Où se trouve la place du poète ?

Une des remarques principales faite au récit " D'Éleusis à Dendérah, l'évolution interdite " porte sur sa longueur ( 1020 pages en format 21 x 14,8 cm, A5 ) qui le rend quasiment impubliable pour une maison d'édition si l'on rajoute qu'il est écrit par un auteur inconnu et qu'il porte sur des expériences et des rencontres surnaturelles ou extra sensorielles. Pour la longueur, il sera répondu quelques lignes plus loin mais déjà une réponse : pour s'exercer à lire, Pierre propose un bon exercice qu'il a lui-même réalisé vers ses dix-huit ans : lire l'intégralité du " Don paisible " de Cholokhov puis, entraîné par le style de cet auteur, enchaîner de suite avec " Ils ont combattu pour la patrie ", finir ces deux romans en deux semaines et pas un jour de plus. Après cet exercice le récit présenté sur ce site ne posera plus de problème de lecture. Mais revenons à l'essentiel. Pourquoi ne pas faire comme Hermann Hesse dont il est question dans ce récit ? Pourquoi ne pas écrire des romans courts, denses et complémentaires, faciles à publier et ne portant que sur une question spirituelle à la fois ?

Parce que Hesse a préféré l'exil en Suisse, il a choisi d'écrire des histoires belles plus ou moins philosophiques et spirituelles pour combler son exil, sa souffrance vis à vis d'une société dans laquelle il ne se reconnaissait pas. Il n'a pas affronté son temps, le communisme puis le nazisme. Il n'a pas contredit un prophète itinérant et végétarien comme Hitler. Hesse s'est exilé. Ceci correspond bien à une des solutions offertes à l'écrivain mais ce n'est pas la nôtre, ce n'est pas notre place. Hesse n'a pas écrit un roman dans lequel, enfermé dans un camp de concentration de la banlieue de Berlin, un poète comme Mühsam va se faire un à un écraser les doigts en guise de punition pour s'être attaqué aux idées criminelles de Hitler avant d'être assassiné par les SS sur ordre personnel du dictateur. Au contraire, ici dans le récit " D'Éleusis à Dendérah ", les héros retiendront la lecture faite par le poète de ces mots prononcés par Jésus : vendez votre manteau pour acheter une épée si vous n'en avez pas déjà une . La question n'est pas de savoir manier l'épée mais bien de mettre l'épée sous la garde du sacré, afin qu'il n'y ait plus de crimes et d'injustices commis par la force de l'épée. C'est la mission des chevaliers : montrer qu'ils portent l'épée pour une cause humaine et valable. Elle passe bien entendu par le fait de déposséder les criminels de leurs épées et de leurs armes pour que ces dernières soient mises également sous la garde du sacré, sous la protection des forces du monde double et du monde supérieur. Pour nous français, l'image la plus commune et familière qui provient du temps des druides celtes, c'est dans le village gaulois, celle de Panoramix donnant à bon escient la potion magique à Astérix, aux guerriers du village, voire à Obélix. Dans le récit présenté sur ce site, le lecteur suivra cette histoire du poète et des chevaliers, du début à la fin sans omettre une des étapes incontournables de ce mouvement. A notre connaissance, jusqu'ici, aucun écrivain n'avait entrepris une telle démarche ou alors aucun éditeur ne l'avait publiée.

Le défi qu'il faut aujourd'hui relever, c'est d'arrêter d'écrire de belles histoires pour se cacher nos responsabilités humaines, c'est arrêter aussi à l'inverse de se complaire dans la déchéance, la violence. Le but est de relier des expériences humaines afin de montrer une réalité, la réalité du partage d'un cheminement à travers l'existence humaine. C'est l'élaboration, la création du chemin de la découverte de la connaissance jusqu'au partage d'un savoir... que d'un savoir. La traduction des mystères va changer la vie, elle n'apporte aucune vérité source d'un quelconque dogme dont un pouvoir pourrait s'emparer. C'est le chemin d'un amour jusqu'à la passion, jusqu'au voyage de l'âme vers l'éternité pour préparer l'accueil de l'être aimé et des êtres chers encore sur terre. Ce travail appartient plus au domaine d'une oeuvre, d'un récit, d'une saga qu'à la production d'une simple belle histoire, courte et dense, facile à publier car respectant les canevas du commerce littéraire.

L'écriture est utilisée ici avant tout comme un défi, une provocation pour refuser de recréer un temps qui n'est pas ou n'est plus. L'écriture est d'abord l'expression d'une recherche en soi même puis seulement après vient la lecture, la recherche patiente et obstinée dans les écrits d'autres personnes de ces traces, de cette braise capable de raviver la même flamme qui a jaillit en vous. La plupart des oeuvres littéraires reposent sur le critère de temps. La poésie fait bande à part. Elle utilise essentiellement le critère de lieu : dans l'instant de son écriture, le poète témoigne de la vie d'une autre dimension spatiale. Il est le traducteur d'une surréalité, le porte-parole de sa voix qui agite son âme et qui représente le lien avec les mondes supérieur et double. Le poète n'est pas en dehors du temps, de son époque. Il n'existe pour lui qu'un temps, l'instant dans lequel il dialogue avec sa voix. Ce temps élémentaire n'est le plus souvent pas perçu par les autres qui doivent se contenter d'utiliser l'écriture pour refaire le passé ou décrire un futur désiré afin de se réapproprier un espace et un moment de vie dans l'exil de leur art, souvent difficilement partageable avec les autres. L'écriture reste dans la fiction et son perfectionnement réside dans la suggestion d'images et d'émotions chez le lecteur jusqu'à disparaître derrière ces images et ces émotions. Le poète n'est pas hors du temps, il est dans un autre lieu. Comme Freud l'a écrit, le poète vit constamment entre ciel et terre. C'est de ce positionnement que découle sa mission, son travail, son cheminement humain spirituel.

Le récit " D'Éleusis à Dendérah " décrit, entre autre, les voyages hors du corps dans les mondes supérieur et double, ceci jusqu'à l'ultime passion du héros principal. Le récit d'un voyage peut certes à lui seul correspondre à un livre mais ce découpage est artificiel. Un voyage appelle un autre voyage pour aller toujours plus loin, pour retourner encore et encore si possible au pays de chez nous. Internet et une diffusion électronique, à notre avis, représentent de meilleurs supports pour transmettre de tels récits. L'espace correspond mieux à la démarche poétique, internet est un carrefour tout comme la poésie. Internet s'affranchit du temps, le temps y est asynchrone comme la poésie est intemporelle. A n'importe quel moment le lecteur peut intervenir pour apporter son témoignage, son interrogation et prendre sa place dans le réseau d'échange d'expérience pour participer à l'élaboration d'un savoir capable d'orienter les actions quotidiennes. 

Sur ce site, il n'y a plus place pour la peur d'un éditeur de devoir jeter au pilon un stock de livres. Michel BRETON, en 1978, l'éditeur du Cherche-Midi, me disait toute la difficulté de faire lire de la poésie à d'autres poètes et donc de ne pas pouvoir considérer un poète qui publie comme un acheteur important de recueils de poésie. Il faut bien admettre qu'écrire pour un poète est un travail avant tout de traduction de l'indicible. Ce travail est personnel et correspond à la démarche de l'involution puis lors de la phase d'évolution. Il n'est pas certain que le poète continue à utiliser le support de l'écriture en prose ou en vers. Son engagement pourra être politique, caritatif, revendicatif ou alors il se résoudra à observer une plus ou moins longue période de silence ou d'exil, le temps de la maturation de sa rencontre illuminatrice. Rechercher les sources du Nil et les trésors de Nubie pourra alors pour un Rimbaud représenter une mission évolutive bien plus féconde que de rester dans un pays en proie aux troubles de la fin d'un Second Empire. Lire d'autres poètes n'est que la recherche de points de repères, consiste à savoir comment d'autres ont cheminé sur cette voie. Et c'est tout. Par nature un poète ne divulguera pas les détails de son cheminement car il est hors de question d'inciter quelqu'un d'autre à suivre sa trace, à la copier non pas pour des questions de copiage mais parce que les difficultés ne sont jamais les mêmes et que seul compte sa propre expérience pour surmonter ses propres difficultés lors de l'involution. Ensuite, lors de l'évolution, il s'agit de traduire sa propre rencontre extrasensorielle, sa propre illumination pour la mettre à disposition des autres s'ils sont en mesure de l'écouter. Lire et copier d'autres poètes n'a pas non plus ici de sens. Le poète va donc chercher parmi les autres poètes quelques maîtres dont le cheminement se rapprochera du sien et il ne deviendra donc pas un érudit connaissant tous les poètes. Cette perspective sera plutôt celle de professeurs de français, encore faudrait-il que ceux-ci s'engagent quelque peu dans une démarche de création poétique pour éviter de disserter d'une façon absconse et irréfléchie sur la poésie.

 Le propos du poète est ailleurs et il existe à partir d'une seule rencontre avec un lecteur, sans besoin de papier sorti d'une imprimerie. Raconter ses pérégrinations entre ciel et terre devient sur le net un dialogue plus accessible et direct et ceci ne peut qu'intéresser un poète et ceux en chemin vers l'initiation puis dans leur évolution humaine. Internet a été créé à partir du savoir intellectuel et des sciences, des technologies, de la deuxième source de savoir telle que nous la présentons sur ce site. Mais Internet est aussi un formidable moyen pour partager nos expériences de vie et créer un savoir personnel, travailler sur la première source de savoir. Internet nous permet de communiquer tout en gardant notre masque, c'est la bien la première condition pour échanger des paroles indicibles, tout ce qui est profond, nos pérégrinations sur le chemin de la spiritualité. Internet facilite l'élaboration du savoir global à partir de nos deux sources de savoir. Communiquant d'une manière asynchrone sans contrainte de temps et de lieu, nous pouvons aussi sur un tel site communiquer sur ce qui nous relie à la vie d'après la vie humaine et dont les enseignements nous donnent nos raisons de vivre et de mourir. Le contexte est probablement plus propice à la rencontre d'un auteur avec d'autres lecteurs, d'autres auteurs, d'autres compagnons de route en chemin à travers leur existence terrestre.

" Nous n'irons pas au but un par un mais par deux

Nous connaissant par deux nous nous connaîtrons tous

Nous nous aimerons tous et nos enfants riront

de la légende noire où pleure un solitaire .

Paul Eluard

 

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