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partie 2 : le fonctionnement des systèmes de pouvoir

Revue de Presse sur la crise actuelle

La crise, moteur du capitalisme, par André Orléan

Les États-Unis ont perdu près de 8,4 millions d'emplois,  entre décembre 2007 et février 2010.

L'argent fait sa loi

les entreprises du CAC 40 ont encore versé pour l'année 2009 plus de 35 milliards d'euros de dividendes

Bas salaire et qualité de l'emploi : l'exception française ?

"Les inégalités de revenus se situent au niveau d'avant la crise de 1929"

255 000 emplois supprimés en France en 2009!

 

 

m.a j du 13/09/2012

extraits tirés de la motion "osons, plus loin, plus vite" pour le congrès du PS  déposé par Stéphane Hessel et le collectif Roosevelt 2012 

"Comme l’écrivait Joseph Stiglitz fin 2009 : « Personne ne veut regarder les choses en face. Nous sommes en train de préparer le terrain pour d’autres crises, aussi violentes que celle que nous traversons. Elles détruiront des millions d’emplois à travers le monde. Depuis le début de la crise, on s’est contenté de déplacer les fauteuils sur le pont du Titanic.»" 

" L’histoire de toutes les grandes défaites se résume en deux mot : trop tard !" affirmait Douglas Mac Arthur. Allons nous attendre qu’il soit trop tard pour agir ?

Ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique. Ce n’est pas en améliorant la monarchie qu’on a inventé la République."

Pas de vrai changement sans la participation des citoyennes et des citoyens

Il faut tout mettre sur la table et associer le plus grand nombre de militants et de citoyens à cet effort de réflexion, puis au chantier qui va très vite en découler. S’il suffisait de quelques réformes à la marge pour sortir de la crise, on pourrait peut être accepter que les décisions soient prises par un petit nombre. Mais s’il faut faire naître une nouvelle société, s’il faut changer de façon assez radicale l’ensemble de nos modes de vie, il faut miser sur l’intelligence de l’ensemble des citoyens. Il n’y aura pas de sortie de crise sans un nouveau contrat social, sans un profond renouveau de nos pratiques démocratiques."

C’est en observant l’évolution de la dette aux États-Unis qu’on comprend les causes profondes de la crise (Cf. la courbe ci-dessous). Jusqu’en 1981, le ratio dette/PIB était parfaitement stable. L’économie n’avait pas besoin de dette. Des règles collectives assuraient une progression régulière des salaires et un partage équitable entre salariés et actionnaires. Ce "compromis fordiste" a permis aux États‐Unis de connaître 30 ans de prospérité. Sans dette. Ni dette privée, ni dette publique. Mais, en 1981, Ronald Reagan arrive à la Maison blanche. Les libéraux baissent les impôts sur les plus riches, ce qui favorise la dette publique. Et les politiques de dérégulation amènent à la baisse de la part des salaires dans le PIB. C’est à partir de là que des millions d’Américains s’endettent pour maintenir leur niveau de vie.

Au total, en 30 ans, ce sont quelques 150 % du PIB de l’ensemble de nos pays qui sont partis vers les marchés financiers au lieu d’aller aux salariés et donc aussi à l’Etat, via la TVA. Cet argent a-t-il profité à la recherche ou à l’investissement ? Non. Toutes les études montrent que l’investissement et la recherche sont stables. Ces sommes colossales ont été accaparées par un tout petit nombre de citoyens : l’Europe s’est épuisée depuis des mois pour trouver 110 milliards pour sauver la Grèce mais la fortune cumulée des 0,2% les plus riches de la planète est estimée à 39.000 milliards

En 2008, tout le monde affirmait que la crise venait du capitalisme dérégulé et du niveau insupportable des inégalités. Stiglitz dénonçait "le triomphe de la cupidité". Mais, depuis deux ans, à cause de la Grèce (où l’ État et le non-Etat sont responsables de la crise), c’est l’ État qui est de nouveau sur le banc des accusés. Avec une indécence inouïe, les néolibéraux repassent à l’attaque. Quel retournement dramatique ! La question de la dette des États est évidemment très importante (90% du PIB en France et en Allemagne comme en moyenne Zone euro), mais au lieu de bloquer les retraites et de rogner dans le financement de la santé ou de l’éducation, ne faut-il pas utiliser tous les leviers fiscaux possibles pour récupérer une bonne part de la "dette des marchés", ces 150% du PIB que les 0,2 % les plus riches doivent aux peuples de nos pays, si on considère que la partage entre salariés et actionnaires était juste et efficace dans les années 1970 ? Les Indignés ont raison : " ceci n’est pas une crise, c’est un hold-up !"

« La crise de la Zone Euro peut durer 20 ans, affirme Patrick Artus, directeur des études de Natixis. D’où le risque d’une grande instabilité économique, financière, sociale et politique durable. » Une crise de 20 ans ? Si l’on réfléchit à ses conséquences sociales et politiques, cette perspective est insupportable.

le texte de la motion : http://www.plusloinplusvite.fr/

 

m.a j du 20/06/2012

une étude de l'Insee de 1991 montre que la concentration du patrimoine en France est très forte : en 1981, 10% des plus riches possédaient 50% du patrimoine et en 1991, après 10 ans de pouvoir socialiste, ces 10% possédaient 55% de la valeur du patrimoine. Cette étude avait grand bruit en 1991 pour montrer que les gouvernements socialistes n'avaient rien changé à cette situation des inégalités de patrimoine. En 1998, le ministre des Finances Jean Arthuis indique que 5% des Français possèdent 45% de la valeur du patrimoine et les 5% suivants 10%.

Une nouvelle étude de l'Insee, publiée ce mercredi 20 juin 2012, révèle une concentration des patrimoines encore plus forte qu'on ne le croyait : 20 % des ménages les plus fortunés détiennent 71 % des patrimoines. Donc pour récapituler : les premiers 5% : 45% de la valeur du patrimoine, les 5% suivants : 10%, les 10% suivants : 16%.

 

m.a j du 08/09/2011

 

Peur de la crise financière et de la solidité des banques, besoin d'argent pour faire face à la crise et aider des membres de sa famille, ses enfants ? Il faut attendre encore quelques mois pour avoir une réponse claire et nette mais comme la pauvreté ne cesse d'augmenter en France, il semble logique que les français puisent dans le "bas de laine" et leurs comptes courants. Un jour, lorsqu'il n'y aura plus rien, ce ne sera plus seulement une faillite bancaire !

m.a j du 17/01/2011

Selon les dernières statistiques, les groupes du CAC 40 vont verser 40 milliards d'euros de dividendes au titre de l'année 2010. C'est plus qu'en 2009 (35 milliards), plus qu'en 2008 (36,6 milliards) et moins que la cuvée prévisible de 2011 (43,4 milliards). LVousa somme versée en 2010 représente près de la moitié des bénéfices des entreprises concernées. Voilà qui donne une (petite) idée de la rente prélevée sur les richesses produites par les actionnaires, les fonds de pension, les banques et tous les prédateurs qui se nourrissent des grands groupes comme les chasseurs se paient sur la bête. Nous sommes en présence de la dictature de l'actionnariat. Il s'agit là d'une forme de raquette légale qui ne laisse d'interroger sur les discours des traditionnels professeurs de moral. Chaque jour, ces derniers nous expliquent qu'il faut en finir avec les « acquis sociaux » et que toute augmentation des salaires serait un crime contre l'économie. Au prétexte de protéger la « compétitivité » des entreprises, ils prônent l'abandon de toute notion de durée légale du temps de travail, ce qui aurait pour conséquence de travailler plus pour gagner moins. Toute voix alternative au néolibéralisme est suspectée de démagogie, de simplisme, d'archaïsme ou de populisme - l'insulte suprême. Bref, il faut du sang et des larmes pour tous, sauf pour le groupe social ultra minoritaire, composé de l'élite de la finance, les actionnaires.

En son temps, le ministre allemand de l'économie, le social-démocrate Helmut Schmidt, s'était rendu célèbre en avançant une formule aussitôt baptisée le théorème de Schmidt, devenus le pont aux ânes des économistes bien en cours : « les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain. » Avec la dictature de l'actionnariat, les profits font la rente de demain et les chômeurs d'après-demain. Marianne n°717 du 15 au 21 janvier 2011.

 

Vive la crise : à la fin des années 1970, 1% des américains accaparaient plus de 8% des revenus totaux du pays. Après la crise, leur part a été multiplié par 3. Cherchez l'erreur. Marianne n°705, 23-29/10/2010

NDLR : en France, les chiffres sont connus : 5% des français possèdent 45% de la valeur du patrimoine national, les 5% suivant : 10% soit 10% des français détiennent 55% du patrimoine. Les nouveaux chiffres d'après la crise ne sont pas encore sortis, semble-t-il. L'INSEE doit y travailler, c'est capital !

USA : les élections de mi mandat du 2 novembre 2010 : 3,7 milliards de dollars devraient être engloutis lors de cette élection, contre 1 milliard lors de la présidentielle de 2008. Et cette somme se répartit très inégalement, puisque le rapport pourrait être, selon certains spécialistes de 10 contre 1 en faveur des républicains. Marianne n°705, 23-29/10/2010. 

NDLR : vive la crise et vive la ploutocratie américaine. Bref, ça va mal, très mal ! Pour défendre nos idées sur l'élimination des états, du système de pouvoir économique capitaliste afin de remettre en place de nouvelles organisations en réseau, fileane.com dépense environ 250€ par an sans compter les heures de travail... c'est rien, c'est nul... mais avec la foi d'un poète initié miraculé de la vie ( ou plutôt mort une fois et revenu de la mort telle que se l'imaginent ceux qui n'ont pas encore fait le voyage ), tout est possible...

 

La crise, moteur du capitalisme, par André Orléan

 Le Monde| 29.03.10 | 14h44  •  Mis à jour le 29.03.10 | 14h44 

A propos de l'auteur : 

Né en 1950, à Paris, administrateur de l'Insee, cet ancien polytechnicien est directeur de recherche au CNRS depuis 1987. Il a également été membre du conseil scientifique de la Commission des opérations de Bourse, qui a fusionné en 2003 avec le Conseil des marchés financiers pour former l'Autorité des marchés financiers (AMF). Depuis 2006, il est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il fait partie du comité de direction de la revue "Annales. Histoire, sciences sociales". Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "Le Pouvoir de la finance" (Odile Jacob, 1999).

 L'histoire du capitalisme se confond avec l'histoire de ses crises. Sur la période 1970-2007, on ne compte pas moins de 124 crises bancaires, 208 crises de change et 63 crises de la dette souveraine ! Même si la plupart d'entre elles restent limitées à des pays périphériques, cela n'en demeure pas moins un constat très impressionnant.

Devant de tels chiffres, l'idée d'une autorégulation par les marchés apparaît comme insuffisante. Pour comprendre comment le capitalisme gère ses excès, il semble que l'hypothèse alternative d'une régulation par les crises ne manque pas d'arguments. Pour s'en convaincre, il n'est que de considérer ce qu'on nomme les "grandes crises" ou crises structurelles. Parce qu'elles sont des périodes de profonde mutation, leur rôle dans l'évolution historique du capitalisme est crucial. La plus célèbre d'entre elles est la Grande Dépression (1929-1939).

Il s'agit de crises profondes, non seulement quantitativement par leur intensité, mais également qualitativement par l'ampleur des transformations institutionnelles qu'elles initient. Ces crises ont pour origine l'épuisement d'un modèle de croissance qui ne réussit plus à contenir ses déséquilibres. Pour repartir, le système économique a besoin de nouvelles règles du jeu, de nouvelles institutions, de nouveaux compromis. Tel est l'enjeu des grandes crises : réinventer un nouveau modèle de croissance.

Ainsi, au cours de la période 1929-1945, le capitalisme a-t-il dû se transformer en proposant un projet original, fondé non plus sur la concurrence à tout-va, mais sur une adéquation permanente, centrée sur la grande entreprise industrielle, entre augmentations du salaire réel, gains de productivité et croissance. Pour désigner ce modèle qui émerge au sortir de la seconde guerre mondiale, on parle de "régulation fordienne", par référence à Henry Ford, qui avait compris que, pour pouvoir vendre ses automobiles et faire des profits, ses ouvriers devaient être bien payés.

Après avoir conduit à une exceptionnelle prospérité, connue sous le nom des "trente glorieuses" (1945-1973), le régime fordien entre, à son tour, en crise. C'est la stagflation des années 1970 (1973-1982), qui mêle d'une manière inédite inflation et croissance faible. Si cette grande crise diffère de celle de 1929, sa signification reste identique : la fin d'une époque et l'avènement d'une nouvelle forme de capitalisme. En conséquence, après la stagflation, au début des années 1980, émerge le capitalisme financiarisé, encore appelé "capitalisme patrimonial" ou "capitalisme néolibéral".

La rupture avec le régime antérieur est prodigieuse, particulièrement par l'ampleur que connaît la dérégulation financière. On assiste au démantèlement progressif du cadre réglementaire qui, fait notable, avait conduit à l'élimination de toute crise bancaire durant la période fordienne, entre 1945 et 1970. Politiquement, c'est l'arrivée au pouvoir des gouvernements libéraux de Margaret Thatcher au Royaume-Uni (mai 1979) et de Ronald Reagan aux Etats-Unis (janvier 1981) qui marque le début de cette nouvelle phase. Mais, du point de vue de la régulation économique, l'origine de ce nouveau capitalisme est à trouver dans la transformation révolutionnaire que connaît la politique monétaire. Désormais, l'inflation devient la cible prioritaire.

Pour la combattre, Paul Volcker mis à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed) en 1979 procède à une augmentation étonnante du taux d'intérêt à court terme, jusqu'à atteindre 20 % en juin 1981. Cette politique engendre une mutation complète et définitive du rapport de forces entre débiteurs et créanciers au profit de ces derniers. Désormais, les possesseurs d'actifs financiers ne risquent plus de voir leur rentabilité rongée par l'inflation. Ils ont le champ libre. C'est le début d'une période de vingt-cinq ans qui a pour caractéristique centrale de placer la finance de marché au centre de la régulation, bien au-delà de la seule question technique du financement. Pour le dire simplement, ce sont les marchés financiers qui contrôlent désormais les droits de propriété, ce qu'on n'avait jamais connu auparavant.

Dans les capitalismes antérieurs, la propriété du capital s'exerçait sous la forme du contrôle majoritaire au sein de structures spécifiques hors marché, à l'exemple de la Hausbank allemande ("banque maison") ou du contrôle familial. Le représentant emblématique du capitalisme patrimonial est l'investisseur institutionnel. Il est porteur d'une nouvelle gouvernance des entreprises, centrée sur la "valeur actionnariale".

La crise qui débute en août 2007 doit, selon nous, être comprise comme marquant l'arrivée aux limites du capitalisme patrimonial et son entrée en grande crise. Comme les capitalismes précédents, il succombe lorsque le principe même de son dynamisme se retourne contre lui pour devenir source de déséquilibres. En l'occurrence, c'est la question financière qui s'avère déterminante. Le capitalisme patrimonial ne réussit plus à contrôler l'extension de son secteur financier, dont le poids devient handicapant à partir d'un certain seuil.

Pour le voir, considérons l'endettement total des Etats-Unis, tous secteurs confondus. Entre 1952 et 1981, durant la période fordiste, sa croissance reste modérée : de 126 % à 168 % du PNB. Pendant la phase néolibérale, ce même ratio explose, pour atteindre 349 % en 2008 ! De même pour le total des actifs financiers des Etats-Unis. Il reste stable de 1952 à 1981, entre 4 et 5 fois le PNB, pour se mettre ensuite à croître jusqu'à plus de 10 fois le PNB en 2007. Au niveau mondial, l'observation est identique : le total des actifs financiers, qui vaut 110 % du PNB mondial en 1980, atteint 346 % en 2006.

Si, dans un premier temps, l'expansion financière a participé activement à la formation de la croissance néolibérale, il apparaît qu'aujourd'hui elle est devenue disproportionnée. Pensons que ce secteur s'approprie 40 % des profits totaux américains en 2007, contre 10 % en 1980, alors qu'il ne représente que 5 % de l'emploi salarié. La démesure est extrême. Elle pèse sur l'ensemble de l'économie par de nombreux canaux. D'abord au travers des exigences de rentabilité. La mondialisation financière des droits de propriété a donné aux actionnaires relayés par les investisseurs institutionnels une puissance inédite. Elle a permis l'émergence d'une norme de rendement aux alentours de 15 % pour les sociétés cotées. Cette exigence de rentabilité est intenable à long terme. Trop peu d'activités industrielles offrent des rendements aussi élevés.

En conséquence, faute d'emplois rentables, sous la pression de la valeur actionnariale, les entreprises ont été amenées à rendre le capital aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d'actions. On sait qu'aux Etats-Unis l'émission nette d'actions est négative depuis une quinzaine d'années. Autrement dit, le marché boursier américain finance les actionnaires et non l'inverse. Parce qu'elle pèse sur la croissance des pays développés et nourrit les stratégies de délocalisation, cette rentabilité exigée conduit à une baisse importante de l'emploi manufacturier en Europe et aux Etats-Unis.

La deuxième conséquence se déduit immédiatement : une forte pression sur les salaires. Elle découle d'un rapport de forces très inégal entre une représentation unifiée des actionnaires et une extrême fragmentation des organisations syndicales. En conséquence, alors que, dans le régime fordiste, une part importante des gains de productivité revenait aux salaires, ce qui nourrissait le dynamisme de la demande, ce n'est plus vrai dans le capitalisme patrimonial. Le salaire réel stagne, ce qui constitue un frein permanent à la croissance économique. D'où le recours à l'endettement des ménages avec les effets que l'on connaît.

Troisième conséquence : une montée massive des inégalités. En effet, une caractéristique essentielle de la nouvelle gouvernance d'entreprise est d'avoir fait basculer le haut management du côté des propriétaires. C'est toute la question des nouvelles règles de rémunération visant à aligner les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires. Il s'en est suivi un éclatement des inégalités dans les pays développés. L'écart entre le salaire moyen des ouvriers et le salaire des dirigeants est passé de 40 à 500 aux Etats-Unis.

Encore plus impressionnant : si l'on considère les 90 % des salariés les moins riches et qu'on compare leur revenu moyen au revenu moyen des 1 % les plus riches, alors que, sur la période 1933-1973, un certain rattrapage est observé, sur la période 1973-2006 (33 ans), on constate qu'en termes réels le revenu moyen des premiers décroît légèrement quand il est multiplié par 3,2 pour les seconds. De telles inégalités ont des effets politiques autant qu'économiques. A terme, c'est l'unité du corps social qui se trouve mise en péril.

Il est frappant de constater à quel point les marchés se sont montrés incapables d'infléchir ou même simplement de modérer ces déséquilibres. C'est une leçon qu'il faut garder à l'esprit. Ainsi, selon la théorie de l'efficience financière, la concurrence aurait-elle dû accroître le bien-être des consommateurs, en l'occurrence les emprunteurs hypothécaires, en leur fournissant des produits de bonne qualité, capables de gérer les risques que comporte l'accession à la propriété, à des coûts faibles.

C'est au nom d'un tel résultat qu'a été justifiée la libéralisation des marchés. Et non pour accroître les bonus bancaires. Il n'en a rien été. De même, attirés par de fortes rémunérations, un grand nombre de nos ingénieurs les mieux formés migrent vers le secteur financier. Est-ce là une situation satisfaisante lorsqu'on songe à tous les défis techniques que nous aurons à affronter ? L'entrée en crise correspond au moment où ces déséquilibres prennent une ampleur telle que la cohérence d'ensemble se trouve remise en cause. La question d'une nouvelle régulation est alors posée.

Cependant, la crise n'offre pas de solution toute prête. Loin de là, dans un premier temps, elle ne fait qu'aggraver les problèmes car elle accentue les tendances propres au capitalisme patrimonial. Prenons la question financière, dont on a vu qu'elle joue un rôle crucial. Durant les quinze dernières années, le secteur bancaire a évolué vers un haut degré de concentration autour d'un tout petit nombre de très grandes banques. Cette évolution est problématique, parce qu'elle produit des géants qui, en raison de leur taille, sont porteurs d'un risque systémique.

En conséquence, les autorités publiques se trouvent de facto contraintes de leur venir en aide en cas de difficultés. Tous les économistes sont d'accord pour juger qu'une telle situation n'est pas acceptable. Elle conduit ces acteurs à prendre des risques excessifs, puisque les profits leur reviennent alors que les pertes sont socialisées. Or la crise et les mesures d'urgence prises par les autorités publiques ont encore accentué la concentration du secteur bancaire. Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Wachovia et Washington Mutual ayant disparu, les banques restantes sont devenues encore plus importantes.

Autrement dit, les banques déjà trop grandes pour faire faillite sont devenues encore plus grandes ! Dans ces conditions, démanteler ces conglomérats énormes, par exemple en séparant banque d'investissement et banque de dépôts, devrait être un objectif prioritaire. Une banque trop grande pour faire faillite devrait également être trop grande pour exister. Mais une telle politique suppose une mutation en profondeur des esprits. Pour l'instant, elle semble bien éloignée. Globalement, le G20 continue à penser dans le cadre du capitalisme néolibéral. Cependant si notre diagnostic est exact, la persistance de la crise nécessitera un changement de paradigme.

Les difficultés à venir sont de deux ordres : non seulement le maintien d'un chômage de masse dans les pays développés, mais également le développement d'importantes difficultés monétaires. Notons que jusqu'à maintenant, la crise a été principalement de nature financière et bancaire. Les autorités publiques ont réussi à la contrôler grâce au maniement vigoureux de l'arme monétaire. Pour le dire simplement, elles ont noyé les difficultés sous les liquidités avec l'aide active des banques centrales.

Cependant, aujourd'hui, la masse des liquidités ainsi produites associée à la croissance vertigineuse des dettes publiques fait entrer la crise dans un nouveau stade où la question de la valeur des monnaies arrive sur le devant de la scène. En la matière, les lieux d'une possible rupture ne manquent pas : quid de l'hégémonie du dollar, de l'unité de la zone euro, de la parité du yuan ou de la faiblesse de la livre sterling ? C'est la cohésion internationale du néolibéralisme qui se trouverait alors directement questionnée.

Les forces d'ébranlement apparues au grand jour en août 2007 n'ont pas encore fini de faire sentir leurs effets dévastateurs.

André Orléan est économiste.   Article paru dans l'édition du 30.03.10

 


02/04/2010

Depuis quatre mois, la première économie mondiale alternait pertes et créations d'emplois, laissant penser à une stabilisation de son marché du travail. En mars, elle a probablement mis fin à un long cycle de destructions d'emplois, le plus dévastateur depuis les années 1930.

Les États-Unis ont perdu près de 8,4 millions d'emplois, soit 6% de leur population employée (hors agriculture) entre le début de la récession en décembre 2007 et février 2010.

Parmi les 15 millions de chômeurs du pays, 44,1% sont classés de longue durée (27 semaines ou plus), un record dans les statistiques du département du Travail.

Si l'on tient compte des personnes exclues de la population active comme les chômeurs dits découragés, et les salariés à temps partiel qui cherchent un temps complet, le taux de chômage "réel" a augmenté de 0,1 point en mars, à 16,9%.

 

L'argent fait sa loi 

DNA édito Jean-Claude Kiefer Édition du Dim 4 avril 2010 

 

 

Quelles belles Pâques... pour la finance ! Selon le « New York Times », les dirigeants des 25 plus grands fonds spéculatifs vont se partager 25 milliards de dollars sur leurs bénéfices de 2009. Grâce à la belle « générosité » (obligée) des contribuables européens et américains qui ont réamorcé la pompe après la crise de 2008. Finalement, pour que remarche le grand casino...
 Ce n'était, certes, pas le but des Etats. Mais ce constat prouve, s'il le fallait encore, que la politique ne contrôle pas la finance, et en rien. L'argent domine, dicte ses lois, creuse partout les inégalités et s'érige en tabou transcendant les règles les plus élémentaires de la démocratie. Des règles qui reposaient aussi sur la solidarité, donc sur la justice fiscale avec un impôt proportionnel aux revenus, quelle que soit leur nature. Il faut l'écrire au passé. Le « boucler fiscal » français le montre. Il va, dans son fonctionnement, jusqu'à prendre en compte des cotisations sociales comme la CSG pour encore mieux protéger les nantis, et paraît-il, favoriser ainsi l'investissement dans l'« économie réelle »... plutôt dans le « virtuel » de la spéculation.
 Cet exemple, d'ailleurs pas propre à la France, n'est pourtant que bagatelle en comparaison des deux mille milliards brassés par les « hedge funds », sans véritable emprise des gouvernements jusqu'à présent dans l'incapacité de prélever sur cette manne qui circule à vitesse électronique. Et s'attaque aux Etats, voire à l'euro, en s'en prenant aux plus faibles comme la Grèce...
 A cause de la mondialisation, du libéralisme débridé servi par des gouvernements conservateurs ? La gauche, ou le centre-gauche au pouvoir ici ou là ne font pas mieux. Le travailliste Gordon Brown défend bec et ongles la place financière de Londres, le très socialiste Papandréou fait peser tout le poids de la rigueur sur la population grecque. Une rigueur amorcée en Europe par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder sous le nom de « réforme »...
 Nos sociétés, autrefois industrialisées, ne le sont plus. Elles ont délaissé maintes productions pour la rente faite d'argent qui « fabrique » de l'argent à la place de biens réels... aujourd'hui importés. Et ce système s'emballe, exige toujours plus de fonds pour rentrer des fonds. Comment freiner cette machine infernale ? Une régularisation s'impose : elle dépend en premier lieu du bon vouloir des Etats-Unis. Une taxe sur les banques, intermédiaires et acteurs du système, fait son chemin : comme d'habitude, en ordre dispersé chez les Européens. Reste une forme d'« impôt » touchant vraiment tout le monde et que pourrait bien dicter le sacro-saint marché : l'inflation. Avec, il est vrai, également pour victimes les moins favorisés...

 

Marianne numéro 676

 

les entreprises du CAC 40 ont encore versé pour l'année 2009 plus de 35 milliards d'euros de dividendes Sur les 49 milliards de profits réalisés. On connaît l'axiome du capitalisme financier : plus les bas salaires sont bas et plus les salaires sont hauts pour attirer les meilleurs managers, plus l'économie serait compétitive.

 

Le dernier scandale en date se déroule à Sanofi – Aventis. Le leader européen de la recherche pharmaceutique, qui vient pourtant d'afficher 8 milliards d'euros de bénéfices en 2009, prépare en effet un vaste plan de restructuration de sa branche chimie en France d'ici à 2014. Objectif affiché : réaliser 2 milliards d'euros d'économies. Après avoir supprimé près de 3000 postes dans la recherche-développement et dans la visite médicale, de 700 à 900 postes seraient aujourd'hui menacées dans la chimie pure. Concernée au premier chef, les plus de 55 ans. Et si des départs volontaires ne suffisent pas, on descendra sous cette limite d'âge. Cette purge intervient au moment même où les employés de Sanofi Aventis viennent d'apprendre, par voie de presse, le salaire annuel de leur nouveau patron : Chris Viehbacher, 49 ans : 7,1 millions d'euros. Les salariés en ont peut-être la nausée, les actionnaires, eux, dresserait volontiers une statue à Viehbacher. Grâce à lui, d'ici à quelques semaines, Sanofi Aventis leur versera en effet plus de 3 milliards d'euros de dividendes.

 

La crise financière, selon un récent rapport du bureau international du travail, résulterait d'un déséquilibre mondial entre profits et salaires. En France, entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le produit intérieur brut a reculé de 9,3 %. Pour la seule année 2009, la crise économique a provoqué une contraction exceptionnelle de 20 % de la masse salariale dans le secteur privé.

 

En Allemagne, les coûts salariaux ont, certes, mais c'est du puis une dizaine d'années et les produits made in Germany affichent des succès insolents. Mais le travailleur français, lui, est toujours meilleur marché que ses homologues d'outre-Rhin et même d'outre-Manche. La productivité du travail est ici bien supérieure, et ce n'est pas par hasard si les groupes allemands sont les premiers investisseurs étrangers dans l'hexagone. La passionnante étude des économistes Eve Caroli et Jérôme Gautier sur les bas salaires français démontre que l'intensité du travail bien supérieur à celle de nombreux pays européens. Les employeurs tricolores réalisent ainsi de substantiels gains de productivité, soit en mécanique en leurs activités, soit en adaptant les horaires de leur personnel. C'est pourquoi explique Eve Caroli, quand ils rentrent chez eux, les salariés français sont lessivés et jugent leurs salaires insuffisants au regard des efforts demandés. On nous dit que la France traverse de la crise que d'autres pays grâce à ses stabilisateurs sociaux. Et on ne revalorise pas les salaires des millions de smicards ? C'est une ineptie.

 

En 2009, en France, 10,6 % des salariés sont rémunérés au SMIC. Ce chiffre grimpe à 17,2 % dans le commerce et la restauration, et même à 20,8 % dans les services.

 

Bas salaire et qualité de l'emploi : l'exception française ?

 

Eve Caroli , Jérôme Gautié , Collectif  Broché Paru le : 10/09/2009 Editeur : Rue d'Ulm

Collection : CEPREMAP

Eve Caroli, professeure à l'université de Paris-Ouest Nanterre - Jérôme Gautié, professeur à Paris I - Panthéon – Sorbonne

 

Les pays industrialisés avancés ont connu de profondes mutations économiques au cours des vingt-cinq dernières années : globalisation croissante, déréglementation de nombreux secteurs, diffusion de nouvelles technologies et formes d'organisation du travail...
Ces mutations se sont traduites par une pression concurrentielle accrue sur les entreprises, qui ont été amenées à modifier radicalement leur mode de gestion, et notamment la gestion de leur main-d'?uvre. Quelles en ont été les conséquences pour les travailleurs peu qualifiés et peu rémunérés ? Si beaucoup de travaux traitent des répercussions de cette évolution en termes de niveau d'emploi et de chômage, c'est à la qualité de l'emploi que l'on s'intéresse ici.
Cette qualité renvoie, au-delà de la seule rémunération, à l'ensemble des conditions de travail. Le cas français est situé par rapport à celui d'autres pays européens (Allemagne, Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni) et des enquêtes de terrain ont été conduites de manière approfondie dans six secteurs : l'industrie agroalimentaire, les hôpitaux, les hôtels, la grande distribution, les centres d'appel et l'intérim.
Il en ressort que si, en France, la part des travailleurs à bas salaire est relativement faible, leurs conditions de travail sont particulièrement dures. Cette spécificité découle de notre modèle de régulation du marché du travail : les règles juridiques sont nombreuses (du smic à l'encadrement des contrats temporaires), mais les contre-pouvoirs effectifs sur les lieux de travail sont insignifiants dans beaucoup de secteurs.
Cela tient pour l'essentiel à la faiblesse et à la division des syndicats, mais aussi à un niveau de chômage élevé qui contribue à saper le pouvoir de négociation des travailleurs les plus vulnérables.

 

Dans ce paysage, la « spécificité française » est celle d’un arbitrage entre salaire, charge de travail et précarité. Le Smic a protége les salariés en bas de l’échelle de revenu, mais les entreprises en ont cherché la compensation dans l’intensification des cadences et le recours aux contrats précaires. Par conséquent, la productivité horaire des salariés français tend à augmenter plus vite qu’ailleurs, tandis que leurs conditions de travail se sont dégradées.

 

 

Tableau 1 : Proportion de travailleurs à bas salaires dans six pays (2005) 

 

 

Tableau 2 : Niveau de protection de l'emploi dans six pays en 2008

 

 

 

 

Source du document suivant :

http://bouillaud.wordpress.com/2009/10/29/eve-caroli-et-jerome-gautie-bas-salaire-et-qualite-de-lemploir-lexception-francaise/

 

D’autre part, si l’on peut se féliciter de cette faible  part des emplois rémunérés faiblement en France (qui serait même en légère régression sur les années récentes selon les auteurs), il faut bien constater que les entreprises n’emploient dès lors que si elles sont capables de faire passer la productivité par travailleur au dessus de cette barre du salaire minimum : comme les prix de vente sont largement contraints par la concurrence, et qu’il leur faut évidemment maintenir ou augmenter leur profitabilité au profit de leurs actionnaires, les entreprises ont donc exigé de ces salariés une solide contrepartie en terme d’efforts de productivité.  Celle-ci les mène désormais à la limite de l’épuisement physique et mental – d’où un sentiment largement partagé par ces travailleurs français à bas salaire qu’ils sont très peu payés au regard des efforts fournis . L’exemple de la grande distribution alimentaire est éclairant : c’est en France qu’on trouve le moins d’employés au regard du chiffre d’affaire réalisé par les magasins (tableau p. 362). Pour faire fonctionner ces magasins avec aussi peu de monde, il faut par exemple augmenter le rythme d’encaissement des caissières au maximum lorsque les gens viennent faire leurs courses en masse le vendredi soir et le samedi… (et il faut compter sur la patience de clients qui sont largement captifs de monopoles commerciaux locaux…). Autrement dit, le maintien d’un salaire minimum relativement élevé se paye en conditions de travail qui se sont dégradées au fil des dernières années : les 35 heures ont ainsi été « payées » en hausse de productivité par les salariés eux-mêmes. Bien que les auteurs n’insistent pas sur ce point, on comprend très bien dans ces conditions que la France reste celui de l’alcoolisme lié au travail, et soit devenu aussi le pays des arrêts maladie pour « TMS » (troubles musculo-squellettiques), celui de la prescription exagérée d’antidépresseurs et autres psychotropes, et enfin depuis peu, celui du « suicide au travail ».

 

Les auteurs, Eve Caroli et Jérôme Gautié, dans la synthèse générale affirment ainsi clairement : « Au total, les syndicats ne jouent pas suffisamment leur rôle de contre-pouvoir et les premiers à en souffrir sont les moins qualifiés, car ils sont les plus démunis en terme de pouvoir de négociation individuel » (p. 63). Les auteurs rappellent la même idée dans leur prise de position publiée dans « l’Expansion » de ce mois ci. Ils y insistent sur l’absence de « contre-pouvoir » (syndical) – ce qui ressort effectivement de leurs études sectorielles et de la comparaison internationale.  Je me permettrais d’ajouter cependant que toutes les études sectorielles ici présentées pointent aussi le doigt sur une réalité très « gendrée ». Les salariés sont ici essentiellement des salariées, est-ce un hasard si elles sont si incapables d’établir un rapport de force et si les syndicats s’intéressent si peu à leur sort? Certains employeurs cités dans les études sectorielles semblent bien mettre en œuvre sciemment sur leurs marchés locaux de l’emploi des politiques de recrutement qui visent les femmes les plus fragiles économiquement, avec des enfants à charge qu’elles élèvent seules. Faire syndicat avec des personnes  qui ont été sélectionnées justement sur des critères qui garantissent en principe le fait de ne pas être revendicatif faute de ressources minimales pour l’être ne va sans doute pas de soi…

Dans ce même numéro de l’Expansion (novembre 2009, p. 130-133) où E. Caroli et J. Gautié prennent position, on trouvera d’ailleurs un entretien au vitriol avec Dominique Labbé, un collègue de l’IEP de Grenoble,  grand spécialiste du syndicalisme français. Ce dernier, qui finit par se faire soupçonner de gauchisme par le journaliste pour les propos sans concession tenus,  souligne avec force le détachement entre syndicats confédéraux et leur (absence de) base, permis par un financement des syndicats via des institutions publiques ou des entreprises et non pas par leurs adhérents. Je doute toutefois que quelque circonstance que ce soit humainement prévisible amène à supprimer les béquilles publiques ou privées sur lesquelles cheminent les syndicats français. Seul un authentique leader libéral pourrait le faire, mais cela reviendrait à terme à renforcer les syndicats (qui reviendraient à l’esprit de la Charte d’Amiens de 1906). Financer quelqu’un qui n’a pas les moyens de son autonomie, c’est toujours le contrôler de quelque façon, pourquoi se priver alors de ce levier d’action? On pourrait d’ailleurs dire la même chose de la plus grande partie du monde associatif en général.

 

 

"Les inégalités de revenus se situent au niveau d'avant la crise de 1929"

Propos recueillis par Thomas Bronnec -  02/04/2010 17:08:00 

 http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/les-inegalites-de-revenus-se-situent-au-niveau-d-avant-la-crise-de-1929_229806.html

 

Selon une étude de l'Insee, les très hauts revenus ont augmenté beaucoup plus vite que les autres entre 2004 et 2007. L'analyse d'Alexandre Bourgeois, économiste chez Natixis.

L'analyse d'Alexandre Bourgeois, économiste chez Natixis.

En plus

L'Insee vient de publier une étude qui montre que, entre 2004 et 2007, les très hauts revenus ont augmenté beaucoup plus vite que les autres. Cela vous surprend?

Ce phénomène est en réalité bien plus ancien. Des économistes comme Thomas Piketty ou Camille Landais ont établi que la dispersion des revenus en France a progressé de façon significative, pas seulement lors des dernières années, mais depuis le milieu des années 1990.  Moins qu'en Grande-Bretagne ou qu'aux Etats-Unis, mais le phénomène, désormais très bien documenté, ne peut plus être nié. La dispersion des revenus se situe aujourd'hui sensiblement au niveau d'avant la crise de 1929, avant la naissance de l'Etat-Providence.

Comment en est-on arrivé là?

La mondialisation joue un rôle très important. Dans une économie ouverte comme la nôtre, les salariés peu qualifiés sont mis en concurrence avec les travailleurs des pays émergents, ce qui, de fait leur interdit d'espérer des hausses de revenus significatives. Au contraire, les plus diplômés, ceux qui ont des compétences très pointues et très recherchées, parviennent à négocier des augmentations importantes, également parce qu'ils sont mobiles géographiquement. Le changement dans les politiques fiscales peut aussi expliquer la force croissante de la dispersion des revenus. Auparavant, la fiscalité était progressive : plus on était riche, plus on payait d'impôts. Aujourd'hui, le système fiscal français va davantage vers la proportionnalité, avec la suppression de plusieurs tranches de l'impôt sur le revenu ou le concept de bouclier fiscal. Ce dernier est présenté comme une évidence, mais on oublie que, pendant les Trente glorieuses, les taux d'imposition étaient bien plus élevés que 50%.

L'étude de l'Insee date d'avant la crise. Quel effet a eu cette dernière sur les inégalités?

Par définition, les plus atteints par la crise sont sans doute les gens qui avaient du patrimoine, mais ils n'ont été touchés qu'à la marge. Et les effets de la crise sont déjà derrière eux : les marchés actions sont repartis à la hausse, la chute de l'immobilier est terminée. Les causes structurelles à l'origine de cette très forte dispersion, elles, n'ont, en revanche, pas disparu. Il est difficile de prédire si on peut aller encore plus loin dans les inégalités. C'est une question politique, qui dépendra de l'acceptation sociale du phénomène.

 

14 mai 2009 

Du partage salaires / bénéfices en Europe et au Japon

Source : http://crise-europe.blog.lemonde.fr/2009/05/14/du-partage-salaires-benefices-en-europe-et-au-japon/

Date 14 mai 2009, auteur : Pierre LARROUTUROU est économiste.

Le rapport sur les salaires que Jean-Philippe Cotis a remis hier à Nicolas Sarkozy a suscité un début de débat sur le partage de la richesse entre salariés et actionnaires : le Medef souligne que ce partage est stable depuis une quinzaine d’années.

Les syndicats répondent que :

  1. le niveau des salaires est à un plus bas historique (la part des salaires a baissé de 11 % depuis le point haut atteint en 1982, ce qui est considérable).

  2. cette stabilité globale cache une accélération et une aggravation des inégalités au sein même de la catégorie des « salariés ».

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Une étude de Camille Landais, de l’Ecole d’économie de Paris, montre un accroissement très rapide des inégalités entre salariés :

                              Evolution du salaire moyen entre 1998 et 2005

pour 90 % des salariés du bas de l’échelle

  + 4 %

pour les 1 % les mieux payés

  + 14 %

pour les 0,1 % les mieux payés

  + 29 %

pour les 0,01 % les mieux payés

  + 51 %

 

Au sein des “90 % du bas de l’échelle”, Camille Landais montre que ce qui va aux “50 % du bas de l’échelle” a commencé à diminuer nettement depuis 2001.

En résumé, la part des salaires dans le PIB est stable en France depuis 15 ans mais elle n’a jamais été aussi faible et, au sein même des salariés, on assiste à un accroissement considérable des inégalités : 12 % des salariés sont en dessous du SMIC (à cause de tous les emplois précaires, 1 salarié sur 8 gagne moins que le salaire “minimum”…) mais, en huit ans seulement, le revenu des 0,01 % les mieux payés a augmenté de 51 % !

 

Qu’en est-il au niveau européen ?

Une étude du FMI publiée en 2007 permet de montrer que la part des salaires a baissé de façon régulière depuis le début des années 1980.

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Le pays dans lequel la part des salaires a le plus baissé ? L’Allemagne.

En obligeant les salariés au chômage à accepter très vite des petits boulots (sous peine de se voir supprimer les allocations chômage), la réforme Hartz 4 a provoqué le basculement de millions d’Allemands dans la classe défavorisée. Certes, les chiffres du chômage ont baissé, mais des millions de salariés gagnent moins de 600 euros par mois. Et maintenant que les exportations ralentissent, l’Allemagne s’enfonce dans une très grave récession.

 

Le pays dans lequel le partage salaires / bénéfices est resté le plus équilibré ?

Probablement, le Danemark, grâce à son système de flexi-sécurité : un salarié qui tombe au chômage peut recevoir 90 % de son salaire pendant 4 ans, du moment qu’il est réellement en recherche d’emplois. Au Danemark, rien n’est fait pour obliger les chômeurs à accepter des petits boulots.

En France, 45 % seulement des chômeurs touchent une indemnité de l’Unedic, qui est, en moyenne, de 57 % du salaire brut. Au Danemark, quasiment tous les chômeurs touchent 90 % de leur ancien salaire. En France, la durée de l’indemnisation est très variable mais, pour beaucoup, elle n’est que de quelques mois (ce qui oblige beaucoup à accepter n’importe quel emploi). Au Danemark, tous ou presque sont assurés de 4 années de sécurité financière du moment qu’ils cherchent effectivement un emploi.

Résultat des courses : il y a trois fois moins de salariés en dessous du seuil de pauvreté au Danemark qu’en France et la part des salaires dans le PIB a moins diminué que chez nous. La sécurité donnée aux chômeurs a profité à tous les salariés.

La courbe du FMI montre aussi l’évolution de la part des salaires au Japon.

Elle a baissé encore plus qu’en Europe. Au Japon, 77 % des personnes au chômage ne touchent aucune indemnité. Du coup, beaucoup sont obligés d’accepter n’importe quel emploi et ceux qui ont un emploi ont tellement peur de perdre leur poste qu’ils ne sont pas en situation de négocier des augmentations de salaires.

Comme les dirigeants allemands, les dirigeants japonais ont tout misé sur une politique de l’offre : améliorer sans cesse la compétitivité pour améliorer les exportations. Cette stratégie, très douloureuse pour des millions de salariés, a fonctionné quelques années, quand la machine à consommer américaine tirait les exportations. Mais maintenant que les Américains, sur-endettés, diminuent leur consommation, l’Allemagne et le Japon voient leur économie s’effondrer (le PIB a baissé de  plus de 12 % au Japon sur les six derniers mois !).

* * * *

De 150.000 à 200.000 personnes sont attendues dans les rues de Madrid, Bruxelles, Prague et Berlin, lors des trois “journées d’action européennes” organisées par la Confédération européenne des syndicats du 14 au 16 mai.

Les syndicats européens demandent un « plan extraordinaire de réduction du temps de travail dans tous les pays d’Europe » et une « vraie sécurité pour les salariés au chômage ». Ils ont raison. Sécuriser les salariés qui tombent au chômage permet de sécuriser l’ensemble des salariés. C’est une question de justice sociale mais aussi d’efficacité économique.

 Il n’y a pas de stabilité économique sans justice sociale. L’Allemagne et le Japon, qui ont oublié cette évidence qu’elles avaient longtemps respectée, sont en train d’en faire les frais. Très lourdement.

 

Pierre LARROUTUROU est économiste.

Il vient de publier “Crise : la solution interdite” (éditions DDB).

 

255 000 emplois supprimés en France en 2009!

Emmanuel Lévy- Marianne | Samedi 7 Août 2010 à 07:01

Jeudi 5 août, la Dares, la direction des études économiques du ministère du travail, a publié le bilan 2009 de l’emploi en France. Le document décrit une situation catastrophique : en 2009, l’économie a détruit 337 000 emplois dans le secteur privé. Un record après une année 2008 elle aussi placée sous le signe de la dégradation, avec un recul de 190 000 postes. En moins de 2 ans , ce sont plus d’un demi million d’emplois qui ont ainsi été rayés des tablettes. Particulièrement touchée, l’industrie a connu, en 2009, un taux de destruction d’emploi historique, proche de 5%, soit 168 000 postes disparus.


Et pour la deuxième année consécutive, ces emplois n’ont pu être compensés, comme c’était le cas dans les périodes précédentes, par le dynamisme du secteur tertiaire. Durant ces deux années, lui aussi a perdu de la substance : -112 000 emplois en 2008 et -121 000 l’année suivante… Moins sensible aux cycles conjoncturels, l’emploi salarié non-marchand (fonction publique, associatifs,…) a cependant joué son rôle d’amortisseur. « L’emploi salarié non-marchand progresse en raison principalement d’emplois aidés plus nombreux face à une mauvaise conjoncture », note la Dares. Et de fait, dans son plan de relance, le gouvernement a renoué avec les emplois aidés dont le principe avait été abandonné à son arrivée au pouvoir en 2007.


Au final, la destruction d’emplois dans l’économie tombe donc à 255 000 en 2009.

Cette profonde dégradation a également poussé ses effets jusqu’à modifier la part des emplois stables (CDI et fonction publique) dans le total de l’emploi. Épargnés au début de la crise, les salariés ayant un emploi stable, ont commencé par être touchés au tournant 2008-2009, alors que la mortalité des entreprises les employant connaissait une forte poussée : ce sont 260 000 CDI qui ont ainsi disparu dans l’économie, tandis que les quelques postes qui se récréent à nouveau fin 2009 sont le plus souvent  en intérim…

Déjà dramatique en soi, cette destruction s’est accompagnée d’un phénomène inattendu : la hausse de la population active. Malgré la dégradation de la conjoncture, déjouant ainsi les ressorts traditionnels qui posent qu’en tel cas les gens sont découragés de se présenter sur le marché du travail, 200 000 personnes ont grossi les rangs des « offreurs de travail » comme disent les économistes.

Plus d’offres de travail (+ 200 000), moins de demandes (255 000 postes détruits en 2009): voilà qui explique au trois quarts l’envolée du chômage, 713 000 personnes supplémentaires inscrites sur les listes du Pôle emploi en 2009, + 20 % sur un an.

En ce sens, la relocalisation de 50 000 emplois espérée par Christian Estrosi, le ministre de l’Industrie, dans une interview à La Tribune, n’est pas vraiment à l’échelle du problème. Comme le note une étude du Trésor, depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Le document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale, notamment de la Chine, pour les productions à faible valeur ajoutée, et l’Allemagne pour celles plus intenses en technologie.

source : http://www.marianne2.fr/255-000-emplois-supprimes-en-France-en-2009_a196021.html

revue de presse sur les marchés financiers et la crise actuelle

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