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VERLAINE et le voyant des ariettes oubliées

 

 

la situation :

 

 

1873, après un séjour à Londres avec Rimbaud, Verlaine, le 3 juillet décide de rompre et laisse son ami sans un sou à Londres pour tenter de renouer avec Mathilde. Devant le refus de celle-ci, Verlaine appelle Rimbaud qui arrive à Bruxelles le 8 juillet. Le 10 juillet, au cours d'une nouvelle violente dispute, Verlaine tire deux coups de feu sur son jeune ami. Rimbaud est blessé au poignet et Verlaine avec sa mère le conduit à l'hôpital. Madame Verlaine persuade son fils de laisser partir Rimbaud. Sur le trajet de la gare, Verlaine met la main dans la poche où il y a son revolver. Rimbaud prend peur et se réfugie auprès d'un agent de police. Rimbaud refuse de porter plainte mais la police fait juger Verlaine et il est condamné à deux ans de prison. C'est de sa prison qu'il compose ce poème.

 

le ciel est par dessus le toit si bleu si calme

un arbre par dessus le toit berce sa palme

la cloche dans le ciel qu'on voit doucement tinte

un oiseau sur l'arbre qu'on voit chante sa plainte

mon dieu  la vie est là simple et tranquille

cette rumeur qui monte vient de la ville

dis qu'as-tu fait toi que voilà de ta jeunesse ?

 

écouter ce poème : m.aj 24/03/09

le poème mis en chanson

le lien n'est plus disponible, nous allons publier prochainement sur un site dédié à la musique et aux chansons, les poèmes que nous avons mis en chanson a capella ( mais nous ne sommes plus soliste de manécanterie comme jadis...!)

 

description simple de ce que Verlaine voit et entend derrière les barreaux de sa fenêtre. Lui voit cela et la vie devient simple et tranquille. Il n'y a plus l'autre, le voyant à la vie impossible qui ne cesse de voir autre chose, de voir la vie autrement depuis qu'il a connu ses illuminations et ses rencontres avec le surnaturel qui vit en nous et nous entoure.

toi que voilà, est-ce Paul, est-ce encore Arthur ? Est-ce Paul qui a perdu sa jeunesse pour ne pas être devenu lui aussi un voyant du surnaturel ? Est-ce Arthur dont l'entêtement à suivre sa voie poétique nourrie de dialogues de l'âme pour l'âme le conduit vers une révolte toujours plus forte envers ce monde et ces gens qui ne voient pas, ne veulent pas voir, ont peur de cette lumière qui vit en nous et nous permet de franchir le puits de lumière pour arriver chez nous au pays des voyants, au ciel, ce ciel qui n'est plus si bleu si calme, où il n'y a plus de clocher, plus d'oiseau pour chanter sa plainte et accompagner celle du poète non voyant ? Qu'y a-t-il plus haut que ce ciel des oiseaux ? Mon dieu, la vie des simples gens si tranquille est là et sa rumeur monte de la ville. Aucune voix ne descend du ciel pour Verlaine, c'était probablement plus jeune que son oreille, son coeur aurait pu l'entendre. Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? de cet âge pendant lequel l'être humain cherche sa vie et avec fougue interpelle tout ce qui l'entoure. Tu n'as pas demandé à dieu ? tu n'as pas forcé la rencontre avec celui qui anime ton âme et qui est à la source de ta poésie ? Tu as écrit des poèmes sans chercher ta source ? Tu ne sais même pas monter un peu dans le ciel pour chanter ta plainte au moins aussi haut que l'oiseau que voilà ! Et puis, il y a cette question lancinante et terrible pour Verlaine, l'adulte face à son ami adolescent qui brûle sa jeunesse : dis, Verlaine, qu'as-tu fait de ta jeunesse pour qu'elle ne soit pas pareille et aussi poétique, aussi pleine d'illuminations que celle d'Arthur Rimbaud ? Qu'as-tu manqué Verlaine dans ta démarche poétique ? Pourquoi la vie ne t'a-t-elle pas remplie de ces illuminations dont parle ton compagnon de chemin en poésie ? Faut-il que cet oubli, cette erreur de jeunesse se paie aujourd'hui par de la prison ? A cause et uniquement à cause de lui, lui qui voit ce que tu ne peux voir ? Pourtant depuis la cellule de ta prison, tu voies le ciel par dessus le toit...

Il pleure dans mon cœur

 

il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville

quelle est cette langueur qui pénètre mon coeur...

ce poème est la suite de ce dialogue intime du poète. Verlaine pleurera et ceci exaspérera davantage encore Rimbaud. Le voyant n'a que faire de ces jérémiades et des plaintes des non voyants.. Arthur répondra : " ma sagesse est aussi dédaignée que le chaos. Qu'est mon néant, auprès de la stupeur qui vous attend " le jour de votre mort lorsque vous ne saurez pas traverser le puits de lumière et que l'envoyé des ténèbres vous prendra ?

 

 

les poèmes d'Ariettes oubliées ont été chantés par Pierre à la M.A.L ( maison des arts et loisirs ) de Strasbourg, au Pont Saint-Martin, quartier de la Petite-France lors d'une soirée organisée, il y a longtemps, par A. P., Eric de D. . Dans la salle il y avait Jean-Paul K., Philippe qui créait le théâtre du jeune public au Renard Prêchant et tant d'autres... dont Françoise, la future épouse de Pierre.

ces poèmes sont présentés ici car, dans le roman " D'Eleusis à Dendérah, l'évolution interdite "  Pierre les chantera à Laurie lors de leur séjour à Paris. Pour Pierre, ils illustrent magnifiquement le dilemme entre celui qui a reçu l'initiation et qui a été à la rencontre et celui qui ne peut y croire ou qui voudrait y croire mais ne sait pas comment.

Bon nombre d'internautes qui visitent ce site peuvent se retrouver dans ce dilemme... une chose en attendant : Rimbaud n'avait pas de pistolet ! Un voyant n'a pas besoin d'armes mais bien celui qui a peur, qui ne sait plus quoi faire de sa vie, qui récite des chapelets pour demander une aide qu'il est incapable de trouver seul en lui, celui là s'arme de pistolets et traîne les rues la main dessus !

la jeunesse de Pierre, du moins une partie, est évoquée sur ce site à travers deux de ses recueils de poésie. Dès 11 ans le contact fût noué même si le chemin de l'involution ne s'acheva que vers 17 ans puis à 22 ans. Depuis l'évolution est en route, la poésie change la vie. Le poète contemporain n'a plus à capituler devant le développement irrésistible de la société industrielle comme Rimbaud, Baudelaire, Nietzsche et tant d'autres durent s'y résoudre avant de sombrer dans la folie et une vie humaine suicidée. Au contraire, plus que jamais, nos ardeurs vont enfin nous sortir de l'ère industrielle, de nos systèmes de pouvoir pour retrouver une période florissante organisée en réseau et capable de restaurer un savoir global sachant marier les cultures des peuples de notre humanité...c'est notre laisser-passer auprès du Verbe, notre ticket le plus précieux et qui dira à tous qu'elle aura été notre jeunesse...

 

Arthur Rimbaud

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