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Le cas de Thomson-CSF et de Thomson Multimédia dans les années 1990.

 

mise à jour en avril 2014 avec le cas d'Alstom, fleuron de l'industrie française, que souhaitent racheter une société américaine ou allemande et garder indépendante le gouvernement dans le cadre de la filière nucléaire française (ou de ce qu'il en reste).

 

Ce texte développe un point de vue qui se trouve dans le document " Libéralisme liberticide ". C'est un exemple d'erreur commise par le gouvernement français dans son application pure et simple de la doctrine libérale dans sa gestion des entreprises publiques et des services publics. Ce cas illustre l'incompétence de la classe politique dans le domaine du management et de l'économie et sa responsabilité lourde dans la situation de crise actuelle.

 

En 1988, le Président du groupe et une équipe réduite réalise l’achat du numéro un mondial des téléviseurs, l’américain RCA. Cette réussite conforte l’avenir de la branche Multimédia alors que le groupe a décidé de se lancer dans la nouvelle technologie du 16/9 très coûteuse en investissements de recherche et développement. L’argent disponible pour ce rachat et ces investissements provient des programmes d’armements vendus aux pays de Moyen-Orient, en particulier la ceinture électronique irakienne sur sa frontière avec l’Iran, la vente de radars et de missiles à l’Irak et aux pays du Golfe arabique. L’achat de RCA est aussi très rusé car les experts du groupe savent que RCA avec SHARP ont inventé dans les années 1960 les écrans à cristaux liquides. Cette innovation était restée dans les placards car les micro ordinateurs n’existaient pas encore avec des microprocesseurs capables de gérer autant de données. Aux alentours de 1990, Thomson-CSF réalise les sonars et le système de commande des nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Les équipes de ce qui constitue alors notamment à Sophia-Antipolis le plus grand chantier informatique d’Europe, décident d’utiliser des écrans plats à cristaux liquides. Les salles blanches des laboratoires de la région de Grenoble sont modernisées pour produire ces écrans. Quelques unes des anciennes salles blanches seront installées à Sophia-Antipolis. Lors d’une revue de programme, une équipe composée de dirigeants de la Marine Nationale et de membres de la commission de Défense du Parlement vient constater l’avancement des travaux et décider le paiement de cette tranche du programme. Les ingénieurs présentent deux versions du matériel : la version commandée quelques années plus tôt avec des écrans classiques alphanumériques sur fond noir avec caractères soit en vert soit en orange ( au choix du client ) et les nouveaux écrans plats à cristaux liquides qui permettent d’afficher plusieurs indicateurs en même temps avec des zones de textes, des images vidéo, du son etc. Bref une présentation multimédia qui n’existait pas encore dans le commerce. De plus, le système de commande pouvait être piloté en cas de crise à bord du sous-marin par de la reconnaissance vocale non apprise : n’importe qui à ce moment là pouvait crier « barre à bâbord » et le gouvernail exécutait l’ordre. C’était donc ce qui se faisait de mieux au monde dans ce domaine. Bien évidemment les membres de la commission ont été éblouis par cette démonstration et n’ont plus voulu de l’ancienne version correspondant au cahier des charges initial. Il y avait seulement un problème : cet équipement dernier cri valait beaucoup plus cher que celui commandé plusieurs années auparavant. Comme pour des raisons pratiques, il n’était pas question de voter au Parlement une loi de finances rectificatives et d’expliquer publiquement ce qui était alors un secret défense, face à l’intransigeance du groupe Thomson qui réclamait le paiement, les pouvoirs publics ont demandé au Crédit Lyonnais d’envoyer le chèque avec le montant adéquat à cette filiale de Thomson. Nous sommes ici devant un cas classique : comment financer un projet innovant alors que nous sommes en pleine révolution technologique, à la fin du projet, il faut bien trouver le complément de budget, trouver de l'argent pour utiliser ces innovations et le gouvernement d'un état doit trouver cet argent sans coût pour les caisses publiques, nous allons y revenir car la solution des chèques du Crédit Lyonnais, bien connue par le personnel de Thomson comme d'autres groupes industriels nationalisés, mis à part alimenter les plaisanteries autour d'un café, reste très limitée même si, ces années là, nous étions ignorants de la question fondamentale qu'est la création monétaire. Depuis la crise de 2007, nous connaissons sur le bout des doigts cette question essentielle dans le fonctionnement de nos économies réelles, poursuivons...

 Quelques mois plus tard, durant la première guerre du Golf, par l’appel téléphonique d’un commercial au Pakistan, un commercial de Thomson découvre que les sous-marins irakiens sont immobilisés à quai à cause de pièces de rechange manquantes. C’est l’occasion de demander aux chasseurs de mines de la marine nationale de se porter volontaire pour déminer le détroit d’Ormuz en arguant de la supériorité de la technologie des sonars de Thomson dont l’un venait de découvrir l’épave du Titanic peu de temps avant. Ce qui fut fait. Lorsque les américains ont utilisés leurs bombardiers furtifs, les radars Shahine de Thomson suivaient leurs approches à la trace et les militaires français se sont empressés d’inviter leurs homologues américains pour qu’ils voient ces images radars. Devant la colère des militaires américains, les français ont bien entendu indiqué que l’armée irakienne utilisait les mêmes radars qu’elle avait achetés à Thomson. Les américains se sont intéressés davantage aux recherches de Thomson. Lorsque les composants du compresseur d’impulsions du satellite Topex-Poséidon furent mis au point et qu’il était devenu possible de mesurer à 2 cm près la hauteur des vagues des océans, tous comprirent qu’il était aussi possible de suivre une cible mouvante à quelques centimètres près, en particulier un missile tiré d’un avion vers un autre avion. Cette innovation majeure fut transmise aussitôt au département qui réalisait le radar embarqué de l'avion de chasse Rafale. Un équipementier militaire américain s’est empressé d’acheter une petite série de ces composants pour pouvoir copier cette technologie. Il a fallu que le service juridique du groupe français intervienne pour que ce transfert déguisé de technologie vers les USA soit payé au prix raisonnable.

 Dans ces années 1990, les bénéfices de Thomson-CSF servaient en partie à financer le développement de la technologie 16/9 de la branche Multimédia. Par la suite les bénéfices attendus de cette branche devaient financer à leur tour les programme de la branche militaire. Mais la stratégie reposait sur les applications civiles des technologies utilisées en priorité dans l’armement, principalement dans le domaine des télécommunications. Début des années 1990, mis à part la technologie 16/9 qui devait garantir la première place mondiale sur le marché des téléviseurs obtenue après le rachat de RCA, l’avenir passait par la déclinaison des technologies utilisées dans l’armement pour réaliser les téléphones mobiles avec écrans multimédia : le groupe avait la maîtrise des écrans plats à cristaux liquides qu’il suffisait de miniaturiser, il développait les filtres à bandes pour les ondes acoustiques, il savait comprimer ces ondes et les lire avec un calculateur ( comme pour Topex-Poséidon ) et il avait une technologie de transmission des émissions radio et télévision cryptées et sécurisées pour l’armée (RITA). Il devait réussir le développement de la norme UMTS et devenir un leader en téléphonie mobile, ce qui allait compenser la disparition des contrats d’armements avec les pays arabes. En matière de calculateur, il fabriquait des unités centrales dont les plaques sont refroidies à l’eau comme dans les super calculateurs CRAY mais ces technologies très complexes sont évidemment inutiles pour fabriquer des micro ordinateurs.

 Cette réussite incontestable de Thomson, même si elle n’était pas financée correctement par l’état qui avait du mal à suivre les nouvelles technologies, a semble-t-il attiré l’attention des hommes politiques qui ont été mis à contribution pour la vente de frégates et de leurs systèmes électroniques à Taïwan. Nous savons que les politiciens français n’ont pas fait preuve de la même discrétion et maîtrise que leurs homologues américains en pareil cas. Les commissions de ce contrat de ventes d’armes ont servi à financer des partis politiques et d’autres intérêts personnels certainement, d’où le scandale et l’instruction judiciaire. Aux USA, une entreprise a le droit de financer directement un parti politique, il suffit que la direction le déclare publiquement et nous connaissons les sommes versées par les entreprises dans le soutien à un candidat à la Maison Blanche. En France nous sommes très loin de cette transparence surtout au début des années 1990. C'est chez nous l'époque des scandales politiques : l'affaire du CHU  de Nice par exemple, la direction de l'établissement hospitalier au service du parti politique de droite déclenche des commandes d'équipements inutiles qui resteront dans les caves mais sur ces factures au montant gonflé volontairement, des commissions seront prises pour alimenter ce parti politique. Les principaux auteurs de ce détournements de fonds publics ont été condamnés à une peine d'emprisonnement avec sursis et à de légères amendes par le tribunal correctionnel de Paris. Cette affaire de financement des partis politiques marque un tournant et un divorce entre les équipes de projet du groupe et la classe politique qui a sombré dans le ridicule alors que ces pratiques de commissions sont monnaies courantes dans d’autres pays. Les ingénieurs du groupe qui sont en relation avec leurs homologues américains, anglais ou d'autres pays le savent très bien.

Malgré cette affaire politicienne, la direction du groupe Multimédia reste un poste de choix parmi les entreprises publiques. En 1997, à l’arrivée de Thierry Breton à la présidence du groupe, des dirigeants du CEA viennent lui demander de produire des écrans plats à cristaux liquides pour le grand public. Il est certain qu’après les sous-marins nucléaires, les centrales nucléaires ont eu besoin de ces écrans plats et qu’il ne s’agit pas d’en rester là mais de produire pour le grand public. Thierry Breton ne croit pas à ces nouvelles technologies et refuse d’investir dans des lignes de production d’écrans à cristaux liquides. C’est aussi à ce moment là que le premier ministre déclare que le groupe Thomson ne vaut rien, qu'il est toujours en déficit et qu’il songe à le vendre à un groupe étranger, Daewoo par exemple. Ce qui démontre soit une inculture inimaginable soit une volonté résolue de privatiser le secteur publique pour accélérer le passage du pays dans un système économique beaucoup plus capitaliste et libéral. Par contre, son concurrent, Philips développe rapidement cette technologie comme le société SHARP à l'origine du brevet sur les écrans à cristaux liquides avec RCA dans les années 1960. Cette erreur stratégique commise par une personnalité politique au nom de la doctrine neolibérale va précipiter le groupe dans le déclin.

Aujourd’hui nous connaissons la suite et la vente de Thomson Multimédia au numéro un chinois TCL. Pour la branche militaire, à la fin des contrats avec les pays arabes, le financement attendu en retour par la branche multimédia n’a pas eu lieu et les ventes d’armes à l’exportation ont été peu nombreuses tant pour le char Leclerc ( à Toulouse, un laboratoire de Thomson-CSF avait réalisé un simulateur pour commander la manœuvre de 2 régiments de chars Leclerc sur le terrain, autre prouesse mondiale), que pour le Rafale ( dont le radar avait un écran à cristaux liquides et un système de guidage de missile hérité des composants de Topex-Poséidon), que pour le système de transmission des communications. La torpille murène n’a pas eu la propulsion MHD car elle devait se vendre aux pays européens et cette technologie devait rester secrète ou non utilisée car pas financée pour sa mise au point définitive. Le groupe n’a pas eu accès au marché de la téléphonie mobile pour devenir un opérateur de premier plan et reste un fournisseur d’équipement ou un sous-traitant. Le choix politique est entièrement responsable de cet échec et de la perte des emplois qui en découle, surtout de la perte des emplois qui auraient pu être créés notamment dans la recherche et le développement. La cession des actions de l'état du groupe Thalès dont le nom remplace celui de Thomson-CSF, à la société Dassault est le dernière marque de mépris envers les salariés de Thalès. Début des années 1990, des ingénieurs de Dassault se présentaient pour postuler à des emplois chez Thomson-CSF : ils voulaient quitter une entreprise paternaliste qui ne leur donnait qu'un travail très précis et les laissait dans l'ignorance de ce à quoi pouvait correspondre ce sous-ensemble. La culture du secret, l'application des méthodes du neo taylorisme pour des ingénieurs chez Dassault étaient en totale contradiction avec les groupes de projet, le management participatif, la politique de rémunération basée sur le développement des compétences avec la méthode Hay, la politique de mobilité interne de Thomson-CSF. Selon l'expression d'un candidat ingénieur de très haut niveau qui voulait à tout prix quitter Dassault dont il ne supportait plus le management rétrograde et humiliant : "Chez Thomson, il y avait eu un coup de balai au niveau de la direction pour mettre en place un management moderne et participatif, chez Dassault, la direction ne savait même pas que le balai existe !" Après la privatisation de Renault, Thomson-CSF était devenu le laboratoire social pour les haut-fonctionnaires du ministère du Travail qui venaient volontiers à la rencontre des équipes dirigeantes lors des séminaires de direction ou au Campus de Jouy en Josas pour écouter et prendre en compte les évolutions du travail et du management dans leurs travaux législatifs. Nous nous entendions bien avec eux à ce moment là. Va-t-il y avoir un coup de balai dans la direction de Dassault maintenant que les équipes de Thalès savent manier le balai ? Ou devront-ils se soumettre à cette direction paternaliste rétrograde ? Celui qui décide d'une telle mesure devrait avoir au moins la politesse de dire ce qu'il veut en matière de balai sinon le balai ce sera pour lui aussi !

Il reste à savoir quelle banque d'affaires était prévue dans le cadre de la vente de Thomson à Daewoo par le gouvernement Juppé en 1996. Il est probable que les milieux de la finance américaine se retrouve quelque part derrière cette manoeuvre du gouvernement pour éliminer un groupe d'armement français dont les technologies et les découvertes lui donnait un avantage certain sur les entreprises américaines obligées d'espionner et de capter l'activité de Thomson pour rester à un même niveau scientifique et technologique. Lire aussi le passage sur Thomson à la page : NON coupable.

rappel : Thomson: l'erreur de la méthode, Par L'Express, publié le 12/12/1996

Chronologie d'une privatisation suspendue

http://www.lexpress.fr/informations/thomson-l-erreur-de-la-methode_619895.html

lire aussi : http://www.monde-diplomatique.fr/1996/12/CARROUE/7496

mise à jour avril 2014

le déclin industriel de la France prend des dimensions tragiques, depuis la crise de 2007 la plupart des grands groupes français ont été malmenés sur les marchés financiers et la plupart ont du procéder à des alliances sinon à des fusions avec des sociétés de pays européens sinon étrangers. Les causes de ce déclin sont nombreuses et nous avons présentés certaines : le paternalisme dans les sociétés familiales qui freine les promotions internes et pousse les meilleurs à trouver un emploi dans les sociétés étrangères implantées en France ou un emploi en tant qu'expatriés, le manque d'investissements dans les technologies, le mal français qui ne veut pas créer des emplois et se contente de jouer sur la peur du chômage, l'hostilité du patronat envers la Sécurité sociale qu'il combat depuis 1945 comme un obstacle majeur à ses profits promis par l'idéologie libérale, les conflits entre les élites dirigeantes qui se considèrent comme des chefs de guerre à la tête de leurs entreprises et se combattent sans chercher à fonder des alliances pour se développer. Depuis la crise financière et économique de 2007, une autre cause est devenue évidente : l'interdiction de financer l'économie réelle depuis une banque nationale au service du gouvernement et l'obligation depuis 1973 d'emprunter l'argent sur les marchés financiers. La fragilité des grands groupes français tient dans leur manque de trésorerie et de capitaux propres, le plus souvent ils ont dépensé ou gaspillé leurs profits pour des stratégies hasardeuses sans relation directe avec l'économie réelle et les opportunités des marchés. Un exemple parmi d'autres : la filière nucléaire française depuis l'arme nucléaire jusqu'aux centrales nucléaires. Cette filière a été démantelée pour des intérêts particuliers : il a fallu séparer le client (EDF) des fournisseurs (Alstom, AREVA et des entreprises du BTP). Pour vendre des centrales clés en mains à d'autres pays, il ne fallait pas alourdir la facture avec des activités peu rentables mais pourtant indispensables. Chaque maillon du processus, une fois isolé, est devenu faible à la première difficulté sans que les autres maillons puissent venir l'aider et sans que l'état ne puisse plus intervenir, privatisations obligent. Dès le moindre problème financier (investissements ou trésorerie sur ce marché de long terme), les sociétés ont du emprunter sur les marchés financiers et sont devenues la proie des actionnaires et des multinationales américaines propriété des familles de banquiers de l'oligarchie financière anglo-saxonne, surtout après la privatisation de la CGE en 1987, société mère d'Alcatel -Alsthom. Pour trouver de nouvelles sources de rentabilité, ces grands groupes se sont lancés dans la révolution technologique des NTIC (nouvelles technologies informatiques de communication) et celle des télécommunications. Souvent, ils ont vidé les caisses des anciennes industries lourdes pour financer leurs nouvelles sociétés informatiques et de télécommunications. Le cas le plus connu est celui d'Alstom dont les réserves financières ont été prises pour développer Alcatel. En vain puisqu' Alcatel ne pouvait obtenir une taille critique mondial sur ce marché qu'en s'alliant à une société américaine, Lucent en 2007. Alstom a bien cherché à vendre ses activités industrielles pour devenir lui aussi un acteur majeur du nouveau marché des NTIC bien plus rentable mais la filière nucléaire française ne lui permettait pas d'abandonner justement ces activités industrielles lourdes et certaines années, pas rentables à cause du manque de commandes françaises et étrangères. C'est ainsi qu'après le cas de Thomson-CSF finalement transformé en Thalès et dirigé par Dassault parce qu'il fallait bien un semblant de privatisation, une fois le nucléaire militaire avec ses sous-marins resté sous indépendance française, le cas du nucléaire civil se repose en avril 2014 avec la volonté de rachat entrepris par une société américaine contrôlée par la famille Rockefeller. L'état français avec son endettement record est pris au piège. Le gouvernement peut transiger ou se soumettre, parmi les citoyens de plus en plus nombreux sont celles et ceux qui connaissent la solution simple et efficiente : revenir avant 1973 et mieux, garantir le financement de notre économie réelle à travers la restauration de notre pouvoir de créer la monnaie pleine sans coût pour les caisses publiques.

En France, les membres de la société industrielle de Mulhouse au 19ème siècle avaient bien mis en place une mutuelle de bancassurance, la Mulhousienne, mais la finalité de cet ensemble était restée protestante et non pas tournée vers la maximisation des profits pour dominer le monde, ensuite, pour des raisons fiscales, ce montage industriel et mutualiste fut interdit, sans oublier l'hostilité du patronat catholique à une telle initiative protestante.

Pourtant, le lancement des grands travaux pour moderniser le pays à partir des années 1960 s'est appuyé sur des entreprises nationalisées et leur financement à partir d'une décision gouvernementale suivie par la création de monnaie et des prêts favorables accordés par la Banque de France. C'est la grande époque de la CGE qui occupe la place de leader mondial dans certains domaines porteurs d'avenir. Après 1973 et les chocs pétroliers qui sont venus masqués cette prise de pouvoir par les financiers sur les états, l'impossibilité de soutenir à moindre coût le développement économique à travers les grandes sociétés nationalisées ou dépendantes des politiques publiques a poussé les hommes politiques vers l'idéologie libérale et la solution des privatisations. Pour les politiciens en mal de légitimer leur présence dans le régime politique parlementaire et semi-présidentiel, il a bien fallu se rattacher à une doctrine capable de rendre cohérente leur conduite des affaires.  Après l'échec de la politique de relance par la demande en 1981 parce que les entreprises françaises n'avaient plus investies durant les années d'inflation et étaient incapables de répondre à la demande intérieure, face au creusement du déficit commercial principalement avec l'Allemagne dont les entreprises sont venues répondre à la demande française, le plan Delors en 1983 nationalise les institutions financières et les grands groupes industriels. En 1986, l'outil de production français est modernisé, les automates programmables et les robots sont installés même si les compétences des salariés n'ont pas suivies faute de formation et la productivité permet à la croissance de repartir. Ensuite dans les années 1990, la politique du franc fort pour préparer l'euro a une nouvelle fois pour conséquence le manque d'investissements et de création d'emplois. Les grands groupes industriels doivent chercher leurs financements ailleurs et les privatisations interviennent au plus fort de la vague de concentration des entreprises qui est la conséquence de l'introduction des nouvelles technologies automatisées de production et de distribution. Les sociétés françaises ne sont pas prêtes à surmonter cette guerre de la mondialisation parce qu'elles se sont développées dans un marché national protégé pour des raisons d'indépendance politique et malgré leurs hautes technologies, elles ne représentent que de superbes proies pour les multinationales américaines et les investisseurs sur les marchés financiers. La solution est aujourd'hui évidente : ce changement de stratégie de financement a été une erreur politique majeure. La stratégie d'indépendance économique et militaire des années 1950 - 1960 devait se poursuivre et elle obligeait nos gouvernements à refuser d'entrer dans l'idéologie libérale et sa construction européenne sous forme d'un vaste marché ouvert à la mondialisation mise en oeuvre par l'oligarchie financière anglo-saxonne. Changer de stratégie en cours de route et alors que les concentrations d'entreprise se multiplient au niveau mondial a eu pour conséquence immédiate un affaiblissement des entreprises françaises rendu d'autant plus important que ces entreprises, comme l'état lui-même, ont été obligés de se financer sur les marchés financiers dominés par les banques de l'oligarchie financière anglo-saxonne. La solution après des années d'errements stratégiques a été la stratégie de spécialisation et l'abandon de nombreuses activités industrielles. La CGE était un conglomérat certes mais en Allemagne Siemens l'était tout autant et n'a pas suivi cette stratégie de spécialisation, au contraire Siemens a soutenu les entreprises allemandes en les intégrant dans son conglomérat le cas échéant en faisant preuve d'un patriotisme économique qui avait disparu chez nous à travers les querelles intestines des dirigeants qui se sont émancipés de la direction centralisée et colbertiste de l'ancienne CGE. Ce maintien de la stratégie de conglomérat a évité à Siemens un gaspillage de ressources financières dans les achats et ventes d'activités surtout non réussis. Dès les années 1980, la trésorerie de Siemens lui permettait d'acquérir toute opportunité en Europe sauf que souvent les oppositions nationales lui barraient la route, y compris en France. En 1982, en formation sur un système de contrôle d'accès Siemens, à Erlangen près de Nuremberg, nos voisins d'étage étaient le service Siemens chargé de préparer les nouveaux équipements dans l'Allemagne de l'Est dès qu'elle serait réunifiée à l'Allemagne de l'ouest. Ils étaient prêts bien avant 1989 et même si en 1982, l'étage était quasiment vide, cette stratégie et cette confiance dans l'avenir nous avait interpellés, nous les clients venant d'Alsace. En discutant avec ces voisins d'étage, nous avions compris que le développement de Siemens était loin d'être achevé et que cette société allait devenir une société leader en Europe, bien avant les sociétés françaises ; c'était visible et cela se sentait...

 En 2014, il s'agit de reprendre le pouvoir sur notre création monétaire et de soutenir l'économie réelle et particulièrement son industrie avec une monnaie pleine sans coût pour les finances publiques. L'état doit créer lui-même la monnaie dont a besoin son économie pour se développer et ce principe vaut pour tous les états qui sont alors obligés de s'entendre pour définir des projets communs de développement économiques au sein de leurs confédérations. L'initiative est d'abord locale et la production ne peut être que locale pour obtenir le plein emploi. Le travail passe avant le capital.

 

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