LE WEEK-END DE PAQUES A BIOT

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Pour les fêtes de Pâques, Dan et Laurie, Frantz et Anke, Sepp et Sandra, Werner et Barbara vinrent à Biot. Pierre regretta de ne pas pouvoir disposer de beaucoup de temps. En Alsace, le Vendredi-saint est férié mais pas dans le reste de la France si bien qu'il les rejoignit avec une journée de retard. Ils furent suffisamment patients pour l'attendre. Oh ! Le centre de la réunion était connu de tous : c'était quoi que ces fameux pouvoirs de pharaon ? Pierre leur rappela le rendez-vous pris pour le mois d'août et la célébration des mystères. Lors de la célébration de ces mystères, ils seraient mis en contact avec ces pouvoirs des mondes supérieur et double. Ils devaient attendre, voilà tout pour le moment ! Le groupe ne voulut pas en rester là car tous voulaient savoir si leur mouvement avait réellement des chances de vaincre dans les combats qui se préparaient. Jacques connecta les équipements électroniques de la maison et toute l'équipe mit clairement le poète au courant de tout ce qui s'était récemment réalisé et du déroulement des manoeuvres de guerre électronique prévues juste avant le rassemblement à la clue. Pierre comprit assez vite que les échéances étaient là. Il marqua un temps de stupéfaction en constatant le nombre de personnes qui à travers le monde travaillait sans arrêt à faire de ces manoeuvres de guerre électronique un plein succès. Il admit qu'après cette démonstration qui s’adressait surtout aux décideurs de la société actuelle et qui, d'une certaine manière pouvait rester cachée de l'opinion publique, rien ne serait plus pareil. Le centre du pouvoir à travers le monde devait basculer : une fois brisé, ce système de pouvoir devait laisser place au développement des organisations en réseaux de vie.  

Pierre secoua la tête pour montrer sa perplexité. Le centre communautaire français allait se heurter de plein fouet à l'administration fiscale et à l'administration tout court de l'état français. Il y aurait forcément quelques fonctionnaires pour ouvrir les hostilités tant certains restaient demeurés dans des réglementations absurdes, voire soutenaient des idéologies de droite prenant source dans le même catholicisme dont les rois s’étaient servis pour détruire l’organisation politique économique et sociale en réseau source de la naissance florissante de l’Europe du temps des cathédrales entre 1 100 et 1 300. Il y en aurait d’autres encore toujours motivés par l’idéologie communiste qui refuseraient la destruction du système de pouvoir étatique pour pouvoir mieux rêver à la prise du pouvoir dans ce système où des minorités se querellent à savoir qui domine le mieux la fameuse majorité silencieuse qui n’a le droit qu’à obéir et à suivre les utopies instaurées par les dirigeants au pouvoir. La perplexité du poète pouvait se justifier aisément. Pierre, cependant, ne voyait pas quelles administrations auraient les moyens juridiques de déclencher les poursuites judiciaires contre leur mouvement : aucun compte bancaire, aucun argent n'étaient saisissables, la gendarmerie locale resterait passive sinon bienveillante et le procureur avait déjà eu sa leçon. Fallait-il prendre les devants et montrer sa force ou bien fallait-il laisser venir pour agir ensuite sur chaque personne qui s'adresserait à eux ? Bien entendu, une menace pouvait être organisée depuis les niveaux régional et national. Il en allait de même pour les autres communautés : les états n'accepteraient pas d'entrer dans l’alternative d'une économie en réseau telle qu'organisée par leur mouvement et Pierre se résigna à considérer que le moment n'avait que très peu d'importance. Il était peut-être temps de montrer clairement et honnêtement qui ils étaient, avant même que des préjugés, des rumeurs , des amalgames se fassent pour salir leur image.

 Pierre était suffisamment juriste pour savoir qu'en France, il n'est pas possible de recourir à un référendum d'initiative populaire et que le référendum local prévu en 2004 dans les lois de décentralisation ne vise que les changements institutionnels : fusion entre départements, répartition des pouvoirs au niveau régional. Les communautés suisses pourraient déclencher une campagne de pétitions puis demander une votation au niveau confédéral pour insérer sur le plan politique l’organisation en réseau à côté des institutions fédérales et cantonales. En France l'affrontement politique serait immédiat et brutal mais ce n'était pas de la responsabilité de leur mouvement. Quant aux histoires de guerre électronique, Pierre se contenta d'une moue désapprobatrice. Oui, certes, c'était un moyen propre d'arracher le pouvoir aux états pour faire reconnaître la primauté de leur mouvement communautaire et l'établissement des économies en réseaux. Oui, c'était bien le moyen de mettre le sabre sous la garde du sacré et il fallait en passer par là... oui... mais.... après, il fallait encore se préparer à autre chose et probablement à quelque chose de plus difficile encore, de plus incroyable en l'état actuel des mentalités et de l'ouverture actuelle des gens sur la spiritualité et les questions religieuses. Ils devaient se préparer déjà rien qu'eux à vivre non plus avec un poète comme Pierre mais avec un poète qui aurait fini son évolution humaine, sa formidable évolution de poète pour gérer les pouvoirs surnaturels confiés à ceux qui s'investissent des responsabilités d'un grand prêtre ou d'un pharaon. Pierre ne cessait de penser à cette perspective : introduire tout aussi brutalement dans la vie quotidienne de ses contemporains l’affirmation indiscutable des pouvoirs qu’il pouvait utiliser depuis l’étape de la transfiguration qu’il avait franchie avec Laurie. Cette démonstration repose comme toujours sur le franchissement des limites de la mort charnelle par celle ou celui qui dans sa vie humaine est déjà né(e) à sa dimension de vivant dans la vie après la vie humaine. Cette démonstration repose sur le témoignage d’un fils de Dieu ressuscité à la vie éternelle à la fin de ses années d’initiation dans le plus vieux temple construit au bord du Nil, fleuve dont le parcours est une trace vivante du dernier grand cataclysme. Mais Pierre ne voulut pas se lancer une fois de plus dans un propos sur ces temps antiques lorsque le peuple des survivants du dernier grand cataclysme se mit à préserver le corps de savoir et la culture de leurs aînés. Il préféra évoquer l’absence de Gérard et de Dominique à leur réunion.

 Gérard, Dominique, Martha et quelques autres étaient en séminaire de formation dans un couvent de bénédictins près de Munich. Frantz et Werner avait poussé Gérard à y aller pour, en fait, l'écarter de leur réunion de Biot. Ils ne voulaient pas assister à une nouvelle querelle entre Pierre et Gérard sur l’avenir de leur mouvement et ils souhaitaient pouvoir questionner Pierre tranquillement sur l’aide qu’il avait promise pour vaincre leurs adversaires : cette fameuse histoire des pouvoirs surnaturels utilisés lors des cérémonies d’Eleusis ou des cérémonies de Dendérah. Investi totalement dans le rayonnement du centre communautaire, Gérard avait du mal à concevoir une organisation du réseaux des formateurs à travers le monde. Frantz savait ce que cette relation avec les bénédictins pouvait apporter à l'ancien professeur. Les 1500 ans d'ancienneté de l'entreprise bénédictine qui en font une des plus vieilles entreprises mondiales pouvait servir d'exemple et de modèle pour leurs propres communautés. L'intéressant consistait à bien remarquer que la recette était simple pour chaque année dégager le profit minimal afin d’assurer la pérennité des activités. La première règle indique qu’il faut écouter les nouveaux membres qui entrent dans le groupe car ils ont forcément une vision, une culture, des idées différentes capables d’enrichir et d’améliorer les façons de vivre, les normes de vie du groupe. Au dessus d'un travail de qualité et d'un savoir-faire élevé à un niveau d'expertise réputé, l'organisation bénédictine repose sur un minimum de règles essentielles, une dizaine, une douzaine qui n'ont pas changé depuis l'an 500 et la fondation de l'ordre par Saint Benoît de Nurcie au Mont Cassin. Ces règles proviennent des premières communautés cénobites fondées dans un retour au monachisme, notamment en Egypte par Pacôme qui fonda une telle communauté dans un des mamisi du temple de Dendérah. A côté de ces règles invariables, tout le reste est discutable et doit être adapté à travers le temps aux circonstances rencontrées. Les qualité d'écoute, de dialogue, de réflexion, l'accueil de nouveaux membres aux apports différents et enrichissants sont alors primordiaux pour faire évoluer les communautés. En cas de difficultés, les communautés se prêtent assistance et lorsqu’ aucune solution n’est disponible, chaque communauté délèguent quelques uns de ses membres les plus experts sur la question dans un groupe de résolution de problèmes. La solution trouvée, les membres de cette assemblée reviennent dans leurs communautés de base et appliquent la solution aux caractéristiques de l’environnement de celle-ci. Lorsqu’à un niveau local d’expertise une solution ne peut être trouvée, les groupes délèguent leurs membres les plus compétents à un niveau local supérieur de résolution de problèmes jusqu’à parvenir le cas échéant au plan de l’organisation la plus mondiale. A chaque niveau géographique, une structure permanente légère veille à entretenir les conditions matérielles de telles réunions de résolutions de problèmes. Ces structures n’ont aucun pouvoir hiérarchique mais uniquement un rôle d’intendance pour la tenue de ces groupes d’expertise et un rôle naturel de communication interne et externe dans le mouvement en étant des porte-paroles. Ce mode de fonctionnement logique et plein de bon sens a pris le nom de principe de subsidiarité et d’autres organisations l’ont adopté depuis, y compris la constitution européenne. Ce principe ne trouve pas son origine dans le fonctionnement de l’église romaine car le pape et le roi de France se sont alliés pour le détruire alors qu’il avait permis l’organisation en réseau du temps des cathédrales en Europe. Il provient de l’organisation de l’Egypte antique et des cités grecques, des communautés celtiques et c’est le mouvement bénédictin qui actualisa ce mode de fonctionnement d’une société pour nous le transmettre. Parler aujourd’hui du principe de subsidiarité provenant de la lecture sociale des évangiles faite par l’église romaine revient à déformer l’histoire et à masquer l’organisation en réseau du Moyen Age gérée par l’ordre du Temple principalement.

 Gérard devait comprendre comment manager ce formidable mouvement d'enrichissement personnel et de développement des compétences en abandonnant tout dirigisme bureaucratique lié au fonctionnement d’un système de pouvoir. L'explosion des échanges de connaissances, des occasions d'apprentissage sur les intranets, la lecture de la masse d'informations sur le Web ne peut faire surgir une nouvelle tour de Babel. Si trop d'information tue l'information, Gérard et son équipe devaient dans le cadre de leur mouvement faire émerger des règles pour sélectionner les données. Il est impossible à un individu de créer complètement son propre système de tri et de sélection au cours de sa vie. Un filtre collectif accepté de tous et provenant d'une capitalisation des générations ou de l'enseignement d'un maître spirituel, est humainement indispensable et sert de fondement à tout apprentissage. Cette nécessité est la principale source de pouvoir dans un système social et les dirigeants en séparant le savoir interdit du savoir autorisé, font le premier acte de leur pouvoir hiérarchique. La tour de Babel peut produire des millions d'encyclopédies que défendront des millions de dictateurs intellectuels. Gérard avait un penchant avec Dominique à vouloir constituer l'encyclopédie propre à leur mouvement. Frantz lui avait rappelé que la sélection ne devait pas procéder d'une purification, d'une élimination mais d'une conciliation des contraires. Pierre avait insisté une fois de plus pour préciser que le critère de sélection n’était pas intellectuel, encore moins idéologique et qu’il s’agit d’une lecture du monde éclairée par cette lumière qui vit en nous et nous permet de s’associer, de se fondre dans la lumière qui amène un être humain au sortir du puits de lumière et à sa dimension de vie éternelle. Gérard devait donc avec son équipe travailler à l'émergence de nouvelles lectures des informations pour construire un savoir nouveau en relation directe avec les trois niveaux de travail, les niveaux des contrats entre êtres humains, afin de garantir la minimisation de la violence individuelle et collective.

 L'ancien professeur avait du mal à quitter son domaine de référence coutumier où le savoir est élevé au rang de but suprême, de désir ineffable, d'objet de tous les désirs, de phare incontournable pour l'apprenant. De l'excellence de ce savoir proviendrait ensuite des solutions parfaitement rationnelles et donc limpides, voire au bout d'une certaine maturité, la sagesse mère de toutes les vertus et par conséquent les moyens au service de l'humanité pour gagner le progrès, la justice, le bonheur. Dans cette pensée toute empreinte de hiérarchisation et d'autoritarisme, l'individu doit commencer par démontrer ses capacités de mémorisation et d'analyse du savoir collectif présenté par une société pour avoir le droit, à partir d'une certain degré d'expertise d'en contester certains fondements pour proposer des solutions nouvelles. Par exception, les grands maîtres de ce savoir rationnel, base de l'idéologie au pouvoir, peuvent, le cas échéant, avoir la permission momentanée d'aller parcourir les domaines du savoir irrationnel, de goûter aux domaines troublants des expériences extrasensorielles, expériences pourtant familières à l'enfant poète qui joue avec sa voix dès l'âge de sept-huit ans. Combien d'années perdues dans une vie sur ces chemins de traverse où la panique règne dès qu'un lampadaire s'éteint ? Combien de siècles brisés par les obscurantismes et les lois privant les hommes de la moindre dignité nécessaire à la recherche et à l'obtention de leurs raisons de vivre ? Combien de sarcasmes sur ces prétendus porteurs de loupiotes incapables de se soumettre à la loi du plus fort, du plus riche, à cette loi aussi réaliste que génératrice d’injustices et de crimes ? Werner avait beaucoup discuté avec Gérard pour lui montrer la vanité du savoir scientifique. Comment expliquer qu'un savant grec comme Ptolémée, deux siècles après Jésus-Christ, alors que le temple de Dendérah vient d'être restauré par les pharaons de la dynastie des Ptolémées puis par un initié comme l'empereur Auguste, ne comprenne rien au zodiaque de Dendérah et à la précession des équinoxes pour bâtir un système astronomique abscons reprit ensuite par la papauté romaine et qui va bloquer le progrès scientifique pendant plus de mille ans jusqu'à Galilée ? Drôle d'histoire que celle de ces Ptolémées, les uns restaurant fidèlement le temple de Dendérah et son zodiaque, l'autre les ignorant superbement ! Pourtant tout était là ! D'accord, il fallait peut-être déblayé le sable mais du temps de Ptolémée le grec, il ne devait pas encore y en avoir beaucoup. Bien moins qu'au XIXème siècle lorsque les mathématiciens liront sur les murs de ce temple la définition de la précession des équinoxes et la retranscriront telle quelle dans leurs encyclopédies de mathématiques en 1820. Leur mouvement aujourd’hui ne devait pas tomber dans ce genre de piège et opérer des règles de sélection des connaissances en vertu d'idéologies pseudo religieuses et parfaitement autocratiques. Werner l'avait démontré : Gérard avait en charge un chantier capital bien plus important que la réalisation technique des échanges sans censure sur leurs intranets et le Web. Maintenant que tout est connu et accessible, il n'y a plus l'excuse d'oublier un savoir, de ne pas le connaître parce que l'on a pas fait le voyage jusqu'au lieu où repose ce savoir, parce que l'on a pas passé vingt ans pour achever son initiation comme Pythagore le fit, huit siècles avant Ptolémée, en sortant des temples d'Héliopolis, de Memphis et enfin de Dendérah avec le titre de fils de Dieu et de ressuscité, comme tous les initiés sortant de Dendérah vainqueur de leur initiation. Finalement, Gérard accepta d'aller partager le vécu des bénédictins et de comprendre l'élaboration de leurs règles millénaires. Martha était sa fidèle traductrice.

 Pendant ce temps, loin de Munich, à Biot, Pierre vérifia avec Frantz, Werner et Barbara la cohérence de leur positionnement sur le plan politique, économique et sociale.

 Le positionnement sur le plan politique :

 Les acteurs politiciens qui rivalisent pour conquérir le pouvoir dans les systèmes de pouvoir civils et religieux se professionnalisent de plus en plus. Le politicien élu n’a plus guère besoin de s’adjoindre un expert, un jeune et brillant scientifique, ingénieur ou intellectuel. Il l’est devenu lui-même et sa réussite universitaire ou le fait d’appartenir à une élite sortie d’une grande école est la première condition pour être porté au pouvoir par les membres de son parti politique. De ce fait la classe politique s’enferme dans les mêmes réponses face au développement de la mondialisation de l’économie. Face aux abus de la propriété individuelle des possesseurs des moyens de production et de répartition des richesse, la classe politique sait qu’elle n’a plus le pouvoir politique de changer la donne de ce système de pouvoir. L’utopie de la liberté des marchés n’a jamais été réalisée et les marchés ont toujours été dominés par les plus forts au détriment des plus faibles. Et ce n’est pas parce que la concurrence n’a jamais été parfaite qu’il faut encore réclamer des mesures ultra libérales pour enfin y parvenir, principalement en réduisant l’impact des états dans le fonctionnement de ce système économique. La classe politique se positionne comme une interface entre les décideurs économiques utilisant leur propriété individuelle pour s’enrichir toujours plus et la grande majorité des citoyens uniformisés dans la condition du salariat. Après la période de l’Etat Providence qui a su développer la protection sociale et une répartition de la valeur ajoutée favorable aux salariés, il serait normal d’assister maintenant à une période dans laquelle l’état servirait davantage les actionnaires et les propriétaires des moyens de production, réduisant d’autant la protection des salariés pour que la libre concurrence sur le marché du travail détruise les emplois non générateurs de rentabilité et favorise la création de nouveaux emplois générateurs de plus de rentabilité. La mise en œuvre de cette idéologie par des politiciens de la droite traditionnelle s’avère être une formidable provocation sociale surtout lorsque ces politiciens n’arrivent pas à créer ces emplois nouveaux, attendant seulement que l’esprit d’entreprise se développe suffisamment au point que de nouveaux créateurs d’entreprises créent finalement ces emplois. La fin du déversement social n’est alors absolument pas prise en compte et les politiques de réduction des frais de personnel dans les entreprises et les administrations démotivent la majorité des citoyens qui n’ont toujours pas d’autres solutions que d’appartenir au salariat sous peine d’exclusion sociale et de misère.

 Les grands maîtres spirituels dans l’histoire de l’humanité se sont toujours tournés vers les exclus, les malades, les victimes qui n’avaient plus rien à attendre des dirigeants des systèmes de pouvoirs alors en fonctionnement. En est-il de même aujourd’hui ? Le renouveau de la quête spirituelle concerne bien des personnes qui ont compris la fin des utopies de nos systèmes de pouvoir, leur absurdité voire leur dangerosité à travers l’aspect totalitaire inhérent à toute utopie. Bien des mesures politiques prennent ces dernières années cet aspect totalitaire sous prétexte qu’il n’y aurait pas d’autres solutions pour réformer et changer le fonctionnement de ce système de pouvoir. Alors suffit-il d’attendre que le nombre des exclus et des déçus soit atteint pour que démocratiquement, ces citoyens voteront différemment et soutiendront de nouveaux dirigeants politiques ? Y compris des candidats qui militeront pour l’alternative de l’organisation en réseau comme Gérard le soutient dans le mouvement ? 

Le groupe confirma sa position qui n’avait pas changé depuis leur première rencontre chez Amadeus et Regina : il ne s’agit pas de changer les dirigeants dans ce système de pouvoir et aucun parti politique actuel ne peut modifier profondément son fonctionnement. Ce système de pouvoir s’est développé sur une conception fausse de la propriété puis du travail, donnant la primauté à la propriété individuelle sans s’occuper d’un équilibre entre les trois formes de propriété. Il s’agit donc bien de mettre en place une nouvelle évolution de la société et ce, sans compter sur les capacités de mutation de ce système de pouvoir. Briser les utopies qui soutiennent ce système de pouvoir représente une action politique révolutionnaire : cette action politique stoppe le fonctionnement de ce système de pouvoir et le remplace par le développement d’une organisation en réseau fondée sur les 3 contrats sociaux, les 3 niveaux de travail. Cette révolution brise aussi la logique de l’exclusion qui est inhérente aux principes d’autorité et d’efficacité qui sont la base du système de pouvoir actuel. Leur mouvement travaille pour une révolution de velours, c’est à dire travaille pour écrire et dire les lignes directrices d’une nouvelle constitution des réseaux citoyens de vie de manière à informer les gens sur ce projet de société et de civilisation. Cette révolution de velours serait une première en France, pays qui n’a pas changé de constitutions depuis 1789 sans guerres civiles ou militaires. Pour ce faire, développer des centres de guerre électroniques conforte l’objectif de dire ce projet de société par dessus les médias actuels à la solde des dirigeants du système de pouvoir actuel. Leur mouvement ne devait pas se voir astreint au silence.

 Sur le plan économique :

 Leur mouvement développe des moyens d’échange non évalués en monnaie institutionnelle étatique, principalement des services aux personnes dans l’économie non marchande et dans le secteur quaternaire ( après le tertiaire ) ou le troisième secteur ( après privé et public ) selon le vocabulaire utilisé. Partant d’une logique de prévention des risques et des violences, la logique de la mutualisation des ressources et du travail permet la production d’œuvres au service du développement durable des groupes sociaux dans leur environnement le plus favorable et le moins détruit ou pollué. A partir des mécanismes anciens de troc ou de la tontine, la bancassurance de leur mouvement gère non pas une économie parallèle à celle du système de pouvoir actuel mais une nouvelle économie capable de ruiner et de supplanter l’économie de marché et ses utopies. Le marché existe toujours mais il y a une différence fondamentale entre une organisation des marchés dépendante d’un système de pouvoir fondé sur une seule forme de propriété et une organisation en réseau utilisant toutes les formes de propriété dans ses échanges entre groupes sociaux, principalement la propriété commune réalisée à partir du travail effectué dans le cadre d’œuvres politiques, économiques et sociales, culturelles et spirituelles. L’uniformisation de la classe des salariés à travers l’uniformisation du travail dans le cadre du contrat de travail et du lien de subordination à un propriétaire de moyens de production est stoppée et éliminée pour que se développe des groupes de travail de résolutions de problèmes et des groupes de production. Ce n’est pas un retour à la tribu ou au clan ou au communautarisme mais un retour à des communautés qui travaillent dans un objectif défini par leurs membres dans le cadre d’une démocratie directe. La production de biens immatériels décidée par ces groupes conditionnent la production des biens matériels pour éviter les gaspillages actuels de la société de consommation.

Sur le plan social : 

Les utopies posées en 1789 et celles posées depuis Adam Smith dans le développement d’une société de marchés ont pour fondement commun le droit de propriété individuelle. Pour combler la monté de misère sociale et réduire le risque d’explosion sociale et le risque d’insurrections armées, les dirigeants et les intellectuels ont développé la théorie du contrat social : l’état garantit une protection sociale minimale pour les salariés comme il assure le développement des infrastructures et des niveaux de qualification de la main d’œuvre nécessaires aux dirigeants économiques dans leur course à la prospérité de leurs affaires. C’est la volonté politique d’assurer la paix sociale à travers la production de masse des biens matériels nécessaires à un meilleur confort de vie. 

Leur mouvement en brisant ces utopies, assure le développement durable matériel en développant les liens sociaux à partir de productions immatériels. La minimisation de la violence individuelle et en groupe s’élabore avec l’utilisation à nouveau de la dimension sexuelle de l’être humain. Le tabou sur le sexe qui sert à légitimer le monopole de la violence pour la minorité au pouvoir est brisé. Comme chez les peuples dits primitifs ou les civilisations disparues, la liberté sexuelle de la femme permet d’établir des liens avec les hommes du groupe social et les rites sexuels lors des fêtes permettent d’éliminer la frustration sexuelle ou l’exclusion sexuelle. La recherche de l’extase à partir de la sexualité sert de porte commune à l’accès d’autres démarches plus spirituelles et davantage liées au franchissement de la frontière entre la vie charnelle, la mort charnelle et la vie d’après la vie humaine. Ces démarches individuelles relayées par la culture du groupe assure à chacun une réponse digne et humaine à ses raisons de vivre et de mourir. Seul l’établissement des premiers contrats interpersonnels et communautaires permet l’obtention de la paix et du mariage des cultures à travers le travail sur le troisième contrat social ou contrat sociétal.

 Ce travail de production d’une culture pour chaque groupe, culture qui est la somme des normes de vie du groupe, cimente la société avec une clarification des responsabilités plus grande et une motivation sans commune mesure avec la sinistrose des années 2000. Les problèmes sont résolus à travers l’action politique : la création de nouveaux liens sociaux se réalise à travers les différents groupes d’expertise réunis dans l’application du principe de subsidiarité. Les risques de guerre éliminés, les injustices liées à la répartition des richesses réduites, les groupes sociaux sont davantage disponibles pour développer leurs œuvres et donner davantage de sens à leur vie sur la planète terre dans l’attente de la vie après la vie. 

Ce positionnement validé, plusieurs membres du groupe voulut travailler davantage la question qui les tiraillait ces dernières semaines et qui représentait tout l’enjeu de leurs prochains combats : la question de la domination des technologies par un groupe de décideurs réactionnaires et fascisants.

 Les technologies comme le système capitaliste peuvent encore être perfectionnés et il suffit d'une volonté politique pour révolutionner le système de répartition des richesses produites mais ce système poursuivra son but fondamental : enrichir une minorité possédant les moyens de production avec une efficacité aujourd'hui décuplée par rapport à hier. La révolution des moyens de répartition des richesses n'est guère plausible car elle contredit le coeur même du système capitaliste : le droit de propriété des possesseurs des moyens de production de richesses. Pire, aujourd'hui et demain plus encore, les décideurs de ce système devenus plus puissants que les volontés étatiques, repliés sur leurs propres intérêts, ne peuvent plus s'opposer au développement d'une économie marchande parallèle avec des lois sur le profit encore plus sauvages et incontrôlables. Le rôle des hedges funds dans la crise financière asiatique est notoire. Barbara précisa que bon nombre de ces gourous financiers américains ont travaillé ces dernières années pour les dictateurs les plus en vue : Pinochet, des riches argentins, un dictateur indonésien, des émirs réputés pour leur conservatisme et leur mépris des femmes. Ils ont soutenus les politiques libérales de Tatcher et de Reagan avec l'accroissement des inégalités qui en a résulté. Barbara indiqua que le gérant d'un hedges funds[1] avait compris qu'il lui fallait risquer au point de compromettre toute l'économie pour obtenir une marge de sécurité dans ses affaires et il eut raison car le gouvernement fédéral américain demanda à sa banque de rembourser les dettes énormes de ce fonds dont la spéculation effrénée avait provoquée la banqueroute lors de la crise financière asiatique. Ce remboursement fut facilité par le fait que des hauts fonctionnaires du gouvernement et de la banque centrale avaient travaillé dans des institutions financières crées par ce spéculateur. Barbara récapitula : la NSA est en fait piloté par des dirigeants politiques de faits qui travaillent dans l'ombre et constituent un comité secret tirant les ficelles. Ces gens ont des opinions politiques conservatrices, voire d'extrême-droite tant ils s'échinent à vouloir restaurer un ordre solide dans le système ultra libéral qui légitime leur soif d'argent et de pouvoir. Le système financier spéculatif a été sauvé de la banqueroute en cascades des grands banques et institutions financières sur injonction publique de hauts-fonctionnaires fédéraux, amis et anciens collaborateurs de gourous financiers travaillant sans complexe avec les dictateurs du monde entier et avec les gouvernements menant des politiques exclusivement ultra-libérale et véhiculant des idéaux d'extrême droite. Les correspondants amis de la NSA ne se cachaient pas pour trouver là les raisons de leur adhésion au mouvement défendu par les chevaliers. Ils ne tenaient pas à servir un pouvoir de fait phagocyté par l'extrême-droite, même si les électeurs avaient tendance à élire un gouvernement plus démocratique. Ce dernier était dans l'incapacité matériel de contrôler le premier. Le groupe des chevaliers devait mettre hors d'état de nuire le comité secret ultra conservateur et d'extrême-droite. Dans cette lutte entre deux manières de concevoir l'humanité, leur choix était évident. L'argent, même celui distribué aux plus chanceux des joueurs en bourse, ne circule pas sans raison. Il sert à renforcer une puissance. Barbara conclut qu'elle se faisait fort d'avoir cet été, l'argent nécessaire pour soutenir une lutte décisive contre le système capitaliste. Il y aurait de quoi payer comptant les livraisons d'armes et de munitions, de quoi payer les chevaliers aux quatre coins du monde qui viendraient renforcer la troupe de Dan et d'Anke. Frantz, espiègle, ne put s'empêcher de lui demander si elle aurait l'argent des billets de Laurie et Pierre pour le trajet aller-retour d'Eleusis à Dendérah. Il avoua que pour le trajet de la clue à Eleusis, les deux pourraient procéder comme pour le trajet retour, la fois-là, entre la région du Mont-Blanc et Paris.

 Sur ce, Pierre leur dit bonne nuit. Puis il installa un lit pliant sur la terrasse, prit un sac de couchage et chercha le sommeil sous les étoiles. Il contempla le ciel vers l'ouest pour apercevoir l'étoile du soir, Vénus, celle dans l'antiquité appelée par les initiés : la Mérica, celle qui dans le nouveau monde devient l'étoile du matin mais est toujours représentée depuis des millénaires par l'étoile à cinq branches. Vénus, la planète bleue avec ses montagnes de 4000 mètres, sa végétation et sa température par endroits supportable par l'homme. Vénus observée par des astronomes antiques lorsqu'elle changea de couleur, de grandeur et d'orbite, se rapprochant elle et ses satellites de l'orbite de la terre[2]. Vénus dont le calendrier de 225 jours est reproduit sur la porte du soleil à Tiahuanaco, près du lac le plus haut de la terre, à 3800 mètres d'altitude sur le plateau bolivien, en Amérique du Sud, destination que rejoignirent les templiers pour dynamiser la civilisation inca dont les ancêtres vécurent avec des personnes qui se présentèrent en scaphandre interplanétaire avec moteur à l'arrière et qui vivaient selon le calendrier de Vénus. Le texte des pyramides fait référence au roi comme étant l'étoile du matin dans l'autre monde, comme descendant des rois venus de l'autre monde sur l'autre continent, descendant venu avec son groupe s'installer dans une région toute nouvelle après le grand cataclysme qui avait détourné le grand fleuve pour lui faire traverser les sables du désert, fleuve qui allait irriguer de son savoir les rives de la grande mer intérieure sur les bords de laquelle l'humanité allait naître pour de nouvelles civilisations partant à la conquête de la planète. Le pharaon comme l'étoile, se relève d'une mort temporaire et symbolique pour édifier un nouveau monde. Le poète rectifia l'interprétation donnée par le scribe non initié : à la place de la mort temporaire, il mit le travail dans le monde double, travail pour faire triompher la production du sacré. L'étoile du matin marque la sortie du pharaon du monde double, du monde sans lumière propre autre que la lumière terrestre. C'est à partir de ce travail dans le monde double que se propage la réforme de la vie, l'édification d'une civilisation autour des relations entre les humains et les trois mondes accessibles à leur esprit quand ce dernier dialogue avec l'âme dans une alliance retrouvée. Ce travail dans le monde double accessible aux humains est aussi le premier et dernier refuge pour les initiés. Pierre se demanda si la possession durable des pouvoirs de ce monde double l'autoriserait à faire des voyages lointains, loin de cette orange bleue à la Paul Eluard, loin de Rimbaud et de sa " douceur fleurie des étoiles et du ciel et du reste ( qui ) descend en face du talus, comme un panier, contre notre face, et fait l'abîme fleurant et bleu là-dessous ".[3] Vaincu par la fatigue, le poète s'endormit paisiblement quelque part comme dans un autre univers... dans son monde bleu.


[1] il s'agit du LTCM.

[2] Saint Augustin rapporte un récit de Varron qui a transcrit la narration de Castor le Rhodien à propos de ce prodige céleste. Adrastus, Cyzicenus et Dion, mathématiciens de Naples, précisent que ces faits survinrent au temps du roi Ogygès, fondateur de la Thèbes grecque. Ogygès se traduit par " né au déluge ".

[3] texte de " Mystique " faisant partie des " Illuminations ".

       

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