Pierre LEROUX

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Pierre Leroux et Karl Marx

À propos du livre de Vincent Peillon

Le dimanche 25 avril 2004. par Pierre Ruscassie dans Démocratie & Socialisme

Dans son dernier livre, dont nous avons rendu compte dans ces colonnes, Vincent Peillon nous offre une biographie de Pierre Leroux, socialiste du milieu du XIXe siècle (1797-1871). Au delà du travail qui consiste à sortir de l’oubli un des fondateurs du socialisme, Vincent Peillon s’intéresse à Pierre Leroux pour l’opposer à Karl Marx, comme autre source des traditions socialistes.

Il affirme que Pierre Leroux maintient le lien entre liberté et égalité et se distingue en cela de Karl Marx. Il oppose ainsi une tradition libérale à une tradition jacobine et voit cette opposition se poursuivre avec le face à face de Jean Jaurès et de Jules Guesde. Ces filiations qu’il trace sont trompeuses, mais elles bénéficient d’une certaine apparence puisque Jules Guesde fut l’un des principaux introducteurs d’un marxisme en France : « d’un marxisme » puisque, en réalité, les différentes traditions socialistes issues de la Révolution française essaimèrent aussi chez les héritiers de Marx pour donner naissance à plusieurs « marxismes ».

Les « marxismes » se trouvèrent aussi diversifiés que les « socialismes pré-marxistes ». Il y eut le socialisme du retour à la petite production marchande, le socialisme fédéraliste, le socialisme de l’Etat autarcique, le socialisme nationaliste d’un Guesde et le stalinisme. Il y a le social-libéralisme, le national-souverainisme de gauche d’un Chevènement, le marxisme analytique et le marxisme de la pratique subjective.
Le « marxisme » qui s’opposa à Jaurès à l’orée du XXe siècle, est le « guesdisme ». Sur deux questions essentielles, Jules Guesde s’opposa à Jean Jaurès : sur la défense de Dreyfus et sur le combat contre la guerre à venir. Ce n’est pas mince et montre le fossé qui existait entre Guesde et les marxistes (allemands) de l’époque.

Mais qu’en est-il de Marx ? Il refusait d’opposer liberté et égalité.
Marx, comme la plupart des socialistes et communistes de l’époque, était un partisan du libéralisme politique classique qui, partant de la révolution anglaise et débouchant sur la révolution française, les théorisait au travers des empiristes, tel Locke, et des rationalistes, tel Kant, en passant par la philosophie des Lumières, Montesquieu, Rousseau et les économistes libéraux du XVIIIe siècle (Smith, Ricardo).
Marx est allé plus loin que ce libéralisme politique sur deux points.
D’une part, contre la théorie du contrat social de Locke (reprise par Hobbes, Rousseau et de nos jours par John Rawls), qu’il considérait comme une abstraction sans fondement dans la pratique réelle, il a défendu la théorie du conflit d’intérêts (présentée par Machiavel, Montesquieu, Guizot,...) qui répond à la réalité de la lutte de classes. D’ailleurs, ce ne sont ni Leroux ni Marx qui ont découvert la lutte des classes, le prolétariat et la bourgeoisie. Ce sont des historiens de droite de la Révolution française : Guizot et ... Adolphe Thiers (eh oui !) le futur versaillais.
D’autre part, Marx a repris la théorie de la valeur marchande de Ricardo (qui la tenait d’Aristote !) mais l’a considérablement précisée avec la distinction entre travail et force de travail et par sa théorie du fétichisme.

Marx mettait au centre des tâches du socialisme, l’égalité des droits, c’est-à-dire l’égalité des libertés individuelles.
En effet, au contraire des interprétations qu’en ont donné les « marxistes », c’est-à-dire durant 70 ans les auteurs staliniens ou influencés par le stalinisme, Marx n’était pas un théoricien du « collectivisme » ou un « holiste » qui, comme dans les discours des « communistes » staliniens, personnifiait les entités collectives et estimait que le « Prolétariat » avait une mission historique ou était un acteur de l’histoire. Non, Marx était un théoricien de « l’individualisme » : il considérait que ce sont les humains (au pluriel, les individus concrets, et non l’humanité, entité abstraite) qui font l’histoire, mais « dans des conditions dont ils ont hérité ». C’est notamment très clair dans sa réponse à Stirner.
Pour Marx, les droits étaient ceux des individus et non ceux des communautés. Il était en cela un représentant du libéralisme politique classique. Mais son individualisme était un individualisme « concret ». Il était à l’opposé de l’individualisme « méthodologique » du libéralisme économique du XIXe siècle, celui des « néo-libéraux » qui personnifient des abstractions comme « l’homo œconomicus » en lui attribuant de surcroît un comportement « rationnel ».
Selon Marx, ce n’est pas le prolétariat qui agit, ce sont les prolétaires qui agissent, chacun dans sa direction, mais la résultante de l’ensemble est une expression sociale (parfois inconséquente, car passant au travers de diverses médiations) de leurs intérêts communs de prolétaires.
Ce sont les socialistes étatistes comme Ferdinand Lassalle (contemporain, concitoyen et adversaire de Marx), Jules Guesde (qui fut, en France, l’introducteur d’un marxisme étatisé, sur le modèle de J-P Chevènement), Georges Sorel et les idéologues staliniens, qui ont fait du socialisme ou du marxisme une doctrine étatiste et collectiviste présentant la « classe ouvrière » comme un démiurge.
Évidemment, en raison du poids du stalinisme, cette compréhension erronée de Marx est celle qui est encore la plus diffusée. Mais les meilleurs auteurs d’ouvrages sur Marx ne s’y trompent pas : voir l’ouvrage de référence de Michel Henry « Marx » (en deux tomes, collection Tel chez Gallimard), voir aussi le petit livre de Denis Collin « La théorie de la connaissance chez Marx » (éd. L’Harmattan) ou, de Maurice Barbier, « La pensée politique de Karl Marx » (L’Harmattan). Ouvrages qui montrent que le « matérialisme » de Marx n’était pas un « déterminisme de la matière », ni un « déterminisme par l’économie », mais un « déterminisme de la pratique subjective des personnes individuelles » selon lequel « la pratique précède la conscience » et « la conscience de notre pratique est toujours en retard sur cette pratique ».

La divergence de fond qui oppose Marx à Leroux et à Jaurès, réside dans ce « matérialisme de la pratique », cet empirisme de Marx qui affirme que la conscience dérive de l’expérience, alors que, selon l’idéalisme de Leroux et de Jaurès, les idées mèneraient le monde (page 49 du livre de Vincent Peillon).
L’expérience nous montre fréquemment que les conceptions théoriques et la philosophie de l’histoire qui sont affirmées par un dirigeant politique, ne le protègent pas des dérives programmatiques.
À l’inverse, le même programme politique est, le plus souvent, adopté par des citoyens qui ne partagent pas la même philosophie. D’ailleurs, malgré leurs divergences théoriques, Leroux, Marx et Jaurès refusaient, tous les trois, de dissocier liberté et égalité.
C’est pourquoi, le rapport de forces qu’imposent les mobilisations sociales est la meilleure garantie de la fidélité des élus à une politique de gauche.

Pierre Ruscassie

 

position de fileane.com :

l'empirisme de Marx repose sur un constat de bon sens : nous savons toujours mieux faire après avoir fait une première fois, c'est l'effet d'expérience mais la nature humaine ne peut trouver sa conscience uniquement à travers une expérience. Quant à la position que les idées mènent le monde, elle est aussi recevable que la première. Aucune de ces positions ne va suffisamment au bout de son chemin pour sortir de cette opposition. Confronter expérience et corps de savoir ou idées tient à vouloir séparer deux moments indissociables de notre condition humaine et savoir si l'action précède la pensée ou l'inverse ne peut offrir une utilité que dans la perspective de savoir si nous pouvons nous passer ou non de Dieu ou du moins de l'idée de Dieu. Sur ce site nous témoignons de la rencontre avec les mystères de la vie qui nous font franchir la mort charnelle, nous ne restons donc pas prisonnier de ce carcan philosophique.

Nous disons que parmi les idées, il y a une catégorie qui représente la traduction de la rencontre des mystères de la vie et de générations en générations, ce corps de savoir spirituel sert à préparer celles et ceux qui veulent bien en prendre connaissance dans leur recherche de leurs raisons de vivre et de mourir. Cette traduction des mystères est toujours la même : elle parle de fraternité, d'égalité dans notre condition humaine, d'un besoin de retrouver ces rencontres surnaturelles, ces moments vécus en NDE, de créer d'autres voies initiatiques, d'établir un dialogue de l'âme pour l'âme. Mais ce savoir spirituel est toujours récupéré par des minorités qui s'en servent pour établir leur pouvoir civil ou religieux, fonder des dogmes et chercher à éliminer celles et ceux qui croient d'autres dogmes ou qui rejettent tous les dogmes pour rester fidèle aux premiers enseignements spirituels non récupérés par les religions. Tout système de pouvoir sélectionne le savoir dont il a besoin pour se faire obéir et trafique des dogmes les uns plus idéologues que les autres, le tout sombrant dans le crime et le génocide.

L'expérience d'une rencontre avec ce qui vit en nous et nous conduit à une autre vie après la mort de notre corps charnel sert effectivement de déclencheur pour changer sa vie et voir autrement les autres, nos frères dans la condition humaine. Le savoir spirituel sert à témoigner de ces rencontres et à rendre conscient les individus d'être à l'écoute de soi et des autres pour ne pas passer à côté d'une de ces rencontres. La vie humaine se charge d'établir qui de la rencontre avec les mystères ou de la rencontre avec le savoir spirituel sera vécue en premier. L'éducation dans une société favorise la rencontre avec le savoir spirituel tant qu'il n'est pas interdit. La religion catholique interdit la voie initiatique depuis le concile de Nicée lorsque l'empereur romain devint aussi le chef de l'église romaine.

A l'époque de Marx, Leroux et Jaurès, l'époque était à la croyance dans le rôle régulateur et protecteur de l'état. Ces auteurs n'ont pas cherché plus loin la cause du rôle de l'état : le développement d'un système de pouvoir. Ils sont restés au niveau des conséquences qu'ils ont idéalisées, traduites en fictions socialistes ou communistes. Ils ont voulu faire reposer leur système de pouvoir sur des lois établissant liberté et égalité. Or une personne initiée de par son expérience sait que la liberté n'est pas première mais qu'elle est la conséquence de l'égalité et de la fraternité. Le savoir spirituel traduit par les grands maîtres et les prophètes ( mais Jésus a refusé d'être considéré comme un prophète ) nous donne d'abord les clés de notre égalité par rapport à la mort et à notre condition humaine. Dans le partage des mystères de notre rencontre avec celui qui vit en nous, nous avons les clés de la fraternité dans notre humanité. Avec ces ressources, alors nous pouvons travailler à d'autres partages et conquérir sur le plan social la liberté qui nous a été révélée en nous.

La ligne de partage entre spiritualité et religions est donc essentielle car elle traduit l'oeuvre des dirigeants des systèmes de pouvoir pour servir les intérêts de leur système, de leurs places dans ce système. Aujourd'hui il ne s'agit pas seulement de restaurer la primauté du politique sur l'économie et pour ce faire quitter un système de pouvoir occidental qui a justement instauré la primauté des lois naturelles de l'économie pour se défausser de ses responsabilités politiques, économiques et sociales qu'il ne peut pas assumer face au développement des inégalités inéluctablement creusées par la globalisation du capitalisme. Il ne suffit pas de revenir à 1848 et de restaurer les sociétés de personnes, les associations à la Leroux contre les sociétés de capitaux. Nous devons revenir sur les erreurs de 1789 et cette fiction de la priorité donnée à la liberté et à l'égalité surtout lorsqu'un état laïque entreprend cette quête chimérique en se privant de toute intervention dans des dogmes religieux pour développer des mouvements spirituels.

Maintenant que l'expérience EPR est démontrée, nous n'avons certes pas la preuve ipso facto de l'existence de Dieu et il est toujours aussi vrai que chaque peuple en se donnant une religion invente son Dieu pour endormir les gens et le rendre obéissant au pouvoir religieux. Mais nous savons que les atomes échappent aux règles de notre savoir intellectuel humain et que cette situation est aisément compréhensible par celles et ceux qui ont vécu la rencontre de la vie après la vie : la téléportation instantanée, magique qui nous fait accéder à la perception d'une fusion dans notre éternité de vivant. La conscience de notre pratique est toujours en retard sur cette pratique : c'est vrai ; pour Pierre comme pour d'autres, il a fallu dix ans pour pouvoir parler de ses NDE. Pour d'autres, jamais ils ne pourront parlé des horreurs subies à la guerre. La force d'une rencontre avec les mystères de la vie tient justement au fait qu'elle nous pousse au partage, nous force à parler et à aller vers les autres même au prix de leur incompréhension et de leur rejet. Il n'y a ici aucun matérialisme ni idée venant des autres, juste le résultat d'une téléportation d'une vie à l'autre mais ces instants de vie et d'éternité sont les seuls à nous donner des raisons de vivre et de mourir aussi claires et motivantes, à forger le constat de notre égalité humaine source d'un partage fraternel et libérateur.

Il est facile aujourd'hui d'avoir conscience de celui qui des trois, est le plus proche de ce qui nous disons : incontestablement, il s'agit de Leroux !

 

 

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