'histoire, etc. Pour mettre en place l'alliance des contraires, il faut donc commencer par regarder si la plupart de ces critères sont présents sont représentés parmi les membres du groupe. Il n'est pas nécessaire que des personnes physiques appartenant à ces critères soient présentes, il suffit que leurs points de vue soient présents. Dans un système de pouvoir, les décisions sont soumises à une cohérence par rapport aux objectifs des dirigeants du système, parfois il y a peu de liberté pour définir des objectifs différents. Ces contraintes et ces limites n'existent pas dans les organisations en réseau. L'exemple des monastères bénédictins est intéressant. Les règles mises en place par Bernard de Nurcie en l'an 500 sont toujours présentes mais elles ont été constamment réinterprétées en fonction de l'endroit et de l'époque où se trouve le couvent. Ce mélange de règles fixes et de flexibilité est largement inconnu dans les systèmes de pouvoir qui sont incapables de changer. Par exemple les entreprises ont des durées de vie très limitées car justement elles sont incapables de changer c'est-à-dire de définir de nouveaux objectifs qui changent radicalement leurs structures. Pour Herbert Simon, l'intelligence d'une organisation porte sur sa capacité à se remettre en question dès qu'une menace ou une opportunité dans l'environnement se manifeste afin de s'adapter pour en tirer l'avantage optimal. Un autre exemple d'alliance des contraires se retrouve dans la confédération des nations iroquoises :lorsqu'un autre peuple refuse les propositions de paix de la confédération, ce sont les femmes et les mères qui ont seules le droit de déclarer la guerre, c'est-à-dire le pouvoir d'envoyer leurs maris et leurs fils au combat. L'alliance des contraires est ici utilisée pour prendre en compte le sort des victimes possibles d'une décision. Comme chaque décision présente des avantages et des inconvénients, en bonne intelligence, il ne s'agit pas de minimiser les inconvénients ou de les occulter mais de les gérer au même niveau que les avantages attendus. C'est bien entendu ici une démarche de prévention des risques. Cette prévention des risques fait partie intégrante de l'alliance des contraires.

Il ne faut pas se limiter à la considération simpliste qui dit que l’alliance des contraires nous permet de trouver un juste milieu. Car il ne faut pas considérer ce juste-milieu comme un idéal. Lorsque nous savons ce que nous voulons faire, avant de décider, nous devons rechercher qui a intérêt à prendre une décision contraire. La démarche écologique repose essentiellement sur de telles confrontations : le gaspillage des ressources d’un côté entraîne la pauvreté et la misère pour les autres. La recherche du profit pour les uns a pour conséquence un partage de plus en plus inégal des richesses. Le monopole des industries de bio technologies agricoles sur les semences entraîne en Inde la ruine et le suicide des paysans et ces conséquences sociales inacceptables ne dérangent pas ces capitalistes car pour être encore plus rentable, l’agriculture doit se faire à grande échelle sur de vastes surfaces. Le financier cynique vous répondra que cette évolution inévitable s’est faite en plusieurs siècles en occident mais qu’aujourd’hui cette évolution doit se faire très rapidement et donc brutalement en Asie ou en Amérique du Sud car il s’agit de nourrir l’humanité et l’explosion démographique sur notre planète. La fin des petits paysans est ainsi inéluctable pour favoriser l’agriculture capitaliste capable de générer de fabuleux profits financiers pour ses dirigeants. Le fonctionnement de notre système de pouvoir politique, économique et social occidental rejette toute possibilité d’alliance des contraires et de gouvernement mondial fondé sur les valeurs de paix et d’amour. Ce fonctionnement repose sur des équilibres de la terreur pour dissuader les peuples de bouger et se révolter : terreur nucléaire, terreur démographique avec des peuples condamnés à la misère endémique, terreur technologique avec les menaces des pollutions, du changement des climats. Terreur des futures guerres mondiales lorsque les peuples chassés par la désertification, la montée des eaux, par la misère mortelle se mettront en marche vers les pays disposant de conditions de vie confortables et agréables. Les dirigeants de notre système de pouvoir économique capitaliste rejettent toute perspective d’alliance des contraires : ils sont dans la défense de leurs dogmes et leurs recherches de toujours plus de profits. Aucune négociation n’est possible car il n'y a pas d'alternative possible à leurs politiques neo libérales : il n’y a pas chez eux la reconnaissance qu’une alternative est possible. le fonctionnement de leur système de pouvoir exclut toute alliance des contraires. Nous le montrerons plus loin : pour restaurer cette alternative et mettre en place l’alliance des contraires, nous devrons nous séparer d’eux et éliminer leurs système de domination dans nos sociétés.

 La vie et la mort peuvent s’opposer et apparaître comme deux contraires mais pour l’initié, la mort n’est plus qu’un passage entre deux contraires : une condition humaine incapable de comprendre les mystères de la vie et une vie d’après la vie humaine qui n’a plus rien à voir avec le corps charnel. Nous pouvons retrouver ici Freud et Keynes. Freud soutient que la pulsion de mort est inscrite au cœur de l’activité humaine et elle est repoussée par la pulsion sexuelle qui est une pulsion de vie. Mais le risque de voir une société se désagréger reste permanent. Chez Keynes, le détournement de la pulsion de mort est opéré par le désir infini d’accumulation. L’amour obsessionnel de l’argent devient une passion morbide, répugnante, qui entraîne les désordres sociaux et la révolte des plus pauvres. Dans cette alliance des contraires, l’issue fatale est pessimiste chez Freud. Keynes est un peu plus optimiste en demandant que les états mettent en place un gouvernement mondial fondé sur les valeurs de paix et d’amour capable de satisfaire les besoins essentiels de l’humanité. Nous l’avons déjà dit, ces deux auteurs n’ont pas abordé la démarche spirituelle et ils n’ont pas vu l’intérêt de l’alternative des organisations en réseau par rapport aux systèmes de pouvoir qu’ils critiquaient. Leurs discussions restent limitées au cadre du savoir imposé par les systèmes de pouvoirs et ces deux auteurs ne sont pas réellement sortis de ce cadre de pensées. L’alliance des contraires représente un état d’esprit, une éducation, un désir qui ne peut exister sans une mise en pratique. Si nous reprenons le fameux terme marxiste de praxis, l’alliance des contraires est la finalité de l’organisation, l’élément stratégique de la praxis. Le principe de subsidiarité qui conduit la démarche d’activités opérationnelles et tactiques est alors le second élément complémentaire de cette praxis.

 

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Plan de la Partie 1 : le fonctionnement des organisations en réseaux

la description de la culture d'une organisation en réseau à partir des modes de vie, puis des règles et des normes pour arriver aux valeurs fondatrices de l'organisation.

le fonctionnement d'une organisation en réseau

1) la maximisation de la confiance entre les membres du réseau dans leurs modes de vie :

1.1  la conception de la place de l’être humain résulte de l’utilisation des deux sources de savoir

1.2  la mission d’autorité gérée en réseau minimise les violences individuelles et collectives

2) le fonctionnement de la démocratie locale : les règles et des normes

2.1 le principe de subsidiarité

2.2 l'alliance des contraires

2.3 de l’assurance à la solidarité

2.4 la complémentarité entre les 3 formes de propriété et la priorité accordée à la propriété commune.

3) le mariage des cultures garantit la pratique des valeurs de paix et d’amour

3.1 la complémentarité entre spiritualité et religion

3.2 la liberté sexuelle garantit l’enrichissement amoureux 

3.3 La gestion des deux sources de savoir et l'élaboration d'un savoir global capable d'assurer le respect de la vie sur notre planète

4) les opportunités actuelles pour le développement des réseaux 

4.1 les technologies informatiques de communication et de gestion

4.2 les découvertes sur l’origine de l’humanité

4.3 les découvertes scientifiques sur l’organisation de l’univers

4.4 les menaces sur la vie sur terre

le plan du site

 

les ressources disponibles pour approfondir le fonctionnement des réseaux

la vie après la vie

le livre du Dr Moody

les deux sources de savoir

l'origine du savoir interdit

le cours sur Autorité-Pouvoir-Commandement

le cadre de cette analyse

le peuple Moso

la vie sexuelle des sauvages

TIAHUANACO

photos des Andes

les abbayes :  le Mont Cassin, Cluny

Clairvaux, le Mont Sainte Odile

Baumes les Messieurs

la constitution de la confédération des nations iroquoises

le temple de Dendérah : photos

l'animation flash sur Dendérah

l'Egypte antique

Osiris vert : le survivant

OVNIS et armes secrètes américaines

les armes de la guerre secrète

   

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