la veuve du lieutenant FFI

mise à jour le 25/08/04 et le 16/05/2007, le 23/02/2012, le 29/09/2013, le 19/04/2014, le 31/08/2014

 

Cette veuve, notre voisine qui habitait deux maisons au dessus de la nôtre, est toujours restée silencieuse et meurtrie après la mort de son mari. Engagé depuis 1942 dans le mouvement Résistance-Fer, lieutenant des FFI, chef de groupe au 1°bataillon du 2°régiment de France, celui-ci participe début août 1944 aux préparatifs de l'insurrection de Paris dont Résistance-Fer avec les mouvements communistes sont les instigateurs. Ceci sans autorisation ni des alliés ni du gouvernement provisoire dirigé par le Général de Gaulle. Charles Birette en 1944 est âgé de 49 ans. En août 1914, à 19 ans, il avait refusé d'endosser l'uniforme allemand et avait franchi la frontière pour se rendre dans les Vosges et s'engagé dans l'armée française. A la fin de la guerre, il reviendra en Alsace. En 1940, il est fait prisonnier dans le secteur de Saint-Dié. Démobilisé en 1941, après avoir été prisonnier en Allemagne, il s'installe à Paris et s'engage dans la résistance. Son métier de cheminot et sa maîtrise de l'allemand lui permettent d'opérer des actes contre l'occupant.

mise à jour du 29/09/2013 : lien avec le site web du réseau Vengeance

Juillet 2011

Précisions de M. Pierre Mallez, officier liquidateur du réseau Turma-Vengeance :

J'ai lu votre commentaire sur les fusillés de la Cascade du Bois de Boulogne. Je pense que vous pourriez préciser que Charles Birette était le chef des Corps Francs Vengeance du Raincy. Quant à Jacques Delaporte, Arthur de Smet, Jacques Schlosser, Roland Verdeaux et Pierre Weczerka, ils étaient membres des Corps Francs Vengeance du groupe de Chelles. Les historiens essayent d'éliminer notre réseau, parce qu'il n'était pas politique, alors qu'il était fort bien organisé et très fourni en hommes de valeur. Voyez donc notre site web « Chantran.Vengeance". Merci de bien vouloir citer l'appartenance à notre réseau de quelques hommes entraînés dans ce guet-apens par l'obstination du Dr Blanchet.

Les détails sont consultables ici.

 

Les évènements tels que le voisinage a pu les apprendre de cette veuve, sont au départ simples : le groupe commandé par ce lieutenant FFI est chargé de distribuer des armes aux futurs insurgés. Ce jour là, vers le 15-16 août, le groupe revient d'un transport d'armes, sa mission est terminée. Un autre groupe doit partir mais son chef n'est pas là (ou est sans chef ?), le lieutenant Birette en prend alors le commandement et part effectuer cette mission. Ils sont attendus dans un garage par la Gestapo, fait prisonniers, torturés puis sont les derniers fusillés au chêne du bois de Boulogne, près de la cascade. 

La version officielle est celle-ci : " Tombé avec une quarantaine de ses camarades dans un piège (le groupe avait rendez-vous Porte Maillot avec un officier anglais qui devait leur livrer des armes pour l'insurrection, en fait il s'agissait d'un agent de la Gestapo qui les conduisit rue des Saussaies), il a été abattu le 16 août 1944 à la Cascade du Bois de Boulogne. "

 

Sa veuve reviendra au village mais va se murer dans le silence, elle ne parle que pour plaindre son mari victime d'une abominable trahison à quelques heures de l'insurrection libératrice. Elle donne aussi le sentiment que rien n'a été entrepris par la Résistance pour sauver son mari et son groupe, qu'au contraire, il se peut que ces derniers aient été abandonnés à leur sort tragique et ce pour servir des intérêts supérieurs. Ayant reçu une somme d'argent conséquente pour l'indemnisation de la perte de son mari, elle n'était pas à cours d'argent à la fin de la guerre. En 1948, le corps de son mari est enterré au cimetière du village avec les plus grands honneurs militaires et civils. De nombreuses personnalités sont présentes. Cependant un deuxième malheur va frapper cette veuve : leur fille unique va décéder d'une pleurésie attrapée durant la guerre pour avoir passé de longs mois cachée dans des caves humides et froides de Paris. Il semble que cette veuve ait dépensé de fortes sommes pour tenter de sauver sa fille mais malgré l'argent et les médecins, rien n'y fit. C'est probablement là la cause de ce silence et de sa peine puis plus tard d'une certaine gêne matérielle. Les médecins n'ayant pu sauver sa fille unique, a-t-elle ressentie ceci comme une deuxième trahison. Personne n'a pu sauver ni l'un ni l'autre de sa famille.

 

Depuis nous savons qu'en effet c'est la résistance parisienne en lançant cette insurrection qui a modifié les plans militaires des alliés et que devant les troubles, les massacres commis ou rendus possibles par les troupes allemandes, le général Eisenhower céda à la pression du Général de Gaulle pour autoriser la 2ème division blindée du Général Leclerc à entrer dans Paris au secours des FFI. Pour convaincre l'état-major allié de modifier sa stratégie, la résistance et le gouvernement provisoire de la France Libre ont-ils eu "besoin" de martyrs, de victimes pour mettre les alliés devant le fait accompli ? Est-ce pour obtenir ces martyrs que les locaux de la Gestapo et les endroits où elle fusillait les résistants n'ont pas été les premières cibles des combats ? Que la décision de s'enfermer au coeur de la ville fut prise, laissant le champ libre à un moment tragique aux troupes allemandes afin de mieux légitimer la demande d'aide aux troupes alliées ? Ce serait une raison aggravante pour comprendre cette rancoeur que cette veuve porta en elle jusqu'à sa mort envers les dirigeants français de quelque parti qu'ils soient... Dans le film " Paris brûle-t-il ", une séquence montre le gouverneur allemand de Paris se plaindre au consul de Suède qu'il en a marre de devoir faire le sale boulot au profit du futur gouvernement français, à savoir arrêter les nombreux "mauvais" résistants et négocier avec les quelques "bons" pour les laisser organiser la libération de la ville, sachant que la milice de Vichy est toujours active et joue sa carte personnelle sans obéir forcément aux ordres allemands.

Depuis peu, grâce au travail d'historiens, les circonstances de la mort de 35 jeunes du groupe de la ville de Chelles commencent à être précisées. Nous reprenons ci-dessous les textes parus sur internet de la commémoration de ces martyrs. La trahison du groupe par un agent des services secrets allemands infiltré dans un mouvement de résistance jeune et inexpérimenté ne fait plus aucun doute. Comme il est rapporté ci dessous, un commando de ce groupe se rendit bien dans un garage Rue d'Armaillé dans le 16ème arrondissement de Paris où ils furent capturés. Ceci concorde avec les propos tenus par cette veuve. Dans les textes ci dessous, il est dit qu'il existait une filière d'approvisionnement en armes que les jeunes de Chelles et des villes voisines venaient de découvrir et ils cherchaient à l'utiliser pour s'armer. Cette filière était certainement organisée par un mouvement de résistance bien structuré comme celui de Résistance-Fer et des FTP. 

Cependant, il semblerait aux dires de la veuve (telle que la tradition orale les conserve) que le second groupe de résistants appartenait au même mouvement et que son mari connaissait ce camarade qui pour une raison ou une autre n'était pas à l'heure au rendez-vous pour faire partir ce second groupe avec les mêmes camions. D'après nos dernières informations, le docteur Blanchet aurait contacté le commandant "Albert" (en fait Mr Bouteiller, instituteur à Lagny) qui, méfiant, a préféré ne pas participer à l'opération ... Mais cela reste à vérifier ...

De nombreux groupes de résistants s'armaient ces jours là et ils n'y avaient pas que ceux de Chelles même si les évènements ont fait qu'aujourd'hui nous retenons surtout leur martyr. Le fait que son mari soit mort à la place d'un autre chef moins sérieux ou responsable et qui lui, aurait eu droit aux honneurs accordés aux libérateurs de Paris peut expliquer aussi l'amertume de cette veuve ( ce sont toujours les plus braves qui meurent en premier et la victoire est souvent laissée à d'autres... moins braves !). 

 

Un ancien chauffeur alsacien des généraux Juin puis de De Lattre en Italie et lors de la campagne de France et d'Allemagne qui avait pris sa retraite au village, avait lui aussi entrepris des recherches pour expliquer ce secret ou cette mise au silence du "cas Birette". Il en avait conclu que jamais les gens du village ne connaîtraient la vérité car elle ne peut être dite ou avouée. L'hypothèse la pire serait alors de considérer que devant la confusion et les captures de groupes de résistants jeunes et inexpérimentés, la direction de la résistance non communiste ait pris l'initiative de faire tomber des groupes de résistants FTP affiliés au communisme de manière à ce que ces derniers mieux armés que les autres ne prennent pas la direction totale de l'insurrection au point de faire de Paris une ville libre communiste lors de l'arrivée des troupes alliées. Sachant que Résistance-Fer a été un des premiers mouvements à lancer l'insurrection, ceci pourrait expliquer cela et expliquer qu'aucune preuve ne sera jamais donnée. Il est connu que les uns dénonçaient de temps à autres les autres et que les autorités allemandes s'étaient émues de devoir faire le sale boulot à la place des autorités françaises, comprenant bien les querelles intestines de la résistance française mais ayant bien du souci avec leur responsabilité "allemande" pour ne pas endosser encore une responsabilité "française" supplémentaire ( ce fut aussi une des raisons pour les autorités allemandes de signer l'armistice puis la capitulation de Paris, évitant ainsi de mettre au compte des troupes allemandes les victimes des combats fratricides entre résistants français ou les victimes de l'épuration vichyste). Il semble aussi que les coups de feu tirés depuis les toits de Paris lors du défilé du Général de Gaulle ne provenaient pas de soldats allemands mais bien de tireurs français... Tout ceci pour expliquer que la situation politique des résistants étaient compliquée même si dans la marche victorieuse l'unité s'est imposée, la victoire faisant tout oublier !

 

mise à jour du 25 août 2004 et le 16/05/2007: 

 

Au vu des articles de presse sur la commémoration des 60 ans du massacre des résistants à la cascade du Bois de Boulogne, la situation s'éclaircit et l'histoire des 35 résistants de Chelles massacrés à la cascade est quasiment établie. Le rôle du traître qui se fait passer pour un agent anglais explique cette capture des résistants. Mais le groupe FFI du lieutenant Birette agissait dans le cadre d'une autre structure : il avait sa propre cache d'armes et n'avait pas besoin de "courir les rues" pour en trouver. Le service de renseignement allemand qui organise cette capture des réseaux de résistance en région parisienne avec l'aide de traîtres français parvient à attirer le 16 août trois groupes : un groupe de jeunes du mouvement chrétien, un groupe de FTP communiste, tous deux de Chelles ou des environs et un groupe de résistants de Draveil. Les deux premiers ont rendez-vous le matin, le troisième l'après-midi. La préparation de ces rendez-vous prend plusieurs jours et est dirigé par le chef du premier groupe de Chelles qui n'a pas d'armes. Les deux autres groupes ont des armes mais pas suffisamment et sont donc intéressés par le partage des armes qui serait organisé par les services secrets britanniques, c'est ce que fait croire le traître à la solde des nazis.

 

Une autre  mission vers cette cache d'armes rue d'Armaillée sera annulée le lendemain (ce dont parle des articles de presse), une fois ces arrestations du 16 août réalisées. Les prisonniers du groupe FTP rejoindront ceux du groupe des jeunes de Chelles, rue des Saussaies et seront massacrés le matin du 17 août à la cascade du bois de Boulogne. Le chef du groupe de Chelles sera abattu près des locaux de la Gestapo, avenue Foch. La veuve du lieutenant Birette rapporte que son mari a été transféré avenue Foch dans les locaux de la Gestapo pour être torturé car les allemands avaient compris qu'il était alsacien et parlait allemand, donc ils pouvaient l'interroger en allemand directement sans interprète et ils pensaient que sous la torture, il parlerait et donnerait des renseignements, surtout que sa famille était toujours en Alsace et pouvait donc servir d'otage et de moyen de pression.  Des résistants camarades de Birette se sont précipités dans les locaux de la Gestapo avenue Foch dès la prise de ces locaux par les FFI et ils ont trouvé  des prises de notes qui montrent que Birette n'avait pas parlé. Lors du regroupement des corps dans la grange, les corps ont été pris en photo pour une identification ultérieure par les familles. La veuve du lieutenant Birette a reçu ces photos et elle les montra une fois à ses voisins membres de notre famille : le visage de Birette n'était plus reconnaissable après la torture. Est-il mort sous la torture ? Les témoignages indiquent que le corps du capitaine chef du groupe des jeunes de Chelles a été jeté sur le tas de cadavres à la cascade du bois de Boulogne. Il est alors fortement probable que le corps de Birette ait été lui aussi et en même temps jeté sur ce tas de cadavres. Il se peut que l'identité alsacienne de Birette ait été découverte rapidement tout simplement par le fait qu'il ait injurié en allemand des soldats allemands, ce qui serait amplement compréhensible ou qu'il ait donné des contres-ordres en allemand pour égarer les soldats qui les capturaient et qu'à partir de ce moment là, il soit séparé des groupes de résistants capturés et que ces derniers en aient perdus la trace. Il reste aussi l'hypothèse fort plausible que la présence d'un alsacien parlant allemand soit suspecte ou difficilement explicable à l'opinion publique parisienne et que son cas ait été mis de côté. Il y a aussi l'hypothèse que lors de leur transfert avenue Foch, Birette et le capitaine qui dirigeait le groupe des jeunes de Chelles et qui avait participé aux discussions avec les prétendus agents britanniques pour fixer les 3 rendez-vous, ont pu discuter de la situation et que Birette s'est rendu compte de la bêtise que l'autre avait commise. A ce moment ce capitaine s'est certainement rendu compte de sa méprise et qu'un homme comme Birette aurait pu lui dire qu'il n'était pas normal qu'un rendez-vous soit fixé au garage rue d'Armaillé par quelqu'un d'autre hors de Birette et de ses supérieurs directs qui avaient organisé avec succès les transports d'armes précédents dans Paris. A ce moment là, ce capitaine a bien pu choisir de tenter une vaine évasion suicidaire pour échapper à la torture et choisir ainsi lui même la mort. Les allemands ont pu l'abonner sur le trottoir, son cas pour eux était moins important que celui de Birette qui parlait allemand et qui sous la torture pouvait donner des renseignements bien plus importants sur les réseaux FTP et communistes, principale menace pour les troupes allemandes. Birette ne donna pas les noms des membres de son groupe qui avaient effectué le premier voyage, c'est une certitude vérifiée par ses camarades et transmise par eux à sa veuve. " Il n'avait pas parlé", c'était la seule fierté qui lui restait de son mari.

 

Le groupe de Draveil a été arrêté en dernier vers 15h au milieu de la rue Leroux suite à une fusillade nourrie avec les troupes allemandes car il comprenait des résistants armés dont certains étaient policiers. Les deux autres groupes avaient été arrêtés le matin. Le lieutenant Birette n'a pas été exécuté avec ce groupe rue Leroux. Sa veuve rapportait qu'il a été arrêté dans un garage, donc celui de la rue d'Armaillé dans lequel il était déjà venu chercher des armes à la tête d'un autre groupe et qui depuis avait été découvert et investi par la Gestapo et les services de renseignements allemands. Ces déclarations montrent que le second voyage de Birette a bien pour destination le garage rue d'Armaillé et non la rue Leroux. Le premier voyage au garage rue d'Armaillé le matin du 16 août correspond bien à la seconde fois pour Birette car il n'a pas pu aller une fois à ce garage le matin du 16 août pour revenir à Paris l'après-midi avec le groupe de Draveil arrêté rue Leroux. Les allemands connaissaient bien une réelle cache d'armes de la résistance rue d'Armaillé : l'avaient-ils découverte par filature et travaux d'enquête ou sur dénonciation d'un traître infiltré dans la résistance ? Cette seconde possibilité est la plus vraisemblable et le traître a bien pu profiter d'une maladresse parmi les résistants qui s'échangeaient les adresses où ils pouvaient trouver des armes. L'adresse du garage pouvait être vérifiée par les résistants et comme elle était exacte, cela pouvait cacher aux résistants le fait qu'ils avaient affaire à des traîtres au service des nazis. ( les rendez-vous avaient été fixés 2 à 3 jours avant le 16 août, donc il était possible pour la direction de la résistance  de vérifier que cette adresse était bien ou non une cache d'arme). Mais pourquoi le premier groupe du lieutenant Birette n'a pas été capturé lors de son premier voyage ? Pour pouvoir capturer plus de résistants ? Les hasards des combats ?

 

 Un résistant en contact avec le groupe de traîtres et d'allemands avait bien été arrêté quelques jours auparavant par la Gestapo car il était en mesure de comprendre la supercherie et qu'il avait affaire avec des allemands et non des britanniques. La veille, des messages de Radio-Londres demandaient aux résistants de Paris de se méfier car une rafle était prévue par les Allemands. Ce renseignement  avait-il été récolté par le décryptage des transmissions allemandes effectuées par Ultra, le service de renseignement allié utilisant les premiers ordinateurs au monde et qui avait cassé le code secret des machines Enigma allemandes ? Ce renseignement venait-il des résistants parisiens qui par radio avaient alerté Londres et demander d'utiliser radio-Londres pour avertir tout le monde ? C'était bien une supercherie mais montée avec de la grosse ficelle qui ne pouvait marcher qu'avec des débutants... et si  certains résistants capturés étaient bien des débutants, il y avait aussi parmi eux beaucoup de cadres confirmés des mouvements de résistance et ceux-ci en avaient référé forcément à leurs supérieurs surtout vu le délai entre les discussions et les rendez-vous. Le mythe de jeunes étudiants voulant libérer Paris est faux. Ce sont des résistants expérimentés, des policiers et gendarmes, d'anciens militaires qui dirigent les 3 groupes de résistants capturés ce jour là. La direction de la résistance parisienne n'avait aucun contact avec l'extérieur, encore moins avec les britanniques qui avaient déjà en 1943 sacrifié nombre de ses réseaux en France pour préserver le secret du débarquement en Normandie en faisant croire à un débarquement dans le Pas de Calais. Pourquoi sont-ils partis sans protection aucune à ces rendez-vous ? Le contexte peut expliquer une partie de la crédulité ou de la naïveté de ces résistants : les alliés et surtout les services secrets anglais ( SOE ) pour aider les troupes débarquées le 6 juin à libérer la France, donnaient des armes par parachutage et lançaient des commandos derrière la ligne de front pour que ces soldats encadrent les maquis et ensemble réalisent des missions de guerre : la prise d'un pont, la destruction d'ouvrages de manière à gêner l'armée allemande et à aider les armées alliées à progresser plus rapidement. Ce fut surtout le cas pour les troupes débarquées en Provence qui grâce aux maquis des Alpes et du Jura put progresser rapidement sur Grenoble jusqu'à atteindre ses limites de ravitaillement sur le plateau du Jura. Il était donc plausible que la même tactique se déroule pour la libération de Paris : armer les résistants pour faciliter la progression des troupes alliées. Le service de renseignement allemand connaissait cette tactique puisqu'il luttait contre les maquis un peu partout en France, il a pu retourner la situation en manipulant la direction de la résistance à Paris en faisant croire à ces livraisons importantes d'armes aux maquis juste avant l'arrivée des troupes alliées. D'où l'envoi au rendez-vous allemand de groupes bien encadrés qui connaissaient la question du transport d'armes et étaient déjà engagés dans ces opérations de distributions d'armes. Mais ceci pose la responsabilité de la direction de la résistance parisienne et il est certain qu'aucun responsable n'aime endosser la responsabilité d'une pareille tragédie, d'où l'occultation des faits et la construction d'un mythe pour écarter tout lien entre ces fusillés et la direction de la résistance. Car au delà de ces fusillés, il y a le constat accablant et peu flatteur que la résistance était largement infiltrée par les services secrets allemands qui en fait, pouvaient décider eux-mêmes de ce que les résistants devaient faire : la preuve : cette capture et ce massacre du 17 août 1944. Comment une telle direction pouvait-elle se rendre crédible auprès de l'état-major allié pour revendiquer une responsabilité importante dans la libération de Paris. Au contraire, pour éviter d'autres massacres et d'autres désastres pilotés par les services secrets allemands, il valait mieux faire entrer immédiatement dans Paris une division blindée, si possible française, pour protéger la population et prendre la place de la direction de la résistance, imposer une direction militaire des opérations pour écarter toute autre menace de trahison et de manipulation des mouvements de résistance. Mais clamer sur les toits que la résistance parisienne était désorganisée au point de se faire manipuler par les allemands n'était pas tolérable. Il fallait construire le mythe de la résistance forte et victorieuse et donc écarter et placer dans l'ombre ou l'oubli, ces évènements tragiques qui mènent au massacre de la cascade du bois de Boulogne. Les familles des victimes et la population des villes touchées par ces morts n'ont jamais oublié ces évènements. La plupart n'ont pas cherché à comprendre ce qui s'était passé, quelques uns ont persisté dans ce refus du silence et ont poursuivi leur quête de vérité pour comprendre toute l'étendue de la trahison source de ces massacres.

Pourquoi y-a-t-il eu encore un troisième groupe arrêté l'après-midi rue Leroux ? Pourquoi le commandement n'avait toujours rien compris et n'avait pas empêché la capture du 3ème groupe ? Vingt ans après les faits, l'incompréhension se lisait toujours sur le visage de cette veuve lorsqu'elle évoquait les circonstances de la mort de son mari. Rue Leroux, les allemands avaient monté une souricière assez simple : 150 soldats à l'abri des murs dans les immeubles ont tiré sur la camionnette des résistants et les témoins parlent d'une fusillade mal gérée puisque les allemands se tiraient la plupart du temps dessus d'une maison à l'autre en face et que parmi les résistants, il y a eu peu de morts et de blessés, la plupart des résistants ont du être massacrés par la suite. La capture dans le garage rue d'Armaillé montre bien que les allemands avaient les clés du garage et qu'ils avaient pu s'y installer pour attendre l'arrivée du groupe de Birette : ils connaissaient bien l'adresse et ils n'ont pas souhaité engager une fusillade avec ce groupe dans la rue d'Armaillé et pour cause, ils savaient que ce groupe était bien armé puisque les résistants avaient déjà transporté des armes peu de temps auparavant : ils n'ont pas laissé le temps aux résistants d'utiliser leurs armes et il semble que ce furent des membres de la Gestapo qui réalisèrent cette capture et non pas des soldats allemands. Ensuite Birette a pu raconter au chef du groupe des jeunes de Chelles au cours de leur transport vers l'avenue Foch toute l'invraisemblance de cette expédition, ce qui n'a pu que rendre ce capitaine encore plus désemparé par l'erreur commise. Birette et son groupe avait déjà fait une livraison d'armes et il connaissait les caches d'armes de son organisation. Il savait que le travail n'était pas terminé et qu'il valait mieux poursuivre ce travail plutôt que d'aller chercher des armes à une adresse ignorée et provenant de groupes de résistants inconnus. Il faut établir la clarté sur un point important : ce garage de la rue d'Armaillé était-il une planque, une cache d'armes des FFI-FTP ou n'avait-il rien à voir avec l'organisation de la résistance ?

 

Au vu des évènements de la Libération de Paris, la capture du commando du lieutenant Birette peut faire partie des hasards des combats. La date de cette capture et les lieux la mette en "étroite relation" avec la capture du groupe de Chelles et celui de Draveil, capture des trois groupes qui fait partie d'un seul et même plan nazi. Ces trois groupes ont eu le même sort tragique à la cascade du Bois de Boulogne ou rue Leroux, d'autres groupes ont péri dans d'autres rues. La trahison est établie pour les 35 jeunes de Chelles. Pour la mort du groupe du lieutenant Birette, il reste à trouver le nom du responsable FFI qui n'est pas venu prendre la relève, à vérifier si cette absence correspond ou non à une annulation de la mission. Du côté allemand, il reste aussi une question : les services de renseignements connaissaient-ils l'adresse de la cache d'armes et ont-ils laissé un premier commando FFI prendre des armes pour mieux le suivre et connaître sa localisation pour ensuite arrêter tout le monde lors du deuxième passage ? Ont-ils voulu d'abord capturer l'important groupe de Chelles (35 personnes) venu dans deux camions dont l'un était un retard sur le premier et ensuite seulement le "petit" commando FFI (7 personnes) et ce dans un autre garage ? 

 Ils venaient à peine de commencer la distribution d'armes et ce contrairement aux directives gaullistes, alors il reste la question insidieuse : un parti voulut-il briser de suite ces distributions d'armes et a-t-il utilisé l'ennemi pour arriver à cette fin, impossible à réaliser de son côté ? Un agent double même plutôt mauvais représente alors le meilleur larron pour une telle traîtrise car au départ l'adresse des caches d'armes de la résistance n'était connue que des seuls résistants et toutes ne furent pas découvertes par les nazis, loin de là ! L'invention de l'adresse d'une cachette d'armes par un agent double pour attirer des jeunes résistants est une chose, la trahison de l'adresse d'une cachette d'armes une autre. L'intervention du groupe de Draveil comme celui de Birette, peut signifier que le mouvement FTP cherchait à infiltrer un groupe catholique et probablement gaulliste certainement pour mieux le contrôler dans la perspective du soulèvement dirigé par le mouvement communiste, ce que la hiérarchie de ce lieutenant ne reconnaîtrait jamais, préférant oubliant ces péripéties des combats et les mettant au compte d'un manque de coordination et de direction des groupes de résistants entre les 12 et 19 août 1944 (c'est la version du colonel Rol-Tanguy dans ses Mémoires qui consacre une demi-ligne à ce massacre de la cascade du Bois de Boulogne). La pire des hypothèses est qu'après avoir appris la capture des groupes FTP et pour alourdir encore la responsabilité des mouvements gaullistes, la direction communiste ait laissé partir le troisième groupe durant l'après-midi comme si le nombre de prisonniers ne suffisait pas. Il est possible que certains aient minimisé l'ampleur de la réaction allemande en n'imaginant pas le massacre qui allait suivre. Tout comme nous pouvons revenir à ce constat désolant d'une incurie totale au niveau de l'organisation de la résistance parisienne.

La version actuelle  de ce massacre est toujours loin d'être éclaircie en août 2004 comme en mai 2007. Il semble toujours collé aux guerres intestines de la résistance lors de la préparation du soulèvement de Paris mais l'unité se fit quelques jours plus tard et pour quelques temps... Le plus souvent, sur Terre, le succès est atteint après toujours quelques déboires.., les placards de l'histoire en sont pleins à déborder et ce ne sont pas eux que l'on retient malgré leurs enseignements sur la nature humaine. Transformer ces évènements en symbole de la résistance et en symbole du sacrifice de la jeunesse pour la libération du pays devient alors une imposture supplémentaire dans l'histoire. Ces évènements font partie de la longue suite d'erreurs militaires, de la gabegie des commandements aussi bien politiques que militaires qui ont toujours fait verser le sang d'une jeunesse innocente sans souci d'économie et sans respect pour les valeurs de 1789. Il y a l'excuse du soulèvement populaire toujours aussi fougueux et magnifique, incontrôlable. Il y a aussi le constat permanent que dans notre histoire aucune évolution ne peut se préparer sereinement, calmement et logiquement avec l'efficience optimale, aussi bien une libération de Paris qu'un changement de régime politique ou de constitution. A chaque fois des jeunes sont sacrifiés inutilement et par bêtise et imprévoyance, à chaque fois des stratégies politiciennes et militaires s'avèrent nulles et désastreuses. Il est temps que le souffle de la jeunesse balaie des dirigeants veules et corrompus qui s'attachent à leurs intérêts partisans plutôt qu'au salut du pays et de sa jeunesse. Voilà le message de ces martyrs, il n'a rien de patriotique mais il est éminemment humain, humaniste dans cette implacable revendication au respect de la vie et dans ce devoir intransigeant d'éliminer les fauteurs de guerre et les chefs de guerre au service de leurs idéologies et de leurs clans toujours prompts à utiliser des traîtres pour faire pencher en leur faveur l'incertitude des combats auxquels ils soumettent leurs peuples, combats militaires et sociaux d'hier, guerre économique et financière d'aujourd'hui qui laisse les jeunes dans la précarité et le chômage et tue à petit feu leur espoir de vivre. Ils sont morts héroïquement mais leur bravoure devant la mort ne peut excuser et justifier l'inutilité des guerres et la loi du plus fort et du plus combatif ou du plus conquérant. Nous ne devons pas les oublier certes mais rien ne justifie qu'ils soient cités en exemple à d'autres jeunes hormis la seule volonté de voir partir d'autres jeunes au combat soumis patriotiquement à la volonté des chefs de guerre politiques, économiques et financiers, religieux, militaires. Développer l'espoir de vivre ne se nourrit pas des horreurs du passé, du moins pour un poète dont le rêve d'humanité ne peut s'accommoder des tyrannies qui obligent les êtres humains à s'entretuer. Se souvenir, ce n'est pas imposer leur exemple, c'est seulement méditer sur nos raisons de vivre et de mourir, autant faut-il encore que la république se soucie d'éduquer sa jeunesse pour lui permettre de les trouver... à travers la lecture des auteurs qui ont su braver les interdits de ces derniers siècles pour en parler ou qui sont morts assassinés pour avoir refusé de renier leurs écrits sur le droit de vivre pour tout être humain et toute forme de vie. En France, ils sont nombreux, une année scolaire ne suffirait pas pour en achever la lecture !

 

remarque du 1/06/2007 : suite à la cérémonie organisée au monument des résistants de la cascade du bois de Boulogne par le nouveau président de la république lors de son investiture, plusieurs personnes ayant été liées à ces évènements tragiques d'août 1944 se sont manifestées auprès d'un webmaster et historien de la libération de Paris avec lequel nous sommes en relation. Ces personnes souhaitent raconter ce qu'elles n'ont pas voulu dire jusqu'ici et elles indiquent qu'elles ont des révélations à faire. Nous verrons que ces interventions servent surtout à discréditer la résistance communiste de Paris et de sa banlieue au prétexte que ces résistants cheminots pour nourrir leurs réseaux, pillaient les wagons à la gare de triage, ce qui était connu publiquement et faisait ainsi courir un risque important de représailles sur la population civile. Bref, l'éternel conflit entre celles et ceux qui luttent et celles et ceux qui veulent avant tout rester passifs et ne pas se mêler de questions dont ils ont peur ou pire, dont ils sont parfaitement indifférents.

 

mise à jour du 23/02/2012

 

A la suite de la mise en ligne des pages web sur les maîtres du monde et le rôle de l'oligarchie financière dans les deux guerres mondiales, nous savons comment les financiers de Wall Street, Rockefeller, Rothschild, Warburg... ont aidé les nazis à prendre le pouvoir et comment ils ont décidé du déroulement de la guerre pour la prolonger puis pour préparer l'affrontement avec l'Union soviétique.

La veuve du lieutenant FFI massacré à la cascade nous a appris dans quelles turpitudes, trahisons et combats de guerre civile, les résistants FFI ont servi de victimes pour empêcher que Paris ne soit libérée par les forces de l’insurrection populaire. Ces évènements démontrent que les services secrets nazis avaient pénétré le fonctionnement des mouvements parisiens de résistance. Ensuite des marchandages ignobles entre alliés et allemands, il y en a eu de nombreux au cours des combats ! Le dernier en date avant Paris ont été les 3 jours accordés de fait aux divisions SS de Normandie pour s’échapper de la poche de Falaise alors que la 2ème DB Française était la première dès le 14 août, malgré les ordres américains d’avancer moins vite, à pouvoir fermer la poche de Falaise et commencer la capture totale des armées allemandes. Le 17 août le groupement de Langlade se regroupe pour poursuivre l'exploitation vers Trun, afin de boucler la poche de Falaise en appui des 80th, 90th Infantery Division et 2nd Armoured Division US. La bataille de Chambois du 17 août au 20 août s'achèvera par l'anéantissement de la 7ème armée allemande. Mais dès le 14 août, l'armée allemande organise la retraite de ses troupes et ses pertes ne seront pas aussi importantes qu'il aurait été possible de le faire.  Le 20 août, la 2ème DB s’arrête juste derrière Chambois, le verrou de la poche de Falaise : les hommes de Massu s’arrêtent à la côte 226 en avant d’Omméel et ceux de Minjonnet à Frénée, juste derrière Chambois et la ligne de crête sur laquelle s’est sacrifiée la division polonaise pour tenir le verrou. Les soldats français estiment qu’ils ont perdu au moins 3 à 4 jours à cause de l’indécision de l’état-major américain qui a permis de fait aux divisions SS de s’échapper avec leurs officiers. (source Raymond Muelle, la 2ème DB, Presses de la Cité). Le général Patton durant l'automne 1945 posera des questions sur cette étrange conduite de la guerre militaire contraire aux intérêts militaires et qui pour les évènements de Normandie se soldera par l'échec de la prise des ponts sur le Rhin au Pays-Bas puis par les combats de la contre-offensive allemande dans les Ardennes. Plus tard, des militaires et historiens démontreront qu’ Eisenhower était aux ordres des financiers de Wall Street qui ont planifié et dirigé la seconde guerre mondiale, en commençant dès 1928 à fournir des armes aux SA d’ Hitler pour l’aider à prendre le pouvoir en Allemagne, sans compter l'oeuvre secrète de Martin Bormann placé dès le début à côté d'Hitler pour mieux renseigner ses commanditaires américains. Il est plus que plausible que l'état-major américain ait reçu des ordres pour laisser s’échapper ces divisions SS de Normandie. Lorsque le gouverneur allemand de Paris refusera d’exécuter plus longtemps les basses œuvres des alliées pour éliminer les résistants communistes de Paris et favoriser les manœuvres gaullistes, il ne restera plus que la solution de faire entrer au plus vite la 2ème DB dans Paris, une fois les troupes allemandes repliées en bon ordre. Leclerc désobéira à l’état-major américain avec l’accord de de Gaulle et ensemble, les français libèreront Paris des troupes allemandes pas encore repliées. Et nous connaissons la déclaration du Général de Gaulle pleine de soulagement pour affirmer et réaffirmer que Paris a été libérée par les français, la résistance et l'armée française réunies, enfin !

Dans ce contexte où le commandement suprême ne vient ni de Berlin ni de l'état-major allié mais de New York et de ses familles de banquiers dirigeant déjà le monde, le massacre de la cascade du Bois de Boulogne est une mesure de basse police menée par les allemands probablement sur l’initiative ou avec l’approbation de l’état-major américain aux ordres des banquiers et des politiciens de New York à moins que ce ne soit sur ordre direct des financiers américains transmis aux dirigeants de la SS avec lesquels ils avaient des liens étroits et permanents pour éviter tout risque de voir à Paris les communistes prendre le pouvoir. Ces financiers américains ont payé les gardiens SS des camps de concentration et d’extermination nazis qui fournissaient la main d’œuvre aux usines et spécialement aux usines d’IG-Farben propriété en réalité des Rothschild et Rockefeller et qui ne furent jamais bombardées par l’aviation alliée. Cette veuve du lieutenant FFI avait raison de mettre gaullistes et communistes dans le même panier pour les considérer comme les responsables de cette tragédie qui aurait du et pu être évitée. Elle oubliait, mais peut-on lui en vouloir, de nommer l’état-major et l’oligarchie financière américains empêtrés dans leur volonté de laisser échapper les divisions SS en prévision de la suite de la guerre contre l’ Union soviétique ou tout simplement dans le but de prolonger la guerre pour maximiser leurs profits tout en ne permettant pas à l’insurrection parisienne de se développer avec le risque de voir le parti communiste prendre le pouvoir. Les FFI représentaient l’union de la résistance mais il faut avouer que cette union ne fut que façade, probablement un marché de dupes supplémentaire comme les combines politiciennes savent si bien les gérer depuis Paris. Le calendrier des combats de Normandie permettait la libération de Paris vers le 15 août mais comme l’a souligné le général Patton après la capitulation de l’ Allemagne : pourquoi les combats n’avaient-ils pas suivi la stricte logique militaire, qui était intervenu pour en décider autrement ? L'on sait la surprise énorme que constitua la bataille des Ardennes menée justement par les officiers SS échappés de Normandie et que Patton dut repousser après d'intenses combats qui n'auraient plus du être. La responsabilité de ce massacre réside assurément plus à New York et Washington qu'à Paris et pèse bien davantage sur les financiers et banquiers de Wall Street que sur les militaires ou sur l'état-major des FFI. A trop vouloir sauver les divisions SS de Normandie, les dirigeants de la finance américaine ont obligé les armées alliés à prendre une semaine de retard alors que Paris les attendait mais les FFI ne pouvaient pas imaginer que la priorité des dirigeants alliés n'était pas de libérer Paris mais de laisser s'échapper les divisions SS de la poche de Falaise en prévision du prochain conflit contre les soviétiques.

Quant aux échos qui nous sont parvenus pour discréditer ces réseaux de résistants FTP de Seine et Marne, que ces cérémonies ont mis trop en lumières au goût de certains, nous comprenons. Ces résistants étaient pour bon nombre des cheminots qui travaillaient, comme Birette, à la gare de triage de Vaires. Ils avaient donc la possibilité de visiter les wagons de marchandises ou d'armes en transit. Assurément, ces cheminots sont à l'origine de réseaux de marché noir ou de distribution de vivres à des membres ou des sympathisants de la résistance. Assurément d'autres voleurs sans liens avec la résistance visitaient également les wagons. Cela se savait dans la région et beaucoup étaient écartés de ces distributions de vivres particulières ou de ce marché noir. Ces rancoeurs ont-elles un lien avec la dénonciation des résistants ? C'est possible comme c'est certain que la Gestapo enquêtait sur les vols à la gare de triage et que ces vols étaient un point de départ pour des filatures et une pénétration des réseaux de voleurs ou de résistance. 

Il n'en reste pas moins que ces arrestations et ces massacres du 16 et 17 août ont été organisés pour faire un exemple, faire peur et reculer la résistance alors que la bataille de Normandie n'était pas achevée et que les troupes allemandes qui s'en échappaient allaient pour partie passer par Paris dans les jours suivants. Le gouverneur militaire allemand de Paris savait que sa principale mission était d'aider la retraite des troupes allemandes de Normandie et qu'il ne devait pas détruire la ville comme Hitler l'ordonnait. Ce dernier ignorait que les financiers américains qui l'avaient aidé à prendre le pouvoir à Berlin, voulaient maintenant que les divisions SS s'échappent de Normandie. Hitler ne devait pas pouvoir comprendre que depuis le début, il était manipulé par ceux pour qui la guerre est la meilleure des aubaines pour s'enrichir considérablement. Ce massacre servit d'exemple pour calmer les résistants de Paris. Il arrangea toutes les parties prenantes : les gaullistes qui voulaient empêcher une insurrection dirigée par les communistes à Paris, les allemands qui avaient besoin de quelques jours pour faire passer leurs troupes échappées de Normandie, les américains dont la priorité fut de laisser partir les divisions SS et leurs officiers de la poche de Falaise, les français libres qui eurent enfin le prétexte, la juste cause pour désobéir à Eisenhower et lancer la 2ème DB à l'intérieur de Paris, les FFI de Paris pour reprendre à zéro l'organisation de l'insurrection. Ce massacre pouvait être évité à travers une correcte coordination des états-majors alliés et des FFI de Paris. Cette correcte coordination était possible en suivant les principes élémentaires de la guerre qui veut que lorsque la capture de l'ennemi est possible, tout soit entrepris pour y parvenir. Ce ne fut pas le cas en Normandie à cause des dirigeants politiques et financiers américains et ce furent les résistants de Paris qui en payèrent inutilement le prix du sang. Aucun parti ne peut être fier de ces évènements et il reste toujours à démasquer les véritables coupables de ces ordres criminels et à les juger, même au tribunal de l'histoire afin que tous sachent comment les héros sont morts pour les profits de quelques uns.

 

Sur une page web présentant le village de Lutzelhouse, nous pouvons lire :

" Au cimetière communal repose un grand résistant: Monsieur Birette Charles, né au 32 rue de la Fontaine le 11/04/1895, ce lieutenant fut fusillé avec 21 de ses camarades à la cascade du Bois de Boulogne. "

Ce chiffre ne correspond pas aux 35 martyrs de Chelles. Le chiffre de 42 morts est en 2004 établi : 35 pour le groupe de Chelles et 7 pour le commando FFI.

 

une plaque commémorative se trouve au Bois de Boulogne, pour la lire :

n.d.l.r : le lien ne fonctionne plus, voir les liens plus haut et la plaquette sur le site de la ville de Paris.

http://www.paris.fr/portail/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=15028

une rue porte son nom dans la ville de Villemomble où il résidait durant la guerre

 

Dans le livre : le patrimoine des communes du Bas-Rhin, aux éditions Flohic, se trouve la photo et le texte suivant qui établit une relation très étroite avec le récit des résistants de la ville de Chelles ci-dessous.

Charles Birette vers 1940 

collection particulière

Héros et martyr de la résistance, Charles Birette est né à Lutzelhouse le 11 avril 1895. Entré en 1942 dans le mouvement Résistance-fer, il tombe le 16 août 1944 dans une embuscade. Fait prisonnier par les nazis, il est torturé et exécuté avec trente quatre de ses compagnons à la cascade du Bois de Boulogne, quelques jours avant la Libération de Paris. Sa dépouille repose au cimetière de Lutzelhouse depuis 1948.

 

 

ci-dessous LES DOCUMENTS qui sont en relation avec les derniers résistants massacrés ou fusillés à la cascade du bois de Boulogne, peu avant la libération de Paris.

la plaquette décrivant les évènements : 

 

 et un site précis sur ces évènements :

 http://www.liberation-de-paris.gilles-primout.fr/emaillot.htm

Les cicatrices du passé

Juste à côté de la cascade du Bois de Boulogne, un arbre porte les cicatrices de l'histoire...

Les marques des balles sont encore bien visibles sur l'écorce de cet arbre sur lequel 35 jeunes résistants ont été attachés pour ensuite être fusillés par les Allemands, les 16 et 17 août 1944. 

Cette information est contradictoire avec le récit des textes ci-dessous qui parlent de massacre à la mitrailleuse et à la grenade pour les martyrs de Chelles. Y aurait-il eu 2 groupes exécutés  la même nuit ou un la nuit et l'autre le matin, ce dernier étant fusillé attaché à l'arbre ? Ce deuxième groupe serait celui du commando FFI du lieutenant Birette car ils avaient été horriblement torturés par la Gestapo.

 

autres liens :

 

 

  

Les 35 fusillés du Bois de Boulogne    PARIS (AFP),  le 22-08-2004

Le 16 août 1944, à la nuit tombée, 35 jeunes résistants, partis à la recherche d'armes pour le soulèvement parisien qui doit être déclenché quelques jours plus tard, sont fusillés par les Allemands à la cascade du bois de Boulogne.

Rappelant les "brutalités" auxquelles se livrèrent les Allemands et "que ne justifiait aucune nécessité militaire", Adrien Dansette écrira dans son "Histoire de la Libération de Paris" : "à la veille de l'insurrection parisienne, le bruit s'est répandu qu'on avait retrouvé au bois de Boulogne, près de la cascade, les cadavres de 35 jeunes gens mitraillés et achevés à la grenade".

Agés de 17 à 22 ans, la plupart appartenaient aux FFI (Forces françaises de l'intérieur) et FTP (Francs-tireurs et partisans) de Chelles (Seine-et-Marne) et des environs. Les autres étaient membres des Jeunes chrétiens combattants de la région parisienne ou de l'Organisation civile et militaire de la jeunesse (OCMJ).

Les jeunes chrétiens, qui avaient eu vent d'une possibilité de se fournir en armes, étaient entrés en contact avec un prétendu "capitaine" anglais, se présentant comme un officier de l'Intelligence Service.

Sans méfiance, ils proposent à d'autres groupes de résistants de partager ces armes venues de Londres et tous se rendent au lieu de rendez-vous fixé, porte Maillot, le 16 août 1944.

Les 35 résistants ne se doutent pas du guet-apens que va leur tendre un agent français de la Gestapo, un certain Marcheret.

Amenés dans un centre de la Gestapo, rue des Saussaies, ils sont livrés à des soldats de la Wehrmacht et à des policiers en civil. A la nuit tombée, on les conduit près de la cascade du bois de Boulogne. Ils sont abattus au fusil-mitrailleur, au moment même où ils descendent du camion, avant d'être achevés à la grenade.

Un de leurs chefs, le docteur Blanchet, avait été assassiné un peu plus tôt près de l'avenue Foch : son corps sera jeté sur les cadavres de ses camarades.

Dans la même nuit, sept résistants du même groupe, victimes d'un piège semblable, sont exécutés dans un autre siège de la Gestapo, rue Leroux.

Au total, quarante-deux résistants, issus d'univers sociaux et politiques très différents, trouveront la mort au cours de cette nuit d'été.

Arrêté après la Libération, Marcheret sera condamné à mort et fusillé le 20 décembre 1949. Huit autres gestapistes français seront condamnés à la peine capitale par le tribunal militaire de Paris en décembre 1952.

article du Nouvel Observateur :

Les fusillés de la cascade

Le 16 août 1944, 35 jeunes résistants venus prendre livraison d’armes sont arrêtés, torturés puis fusillés dans le bois de Boulogne par les nazis. Histoire d’un guet-apens.
 

C’est Jean-Louis Trintignant qui, dans le film «Paris brûle-t-il?», joue le traître qui a piégé trois réseaux de résistants pour les livrer à différents bureaux de la Gestapo du 16e arrondissement. Arrêtés dès le lieu de rendez-vous, devant le Luna Park qui existait alors porte Maillot, 35 jeunes résistants, étudiants, cheminots, ouvriers, instituteurs, venus prendre livraison d’armes pour participer à la libération de Paris, ont été fusillés dans la nuit du 16 août1944 au bois de Boulogne. On leur avait promis «des tonnes d’armes» et ils étaient venus nombreux: le responsable FFI de Chelles (Seine-et-Marne) avait rassemblé 21camarades issus des FTP, du Mouvement de Libération nationale et d’autres sensibilités. Les Jeunes chrétiens combattants (JCC) étaient venus à 11, notamment tout le groupe de la paroisse Saint-Marcel dans le 13earrondissement. Enfin, l’Organisation civile et militaire(OCM) avait envoyé 3jeunes, dont le responsable régional. Tous brûlaient de se battre les armes à la main. Le même jour, 7 autres résistants, venus de Draveil (Essonne), tombaient dans le même piège. Un dernier groupe, prévu pour le lendemain, y échappait de peu après une annulation de dernière minute. Qui était le traître qui avait réussi à monter une opération aussi meurtrière? La question continue d’agiter les esprits, notamment à Chelles, qui a perdu dans cette opération la plupart de ses chefs de réseau.
Deux procès, qui se sont tenus à la Libération, permettraient de reconstituer complètement le piège. Mais ils sont protégés pendant cent ans. Exceptionnellement, les Archives nationales pour l’un, les archives militaires pour l’autre, entrouvrent leurs cartons pour un chercheur ou un simple curieux. Christian Bernard, fils et neveu de deux des fusillés du bois de Boulogne, est de ceux qui ont plongé dans ces archives. Pierre Bourget, auteur d’un livre sur la libération de Paris (1), aussi. Et ils ont mis au jour une formidable machination.

Tout tourne autour d’un certain Alexandre. En fait, en ces temps de clandestinité, «Alexandre» jongle avec les identités. Francophone, il se fait parfois appeler «Comte de Marcheret». Ou «Marcheret d’Eu Glebb». Anglophone, il est «Captain Jack». Malgré «ééètres» ce Guy Marcheret n’est dans un premier temps qu’un petit indicateur qui vendait des ragots politiques à la police allemande. C’est un officier de l’Abwehr qui va lui inventer un rôle à la mesure de ses ambitions. Ce qui intéresse l’officier allemand du renseignement, Karl Rehbein, c’est la parfaite maîtrise de l’anglais de Marcheret : il va en faire un faux agent de l’Intelligence Service(IS).
Karl Rehbein, lui-même agent double de profession, est en contact avec un résistant –un vrai–, Wigen Nercessian, qui aidait des Russes à passer en Espagne. Nous sommes fin juillet 1944 et la Résistance cherche désespérément des armes et des munitions pour organiser le soulèvement de Paris. Et c’est fin juillet 1944 que Karl Rehbein présente «Captain Jack» à Nercessian. «Le capitaine Jack parlait un anglais très pur, avec un léger accent oxfordien, témoignera Nercessian(2). Il se faisait fort de nous trouver rapidement des armes par l’intermédiaire de l’Intelligence Service et il me questionna sur le nombre de résistants qui en prendraient livraison: il était souhaitable qu’ils fussent nombreux, afin que le chargement se fasse vite, ce qui me parut raisonnable.»
Un second rendez-vous a lieu «le 10 ou le 12 août» dans un café de la place du Théâtre-Français. Nercessian s’y rend avec deux chefs de réseau de la région parisienne : Jean Favé, responsable FFI de Chelles –qui coordonne une centaine de résistants de Seine-et-Marne, notamment ceux de la gare de triage de Vaires. Et Guy Hemery de Clamart, qui a repris la lutte après une évasion en 1943, en contact avec deux autres réseaux, les JCC et l’OCM. «Le capitaine Jack faisait figure d’organisateur de l’expédition, raconte Nercessian. Les résistants fourniraient des camions et des hommes, les agents de l’IS à Paris les armes et, par précaution, Jack ferait venir d’autres camions au lieu de rendez-vous. Un rendez-vous fut pris pour le 15 août, puis aussitôt remis à la suite d’un certain flottement au 16août.»
A la hâte, les résistants se procurent des véhicules et de l’essence, denrée rare à l’époque. Le groupe de Chelles mobilise un camion de déménagement –celui de l’entreprise Seigneur– et son chauffeur «Coco». Ainsi que l’ambulance municipale et l’employé qui la conduisait habituellement, Gabriel Verdier, 42ans. C’est de loin le plus âgé de l’expédition. Le responsable militaire des JCC, Bizet (en fait François Bellanger), dégotte un camion –qui tombera en panne avant d’arriver au rendez-vous. Quant à Guy Hemery, le responsable de l’OCM, il arrive à vélo de Clamart. C’est d’ailleurs ce vélo qui servira à Captain Jack pour faire la liaison entre les groupes qu’il va traiter l’un après l’autre.
Parti à 7heures du matin de la pointe de Gournay, le groupe de Chelles est pile à l’heure au rendez-vous du Luna Park. Ils ne sont pas armés, comme convenu. Le convoi se dirige rue d’Armaillé, toute proche, au garage où doit avoir lieu la livraison. Là, les véhicules sont immédiatement cernés par des Allemands en armes qui arrêtent tout le monde.
Le groupe des JCC est légèrement en retard, à cause de la panne de son camion gare de l’Est, qui arrive à 11h30 avec quatre résistants armés à son bord. Guy Hemery leur fait déposer les armes à la demande de Captain Jack. Et tous, vélos compris, montent dans un camion fiable mis à disposition par le chic capitaine. Une survivante, Michèle Boursier (Diane de son nom de résistante), raconte: «Nous roulons peu de temps, quelques minutes peut-être. Soudain nous entendons des rafales de mitraillette: on tire sur le camion. Le véhicule s’arrête, nous entendons vociférer des "Raus", la bâche est soulevée et nous voyons alors des Allemands armés de mitraillette autour du camion. Ils nous font aligner bras levés le long d’un treillage: je crois reconnaître l’avenue de Salonique.»
Le premier groupe est emmené à la Gestapo de la rue des Saussaies, le second à celle de la rue de la Pompe. Pendant ce temps, Captain Jack rejoint à vélo le groupe de Draveil à qui il a donné rendez-vous place Victor-Hugo. Ils arrivent à 15 heures, sont guidés vers la rue Leroux où ils sont accueillis par les mitraillettes allemandes. Au total, c’est donc 42 fusillés qui seront rassemblés dans une chapelle ardente de fortune, rue Chardon-Lagache.
Le 17 août à 5 heures du matin alors que les corps sont découverts au bois de Boulogne, Marcheret –alias Captain Jack– quitte Paris pour l’Allemagne. Arrêté au Danemark, il sera fusillé le 20décembre 1949 au fort de Montrouge. Karl Rehbein, lui, bénéficiera d’un non-lieu le 23 décembre 1950 en tant qu’«officier en service».

Catherine Erhel

(1) «Paris, année 44», Editions Plon, 1984.
(2) Déclarations au procès de la Gestapo de la rue de la Pompe, qui a eu lieu du 28mars au 2avril 1949 (Archives nationales), citées dans l’ouvrage de Pierre Bourget.

Catherine Ehrel


 
Amère libération à Chelles
 

Jean Favé et le docteur Blanchet étaient les deux responsables de l’expédition de Chelles. Jean Favé réussit à s’évader de l’hôtel de Chevreuse, où ils étaient interrogés par des officiers allemands. Survivant, il a été en butte aux soupçons : n’y a-t-il pas eu une trahison interne ? Incarcéré pendant trois ans à la prison de Fresnes, Favé sera blanchi par un non-lieu en 1948 et réhabilité dans ses grades de résistant. Mais sur le moment, les passions étaient si vives que le Comité local de Libération de Chelles a fait exhumer le 1er octobre 1944 le corps du docteur Blanchet pour prouver qu’il n’était pas en fuite. Le comité était présidé par sa veuve.

Catherine Ehrel  lien vers cet article : Le Nouvel Observateur, août 2004

24 Août 2002 - POLITIQUE

LIBERATION

Paris, 16 août 1944. Cascade du bois de Boulogne.

Tragédie d'une nuit d'été

 http://www.humanite.presse.fr/journal/1997/1997-08/1997-08-18/1997-08-18-039.html

La veille de l'insurrection parisienne, trente-cinq jeunes gens, en quête d'armes libératrices, tombent dans un piège. Gestapo, Abwehr ? Quelques questions restent sans réponse.

Ce qu'il aura fallu de souffrances et de deuils pour qu'enfin Paris se libère du joug nazi, pour que la France recouvre sa liberté et son indépendance, un épisode particulièrement tragique de l'histoire de la Résistance le résume. Il s'agit du massacre, au cours de la nuit du 16 au 17 août 1944, à la Cascade du bois de Boulogne, lieu à l'origine conçu par Napoléon III pour la promenade et la détente (1), de trente-cinq jeunes partis à la recherche d'armes, avec au cour l'espoir de participer aux combats libérateurs. Dix jours après le drame, le général de Gaulle descendait les Champs-Elysées. La nouvelle du carnage, à une époque qui en connut tant d'autres, se propagea. Il y avait quelque chose de significatif dans cet événement. Dans le premier ouvrage entièrement consacré à cette période, Adrien Dansette, évoquant les " brutalités " auxquelles se livrèrent les Allemands et " que ne justifiait aucune nécessité militaire ", pouvait écrire : " · la veille de l'insurrection parisienne, le bruit s'est répandu qu'on avait retrouvé au bois de Boulogne, près de la cascade, les cadavres de trente-cinq jeunes gens mitraillés et achevés à la grenade " (2).

La tragédie de cette nuit d'été est aussi évocatrice du niveau d'unité auquel était parvenue la Résistance. Les trente-cinq jeunes martyrs étaient pour les uns des FFI (Forces françaises de l'intérieur) de Chelles, en majorité des FTP (Francs-tireurs partisans), pour les autres des membres de l'Organisation civile et militaire (OCM), pour d'autres encore, des Jeunes chrétiens combattants de Paris et de Clamart. Très actifs, ceux-ci étaient en liaison avec l'abbé Borme, engagé, avec les prêtres de la conférence Saint-Vincent-de-Paul (13e arrondissement de Paris), dans la lutte contre l'occupant. On a longtemps pensé que ces jeunes chrétiens avaient eu écho d'une possibilité de se fournir en armes, seraient entrés en contact avec un certain Marcheret se prétendant envoyé par Londres, qui s'avéra être un agent de la Gestapo. Désireux de partager les armes libératrices avec d'autres groupes de jeunes, ils leur auraient fait partager leur triste sort. Sur le fond, l'explication n'est pas remise en cause : les jeunes résistants ont bien été victimes d'un agent infiltré. Pourtant, au cours de la cérémonie organisée, le 18 août dernier, sur les lieux mêmes du massacre, on a pu faire état de l'enquête récemment menée sur ce drame par l'historien Adam Rayski (3). Elle fait apparaître des éléments nouveaux. Selon lui, ce serait par l'intermédiaire évidemment involontaire d'une connaissance de l'abbé Borme, en l'occurrence Sabine Zatlin, alias " Jeanne ", résistante célèbre puisqu'il s'agit de l'ancienne directrice du refuge pour enfants d'Izieu, que le piège aurait pu être mis en place. " Jeanne ", dont le mari était déporté alors qu'elle-même était activement recherchée, aurait été en contact avec un certain " Alexandre ", agent des services de renseignement anglais. " Alexandre ", dont le dossier, d'abord annexé au seul rapport de police consacré, à notre connaissance, à cette affaire, a disparu, aurait travaillé sous les ordres d'un nommé Charles Porel (dit parfois Borel), de son véritable nom Karl Rehbein, officier de l'Abwehr, le service de contre-espionnage allemand.

Qui plus est, selon Adam Rayski, ce Porel avait pour compagne une jeune femme appelée Lydia Tscherwinska, dite " Katherine ", connue de " Jeanne ". Porel, enfin, dont le supérieur n'était connu que sous le pseudo de " Capitaine ", se serait, au cours des mois de mai et de juillet, notamment à Marseille, Toulouse et Paris, employé à faire tomber un réseau de jeunes résistants : " l'Armée juive ". Adam Rayski ne mentionne pas, dans son compte rendu d'enquête, l'existence d'un Marcheret. L'hypothèse a été avancée selon laquelle il se serait agi du " Capitaine " ( ?)... Quoi qu'il en soit, l'existence de Marcheret est confirmée par des témoins de l'époque. Ils précisent que le Marcheret en question, contrairement à ce que l'on a longtemps cru, a été châtié : condamné à mort le 2 avril 1949, il aurait été exécuté le 20 décembre de la même année... Quant à Charles Porel et à sa compagne, ils furent arrêtés. Voici ce qu'écrit à leur sujet Adam Rayski : " Le procès de Charles Porel (Karl Rehbein), de Lydia Tscherwinska et des gestapistes français s'est ouvert devant le tribunal militaire de Paris, le 20 novembre 1952. Sur le banc des accusés, une femme et treize hommes, dont Georges Guicciardini et ses deux fils qui avaient à peine vingt ans. Le cas Rehbein (Porel) a été dissocié, parce qu'" officier allemand en service ". Quant à Tscherwinska, elle a été relaxée, le tribunal ayant considéré qu'il n'existait pas de preuves suffisantes prouvant qu'elle connaissait le véritable rôle de son amant. Le tribunal a rendu son verdict le 23 décembre en prononçant huit condamnations à mort et sept autres par contumace. "

On le voit : des questions restent posées. Il y a matière à de plus amples recherches. Le thème du concours scolaire de la Résistance et de la Déportation sera, en 2003, " La jeunesse dans la Résistance ". Raison de plus pour ne pas oublier les trente-cinq de la Cascade.

Jean Morawski

Lire Historia nø 668, août 2002.

Adrien Dansette, Histoire de la libération de Paris, librairie Arthème Fayard, 1947.

Adam Rayski : la Lettre des résistants et déportés juifs, Nø 53-54, septembre-octobre 2001. Lire aussi, du même auteur, le Choix des juifs sous Vichy, préface de François Bédarida, Editions la Découverte, 1992.



Page réalisée par Intern@tif - Mercredi 28 Août 2002

 

 Commémoration des Martyrs de la Cascade
DISCOURS DE SERGE GOUTMANN, ADJOINT AU MAIRE DE CHELLES

dimanche 18 août 2002, par Serge Goutmann

http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-08/2002-08-24/2002-08-24-020.html

Dans la nuit du 16 au 17 août 1944, trente-cinq jeunes résistants (dont quatorze FTPF de Chelles) trouvaient la mort dans un terrible guet-apens, à quelques jours de la Libération de Paris. Voici le texte de l'intervention prononcée par Serge GOUTMANN, Adjoint au Maire de Chelles, à l'occasion de la cérémonie commémorative, tenue ce Dimanche 18 Août 2002.

"Passants, respectez ce chêne : il porte les traces des balles qui ont tué nos martyrs"…

Nous voici réunis - mesdames, mesdemoiselles, messieurs, amis et camarades -, nous voici réunis, comme chaque année à la même époque, au pied de l'écriteau qui porte ces mots terribles, pour nous recueillir à la mémoire des trente-cinq jeunes résistants tombés ici-même dans la nuit du 16 au 17 août 1944, il y a donc cinquante-huit ans déjà...

Comme il me revient l'honneur et la charge d'introduire cette cérémonie, permettez-moi de resituer en quelques mots le contexte et les faits qui nous rassemblent - peut-être de façon un peu plus précise (et donc un peu plus longue) que je n'ai eu l'heur de le faire jusqu'à présent lors des précédentes commémorations (et je vous prie par avance de bien vouloir m'en excuser). Mais des éléments nouveaux, dûs principalement aux recherches patientes de l'historien de la Résistance Adam Rayski, me permettent de rendre compte de façon plus précise du tragique enchaînement qui a conduit nos héros à la mort.

En ce mois d'Août 1944, après d'interminables années d'occupation, de terreur et de privations, Paris et sa région bruissent enfin d'un nouvel espoir, après l'annonce du débarquement des forces alliées en Normandie et de leur avancée vers Paris, tandis que le front russe a reculé pour sa part de Stalingrad jusqu'au-delà des frontières de la Prusse, et que les colonnes venues d'Afrique remontent maintenant l'Italie, la Corse et le Sud de la France.

Mais une terrible question se pose aux réseaux de résistance qui dès 1943 - et même avant, suite à l'appel du Général de Gaulle du 18 Juin 1940 et à celui de Maurice Thorez du 10 Juillet 1940 également - oeuvrent dans l'ombre, la plupart du temps, mais aussi sous la lumière des balles et des actes de sabotage qui se multiplient pour bouter l'occupant nazi hors de France.

L'historique question qui se pose en ce mois d'Août 1944 à toutes les organisations de résistance regroupées alors sous le sigle générique des F.F.I. est la suivante : Faut-il laisser les armées alliées contourner Paris pour hâter leur marche vers le Rhin - ainsi qu'en était le plan - au risque de voir la capitale dépecée, voire totalement détruite par les forces apeurées du Général Von Choltitz / ou faut-il lancer d'ores et déjà la grande insurrection populaire, permettant par la suite au Général de Gaulle d'évoquer "Paris par soi-même libéré"… ? On mesure l'enjeu de cette question pour toute la suite de l'Histoire, et l'on peut apprécier l'intelligence historique du Comité Parisien de Libération lançant effectivement l'insurrection.

Voici ce qu'en dit le général américain Bradley : "Paris n'avait aucune signification tactique. En dépit de sa gloire historique, Paris ne représentait qu'une tâche d'encre sur nos cartes ; il fallait l'éviter dans notre marche sur le Rhin".

Et voici ce qu'en a dit le général Eisenhower lui-même : "Les FFI et l'insurrection parisienne nous ont forcé la main". No comment.

C'est donc dans ce climat fébrile, emprunt d'espoir et d'exaspération, mais aussi de grand esprit de responsabilité, que venus des faubourgs et des banlieues, les réseaux de résistance se mettent âprement à rechercher les armes qui font alors cruellement défaut.

C'est ainsi que de jeunes responsables de la Jeunesse Catholique Combattante et de l'O.C.M. - Organisation Civile et Militaire de la Jeunesse Chrétienne - entrent en contact, par l'intermédiaire de l'Abbé Borme, de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul du XIIIème arrondissement (très liée à la Jeunesse Catholique Combattante) et d'une infirmière de la Croix-Rouge : une certaine "Jeanne", plus connue sous le nom de "Dame d'Izieu", autrement dit l'ancienne directrice de la Maison des Enfants Réfugiés de l'Ain… "Jeanne", de son vraie nom Sabine Zlatin, activement recherchée par la Gestapo, et dont le mari avait déjà été déporté… Ils entrent en contact avec un dénommé Charles Porel, qui se fait passer pour un émissaire de Londres, agent de l'Intelligence Service susceptible de leur procurer des armes. Ce Charles Porel s'avèrera par la suite être en réalité un agent de l'Abwehr, du nom de Karl Rehbein. Celui-ci sera jugé en Novembre 1952, ainsi que quatorze gestapistes de nationalité française, protagonistes de près ou de loin du terrible get-apens conclu ici-même.

Je ne sais pas, on ne sait pas si le gestapiste français du nom de Marcheret, désigné comme le commanditaire de l'ensemble de l'opération, figurait ou non au banc des accusés. L'on se souvient que lors d'une cérémonie commémorative tenue ici-même il y a quelques années, le regretté Albert Ouzoulias (alias Colonel André dans la Résistance, ancien Commandant en Chef des Francs-Tireurs et Partisans d'Ile-de-France et membre du Comité Parisien de Libération, mais aussi longtemps Président de notre Comité du Souvenir des Martyrs de la Cascade) nous indiquait que le dit Marcheret coulait des jours heureux en Allemagne. A vérifier…

Toujours est-il que nos résistants de Paris et Clamart, tout fiers d'avoir dégoté cette filière, informent quelques-uns de leurs camarades FFI de Draveil ainsi qu'un groupe Francs-Tireurs et Partisans de Chelles ; ils les invitent à se joindre à eux pour se rendre aux différents points de rendez-vous fixés pour prendre possession des armes leur permettant de prendre part au combat libérateur :

-  Rue Troyon, dans le XVIème, pour le groupe des Jeunes Catholiques Combattants de Paris,
-  Avenue de la Grande Armée pour le groupe de l'O.C.M.
-  Rue d'Armaillé, toujours dans le XVIème, pour le groupe FTP-FFI de Chelles.

Le piège se referme alors : le groupe de Chelles est emmené dans un garage Rue d'Armaillé où les attendent des SS en armes. Les jeunes de l'OCM, de Paris et de Draveil sont regroupés dans des camions qui les attendent Porte Maillot, puis emmenés Place des Ternes où se découvrent des SS et des gestapistes français. Tous sont ensuite emmenés de force dans divers sièges de la Gestapo à Paris : Rue des Saussaies, Avenue Foch et Rue Leroux, où ils sont torturés.

Le 17 Août au matin, on retrouvera les corps inanimés de sept résistants au pied de l'immeuble de la Gestapo au 10 de la Rue Leroux. Les autres, au nombre de trente-cinq, seront emmenés au cours de cette même nuit du 16 au 17 Août, dans cette clairière où nous nous trouvons, et abattus au fur et à mesure qu'on les fera descendre des camions, à la grenade et à la mitraillette.

Les corps affreusement mutilés sont découverts le 17 au matin par un moniteur de l'Ecole des Cadres de Bagatelle. Les familles et les proches sont informés du drame et viennent reconnaître les corps. Les corps non réclamés sont inhumés collectivement le Samedi 19 au cimetière de Bagneux. Pour ce qui concerne le groupe chellois, les obsèques ont lieu le Dimanche 20. Pratiquement toute la population participe aux obsèques, et défile sous les yeux même d'officiers allemands croisés le long de l'avenue rebaptisée depuis Avenue de la Résistance. Du cortège montent de plus en plus clairement des cris : "Assassins, assassins…"

Malheureusement, la ville de Chelles n'en avait pas encore fini avec la folie meurtrière de l'occupant. Quelques jours plus tard seulement, le 25 Aout 1944, alors même que les cloches de Notre-dame fêtaient la libération de Paris, treize autres victimes innocentes étaient prises en otage par l'armée allemande en déroute et sauvagement fusillés devant les murs de la Mairie de Chelles. La plus jeune de ces victimes n'avait que 16 ans : c'était le propre frère de Roland Verdeaux, l'un des martyrs de la Cascade dont nous honorons aujourd'hui la mémoire.

Voici donc les faits - ou du moins une partie - tels que l'Histoire ne les a pas oubliés, et qui nous rappellent tout à la fois ce que furent la violence et la barbarie d'un occupant désemparé par l'imminence de sa défaite, et capable de ce fait des folies les plus meurtrières, mais aussi le courage et l'abnégation de jeunes résistants prêts à risquer leur vie pour sauver la France et leur dignité d'homme.

Permettez-moi, pour terminer ce propos, de vous soumettre quelques courtes réflexions sur la portée historique de ces tragiques évènements, sur le sens que nous pouvons leur accorder cinquante-huit ans plus tard.

Autrement dit, à quoi servent les commémorations ? Qui sommes-nous et pourquoi nous retrouvons-nous pour nous recueillir chaque année en cette clairière ?

-  D'abord pour fustiger sans merci l'horreur ignominieuse de tels actes, pour exciper le dégoût que nous inspire l'évocation de la sauvagerie nazie. Aucune trace de nationalisme revanchard ni de rancune dépassée dans cette évocation. Car en disant "plus jamais çà !", nous condamnons dans le même temps et sans appel toute forme de violence commise au nom d'idéologies permettant de s'arroger le droit d'ôter la vie à d'autres êtres humains. Nous parlons là bien sûr des attentats qui frappent aveuglément, et plus que jamais, d'innocentes victimes civiles en divers points de la planète ; mais nous parlons aussi de la violence organisée, de ce que l'on appelle de façon impudique les "dégâts collatéraux", de la logique de la "cannonnière" qui meurtrit aujourd'hui encore peuples et nations…

Des millions d'hommes et de femmes de par le monde sont aujourd'hui encore confrontés à la violence, à l'oppression, au colonialisme, aux attentats aveugles, aux atteintes aux droits de l'Homme. Ce n'est pas et ce ne sera jamais notre conception de l'humanité.

-  La deuxième raison qui nous rassemble ici, c'est l'attachement à la vérité historique. On sait les dérives qui menacent les peuples et les nations dès lors que l'oubli s'installe, que l'histoire se voit réécrite - ou tragiquement répétée - et que les suprématies raciales, politiques ou idéologiques se nourrissent du désarroi des âmes faibles pour appeler au rejet de l'autre. Notre planète se voit encore continûment secouée par des poisons qui ont nom intégrisme, racisme, fanatisme, négationnisme ou nationalismes exacerbés…

Dans notre propre pays - comme malheureusement dans d'autres pays tout proches, y compris au sein de la Communauté Européenne, comme l'Autriche, l'Allemagne ou l'Italie -, il se trouve encore et toujours des gens, des courants et des mouvements avec pignon sur rue pour minimiser les traumatismes de l'Histoire, pour tenter de justifier les thèses insoutenables de l'inégalité raciale, du "détail de l'Histoire", de la purification ethnique ou de l'innéisme social.

Qu'il s'agisse donc de la funeste montée de l'intégrisme et des populismes de tous poils, de la persistance des révisionnistes à nier la Shoah, ou de la difficulté que l'on rencontre encore aujourd'hui à lever officiellement le voile sur certaines périodes de notre histoire (sombre période de la collaboration ou torture en Algérie…), force est de concevoir que le "travail de mémoire et de vérité" s'impose tout à la fois comme une nécessité et comme un combat. Encore faut-il le mener, continûment pour soi-même et pour les autres…

-  Nous nous retrouvons également - troisième raison - pour rendre un hommage solennel et de portée universelle au courage et à l'ardeur patriotique des jeunes héros de la Résistance tombés en cette clairière. Malgré l'âpreté de la période et l'incertitude des rendez-vous, les trente-cinq de la Cascade n'hésitèrent pas une seconde à risquer leur vie pour contribuer au combat libérateur.

Voici ce qu'en dit, quelques jours seulement après le drame, Madame Blanchet, veuve du Docteur Blanchet, mort ici-même après avoir conduit le groupe chellois à son funeste rendez-vous : "D'aucuns diront que ce qui a été fait par la Résistance est peu de chose. Il me serait très facile de leur répondre qu'il ne tenait qu'à eux de faire plus et mieux ; nous aurions été très heureux de les applaudir. D'autres diront que les gestes et les actes de notre Comité ont été inopportuns, téméraires, et qu'il eut mieux valu attendre et ne pas courir certains risques. A ceux-là, je répondrai : l'héroïsme n'est pas un froid calcul. Ce n'est pas la prudence qui écrit l'histoire. Quand on veut sauver son pays, il faut s'exposer à tous les dangers, à tous les risques. Sans doute, après des évènements heureux ou malheureux, on peut toujours, assis dans un fauteuil moelleux et les pieds dans des pantoufles douillettes, critiquer les auteurs et démontrer que tout aurait été mieux si l'on avait fait autrement. Agir, c'est risquer. Et au bout du risque, il peut y avoir l'erreur, il y a parfois la mort. Erreur et mort sublimes quand elles ont pour enjeu la défense de la patrie et de la liberté… Les FFI de Chelles ont été héroïques jusqu'à la témérité parce que leur sentiment de l'honneur leur interdisait d'attendre les bras croisés… Le Comité de Libération de Chelles est fier d'eux. En les jetant dans la lutte, il a répondu à leur plus cher désir. Il a fait son devoir comme ils ont fait leur devoir"…

Notre présence ici, élus des villes de Chelles, Clamart, Draveil, Boulogne et Paris, représentants d'organisations syndicales et politiques, anciens combattants et résistants, ou simples citoyens de tous âges et de toutes sensibilités... signifie que l'histoire et l'esprit de la Résistance sont constitutifs de l'identité et de la conscience nationales. Et que rien ne saurait jamais gommer cette vérité que même aux heures les plus sombres de l'Occupation, il s'est trouvé des hommes et des femmes, souvent de simple condition, pour relever l'honneur de la France. Les valeurs qui ont animé leur combat sont plus d'actualité que jamais. Nous leur devons respect éternel.

-  Quatrième enseignement que nous pouvons tirer de ces évènements, c'est l'importance des mouvements et de l'organisation de l'action collective qui aide les individus à se dépasser eux-mêmes. Comment croire un seul instant que les jeunes héros de la Cascade aient pu agir seuls ou sur un simple coup de tête. Leur courage ressort en effet, nous le savons, de mois voire d'années de lent travail de conviction et d'organisation conduit dans la clandestinité par les mouvements de la Résistance Nationale. Et leur audace relevait d'une nécessité de l'Histoire.

Ce que nous honorons, c'est donc bien sûr le courage individuel des acteurs de cette page, mais c'est aussi et surtout le génie d'un peuple combattant, de sa jeunesse porteuse d'espoir, et sa capacité à s'organiser, dans l'ombre comme dans la lumière, pour faire vivre la flamme de la dignité humaine.

-  C'est enfin le cinquième message que, je crois, nous pouvons tirer ensemble de ces évènements - et je conclurai là-dessus : le peuple de France s'est montré capable des plus grandes choses, à chaque fois qu'il a su se rassembler - face à l'adversité bien sûr, mais aussi pour construire l'espoir universel en un monde meilleur de liberté, de paix et de fraternité.

C'est ainsi que, venus donc de tous les horizons de la Résistance - d'obédience chrétienne, gaulliste ou communiste -, les trente-cinq de la Cascade ont uni dans leur sang l'exemple de leur diversité. Et c'est cette diversité qui en définitive a fait la force de la Résistance, puis du gouvernement de la Libération.

Nôtre société, nôtre peuple et nôtre pays ont-ils moins besoin d'unité dans la diversité aujourd'hui qu'hier ? L'aspiration à vivre unis dans une France libre, dans un monde de progrès et de coopération, dans une Europe des peuples et non des marchés, rejoint quelque part l'espoir et le combat des résistants de la Cascade qui eux-aussi voulaient vivre libres et construire un monde meilleur.

Permettez-moi de citer à nouveau Madame Blanchet, veuve du Docteur Blanchet mort ici-même, qui s'adressant à la population chelloise quelques jours seulement après la libération de la ville, tenait ces propos : "Ce sont nos morts qui nous dictent ce devoir, eux qui n'ont pas hésité à faire le plus grand des sacrifices et qui du haut du cimetière, montant sur la cité une garde éternelle, veillent amoureusement sur nous et sur ceux qui viendront après nous. C'est aussi la France qui a devant elle un immense avenir : immense par les travaux, par les soucis, par les responsabilités envers la patrie et envers l'humanité, immense par la vraie gloire si elle est guidée par la sagesse et par la justice, immense par la honte si elle échoue. Ce double appel, le Comité de Libération ne se lassera jamais de le faire entendre"…

Sachons donc nous inspirer et respecter la mémoire de cet engagement. Au-delà de l'absolue noirceur du crime commis ici-même et de l'indignation qu'il nous inspire, ce que nous commémorons ici, ce n'est pas l'atrocité des faits ; ce que nous commémorons, c'est le message d'espoir et d'ambition que nous a délivré la jeunesse résistante de France : jeunesse éternelle d'une espérance qui est une parce qu'elle est humaine.

Dieu fasse donc - pour celles et ceux qui y croient -, mais surtout les Hommes fassent que ce message d'espoir vienne en partage et continue d'inspirer le monde. C'est à cette flamme indéfectible que nous dédions nos fleurs et nos pensées.

Cette flamme, nous avons à charge, les uns et les autres réunis ici, de la perpétuer. Le message des trente-cinq de la Cascade n'est pas mort avec eux dans cette clairière ; il ne doit pas non plus s'éteindre avec nous qui continuons à commémorer l'événement. Pour traverser les temps et garder sa portée humaine et humaniste, il lui faut être transmis et présenté de juste manière aux générations qui se suivent.

C'est la raison pour laquelle il nous faut, je crois, souscrire à la proposition qui est faite - par l'ANACR en particulier (Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants) - de faire du 27 Mai - date anniversaire de la constitution en 1943 du Conseil National de la Résistance qui a unifié tous les mouvements de résistance, et surtout ouvert la voie au gouvernement d'union nationale de la Libération - faire donc de ce 27 Mai une Journée Nationale de la Résistance - grande journée de formation et d'éducation citoyenne pour les jeunes générations de notre pays. C'est la condition pour que des commémorations comme celle d'aujourd'hui continuent d'exister et retrouvent même l'ampleur qu'elles n'auraient jamais dû quitter.

Gloire aux trente-cinq martyrs de la Cascade et à tous ceux qui ont péri sur l'autel de la liberté !

Gloire aux organisations de Résistance qui leur ont inspiré force et détermination dans l'amour de la patrie !

Vive la France libre et plurielle dans une Europe et un monde de paix !

NDLR : cette page a été rédigée fin mars 2003 et mise à jour le 25/08/2004 et le 16 mai 2007 puis le 1er juin 2007..et ce n'est pas fini !

pour l'histoire de la libération de Paris et l'arrivée de la 2ème Division Blindée du Général Leclerc après l'invention du Général de Gaulle :

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/les-acteurs-de-l-histoire/de-gaulle-et-leclerc/temoignages/general-alain-de-boissieu.php

Il apparaît bien dans ce témoignage qu'Eisenhower a reçu des ordres pour éviter Paris et détourner la 2ème DB  de Paris. Est-ce pour que les nazis puissent liquider la Résistance dirigée par les communistes comme ils avaient commencé à le faire le 17 août avec le massacre de la cascade du bois de Boulogne ? L'excuse américaine dit que l'insurrection a commencé trop tôt, certes si les ordres des dirigeants américains étaient de laisser filer les divisions SS de Normandie mais la chronologie de la bataille de Normandie indique que l'encerclement de la poche de Falaise était possible une semaine avant la date qui a eu lieu et donc les troupes alliées pouvaient être à Paris également une semaine avant ce qui s'est passé.

 

Pour conclure momentanément et non définitivement :

Il reste cette question lancinante que sa veuve nous a transmise : pourquoi son " Charlot " est-il reparti prendre le commandement du second groupe alors qu'il était de retour de sa mission réalisée avec succès et qu'il connaissait l'étrange organisation de cette nouvelle et improvisée expédition ? Pourquoi prendre tant de risques et ne pas se reposer, laisser un peu les autres se débrouiller tout seul ?

Charles Birette a commencé sa résistance au sein du réseau Vengeance qui a pour caractéristique d'être apolitique, probablement l'est-il resté plus ou moins, même au sein de son réseau FTP et Résistance Fer. Ce n'est donc pas par conviction militante partisane qu'il s'est décidé seul à prendre la place d'un chef local qui a refusé d'exécuter sa mission. Il reste son enfance dans sa vallée alsacienne, le fait certainement de savoir que ses camarades du village sont partis en Russie puis en Normandie dans les rangs des Malgré-nous alsaciens ou sont partis rejoindre les maquis et l'armée française libre, bref qu'ils sont nuit et jour au combat,  libres dans le camp des alliés, prisonniers dans le camp des nazis. Peut-être sait-il aussi que là où la jeunesse de la vallée lugeait l'hiver, il y a maintenant le camp de concentration du Struthof et que les cheminots français conduisent eux aussi des trains de prisonniers et de déportés jusqu'à la gare de Rothau... Il y a là largement de quoi ne pas hésiter pour réclamer une plus grande part de combats avec une ardeur décuplée. L' Alsace depuis sa place en Europe sait ce qui se passe de chaque côté du Rhin, à Berlin comme à Paris et en août 1944, libérer Paris n'était que la première étape avant celle de Strasbourg puis celle de Berlin. Comme en Normandie, les dirigeants de New-York sont intervenus et ils ont voulu que Berlin soit détruite par les armées russes au prix de massacres inconsidérés de soldats russes exigés par leur commandant Joukov pour satisfaire Staline et de massacres de civils allemands dont on commence à peine à connaître toute l'étendue des horreurs. Il est clair que les alsaciens des forces françaises libres n'ont pas été également libérer Berlin mais ce combat reste à mener dans le cadre général du combat pour nous débarrasser des vainqueurs des deux conflits mondiaux : les dirigeants de New-York, les nouveaux maîtres du monde qui continuent à organiser guerres régionales et crises économiques et financières pour étendre leur domination et leur gouvernement mondial. Dans le discours du poète aux Glières mis en ligne en janvier 2011 sur fileane.com, nous avons établi ce cap pour qu'enfin nos résistances et nos combats soient vainqueurs avec la chute de l'oligarchie financière anglo-saxonne. Au printemps 2014, ce combat prend une tournure plus concrète et immédiate : il s'agit d'instaurer la monnaie pleine sans coût pour le citoyen et l'économie réelle, bref, il s'agit de reprendre le pouvoir sur la création de la monnaie dont notre économie réelle a besoin pour se développer durablement, en soutenant l'initiative suisse sur la monnaie pleine, das vollgeld. Depuis Strasbourg,  un détour par Basel, Zurich, Lausanne, Genève, n'est absolument pas gênant pour enfin arriver à Berlin et développer l'union politique de la Confédération des état-unis d'Europe avec une monnaie pleine et unique libérée et libre vis à vis de l'oligarchie financière anglo-saxonne, victorieuse en 1918 et 1945 et enfin vaincue en ce début du XXIème siècle par celles et ceux qui ont poursuivi le combat de la résistance à toutes les oppressions et tyrannies du XXème siècle.

 

lire l'épisode du roman qui parle de ces évènements    l'épisode 18    

nos chers ennemis : qui sont-ils       les guerres qu'ils ont organisées  

le discours du poète aux Glières

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